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Bony, petit village mais grande histoire

Thème : Communes | Catégorie : Histoire | Commune(s) : BONY | Auteur : Thérèse Martin


BOENI : l’habitation des bois

Bony jusqu’à l’ère moderne

Fondé au cœur d’une région boisée par le Bienheureux Garembert, de l’Ordre des Prémontré, en 1110, le site de Bony, propriété de l’abbaye du Mont St-Martin jusqu’au moment de la révolution, va subir les vicissitudes de la Guerre de 100 ans, doublée d’une lutte contre le duc de Bourgogne. En 1453, le nord de la France appartient au duché de Bourgogne.
Louis XI parvient à repousser la frontière mais les guerres entre François 1er et Charles Quint vont de nouveau engendrer destructions et ruines dans la région. Notamment, le Fort du Catelet (construit par François 1° en 1520) sur la ligne frontière entre la Picardie (Royaume de France) et l’Artois (appartenant au St-Empire Romain Germanique) devient le point de mire des deux camps qui vont à tour de rôle vouloir le prendre. Entre temps, les guerres de religion amènent également leur lot de dégâts. En 1598, l’église de Bony construite par Garembert est détruite et la cure est transportée à l’Abbaye du Mont StMartin.
L’histoire du village de Bony est donc liée aux aléas dus à sa position- frontière du royaume, jusqu’en 1674, année où Louis XIV recule de façon significative les frontières et fait démanteler le fort du Catelet à la grande satisfaction des habitants de la région. Le territoire de Bony devient plus tranquille, hormis une nouvelle incursion vers 1710, à la fin du règne de Louis XIV.

L’Armée du roi, commandée par M. du Hallier, campe devant le fort du Catelet le 14 septembre 1638. Guerre de 30 ans

Suivent enfin quelques dizaines d’années plus calmes jusqu’à la révolution. Le territoire de Bony appartient majoritairement à l’Abbaye du Mont St-Martin. Au moment du démantèlement de la Révolution, les terres sont rachetées principalement par les anciens censiers qui disposaient de revenus suffisants. Dans l’inventaire établi en 1791 par MM. ROBERT, Maire de Bony et DOUCEDAME Greffier, on note les noms de ces principaux censiers, ou fermiers : Etienne ROBERT, François TABARY, Pierre GRAIN et une Vve MARTIN-DELAPORTE pour 4 fermes situées dans Bony, Désiré LEFRANC et Louis Joseph BERTAUX aux fermes de GILMONT.

Bony de 1899 à 1918

Un siècle plus tard, en 1899, Bony est un petit village rural dont la vie est rythmée par l’activité agricole qui occupe majoritairement l’ensemble de la population, avec en intermittence le travail sur les métiers à tisser.
On y trouve 9 cultivateurs, 1 charron, 1 maréchal, 1 boulanger, 2 épiciers, 11 cafés, 1 marchand de charbon, 1 brodeur-patron.
Il y a aussi quelques ouvriers tisseurs, employés par les fabricants des environs et qui ne gagnent malheureusement qu’un salaire peu élevé.
La population compte 360 habitants, dont 246 au chef lieu et 114 répartis dans les grandes fermes de Gilmont/Macquencourt et le lieu-dit La Hauteville, près du Catelet. Quelques jolies maisons de torchis subsistent encore dans le village.

La première guerre mondiale va bouleverser la vie de ce village. Situé un peu en retrait de la nationale, Bony entend les passages des armées mais voit peu de mouvements. Les jeunes gens de 20 ans mobilisés partent rejoindre leur affectation mais aucun autre habitant ne quitte le village.
Il semble que les Allemands entrent dans le canton du Câtelet par Aubencheul aux Bois et Estrées. Les premiers hussards passent à Macquincourt le 27 août 1914, puis les colonnes se succèdent dans le village. A partir du 11 septembre, la Bataille de la Marne va ramener les alliés dans le canton quelques jours et la situation devient confuse jusqu’au 20 septembre où les Allemands reviennent, la région mise sous administration militaire.
Bony est occupé ; classé dans un premier temps dans la zone des étapes, dépendant de la kommandantur du Catelet, le village passe le 5 décembre dans la zone des armées, son orts kommandantur étant situé à Epehy.
Dès le 2 octobre, l’agriculture est mis sous le joug allemand et l’ordre de battre le blé est donné, puis les réquisitions vont se mettre en place ; petit à petit, les habitants sont privés de tous leurs biens :
A partir de juillet 1916, l’offensive de la Somme entraîne de nombreux mouvements de troupe dans les différents villages, le front ne se situe qu’à environ 25 km. Des civils de Bony sont réquisitionnés pour mener les convois jusque sur le front : Moislains, Péronne, sous les pluies d’obus.

Photo allemande prise dans une ferme de Bony (pas de précision sur le nom)
Vue aérienne sur une partie de la ligne Hindenburg – Photo anglaise

A la suite de cette bataille, les Allemands commencent à mettre en place les fortifications de la ligne Hindenburg. Malheureusement pour le village de Bony, les Allemands ont décidé d’appuyer leurs fortifications sur le canal de St-Quentin, dont la partie souterraine passe sous le village. En plus des prisonniers russes, excessivement maltraités, les habitants sont « invités » à participer au creusement des tranchées.

Melle LOMONT, institutrice du village, écrit dans un récit remis à la Société Académique de St-Quentin que, le 7 octobre, on distingue déjà 3 lignes bien nettes, plus ou moins parallèles, dont la première passe à l’ouest de Bony et Macquincourt, la seconde traverse Bony et la troisième s’adosse au canal souterrain, utilisé comme une immense caverne transformée en réserves, chambres de couchage, cuisines, ambulances.

Curieusement, les habitants de BONY semblent avoir fait preuve de résistance : devant les Allemands, ils accueillent par des huées les travailleurs des environs, venus travailler sur la ligne dans leur commune. L’autorité allemande est irritée de la position des habitants. Le maire est appelé à la Kommandantur le 11 octobre et sommé d’inviter des administrés à participer au travail. Le maire répond : « cela je ne le ferai pas. Je dissuaderai toujours mes concitoyens de participer à des travaux au profit de l’armée allemande. Je les ai d’ailleurs déjà prévenus et engagés à s’abstenir ». La réponse est immédiate et brutale : à 22 h, le major fait informer la commune de BONY qu’elle serait évacuée le lendemain à 8h. Bien sûr, le maire tente de faire fléchir le commandant. « toute la population partira demain à 8 h et s’il le faut, par la force » sera la réponse de l’officier.

Melle Lomont

Bony est donc le premier village déraciné par la ligne Hindenburg, quatre mois avant les autres ! Seuls les hameaux de GILLEMONT, de MACQUINCOURT et de la HAUTEVILLE sont exemptés. La construction de la ligne HINDENBURG ne laisse plus de place pour les villages et leurs habitants. Les villages vont donc être vidés de leurs habitants.

Sur la carte postale, il est noté Le Câtelet mais le hameau de la Haute Ville appartient bien au territoire de Bony.

Pour les habitants de Bony, la nuit est difficile : il faut rassembler les papiers, les objets précieux, du linge, des provisions de bouche. Il est permis d’emporter 25 kg de bagages par personne et ce qui ne peut être emmené doit être caché. La cachette la plus utilisée, c’est la boite métallique. La vaisselle qui ne craint pas trop l’humidité, est recouverte de terre dans les fonds de jardin, de granges, d’écuries. Le matin, à l’heure dite, tous les villageois sont là, fiers, impassibles attendant d’être conduits à pied jusqu’à EPEHY (6 km), d’être entassés dans des wagons à bestiaux et dirigés sur Cambrai. Ils n’ont pas quitté leur domicile de dix minutes que des chariots s’arrêtent devant leurs portes et les Allemands commencent le déménagement de leurs meubles vers l’Allemagne.

Le train d’évacués ne démarre d’Epehy que le 12 octobre au soir et atteint Cambrai, à 20 km, le lendemain où il reste garé de longues heures avant d’arriver à Caudry (10 km) le soir. Le jour suivant, les familles sont réparties dans quatre villages :
A Lesdain : Mme Druon, familles Vasseur …
A Haucourt : Familles Journel, Vandenberg, Happe, Frizon, Margerin, Martin Octave, Becquebois
A Clary : Familles Leclerc, Lomont, Mme Lalisse
A Audencourt : Familles Bouderlique, Martin Hector, Mme Decarnelle…

Eloignés seulement de Bony de 18 km, les habitants apprennent jour après jour les dégâts faits à leurs maisons dynamitées, les caveaux mortuaires transformés en sapes. Au bout de quelques mois, certains sont déportés à Poix du Nord, certains rapatriés par la Suisse, pour se disperser de la Seine à la Garonne. D’autres demeurés en zone d’occupation passent par la Hollande et par mer.

Exemple de tranchée défensive de la ligne Hindenburg près de Bony

Le 25 février 1917, la ferme de Gillemont est dynamitée et le 27, c’est au tour de celle de Quennemont.

Bunker allemand – une fois les soldats de la 30° division Américaine passés, les Allemands sortirent et les prirent par l’arrière.

1918 arrive avec la reconquête du pays : les 27 et 28 septembre 1918, les 27° et 30° divisions américaines prennent d’assaut les points fortifiés de Gillemont, Quennemont et la crête à l’est de Lempire malgré de nombreuses pertes. Le 30 septembre, Bony est enlevé par les Américains et les Australiens, malgré quelques îlots de résistance dans les vallons boisés de Macquincourt.

Troupes de la 30° division américaine se rassemblant le 29 septembre 1918.

Suite à l’installation du cimetière sur le territoire de la commune, l’implication américaine est restée fortement marquée dans le village. Dès 1920, des cars venant de StQuentin amenaient les familles des soldats venant fleurir les tombes de leurs fils. Une maman finance l’achat de la cloche installée dans l’église provisoire. Sur l’instigation de Mme VEDDER, vice-présidente dont les 2 fils sont enterrés à Bony, l’association Gold Star Association, basée à New York, va entièrement subventionner la reconstruction de l’école et de la mairie, terminée en 1924. D’autres dons vont suivre, les anciens se souviennent sûrement de la « bourse Mc Cormick ».

1918 : le retour au pays

Le 11 novembre 1918, jour de liesse, est également un jour triste pour la région. Les premiers réfugiés arrivent rapidement en éclaireurs. Ils ont hâte de retrouver leur village ! Un paysage lunaire s’offre aux yeux de ces ambassadeurs. Les routes sont à peine discernables, avec trous d’obus, ornières, tranchées transversales. Ce qui reste des bas côtés est jonché de débris de toute sorte : véhicules, canons, munitions, fusils, casques et malheureusement des croix sur des tombes creusées à la hâte.
A perte de vue le sol est bouleversé, les maisons sont englouties, les arbres ont presque tous disparu, sauf quelques troncs squelettiques qui ont une allure effrayante. Au loin, la plaine est tellement bouleversée par les obus, les tranchées qui la sillonnent, les sapes qui y ont été creusées, qu’elle semble un désert onduleux et blanc du fait du sol crayeux.
Tout le paysage est comme aplati. On voit de grandes tâches crayeuses, réparties ça et là dans la campagne : ce sont les villages dévastés, comme nivelés au sol. Au loin, on peut remarquer les emplacements de Lehaucourt, Bellenglise, Nauroy, Bony, Gouy, Vendhuile et derrière, on peut en deviner d’autres. Bony, particulièrement, est comme pulvérisé. Trois ou quatre squelettes d’arbres, morts, brûlés par les gaz et lacérés d’éclats d’obus, subsistent au bord de l’abreuvoir.

L’abreuvoir en 1952
Obus non explosé retrouvé à l’automne 1997 sur les terres de la ferme de Gillemont

Sur toute cette vallée, on ne voit que les résidus des combats : fusils, bandes de mitrailleuses, obus innombrables, grenades, canons, tanks, ponts à tanks, baïonnettes, casques par milliers, bêches, pioches, bidons, musettes, débris de tout genre, sans parler des cadavres de soldats émergeant de terre et de chevaux crevés. Un géomètre local a pu compter jusqu’à 117 trous d’obus par hectare.
Dès que les autorités françaises, transformées en district, s’installent à Beaurevoir, où quelques bâtiments ne sont pas entièrement détruits, leur première préoccupation est de remettre ce squelette en vie et de venir en aide à la population qui rentre petit à petit.
A Bony, les premiers reviennent en mars 1919 et s’installent dans les restes de caves, recouvertes des tôles récupérées sur le champ de bataille. Ils errent comme des nomades, sans eau, les puits ayant été détruits. Hector MARTIN remonte seul d’Asnières où toute la famille est hébergée chez des cousins, travaillant provisoirement dans une usine de ballons.
Pour nourrir ces gens complètement démunis financièrement, des postes de ravitaillement fournissent pain, eau et les denrées indispensables. Les habitants retrouvent quelques poêles dans les caves et les sapes utilisées par la troupe. Pour alimenter le feu, on utilise le bois des démolitions. Des armoires sont vite fabriquées avec quelques planches.
Peu à peu, le district fournit des abris en tôle ondulée, arrondis en voûtes, appelés métro. Puis viennent des baraques légères, dont certaines fournies par l’Allemagne. Chez les MARTIN, famille de 8 personnes, ce sera une baraque avec un étage. Suivent ensuite des baraques plus solides en briques, avant de voir les maisons définitivement reconstruites en 1926 ou 1927 car la priorité est donnée aux bâtiments agricoles ou industriels, reconstruits avant les maisons.

Reconstruction Grange ferme Drocourt par des ouvriers Italiens. A remarquer au 1° plan les briques et moellons des anciennes fondations

Le nivellement du terroir de Bony est à peu près nettoyé et terminé en 1924, malheureusement avec de nouvelles morts d’hommes. Le nettoyage des terres, conduit par l’armée anglaise qui a la responsabilité du secteur, est majoritairement réalisé par des coolies chinois qui inquiètent particulièrement les habitants. S’y ajoutent des prisonniers allemands et, en 1919, deux prisonniers d’entre eux sont mis en pièces par un éclatement d’obus ; un jeune cultivateur de Gillemont, Désiré BIZIAUX, se tue en heurtant une grenade en 1920.

Un provisoire encore debout
Raymonde et Cécilia MARTIN devant la porte de l’école provisoire

A Bony, chaque agriculteur nettoie également, comme il peut, deux ou trois pièces de terre, les défriche et les aplanit. Désiré MARTIN, âgé de 17 ans, participe avec ses frères plus jeunes au nettoyage de leurs terres : travail ingrat, dangereux, difficile comme il le raconte à ses petits enfants plus tard. Entre temps, l’une de ses sœurs va faire paître l’unique vache aux abords du canal. La majorité du cheptel accordé aux cultivateurs arrive d’Allemagne : premiers dommages de guerre !

Au travers de ces événements, les municipalités s’attachent à reprendre une vie normale dès que possible. A Bony, la mairie et l’école sont installées dans une cabane en bois où logeaient les prisonniers russes participant à la construction de la ligne Hindenburg.

LA VIE MUNICIPALE EN 1919

Les élections ont lieu le 30 novembre et 7 décembre 1919 et le conseil municipal se réunit pour la première fois le 10 décembre pour « l’installation » et l’élection du maire et de l’Adjoint :
– M. Pierre JOURNEL est élu maire par 6 voix pour et un vote nul.  M. Auguste FRISON est élu adjoint par 7 voix.
Il leur faut également nommer les délégués pour les élections sénatoriales proches. Cela semble dérisoire vu l’actualité et la situation. Sans doute cela leur donnait-il l’impression de reprendre une vie normale ?
Mais la situation les rattrape vite : le troisième et dernier point de cette première réunion du conseil municipal, c’est le déblaiement de la commune. Le Conseil municipal demande à ce qu’il soit effectué le plus tôt possible en vue de la reconstruction rapide du pays et désigne comme points de déchargement des :
* immondices : – vieux chemin de Gilmont – pont vaillant entre M JOURNEL et M HAPPE – chemin de Péronne – cour de la ferme de M et Mme DRUON
* bois récupérés : devant le presbytère
* briques-moellons : devant la maison de Lucie LEVEAUX.

Clocher provisoire en bois à gauche – Eglise provisoire en bois – restes de fondations au premier plan à droite

La seconde réunion a lieu le 5 février 1920. En premier lieu, les élus doivent désigner les répartiteurs des contributions directes pour la Préfecture. La liste ci-dessous permet de voir quelques noms des personnes habitant dans et près de la commune de Bony en 1920.

Lors de leur troisième réunion le 9 février, les élus doivent adopter un premier budget de fonctionnement et décident de déposer une demande de subvention auprès de l’Etat pour combler l’excédent de dépenses de la commune qui ne dispose d’aucune ressource. Le 26 avril 1920, le conseil municipal délibère sur l’affectation de la baraque « BESSONNEAU » en poste de secours, tenu par des infirmiers de la Croix Rouge Française (baraque située sur la place, devant l’école).
Puis l’ordre du jour étudie les demandes d’assistance aux vieillards infirmes et incurables de la commune : deux demandes, LECLERCQ A. 76 ans infirme, et LECLERCQ H, 84, sont agréées.
Enfin, les élus, chargés de désigner des électeurs au conseil de prud’hommes, délibèrent ainsi : le conseil municipal considère qu’il ne lui est pas possible de désigner un électeur ouvrier – employé – patron pour la participation aux élections du Conseil de prud’hommes, la population de Bony étant essentiellement agricole.
Enfin, le 13 juillet 1920, le conseil municipal se réunit pour préparer les festivités du 14 Juillet, malgré la pénurie et décide d’ouvrir un crédit de 230 F se décomposant ainsi : 80 F pour les jeux divers et 150 F en bons de 1 F pour chacun des 150 habitants rentrés à Bony le 14 juillet 1920.

Lors de la réunion du 29 juillet 1920, le déblaiement de la commune et la reconstruction reste la priorité des élus. Suite à un courrier du chef de district du Catelet, la commune a la possibilité de passer un marché partiel de déblaiement d’un montant de 40 000 F. Le conseil municipal insiste sur l’intérêt d’un déblaiement rapide pour l’installation des maisons d’habitation provisoires et les hangars agricoles qu’on doit incessamment édifier. Il est décidé de confier ce marché à M. ROBERT et M. BIGNAMI, au prix fixé par l’administration, diminué d’un rabais de 25 %.
14 Le 10 août 1920, le conseil municipal prépare le budget primitif pour 1921. L’instruction de certains enfants, devenus adultes, ayant été interrompue pour cause de guerre, un avis favorable est donné pour l’ouverture de cours d’adultes durant l’hiver 1920/21. L’institutrice perçoit une indemnité de 200 F. Le conseil municipal doit aussi prendre en compte différentes demandes d’assistance. Le 10 août, il donne un avis favorable pour que la famille TOFFIN Emile Désiré, chauffeur, demeurant à Vendhuile depuis 1915, et auparavant à Bony, bénéficie de l’assistance aux familles nombreuses. Enfin, lors de cette même réunion, sont désignés à l’unanimité comme membres de la commission chargée de l’établissement des listes des électeurs aux chambres et tribunaux de commerce : DELATTRE Louis et MARTIN Hector.
Lors de la réunion du 27 septembre 1920, le passé se rappelle au bon souvenir de la municipalité de Bony : M. GRAUX, de Vendhuile, demande le paiement des pierres de Lessines fournies en 1914 (70 m3 880 dm3 au prix de 12,90 F). Tenant compte de la situation de M PINCHON Auguste, 72 ans, infirme, le conseil municipal décide qu’il bénéficiera de l’assistance aux vieillards.
Le 29 novembre 1920, la réunion est consacrée à la nomination de délégués pour les prochaines élections sénatoriales : M. Pierre JOURNEL est élu titulaire –6 voix M. Auguste FRISON est élu suppléant.
Le 6 décembre 1920, le Conseil Municipal décide de mandater les crédits urgents portés aux budgets primitif et additionnel de 1920, et notamment le mandatement immédiat de : – 100 F pour l’achat d’une couronne pour le Mémorial Day au cimetière américain – 150 F pour l’achat de fournitures des classes – 350 F pour le traitement du secrétaire de mairie – 326.66 F pour le traitement du garde champêtre.

Un autre point très important pour l’ensemble des habitants est évoqué : l’installation d’une motopompe. Considérant la difficulté qu’éprouve la population à se procurer de l’eau, un avis favorable est donné pour l’installation d’une motopompe sur le puits principal de la commune, situé sur la place.
Dernière réunion de 1920, le 22 décembre, le Conseil Municipal doit délibérer sur de nombreux points. M. Auguste FRISON est désigné en qualité de délégué pour dresser la liste électorale à la chambre d’agriculture départementale. Sont nommés M. François VANDENBERGH pour participer aux travaux préliminaires de la révision des listes électorales et MM Achille TEMPLEUX et Jules LALISSE en qualité de délégués pour faire partie de la commission.

 Tenant compte de la situation de M. Alexis LECLERC, le conseil municipal  décide que l’allocation d’assistance aux vieillards sera diminuée de 10  à 5 F, considérant qu’il reçoit une aide de 5 F de son fils. M.  LECLERCQ a perdu 2 autres fils à la guerre, Charles et Henri.  

Par ailleurs, tenant compte de sa situation, le conseil municipal décide de ne pas étudier le dossier de M. VILAIN Cyrille (Bois Colombes) qui reçoit 25 F de ses enfants, soit 5,80 F de plus que l’allocation d’état des retraités ouvriers. Le seuil de la commune de Bony est de 10 F. Un autre point qui va revenir durant quelques années dans les délibérations : le conseil municipal note qu’il n’est pas fait mention de la somme de 6 500 F dans le compte de gestion présenté par M. JOUSSELAIN (percepteur), placée par la commune auprès du trésor avant la guerre, ainsi que les intérêts de 1914 à 1919 et fait part de son étonnement.

Héritage des anciennes corvées, le conseil municipal décide que les journées de prestations ne seront pas remplacées par une taxe vicinale. Les habitants continueront encore de nombreuses années à donner de leur temps, notamment pour participer à l‘entretien des chemins de la commune. Enfin, à la demande du préfet, le conseil municipal vote les centimes additionnels pour l’équilibre du budget 1920 : – de 8 cts pour les patentes – de 5 cts pour les contributions foncières et personnelles mobilières – de 30 cts pour insuffisance de revenus, voté le 27/9/1920.

La délibération du 22 décembre 1920 se termine par le constat suivant : « La commune de Bony, totalement détruite par faits de guerre, a été évacuée le 12 octobre 1916. La rentrée des habitants n’a commencé qu’en mars 1919. La population actuelle s’élève à environ 50 % de la population d’avant guerre. La municipalité ne possède ni budgets primitifs anciens, ni comptes administratifs des années d’avant guerre. La commune n’a reçu ni subvention ni avance à quelque titre que ce soit. Le conseil municipal sait parfaitement qu’en 1914, la commune avait une somme d’environ 6 500 F placée au trésor. D’après le compte de l’année 1919 par le percepteur du Catelet, receveur municipal de la commune, la commune aurait un état de recettes de 4 991 F et un état de dépenses néant. Notre budget de l’année 1920, voté par le conseil municipal le 9 février 1920, ne comporte que les dépenses absolument indispensables (traitement des fonctionnaires et budget de l’école communale). Malgré les demandes réitérées, nous n’avons pas pu obtenir l’approbation du budget et le mandatement des dépenses indispensables. Le conseil municipal, réuni en session extraordinaire aujourd’hui, réclame énergiquement qu’il soit fait droit à ses demandes précédentes et sollicite de l’autorité préfectorale, – vu la
situation désespérée de la commune, vu que le conseil municipal a voté les différents sommes et produit ainsi tout l’effort qu’il pouvait produire – le concours financier de l’état pour une subvention d’environ 5 000 F, destinée à assurer l’équilibre de son budget ordinaire. »

 En 1920, le village de BONY obtient la croix de guerre - parution au journal officiel du 23/10/1920.  

Un peu plus d’une année s’est passée depuis le retour des premiers habitants, environ le tiers de la population d’avant 1914. L’administration ne pensait pas qu’il soit possible que les terres soient de nouveau rendues à la culture, que les maisons soient rebâties et que la vie soit de nouveau possible. Mais, malgré les difficultés de la reconstruction, les dangers, la ténacité et le courage des habitants ont forcé le destin et on peut commencer à voir quelques cultures dans les champs aux alentours.

Je suis arrivée à m’intéresser à l’histoire du village de Bony à partir de la généalogie de ma famille, puis au travers de mes recherches effectuées pour un ami américain, souhaitant illustrer ses propres recherches par la vie des villages où se sont battues les 27° et 30° Divisions Américaines. Enfin, grâce à l’aimable autorisation de M. Philippe GYSELINCK, Maire de Bony, j’ai lu et retranscrit les délibérations du Conseil Municipal depuis sa réinstallation en décembre 1919, source de renseignement inépuisable, retranscription pas encore terminée à ce jour. J’ai souhaité rédiger un petit « article », très sommaire et incomplet, afin de faire patienter toutes les personnes qui m’ont aidée en me communiquant photos & informations diverses. Merci donc à ma grand-tante, Raymonde MARTIN-COUPE dont la mémoire phénoménale permet de retrouver des faits divers oubliés, au cousin Léandre MARTIN & son épouse Jeanne, Maryse TRANNOIS Membre du conseil d’administration de genealogie-aisne.com dont l’aide a été précieuse, Mme Monique SEVERIN (Société Académique de St-Quentin), M. Philippe GYSELINCK qui m’a autorisé à « squatter » de longues heures sa mairie, et Melle MACAIGNE, la secrétaire de mairie de Bony qui m’a supportée durant ces longues heures.
Thérèse MARTIN Février 2007

Principales sources
Témoignages Raymonde MARTIN-COUPE : Promenades autour de St-Quentin – C. POETTE L’invasion dans le canton du Catelet – Société Académique de St-Quentin Notice historique et statistique sur Gouy Le Catelet – A. OGNIER Avant, Pendant et Après Hindenburg – P. TRANNOIS La bataille américaine pour la ligne Hindenburg sur Bony et Vendhuile – C.JOURNEL Site Ministère Culture The Hindenburg Line P. OLDHAM