Connexion à l'espace adhérent



Connexion à l'espace adhérent



Saint-Quentin pendant les époques gauloises et gallo-romaines

Thème : Communes | Catégorie : Histoire | Commune(s) : SAINT-QUENTIN | Auteur : J.ROhat d'après L.Jamart


Article de J. Rohat. Extraits de « Histoire Populaire de la ville de Saint-Quentin »
de L.Jamart

Epoque gauloise et époque romaine
Il est difficile de remonter aux origines du Vermandois et de sa capitale. Certaines vieilles chroniques attribuent la fondation de notre ville à Rhomus ou Rhomaus, 17ème roi des Gaulois, qu’elles font vivre environ 1440 ans avant Jésus-Christ.
Peut-être veulent-elles désigner Samarobriva, regardée aujourd’hui par la plupart des historiens comme Amiens et non St-Quentin.
Quoi qu’il en soit, on peut avancer que nos ancêtres, comme les habitants de la Gaule et de la Germanie, appartiennent à la grande famille des nations indo-européennes. Vers le milieu du VIe siècle avant J.-C., les Kymris, chassés de la haute Asie par les Scythes, traversèrent l’Europe et franchirent le Rhin sous la conduite de leur chef Hu-Ie-Puissant. Ils s’arrêtèrent dans le nord de la Gaule après en avoir chassé les tribus dépossédées.
Plus tard les peuplades guerrières du nord de la Germanie vinrent partager avec les conquérants les diverses régions fertiles de ce pays.
César nous dit, dans ses commentaires, qu’ayant demandé aux députés rémois ce qu’étaient les peuples voisins en armes, il lui fut répondu : « Que la plupart des peuples belges étaient d’origine germanique, et que leurs ancêtres, après avoir passé le Rhin, s’étaient fixés dans ces lieux à cause de la fertilité du sol, et en avaient chassé les habitants. Que seuls, tandis que les Teutons ravageaient la Gaule, ils avaient repoussé de leurs frontières ces redoutables ennemis. »
Ces populations septentrionales n’étaient pas unies : chaque peuplade, faisant partie de la Gaule-Belgique, avait une législation particulière, un gouvernement à part.
On ne voyait alors que forêts et prairies ou fourmillait une population de chasseurs et de pasteurs. Çà et là quelques habitations au milieu d’éclaircies, ou encore des grottes destinées à mettre à l’abri des intempéries, les femmes et les enfants de ces hommes barbares.

A l’époque de la conquête de la Gaule par Jules César, l’histoire générale de notre province se confond moins avec l’histoire générale de la Gaule, et les documents historiques de ce temps relatent certains faits qui ont leur intérêt. Il reste un doute, quant à l’emplacement de la capitale du Vermandois, mais on a des données assez certaines sur l’histoire du pays.
« C’est, dit la France pittoresque, à coté de la figure colossale de Jules César que la contrée comprimée sous la dénomination moderne de Picardie, apparaît pour la première fois dans nos fastes nationaux. C’est lui qui, le premier, dans les haltes de la victoire, écrivit les annales du pays, alors que, d’une main puissante, il tenait à la fois l’épée qui gagne les batailles et le style qui les caractérise. »

Le pays des Véromanduens était alors borné au nord et à l’est par le pays des Nerviens qui occupait les territoires de Cambrai et de Tournai, et dont la capitale était Bavai. Au midi par le Rémois et le Soissonnais, et à l’ouest par le pays des Ambiens.

Les commentaires (Livre II) citent dix mille Véromanduens comme s’étant joints aux trois cent mille Belges, pour résister à la domination romaine. On sait que la valeur inouïe déployée par les Belges dans la bataille des bords de l’Aisne fut vaine. « Cette foule qui combattait sans art, plia bientôt sous le choc impétueux des masses de César systématiquement conduites. »
La défection des Bellovaques (Beauvais) obligea les divers peuples coalisés à retourner dans leurs foyers, et dés lors César put se diriger vers le pays des Nerviens.
Là encore, nous voyons les Véromanduens  » plus faible de nombre, mais plus constant dans la haine de Rome », venir secourir le peuple menacé.
La bataille des bords de la Sambre fut des plus sanglantes et la fortune romaine faillit s’y briser.
Les Trévires, alliés des Romains, avaient déjà repris le chemin de leur pays, publiant l’entière défaite de ceux-ci. Cependant, César, par sa présence et par son exemple, sut ranimer le courage de ses légions et les phalanges des vaillants peuples du Nord furent battues et leurs restes dispersés. Mais le choc avait été terrible. Car les vieillards nerviens, implorant la clémence du vainqueur, déclaraient que, de 600 sénateurs, il en restait 3, et, sur près de 60,000 hommes, 500 à peine survivaient.
Les Véromanduens vaincus furent-ils soumis, à cette époque, à la domination romaine?
Un voile épais couvre cette période de notre histoire, et il serait difficile de préciser l’année de leur soumission.
Cependant il est certain que la résistance de ce peuple fut opiniâtre. Le pays supportait difficilement le joug étranger puisque César fut obligé de s’établir à Samarobrive, tandis que de nombreuses légions hivernèrent dans tout le pays.
Il est probable que le camp romain de Vermand fut occupé à cette époque par les conquérants, comme le prouvent les ruines de ce pays et les nombreuse monnaies que l’on y retrouve.
César dit lui-même (Livre V) que, par suite du manque de récoltes, il changea ses quartiers d’hiver et distribua ses légions dans diverses contrées. Quelques auteurs avancent que ce camp fut tracé par César lui-même. La longue résistance de la contrée peut bien laisser supposer que César, afin de rendre durable la soumission de ces peuples, fut contraint d’établir des camps retranchés destinés à mettre à l’abri de toute surprise les légions de la Gaule.
Quoi qu’il en soit, la politique conquérante et civilisatrice des maîtres du monde sillonna bientôt le pays vaincu de routes stratégiques, et de travaux militaires exécutés par les légions victorieuses. Notre région ne possède ni aqueduc, ni temple. Toutefois, on peut citer les retranchements connus sous le nom de camps romains, et les nombreux tumulus, aujourd’hui désignés sous le nom de buttes ou tombelles de Pontruet, d’Attilly, de Pluquières, ainsi que les vestiges des voies romaines appelées aussi chaussées Brunehaut (celles de Vermand, Estrées, Essigny-le-Grand, etc.). Enfin, les tombeaux mis à jour qui attestent, non un passage, mais un établissement permanent (ceux, de Vend’huile, Castres, Marteville).
Sous l’empereur Auguste, un grand nombre de villes abandonnèrent leurs antiques noms gaulois. Parfois aussi les chefs-lieux de province furent transférés d’une ville à une autre. D’après quelques historiens, ce serait à cette époque que la capitale des Véromanduens aurait été transférée des rives de l’Omignon, vers les bords de la Somme, à l’endroit où s’éleva bientôt l’Augusta Vermanduorum.

Les auteurs sont partagés sur l’emplacement de la cité des Véromanduens. Les uns, Hémeré, Claude Bentier, Louis Hordret, l’ingénieur Lenin, Coliette et quelques autres, veulent que cette ville soit Sain-Quentin. Soumise aux Romains, la cité aurait été agrandie et fortifiée par Auguste, qui lui donna son nom.
Elle était alors au midi du Saint-Quentin moderne et aurait compris à peu près les quartiers Saint-Thomas, Sainte Catherine, Saint Martin et Saint-Nicaise.

D’autres, principalement Levasseur, chanoine de Noyon, Charles de Bovelles, le père Labbé, Tillement, le géographe Samson et les auteurs de la Gaule chrétienne, prétendent que Vermand a été l’Augusta, qui perdit sa prééminence et son évêché à l’invasion des barbares. Dans tous les cas, les cités de Saint-Quentin et de Vermand, peuvent chacune revendiquer une antique origine. Les nombreux débris romains de ces temps reculés trouvés dans leur enceinte ne laissent aucun doute sur une occupation plusieurs fois séculaire.

Le pays fut divisé en provinces, dont les capitales appelées cités (civitates), avaient sous leur autorité administrative plusieurs cantons (pagi) secondaires. Les cités conservèrent leurs décurions ou sénateurs et leurs coutumes particulières. L’administration intérieure fut toute municipale. Un magistrat nommé défenseur eut la mission de protéger auprès des autorités impériales les intérêts de la cité et des citoyens.
On peut admettre que la domination romaine ne fut pas un joug pour notre ville, et que le droit de se gouverner par ses anciennes coutumes lui fut conservé, de sorte que son administration, sous les Romains, resta la même qu’à l’époque gauloise.
Par la suite, la cité des Véromanduens acquit le droit de bourgeoisie romaine. L’un de ses habitants nommé Brésius supérieur, fut même élevé à la dignité de chevalier romain.
Peu à peu les habitudes romaines s’implantèrent dans notre pays. Progressivement aussi le nombre de villes élevées au rang de municipes augmenta, et, vers l’an 200 après J.-C., la Gaule tout entière, par ses mœurs et par ses usages, était romaine.
Plusieurs voies militaires, construites par Agrippa, gendre d’Auguste et gouverneur des Gaules, reliaient notre cité aux villes des environs et prouvent ainsi l’importance de notre pays. Il y avait la voie de Reims à Arras, celle de Saint-Quentin à Soissons, de Saint-Quentin à Amiens; et, enfin, celle de Saint-Quentin à Bavai, dans le Nord, principale forteresse des Nerviens.
Enfin, une dernière preuve de l’importance de la ville d’Auguste de Vermandois, c’est que par la suite, et à différentes époques, on a trouvé dans les fouilles faites pour l’exécution de certains travaux publics de la ville, une grande quantité de médailles des empereurs César, Auguste, Tibère, Germanicus, ainsi que des armes, des urnes diverses, des lacrymatoire et d’autres vases en usage dans les cérémonies funèbres des Romains. Ces objets laissent supposer le séjour de chefs, de généraux et d’autres Romains importants.