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ESSAI HISTORIQUE SUR LIME – 3ème partie

Thème : | Catégorie : Histoire, Monographies | Commune(s) : LIMÉ | Auteur : E.Gaillard


Cette affaire dut entraîner une sentence capitale ou une peine afflictive et infamante, qui fut exécutée aux fourches patibulaires de Limé. On en trouve la preuve dans la « déclaration des frais du procureur fiscal de Lymer contre Marguerite Senez et Françoise Benoict » :

A M. le maire sans y adjoindre la surtaxe 33 liv. 1 sol

A son adjoint 7 1 8 den.

Au procureur fiscal 19 9 2

Au greffier 11 4 10

Aux sergents 7 7 6

Aux chirurgiens ou barbiers 6

Aux témoins 2 14

Au peintre 4

Au charpentier 3

A l’exécuteur 12

Au tambourineur 7 6

________________________

Total 106 liv. 5 sols 8 den.

Qu’elle qu’eût été la valeur relative de l’argent au XVIIe siècle, les frais de justice semblent avoir été considérables pour une affaire aussi peu importante.

Bien que par sa construction le tumulus de Limé ou Butte des Croix paraisse remonter à une haute antiquité, il est pourtant difficile d’en préciser l’origine. Les documents et les points de comparaison faisant défaut. Il en est de même pour sa transformation en lieu de justice ou fourches patibulaires, quoique de nombreux titres remontant jusqu’au XIIIe siècle fassent mention des lieuxdits de la Cour, la Croix et le Martroy. Mais tout porte à croire qu’au commencement du XVIIe siècle, le siège de la justice seigneuriale fut transporté du lieudit la Cour à la salle d’Orme, vis-à-vis la porte d’honneur du château nouvellement réédifié.

C’est dans cette salle d’Orme qu’en 1793 furent brûlées les archives de la seigneurie et justice de Limé. Quelques habitants du village attelèrent un baudet à un traîneau sur lequel ils chargèrent tous ces papiers pour les anéantir. Un enfant qui vint au monde ce jour-là reçut, en commémoration de ce fait, le surnom de traigneau, qu’il garda toute sa vie (1).

III.- Seigneurie et vicomté de Limé

La seigneurie de Limé, qui avait titre de vicomté, relevait en plein fief du roi, à cause de la tour ou châtellenie d’Oulchy-le-château, et ses seigneurs étaient tenus de rendre à leur suzerain les actes de foi et hommage et de faire à chaque transmission la production de leurs titres.

Les anciens papiers qui se trouvent aux archives du département, ainsi que les aveux et dénombrements, dont plusieurs remontent au XVIe siècle, attestent que de temps immémorial la seigneurie ou vicomté de Limé avait des droits de haute, moyenne et basse justice, c’est-à-dire le droit d’avoir des officiers de justice, des prisons et fourches patibulaires pour punir les coupables et justicier , les criminels, de convoquer les plaids généraux et tous autres droits inhérents à une pleine et entière juridiction seigneuriale.

On distinguait autrefois trois sortes de justice seigneuriales, haute, moyenne et basse. Cependant le droit de justice n’était pas nécessairement attaché au fief, de telle sorte qu’un fief pouvait être sans justice. Il y en avait pourtant peu sans basse justice.

Pour la haute justice, il fallait une concession spéciale du roi ou une possession immémoriale. C’était celle du seigneur qui avait pouvoir de faire condamner à une peine capitale (exécution dans les limites de son fief ou de sa juridiction) et de juger toutes sortes de causes civiles ou criminelles, sauf les cas royaux.

La moyenne justice avait droit de juger les actions dus au seigneur, du dégât des bêtes et injures, dont l’amende n’excédait pas 7 sols 6 deniers ; on l’appelait aussi justice foncière ou justice sous l’Orme, parce qu’elle se rendait en plein champ.

La seigneurie de Limé comprenait dans les limites géographiques de sa juridiction, six fiefs.

Le fief d’Applincourt qu’elle possédait en mouvance avait droit de moyenne et basse justice.

Les cinq autres nommés fiefs de la Petite Cense, de la Malmaison, de la Cense Lecomte, du Moulin de Limé et de Loistre, presque toujours possédés par les seigneurs de Limé, relevaient cependant du comté de Braine, auquel ils rendaient foi et hommage.

Les aveux et dénombrements des années 1373, 1377, 1405, 1418, 1427 et 1530 mentionnent qu’ils avaient droit de haute, moyenne et basse justice, droit qui, dans la pratique, ressortissait à la vicomté de Limé, puisque ces fiefs restèrent presque constamment en la possession de ces seigneurs (2).

SEIGNEURS ET VICOMTES DE LIME

Les chevaliers de Limé

Melleville donne au commencement du XIIIe siècle :

Jean de Limé, puis Villard de Limé, tous deux chevaliers, comme premiers seigneurs.

Ensuite, Nicolas de Limé, chevalier, qui par un testament fait devant l’official de Soissons, le 3 janvier 1296, légua à l’abbaye de Saint-Yved de Braine, à titre de pitance, une rente de 40 sous sur la seigneurie de Limé, des armes et un cheval, pour la célébration de son anniversaire en l’église du monastère, et pareille somme pour sa sépulture et celle de sa femme, Gila de Fismes, selon Melleville, en ladite église (3).

Enfin Jean de Limé, chevalier, bailli de la terre de Braine, en 1331.

Maison de Vendières

Vers le milieu de XIVe siècle, la seigneurie de Limé était passée dans la maison de Vendières, famille qui tirait son origine de la terre de ce nom (4) et avait donné deux de ses membres, Baudouin et Raoul, à la Croisade de 1269, pendant laquelle ces deux seigneurs faisaient partie de l’hôtel du roi Louis IX (5).

Le cartulaire de l’abbaye de Saint-Yved (6) donne les noms suivants :

1356.- Baudon de Vendières, chevalier, seigneur de Limé qui, le 9 février 1356 reconnait qu’il a eu tort de contester au couvent la possession d’une rente de 16 setiers de blé sur la seigneurie de Limé et lui donne en outre une autre rente de 8 setiers d’avoine pour participer à ses prières.

1468.-Regnault de Vendières, chevalier, seigneur de Limé, lequel promit, le 16 juillet 1468, de payer à la même abbaye, et pendant dix ans, une rente de 4 setiers de blé constituée en 1445, par Gilles de Rouvroy, autre seigneur de Limé.

14… Aliénor de Vendières, fille du précédent, dame de Limé : par son mariage avec Messiae de Condé, elle porta cette terre dans la maison de ce seigneur. Elle fut la mère de Pierre, qui suit :

Famille de Condé

1498.- Pierre de Condé, seigneur de Vendières, fait le 26 janvier 1498, la foi et hommage tant pour lui que pour ses frères puinés, de la portion qu’ils ont en la terre de Limé, relevant du roi, à cause du « chastel d’Oulchy » (7).

Le 29 juillet 1502, Jean de La Fontaine, écuyer, procureur fondé de Pierre de Condé, rend pour celui-ci un nouvel hommage à Louise, comtesse d’Angoulême, devant Geoffroy de Puy du Fau, de la terre de Limé, Hélie de Polignac, chambellan du duc de Valois, accorde à ce seigneur, qui devait faire son aveu de dénombrement, quarante jours après l’hommage, un délai plus éloigné.

1525.- Pierre II de Condé de Vendières et de Limé, vit saisir cette terre pour défaut de devoirs rendus à la mort de Pierre de Condé, son père ; mais Louis Rangueul, bailli de Valois, ordonna mainlevée parce que Jean de Condé, frère de Pierre, avait fait la foi et hommage du fief pour lui et ses frères le 20 décembre 1525, et aussi parce que suivant la coutume générale du Valois, il n’était dû aucun profil ni relief de père à fils (30 septembre 1531).

Pierre de Condé renouvela l’hommage le 26 mai 1539.

1545.- le 1er août, Guy de Condé, seigneur pour moitié de Limé, par la succession de Louis de Condé, son frère, est reçu à payer 15 livres tournois au roi pour la moitié de la valeur du fief et à prêter serment de fidélité.

Selon Mellevile, ce seigneur avait épousé Claude de Troisvilles, et en aurait eu Ancelot et Guillaume, chevalier de Malte.

1563.- Guy de Condé et Michel de Condé, son neveu, seigneurs de Vendières et de Limé.

Au 15 mars 1570, Guy de Condé fait acte de foi et hommage au roi de France, à cause de la châtellenie d’Oulchy, pour la terre de Limé qui lui est échue par la mort de Pierre Condé, « l’ainé ».

1575.- Ancelot de Condé, écuyer, seigneur de Limé et de Vendières, toujours d’après Melleville.

Émile Gaillard

  1. Le Tumulus de Limé, par Prioux.
  2. Le Tumulus de Limé, par S. Prioux, 1861.
  3. Archives de l’Aisne, série H, 1022.
  4. Vendières, canton de Charly, par Vieils-Maisons
  5. Annales du diocèse de Soissons, T.III, p.533. 534.
  6. Archives de l’Aisne. Série H. 1 022.
  7. Tiré des titres et papiers de la seigneurie de Limé, etc., de la collection C. Périn, à la bibliothèque de Soissons. Les renseignements qui n’en proviennent pas seront indiqués par des renvois spéciaux.