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Un marché de Noël patriotiqueHistoire locale / Articles

Thème : Traditions | Auteur : N.Pryjmak


Nous sommes en décembre 1871, Noël approche…

Les Parisiens se souviennent encore du dernier Noël, un Noël sous le signe du jeûne et des privations. Mais les Prussiens ne sont plus là, et l’on va pouvoir cette année organiser une vraie fête.
Depuis la fin du Second empire et les grands travaux haussmaniens, Paris a vu fleurir les marchés de Noël sur les grands boulevards, marchés de Noël où l’on a banni les baraques fantaisistes à quatre planches pour imposer une uniformité rigoureuse. Le retour de la République a adouci cette rigueur, et l’on trouvera à nouveau les tentes improvisées faites de couvertures et de manches à balai des petits marchands.

Destinés en premier lieu aux achats des mets qui composeront le repas de Noël, très vite on trouve aussi les jouets sur ces marchés. Des vitrines magiques des grands magasins aux riches baraques du marché, réservées aux plus fortunés des parents, le retour des marchands « à deux sous » permet aussi aux plus démunis de trouver des cadeaux pour leurs chères têtes blondes .

Mais d’où viennent ces jouets habituellement ? La plupart vient d’Allemagne ! Nuremberg est la référence pour la fourniture des poupées et des soldats de plomb, Berlin celle des boîtes à broder…Même les grenouilles à un sou qui sautent au bout d’un fil sont saxones !
Mais non , c’est impossible ! Il est dit que cette année Noël ne sera pas allemand ! Il est interdit de vendre leurs jouets !
Voilà bien une consigne qui va faire le bonheur des fabriquants de notre belle région !

En effet, l’Aisne propose cette année là une multitude de petits jouets qui seront vendus sur le marché parisien :

A La Capelle, on fabrique les jouets de bois au tour : quilles, toupies. On y trouve deux ou trois fabriques.
Liesse est renommé pour ses jouets également : maréchaux-ferrants, cavaliers en bois, crécelles,baguettes de tambours, moulins, balances. Ici c’est une activité individuelle, familiale : on fabrique les jouets en famille – ainsi que des calvaires en bouteilles pour les fidèles par ailleurs
.A Villers-Cotterets, on fabrique les roues en bois qui seront utilisées pour fabriquer de petites voitures, des canons , des pelles et rateaux . De là viennent aussi des poupards de carton vendus 1 sous.

Nos voisins de l’Oise sont les rois des jouets en os : à Méru on fabrique les dominos, dés, jetons.

Spécialisée dans le jouet à deux sous, notre région aura sans aucun doute contribué à faire briller les yeux de milliers d’enfants parmi les plus pauvres, et ce plus particulièrement en ce patriotique Noël de 1871.
Il faut dire aussi que cette haine du jouet allemand persistera puisque ranimée régulièrement par les différents conflits. Par contre, il ne semble pas que l’industrie du jouet à deux sous soit devenue si florissante par chez nous….

Sources : Le moniteur, Le petit journal