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Saint-Quentin pendant l’époque franque

Thème : Communes | Catégorie : Histoire | Commune(s) : SAINT-QUENTIN | Auteur : J.Rohat


Article de J. Rohat.
Extraits de “Histoire Populaire de la ville de Saint-Quentin” de L.Jamart
Etablissement du christianisme. Epoque franque

L’histoire de notre province, et souvent celle de la Gaule sous les empereurs, est vide d’événements. Les guerres civiles, les révoltes étouffées dans le sang, la ruine des anciennes croyances et des mœurs nationales, accélèrent la destruction de la vieille société.

Le monde, préparé matériellement par l’unité romaine, moralement par la doctrine de l’humanité reçut peu à peu, et au prix des plus grands dévouements, les divins préceptes que Jésus-Christ est venu enseigner aux hommes.

Vers 250, sept évêques, dont l’un était saint Denis partirent de Rome pour évangéliser la Gaule. Bientôt après notre contrée eut ses apôtres, comme le prouvent les persécutions ordonnés par Maximien au préfet Rictiovare.

Résumons ici le martyr de Saint-Quentin, l’apôtre de notre contrée, dont le nom est resté à notre cité.

Après avoir fait mourir à Bazoches, Rufin et Valère,  officiers du grenier public, réputés par leur piété, le préfet de l’empereur romain arriva à Soissons, où il fit décapiter Crépin et Crépinien, puis se dirigea vers Amiens où prêchait Quentin, fils du sénateur  Zenon,  venu   de   Rome avec onze compagnons.

(Les onze compagnons de saint Quentin étaient : Saint Crépin, saint Crépinien à Soissons, saint Lucien à Beauvais, saint Rufin el saint Valère à Reims, saint Rieul à Senlis, saint Eugène à Toul, sainl Piat à Tournai, saint Marcel à Trêves, saint Fuscien, saint Victorice a Thérouane.)

C’était vers l’an 302, sous le gouvernement de Dioclétien. Le préfet Rictiovare fit saisir Quentin et le mit en prison. Interrogé sur ses prédications, Quentin se contenta de répondre qu’il était chrétien et qu’il refusait de sacrifier aux idoles. Le préfet ordonna alors  de  le jeter  dans  un noir cachot avec ordre de l’isoler de tout chrétien. Mais, pendant la nuit, Quentin parvint à s’échapper et continua à évangéliser un grand nombre de personnes. Rictiovare, furieux,  prit alors la résolution de le faire mourir. Après avoir essayé une dernière fois de gagner le futur martyr,  il  ordonna de forger deux longues broches de fer qui pussent descendre des épaules jusqu’aux cuisses, et dix lames da même métal destinées à être introduites entre les ongles. Amené au lieu où devait finir son martyre, Quentin pria quelques instants, puis se présenta aux bourreaux. Les deux fiches en fer furent enfoncées dans les épaules ainsi que les lames au bout des doigts; enfin, on lui trancha la tête. Son corps, gardé jusqu’à la nuit fut jeté en secret dans la Somme.

Suivant une tradition populaire, saint-Quentin aurait été enfermé dans une prison qui existait au coin des rues St-Martin et Ste-Marguerite, (devenues rue E. Zola et rue V. Basch). La mémoire de St-Quentin ne périt pas avec lui. Cinquante-cinq ans plus tard, Une dame romaine, nommée Eusébie, aussi grande par sa Piété qu’illustre par ses richesses et par son origine, vint en Gaule pour rechercher le corps du saint martyr. La légende rapporte qu’aveugle depuis neuf ans, un ange était apparu à Eusébie et lui avait dit : « Va dans la Gaule, cherche le lieu appelé  Auguste de vermandois et à l’endroit où le fleuve est traversé par la voie d’Amiens à Laon, tu trouveras le corps de saint-Quentin, mon martyr. Après l’avoir montré  au peuple, tu l’enseveliras, alors tu recouvreras la vue. »

Ensébie partit avec une suite nombreuse. Arrivés près d’Augusta, elle interrogea un vieillard nommé Eraclien qui lui indiqua le lieu où la voie traversait le fleuve. Bientôt après la surface de l’eau se rida, puis s’entrouvrit, et les restes du bienheureux Quentin apparurent. Eusébie les fit transporter sur le haut de la colline. Mais le corps devint si pesant qu’il fut impossible d’avancer plus loin.

Reconnaissant la volonté de Dieu, Eusébie ensevelit l’auguste dépouille dans cet endroit, et, peu après, dit la légende, suivant la promesse de l’ange elle recouvra la vue.  Une chapelle fut  élevée sur la colline, de nombreuses habitations s’élevèrent et, peu a peu, une nouvelle ville couvrit la colline. Grandissant avec le christianisme et désignée d’abord sons le  nom de “Vicus Sancti Quintini », cette cité devint assez importante, lorsque la religion chrétienne fut reconnue religion de l’Etat, pour donner par la suite son nom à l’ancienne Augusta.

À travers les siècles, et au milieu des dévastations et des pillages des peuples barbares qui inondent l’empire romain, nous arrivons à l’époque où les contrées du Nord de la Gaule vont être envahies par « le peuple qui seul doit apporter les matériaux de la nationalité française. »

C’est vers 241 que le nom de Franc apparaît pour la première fois dans les fastes de l’histoire. Cependant, dit l’historien Henri Martin, ce peuple était connu depuis longtemps, son nom seul était nouveau. Mais adopté par plusieurs petits peuples, il annonçait qu’une confédération offensive s’était formée contre Rome.

Bientôt, en effet, Décius fut vaincu et les Francs se ruèrent sur les trois provinces germaniques et sur la Belgique. Repoussés par Posthumus, lieutenant de Gallien, ainsi que les Allemands qui avaient envahi le Hainaut et le Vermandois, pillant tout sur leur passage, défaits successivement par Probus, Constance Clore et Constantin, ils furent assujettis par Julien qui leur fit reconstruire les places fortes du Rhin. (355)

Cependant, Valentinien, puis Gratien ne tinrent les Francs en respect qu’en leur concédant les charges et les honneurs . Et sous Honorius, Stilicon, par son habileté politique plus que par sa valeur parvint à effrayer ces peuples confédérés.

A la terrible invasion des Suèves, des Alains et des Vandales en 406, les Francs, établis sur la rive gauche du Rhin, essayèrent vainement d’arréter les Barbares. Ceux ci se répandirent dans toute la Gaule. Amiens, Soissons, Arras, Tournay, toutes les villes de la Gaule- Belgique furent pillées et dévastées. Saint-Quentin, Vermand et tout le diocèse de Reims furent le théâtre du massacre, de la destruction et de l’incendie. Laon seul résista grâce à son heureuse situation. Les Francs s’avancèrent peu à peu. En 428, Clodion, leur chef, vint jusqu’à Cambrai et mit à mort les Romains qui habitaient cette ville.

 Avec Mérovée et Childéric son fils, les Francs arrivèrent jusqu’à notre ville (448), mais Aétius, général romain, gouvernant à Soissons, vint les surprendre au milieu d’une fête et les défit complètement. En 475, la capitale du Vermandois passa définitivement au pouvoir des Francs. Comme à l’invasion des Vandales, tout notre pays fut dévasté par les Huns conduits par le farouche Attila.

Un général romain, Egidius gouverna pendant quelque temps notre province et tout le Nord de la Gaule. Le Romain légua le gouvernement à son ûls Syagnus qui, attaqué par Clovis I et Ragnachaire, roi de Cambrai, fut défait dans les plaines de Soissons (486). On prétend que Clovis, parti de Cambrai, passa dans la capitale du Vermandois pour aller dans le Soissonnais. Mais il ne reste aucun document confirmant ce passage.

Clotaire I, roi de Soissons, gouverna le Vermandois. Sigebert, roi de Metz, envahit ce pays et s’empara de l’Auguste de Vermandois. Mais elle rentra bientôt sous la souveraineté de Clotaire I. Enfin, Clotaire II, roi de Neustrie, resta possesseur de ce pays qu’il transmit à ses successeurs. Battu dans les plaines de la Bourgogne et poursuivi par Thierry, son cousin, il passa à Saint-Quentin, comme le relate une pierre trouvée en 1826, et portant cette inscription : « En l’an 600 fut posé ce monument par l’ordre de «Clotaire, roi des Francs, fils de Chilpéric, allant à « Soissons, le vingtième du mois de janvier ». C’est en souvenir de cette pierre que la rue où elle fut trouvée prit le nom de Clotaire II.

Durant ces diverses invasions, le christianisme avait jeté de profondes racines dans notre province et les progrès de la foi augmentaient rapidement.

Dès l’an 287, les évêchés de Reims et de Soissons étaient fondés. Vers l’an 305, un autre évèché fut établi dans la capitale du Vermandois. Hilaire Ie en fut le premier titulaire.

En 498, saint Remi, archevêque de Reims, détachait une partie de son diocèse, afin d’ériger en évèché la ville de Laon.

Les évêques d’Augusta ont laissé dans  l’histoire peu de traces de leur épiscopat. A l’ex-ception de Sophronius, qui, sous Clovis en 511, parut au concile d’Orléans.

En voici la liste, empruntée aux archives historiques de Picardie :

(365)  Hilaire, Martin, Germain, Maxime, Fossone, Alterne, Hilaire II, Domitien, Rémédie,   Mercurin, Promote, Sophronie (511), Alomer (530), Saint-Médar (531)

Saint-Quentin, ville épiscopale, ayant été ruinée par les barbares en 531, saint Médard, 14e évêque du Vermandois, transféra le siège de son évêché à Noyon.

Quels motifs ont pu déterminer cet évêque à déshériter ainsi la capitale du Vermandois ? Les causes en paraissent assez multiples bien qu’un peu vagues.

Peut-être que les attaques continuelles que Saint-Quentin avait à supporter des Barbares, ont contribué à la décision de saint Médard. Peut-être que sain-Médard a voulu se rapprocher de Salency près Noyon, son lieu de naissance, d’autant plus que Noyon passait pour une des meilleures places fortes du pays, tandis que Saint-Quentin ne fut véritablement fortifiée qu’en 884. L’Eglise de Saint-Quentin, privée de son chef, n’en a pas moins conservé ses droits épiscopaux jusqu’au 18 août 703.

Grégoire de Tours dit que cette église, avant l’épiscopat de saint Eloi, en 637, continuait d’être renommée par les miracles qui s’y opéraient. Saint Ouen, dans sa vie de saint Eloi, relate que l’église de Saint-Quentin conservait son titre de métropole sous Clovis II, en 638.

On lit, dans Frédégaire, qu’elle était illustre et son clergé considérable. Enfin, dans le catalogue des Evêques de la Gaule, que cette ville, très peuplée sous Charleraagne (768), avait un clergé composé de 72 chanoines, 80 chapelains et d’un grand nombre d’offlciers du chœur.

Au VIe siècle, dit un auteur, le coutre ou trésorier de l’église jouissait de singulières prérogatives. Le jour de son installation, il portait la mitre des évêques, et comme un souverain, il faisait une entrée solennelle, monté sur une mule, conduite par le sénéchal du Vermandois. De plus, il pouvait, ce jour-là affranchir de leur exil tous les bannis de la cité.

ADDITIF

Le nom de Clovis vient du franc (vieil haut-allemand) Hlodowig, composé des racines hlod (« renommée », « illustre ») et wig (« combat »), c’est-à-dire « Illustre dans la Bataille », « Illustre au Combat » : il donne en français moderne Louis, prénom de la majorité des rois de France, et en allemand Ludwig, aussi latinisé en Ludovic. Fréquemment utilisée par les Mérovingiens, la racine hlod est aussi à l’origine de noms tels que Clotaire (et Lothaire), Clodomir, ou encore, Clotilde.