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ESSAI HISTORIQUE SUR LIME – fin

Thème : Communes | Catégorie : Monographies | Commune(s) : LIMÉ | Auteur : M.trannois d'après Emile Gaillard



Loistre
Le petit fief de Loistre, avec la petite Cense et le Moulin de Limé, mouvait du comté de Braine, hors l’enclave de ce comté.
Le 30 septembre 1361, une donation fut faite au monastère de St-Yved par Thomas de Loistre, écuyer à Limé, de ses droits sur des maisons sises à Braine, lieudit les Hautes maisons (1).
Dans un dénombrement du comté de Braine, donné par Simon de Roucy, en 1376, il est dit que le fief que « souloit tenir Guillaume de Loistre à Limer est à présent en notre main. » Il resta probablement en la possession des comtes de Braine.
A la fin du XVIIIe siècle, à part ce dernier, tous les autres fiefs de Limé étaient réunis entre les mains du vicomte de ce lieu.
Cure-Décimateurs
La paroisse de Limé possède de temps immémorial, deux patrons : Saint-Remy au 1er octobre et Saint-Hubert au 3 novembre.
Avant la Révolution, c’était une cure séculière du doyenné de Bazoches, à laquelle nommait l’évêque de Soissons, depuis la réunion du chapître du Mont-Notre-Dame au Séminaire.
Les décimateurs étaient : l’archevêque de Reims, à cause du prieuré de Saint-Gilles, pour deux-tiers. Le curé avait un quart sur la totalité, 96 livres en argent, 8 pichets de méteil, 8 de seigle et d’avoine, le tout pour portion congrue sans charge ; il avait en sus quelque peu de terres, de près, de bois et de vignes (2).
En 1874, l’instituteur de Limé a découvert dans une maison de la commune, une curieuse pièce se rapportant, avec une légère variante, à ce qui vient d’être énoncé ; c’est une légende et un plan des village et terroir de Limé, lesquels sont aujourd’hui affichés dans l’école communale.
La légende est ainsi conçue :
« Plan du village et terroir de Limez, dont la dixme de toutes espèces des grains qui se paye au quatorzième appartient par moitié à Monseigneur l’archevêque de Reims à cause de son archevêché, duché et paierie dudit Reims pour un quart au Séminaire de Soissons et pour l’autre quart au sieur curé du lieu.
« Levé par Pierre-François Villain, notaire et arpenteur royal, commissaire à la continuation du papier terrier général desdits archevêché, duché et paierie de Reims, et contenant 1 250 arpents 106 verges dudit lieu, conformément au procès-verbal du 10 octobre 1774.
Signé : « F. Villain. »

Eglise
L’église de Limé présente peu d’intérêt pour le visiteur, à l’exception du transept nord qui rappelle le style ogival primitif. Cet édifice qui porte l’empreinte des XIIe, XIIIe, XIVe et XVe siècles est placé sous l’invocation de Saint-Remy.
Son plan est de forme rectangulaire, avec chevet droit offrant une saillie à gauche dans la chapelle de Saint-Hubert. Sa longueur est de 20 mètres, sa largeur de 14 mètres 60c. à la nef, et 17 mètres 20 au chevet à cause de la saillie ; sa hauteur de 7 mètres 50 pour le choeur, le chevet contre le mur goutereau, à droite de la travée du choeur. Les trois fenêtres plein-cintre du chevet sont extradossées au dehors et surmontées d’un oculus. On remarque des modillons et des arceaux aux entablements de la partie supérieure de cette église.
Le clocher quadrangulaire et à batière, qui renfermait trois cloches avant la Révolution, est bâti sur le choeur ; il est percé sur chaque face de deux fenêtres jumelles à plein-cintre et moulures. Il fut restauré en 1660, ainsi que la voûte qui le supporte.
L’église possède quelques tableaux de M. Laguerre, décédé artiste peintre à Paris ; ils représentent le baptême de Clovis par Saint-Remy, au maître-autel ; saint Hubert guérissant un homme mordu par un chien enragé, à la chapelle nord ; la Vierge Marie avec l’Enfant Jésus dans ses bras, à la chapelle sud. Quatre autres tableaux ont été donnés à la même église par Mme veuve Laguerre ne 1875, qui sont : la naissance de Jésus-Christ ; la mort de Joseph ; la Salutation angélique et la Vierge présentée au Temple.
Pèlerinage de St-Hubert
Il y avait autrefois à Limé un pèlerinage de St-Hubert, des Ardennes. Ce saint qui naquit en 656 ou 658, passa en sa jeunesse quelques temps à Soissons, à la cour de Thierry III, roi de Neustrie, fut évêque de Liège, et mourut en 727, à l’âge de 71 ans ou environ.
Parrain de St-Hubert de Brétigny, on l’a souvent confondu avec lui, d’autant plus facilement qu’on les invoquait pour les mêmes maladies, le mal caduc et la rage. Il est assez vraisemblable que les reliques de l’apôtre des Ardennes furent transportées à Limé, lors des incursions des Danois, dont la fureur s’exerçait surtout sur ces saints objets et que quand elles retournèrent en Belgique on en laissa une portion à l’église Saint-Remy de ce village, où l’on honore une phalange du petit doigt de St-Hubert et où se forma un pèlerinage et une confrérie (3).
Au reste, la relique de Limé fut reconnue et vérifiée véritable par Hubert Varlet, prêtre curé de St-Nicolas de Paars, doyen de Bazoches, à l’occasion de sa translation dans une nouvelle châsse et sur la demande adressée à l’évêque de Soissons, Lefèvre de Laubrière, par Norbert Jeannet, curé de Limé. Cette vérification se fit en présence de Simon Fayel, curé de Cerseuil, de François Lemoine, curé de Bazoches, etc. ; un des témoins, Messire Philippe Leseur de Baine, écuyer, seigneur de Limé, leur assura qu’étant allé en pèlerinage au Grand Saint-Hubert, les majeurs et greffier e la justice du lieu et un religieux nommé D. Martin, âgé de plus de 80 ans, lui avaient dit : « que selon le bruit public, il manquait au corps du saint un article du doigt, d’ailleurs entier, qui serait celui qu’on vénérait à Limé ». Languet, évêque de Soissons, et plusieurs grands vicaires et archidiacres révérèrent et approuvèrent la relique de Limé, dans leurs visites officielles (4).

Selon la tradition, appuyée sur la dévotion constante des peuples, cette relique guérit de la rage et l’on cite un malheureux hydrophobe de Sancy, comme en ayant ressenti les heureux effets. On dit que jamais bête enragée n’a commis de ravages sur le terroir de Limé, St-Hubert, patron des chasseurs et par conséquent honoré comme tel par les seigneurs, au Moyen-Âge, dont la chasse avec la guerre constituait la principale occupation, vit représenter sa légende dans une foule d’églises du Soissonnais.
Emile GAILLARD


(1) Archives de l’Aisne, série H, 991.
(2) Etat ecclésiastique du diocèse de Soissons, par Houllier, 1783.
(3) Annales du Diocèse de Soissons, T.1, p 270-271.
(4) Procès-verbal de la translation, vérifié le 17 octobre 1807, par Sohier, curé –doyen de Braine, trouvé dans la châsse lors de son ouverture par l’abbé Lecompte aussi doyen de Braine, le 15 mars 1853.