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Monographie d’Armentières

Thème : | Catégorie : Monographies | Commune(s) : ARMENTIÈRES-SUR-OURCQ


ARMENTIERES

         Armentières, (nous écrivons Armantières, car c’est Armantaria pour armanentaria qui veut dire fabrique d’armes, et non Armentaria comme le tit par erreur M. Melleville) était une fabrique d’armes ; Confavreux, Curtis fabrorum, habitation des ouvriers en métal était du domaine royal en 864. Le roi Charles le Chauve, l’ayant donné au chantre de sa chapelle nommé Fulbert, celui-ci le donna à Saint Crépin de Soissons.

         Guy est un seigneur remarquable d’Armentières ; il érigea le hameau de La Haie en commune en 1197,  à la condition que chaque habitant possédant un arpent de terres y bâtirait une maison et payerait six deniers de rente et un pichet de blé par an au seigneur. Le seigneur se réservait de vendre ce vin en détail pendant quinze jours. Les habitants eurent pour corvée de mener le vin qu’il vendait à dix lieues au plus ; ceci indique que les environs d’Armentières étaient alors couverts de vignes. Les habitants devaient concourir à la défense du château ; mais chaque fois que le seigneur les menait contre l’ennemi, il ne pouvait les conduire qu’à une distance qui leur permit de revenir le soir chez eux ; le seigneur devait rendre la justice sur la place de La Haie. Si un habitant en blessait un autre, il était à la discrétion du seigneur, qui le jetait dans ses prisons d’Armentières ; mais le coupable avait le droit de se purger par l’épreuve de l’eau.

         Guillaume d’Armentières fut un preux chevalier ; il suivit le comte Thibaut en Terre Sainte et fut fait prisonnier ainsi que Jean d’Arcy, seigneur de Lua. Sa femme nommée Gila, pleurait la perte de son époux, mais Pierre d’Armentières et sa sœur Laura résolurent de vendre une partie de leurs droits seigneuriaux pour délivrer le prisonnier.

         Colin d’Armentières est peu connu, il vivait en 1243.

         En 1289, Nicolas d’Armentières était un chevalier de bonne réputation et consulté pour sa prudence et son savoir ; il fut choisi pour arbitre cette année même par le prieuré de Coincy qui avait un différend avec Etienne, seigneur du Buisson. Il y a ensuite une lacune dans la liste des seigneurs.

         Henri d’Armantières paraît n’avoir été seigneur que du château de Confavreux.

         Gaucher d’Unchair épousa Péronne de Jouaigne. Unchair étant mort,sa veuve Péronne épouse Jean 1er de Conflans,seigneur de Vieils Maisons, qui était veuf aussi ; Péronne avait une petite fille, Péronnelle ; une partie de la terre d’Armantières lui appartenait ; mais comme elle se trouvait sous la garde noble de son beau-père Jean de Conflans, ce seigneur rendit un aveu de la terre d’Armantières au nom de la jeune Péronnelle, le 18 novembre 1362 La veuve d’Unchair, Péronne, eut un fils de son second mari ; cet enfant fut  seigneur d’Armentières sous le nom de Jean II de Conflans ; il épousa Madeleine de Hornes.

         La seigneurie d’Armantières était alors divisée en plusieurs fiefs ; un de ces fiefs appartenait à la veuve de Henri d’Armantières c’était l’ancien château de Confavreux.

         Jean II de Conflans n’était donc que seigneur en partie d’Armantières ; tout noble alors était homme de guerre ; il servit en 1410 sous le gouvernement de Jacques de Heilly, duc de Guyenne, puis au mois de septembre 1415, il suivit le connétable de France de Lebret contre les Anglais, qui étaient en grand nombre dans le pays de Caux.

         Barthélémy, fils de Jean II de Conflans, ne fut pas longtemps seigneurs d’Armantières, car ayant épousé Marie de Cramailles, il vendit avec sa femme la seigneurie d’Armantières à Jean Juvénal des Ursins, évêque et duc de Laon, par contrat du 24 septembre 1446.

         Jean Juvénal des Ursins n’est pas un seigneur ordinaire ; il fut évêque de Beauvais, de Laon, puis archevêque de Reims ; mais ce qui le rend encore plus intéressant pour nous, c’est qu’il a écrit une histoire de son temps où nous avons plusieurs fois puisé pour notre notice sur Coincy. Il était l’ami de Charles d’Orléans qui lui fit remise de tout ce que lui devait Juvénal pour son acquisition d’Armentières. Jean Juvénal eut la manie de prendre les armoiries des Ursins, illustre famille d’Italie qui a donné des papes à l’église et de laquelle il ne descendait pas, mais dont son père avait pris le nom à cause de l’hôtel des Ursins qui lui fut donné par le roi Charles VI. Juvénal mourut à Reims, en 1473, âgé de 85 ans ; il avait sacré Louis XI. Nommé par le pape pour faire réviser l’injuste sentence portée par les Anglais contre Jeanne d’Arc, il fut un de ceux qui concoururent à rendre à cette jeune héroïne toute la gloire qu’elle mérite et à dévoiler l’infamie des Anglais et de leurs partisans dans l’odieux procès dirigé contre cette jeune fille qui venait de sauver la France.

         Michel des Ursins, neveu de l’archevêque, acquit de ses quinze frères et sœurs la seigneurie d’Armantières, en la possession de laquelle il fut maintenu en 1463 ; il mourut en 1470. Il avait eu dix enfants de Yolande de Montberon, sa femme. Parmi ses enfants, nous remarquons ; Louis Juvénal des Ursins, prieur de Coincy ; il était archidiacre de Champagne, conseiller au Parlement ; Jean Juvénal des Ursins, second fils de Michel, fut seigneur d’Armantières ; il épousa Louise de Varie ; ils eurent treize enfants, parmi lesquels nous citerons : Jacques des Ursins, prieur de Coincy, où il avait pris l’habit ; il mourut en 1562. Son plus jeune frère, Charles, lui succéda d’après le cartulaire de Coincy qui ne donne aucun détail ; on trouve dans le père Anselme que ce Charles des Ursins était abbé de St Nicaise de Reims et aumônier du Roi  (les Ursins, prieurs de Coincy, avaient fait fabriquer à la Poterie un grand nombre de carreaux représentant leurs armes ; plusieurs personnes de Coincy conservent encore de ces carreaux recueillis dans les ruines du monastère).

         Louis Juvénal, frère des deux prieurs de Coincy, fut seigneur d’Armantières, de Cugny, de Bruyères , et se qualifiait vicomte de la Tournelle. Il avait épousé Françoise de Wissocq ; il n’eut que deux enfants : Marie qui épouse Antoine de Conflans, seigneur de Vieils-Maisons et Saponay, et gilles qui suit :

         Gilles Juvénal des Ursins était capitaine de cinquante hommes d’armes au 24 novembre 1567. Il était aussi gentilhomme ordinaire de la chambre du Roi ; il épousa Charlotte d’Arces dont il eut deux enfants : Charlotte qui épouse Eustache II de Conflans et Gilles qui suit :

         Gilles Juvénal des Ursins avait épousé sa cousine Marguerite Juvénal des Ursins ; le père Anselme se trompe en attribuant plusieurs faits au père qui appartiennent au fils ; c’est lui qui, à l’âge de 18 ans, commandait une compagnie d’ordonnance que le roi Henri IV lui avait donnée ; il eut aussi un régiment d’infanterie et une compagnie de 200 arquebusiers à cheval ; il mourut sans enfant. Sa sœur Charlotte hérita Armantières et, en 1608, donna au roi l’aveu de sa seigneurie, dont nous avons fait plusieurs extraits.

         L’adveu de le seigneurie d’Armantières et ce que nous possédons de plus authentique sur la description du château d’Armantières. Nous allons en donner la partie principale :

         C’est l’adveu et denombrement que nous, dame Charlotte des Ursins, espouse de messire Eustache de Conflans, chevalier des ordres du roy, conseiller en ses conseils d’Estat, capitaine de cinquante hommes d’armes de ses ordonnances, gouverneur de la ville de St-Quentin, vicomte d’Oulchie le Chastel, Bercy, le Buisson, et autres terres, donnons et fournissons au roy nostre sire des terres et seigneuries qu’à nous mouvant à cause de la grosse tour dudit Oulchye, des chatellenies du duché de Valois. Soubs les protestations d’augmenter au diminuer s’il y eschoit.

         Et premier le donjon de nostre chastel d’Armantières et grand fossé et eaux estant à l’environ et tenant aux murailles dudit donjon qui peuvent valoir de revenus vingt livres tournoies.

         Item, un autre fief céant audict Armantières et Confavreux qui jadis feust à Henry d’Armantières, auquel souloit avoir forte maison, à présent démolye et y a de présent un molin à bled qui vaut de revenu 80 livres tournoies, audit Armantières jay toute haute justice, moyenne et basse »

 

         Nous décrirons en leur lieu les maisons seigneuriales qui dépendaient d’Armantières ; quant aux seigneurs, leur liste se termine ici ; Armantières appartiendra aux Conflans de Brécy jusqu’à la révolution.

         Voici quelques détails que l’on retrouve sur Mademoiselle Henriette d’Armantières, en 1709, dans les registres de la mairie.

         L’année 1709, il y eut, comme nous l’avons déjà vu, une disette très grande, et les riches furent partout taxés selon leurs revenus. Le curé d’Armantièrs écrivit à la dame du lieu une lettre dont nous ne possédons que le fragment suivant :

         Mademoiselle, le besoin pressant où sont réduits les pauvres et la misère qui les accable m’obligent  de vous en donner avis, étant très-persuadé que vous voudrez bien apporter quelque soulagement au mal qu’ils ressentent. Jusqu’à présent j’ai fait mon possible pour les aider. Depuis quatre mois je leur ai fait distribuer à ma porte du pain, mais à présent je ne puis le faire davantage et suis obligé de me réduire à la taxe qu’on me demande. Comme je sais, Mademoiselle, que vous êtes sensible à l’affliction des malheureux et que votre bon cœur vous porte naturellement à la compassion, j’espère que vous ferez pour vos habitants d’Armantières tout au monde pour les aider à vivre. On a taxé tous les particuliers qui ont du bien dans le lieu, on n’a pas usé de même à votre égard pour le respect que l’on vous doit. Je sais là-dessus la conduite que je dois tenir. Nous avons ici dix pauvres à nourrir et plus de vingt qui nous tomberont sur le corps avant la fin de juin ; ils ont besoin d’un prompt secours …. »

         On ne sait si le curé, qui se nommait Demontigny, obtint promptement du secours ; mais on trouve dans une note que l’estimation des revenus de la terre d’Armantières fut faite à cette occasion. On y voit que les six charrues étaient louées 2,400 livres, le moulin 300 livres. La forêt de La Haie rapportait alors 55 livres. Les religieux de Coincy avaient sur la terre d’Armantières un revenu de 520 livres, et le curé 260 livres.

 

 

 

 

 

ARMANTIERES EN 1789

 

         Les idées de réforme de cette commune étaient très raisonnables en 1789, ainsi que le prouve le cahier de doléances des habitants. Il y a plus d’intérêt qu’on ne serait tenté de le croire à étudier l’esprit du peuple dans les archives des villages. Nous possédons assez d’histoires du peuple de Paris, mais nous n’en avons guère du peuple de la campagne. Et ce peuple qui, par ses millions de suffrages, a établi et soutient une dynastie nouvelle sur le trône de France, mériterait pourtant bien qu’on le fît un peu connaître à son tour ; voyons donc pour le moment, quel était l’esprit des habitants d’Armantières aux approches de la Révolution de 1789. Dans leur cahier, ils demandent d’abord la suppression des aides et des gabelles et un seul et unique impôt pour les trois ordres. Ce qu’ils désirent surtout, c’est qu’il n’y ait plus de gros fermiers accaparant plusieurs exploitations. Ils ne réclament pas la suppression de la dîme, mais ils voudraient qu’avec les produits des bénéfices claustraux, il fût créé, dans chaque commune, un bureau de charité, que le maître d’école fût mieux rétribué et que les habitants fussent dispensés de contribuer à l’entretien de l’église.

         Après avoir formulé leurs demandes dans un style assez clair, les habitants nommèrent MM Ban et Hutin députés pour porter leur cahier au bailliage de Soissons.

  1. Levasseur, qui était déjà depuis longtemps curé d’Armantières, voyait l’avenir sous de sombres couleurs, et toutes les joies, les espérance de 1790 ne le touchaient guère ; aussi ne voulut-il pas faire d’allocution à la fête de la fédération, le 14 juillet. Ce fut M. Gaillard, maire, qui fut obligé de prononcer le discours de circonstance, discours reproduit en entier par le greffier, c’est-à-dire le maître d’école, dans le registre des délibérations de la paroisse (folio 23).

         L’orage commençait à gronder à l’horizon, l’ancien évêque de Soissons ayant émigré, M. Marolles venait d’être nommé évêque de l’Aisne par le suffrage universel. Le 20 mars 1791, le maire Gailard vint trouver M. Levasseur afin qu’il voulut bien lire au prône la lettre pastorale du nouvel évêque. M. Levasseur ne trouva pas cette énergique réponse que nous avons vu chez le vieux curé de Fère et chez celui de Villeneuve ; il répondit assez sottement : « je suis trop enrhumé pour lire cette lettre, qu’on la fasse lire au maître d’école. » Le maire se retira mécontent, les habitants crièrent et M. Levasseur fut obligé d’abandonner sa cure (il fut déporté volontaire en 1793). Quinze jours après, un nommé Zozime Chéron, curé de Gandelu, fut nommé curé d’Armantières par le suffrage des habitants. Le 10 avril 1791, M. Maroles ratifia le vote, il y eut de

grandes réjouissances à Armantières, et un Te Deum d’actions de grâces fut entonné par le curé  Zozime et chanté par les habitants.

         La municipalité ayant été renouvelée en 1792, Ban fut nommé maire, Hochet, procureur, et Goujon, greffier. Le curé Zozime avait tellement captivé la confiance de ses concitoyens, qu’ils le nommèrent officier public pour tenir les registres de l’état civil.

         Cependant 1793 et son cortège de terreurs et de profanations étaient arrivés. Le décret du 23 février autorisait les communes à convertir leurs cloches en canons. La Convention ne s’arrêta pas la, et nous allons voir, comme tant d’autres, l’église d’Armantières dépouillée, en attendant, ce qui est triste à dire, qu’elle soit profanée par quelques uns des habitants. Pour montrer que l’on était bon patriote il fallait alors porter la cocarde ; un décret spécial du 21 septembre, affiché dans la commune d’Armantièrs, enjoignait aux femmes, sous les peines les plus sévères, de porter la cocarde aux couleurs nationales.

         On va procéder au dépouillement de l’église. Mangin, Breffort, commissaires, se font assister du maire d’Armantières et dressent l’inventaire des objets qu’ils enlèvent ; un calice et sa patène, un ciboire, un soleil, trois vaisseaux aux huiles, le tout pesant cinq marcs d’argent (1,250gr) (le marc d’argent vaut environ 30 fr.) , 20 livres de fer provenant des croix arrachées, 62 livres de cuivre, 180 livres de plomb extrait sans doute des tombes violées, et enfin la dernière cloche restante pesant 718 livres. La sacristie est aussi dépouillée : 11 chasubles, 8 aubes, 3 étoles, 2 rituels, etc, etc, sont enlevés.

         Mais cela ne suffit pas ; plusieurs habitants, excités par les soldats de l’armée révolutionnaire en garnison à Armantières, font irruption chez le curé qui était pourtant un bon patriote, et là, en présence des officiers municipaux et de l’armée révolutionnaires, il saisissent les derniers ornements que le curé avait retirés chez lui ; une chasuble, une étole, deux rochets, une aube et quelques linges. On était au 26 frimaire an II.

         Enfin, comme pour couronner cette œuvre de hideuse spoliation, certains habitants dont heureusement nous ne savons pas et ne voulons pas savoir les noms, entrent dans l’église montés sur des ânes ; l’un deux fait arriver l’animal jusqu’aux degrés de l’autel et parodie les cérémonies du culte. Pendant ce temps, les citoyens sont invités à mettre un oriflame tricolore à leur porte les jours de décade.

         Le 19 nivôse an II, la municipalité fit apposer sur les deux fermes des Conflans un écriteau sur lequel on lisait : « propriétés à vendre ou à louer »

  1. Hutin, fermière, en fut désolée ; elle ne savait que devenir, elle courut demander conseil à M. Bence, receveur de l’enregistrement d’Oulchy : « Monsieur, dit-elle, on va vendre la terre d’Armantières ; des coquins vont s’emparer à vil prix de la terre de mes bons maîtres – Madame, répondit le receveur, il y a un moyen bien simple d’éviter cet évènement et d’acquérir des droits immortels à l’atachement de vos maîtres. Achetez cette terre en votre nom, et avec la religion que je vous connais, je suis certain que vous en ferez la remise en temps opportun à ses maîtres légitimes ». Mme Hutin sortit le cœur soulagé, et suivant le conseil, elle acheta la terre d’Armantières.

         Quand les habitants, qui s’étaient montrés si bons révolutionnaires, vire que la famille Hutin possédait à bien peu de frais la terre de leurs ci-devant seigneurs, ils voulurent au moins avoir quelques débris de la grande curée.

         Leur appétit était vraiment modéré, ils se partagèrent très équitablement une méchante garenne qu’ils eurent bien du mal à défricher et où le seigle leva à peine. Mais leur fougue révolutionnaire ne leur avait pas donné tout l’esprit de prudence nécessaire ; ils n’avaient pas acquis ce bien national, c’est-à-dire qu’ils n’avaient pas remis au Département quelques chiffons sans valeur nommés assignats et moyennant lesquels tant de gens étaient devenus d riches propriétaires, aussi jaloux de leurs nouveaux droits que les ci-devant seigneurs. Un ordre fut donné au département de poursuivre les gens d’Armantières avec une grande vigueur.

         « Manger l’herbe d’autrui quel crime abominable ! »

         Le citoyen Tricot, commissaire du gouvernement, le citoyen Picart, juge de paix de Coincy, assisté de son greffier, etc, vinrent faire une enquête ; l’affaire fut ensuite appelée au tribunal du canton de Coincy.

         Cependant le nouveau maire, Jean Martin, ne voulais pas lâcher sa maigre proie sans résistance. « aux termes de la loi du 28 août 1792 et du 10 juin 1793, nous avions, dit-il dans sa défense, le droit de faire ce que nous avons fait ; je suis agent responsable de la commune, je conserverai les droits des habitants ; ces biens leur appartiennent en en payant les contributions »

         Nicolas Marchand et Louis Moranvillers du hameau de la Haie, dirent qu’ils avaient défriché la garenne avec bien des peines, mais qu’ils étaient prêts à la rendre à la République. François Vatrin, Simon Prévot, demandèrent seulement de pouvoir récolter le grain qu’ils avaient semé ; le juge de Coincy acquitta tous ceux qui se désistèrent ; les autres furent poursuivis devant le district d’Egalité-sur-Marne.

         Quelques rares partisans de l’ancien régime riaient sous cape en voyant traiter de la sorte les francs révolutionnaires d’Armantières ; « Etait-ce bien la peine, disaient-ils de détruire la noblesse, de prendre les terres des château, des églises, tout cela pour les autres ? »

         Depuis la révolution, Armantières n’a joué aucun rôle ; il fut occupé par les Prussiens en 1814.

RUINES ET ANTIQUITES

 

 

         Le château est un beau monument de la fin du XIIIe siècle ; il y a une partie de l’habitation qui est de la renaissance ; quelques tours qui s’écroulèrent au milieu de végétations diverses offrent de jolies vues à prendre. L’antique cuisine mérite d’être étudiée. La prison où jadis gémissaient les serfs d’Armantières existe encore ; entre les deux tourelles couvertes de pierres taillées en écailles de poisson, au-dessus de la porte, se trouve l’écusson éffacé ; cet écusson se voit dans l’église, au tombeau des seigneurs où sont encore les statues d’un chevalier et de deux cames à genoux ; elles sont un peu mutilées ; une seule petite sculptures a échappé à la dévastation, cachée qu’elle est par les lambris de l’autel, proche ce tombeau ; on peut lire encore une inscription au vitrail au-dessus du caveau ; le dessin que nous donnons représente l’entrée du manoir telle qu’elle est actuellement.

         L’ancien chemin de Paris à Reims (et d’illec suivant une sante qui

 

 

 

conhuit droit à Confavreux jusques à un gros tillieux qui estoit le passé sur le chemin menant de Paris à Reims, et d’illee suivant le dit chemin jusqu’à l’endroit du lieu des Crouttes au bout d’une ruelle) passait sur le territoire de Confavreux, où il y avait comme nous l’avons vu, un château fort ; il y avait aussi le fief de la Fontaine qui était déjà en mâsure en 1609.

         Un fief nommé La Follye, et non La Folie comme on l’écrit souvent mal à propos, situé sur l’Ourcq faisait partie d’Armentières ; il est ainsi désigné :

         « Item un autre fief qui fust à Guilheaume de Saint Martin, et depuis à Jean le Cousin, lequel nos devanciers et nous après, nous tenons comme dessus du roy nostre sire. Et premier, une masure ou solloit avoir maison sur la rivière d’Ourcq nommée la Folye enclose d’eaux et de fossés ». Plusieurs rentes et redevances appartenaient à ce fief, entre autres quatre hommes et femmes de corps qui payaient chacun un sol pour racheter leur servitude. On a trouvé à Confavreux plusieurs tombes en pierre d’un seul morceau ; on vient d’en découvrir encore au-dessus du château d’Armantières, sur la hauteur en face de l’entrée du donjon.

ANCIENNES FAMILLES

 

         Les familles les plus anciennes d’Armantières sont celles de Claude Dardenne, Antoine Levasseur, Crochart, Gilles Musart, Jolly, Trichet, de Nercy, Durier. On trouve aussi le nom de quelques capitaines du château : Pierre de Bedou était capitaine du chastel d’Armantières en 1649 ; un Bayon le fut ensuite. Plusieurs familles ont pris le nom de Confavreux. En 1307, on cite Marguerite de Confavreux. A une époque beaucoup plus moderne, en 1626, Madeleine de Confavreux épousa maître Jacques Petit, procureur du roi à Oulchy.

         Quand la révolution éclata, le donjon était encore armé de deux petits canons qui appartiennent aujourd’hui à la commune d’Oulchy ; ils sont en fer.