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René Bouré, l’enfant sans nom

Thème : | Catégorie : Première guerre mondiale 1914-1918 | Commune(s) : GROUGIS, VADENCOURT | Auteur : N.Pryjmak


Chauny 1917
Nous sommes en 1917, on évacue les populations dans certaines zones proches du front.
Le Secours de guerre, installé dans les locaux du séminaire de Saint-Sulpice à Paris attend un convoi de 400 enfants et vieillards évacués de la région de Chauny. Le train est bombardé en route par un avion allemand, il y a des morts et des blessés parmi les voyageurs. Passé les premières urgences, on cherche à identifier les pauvres enfants .

Le Secours de guerre -l’arrivée des réfugiésà Saint-Sulpice – 2FI12 -Archives de Paris


René Bouré a quatre ans, il ne sait pas dire où il habite, il sait juste que son papa est à la guerre. On sait juste qu’une femme l’accompagnait à la gare mais les recherches demeurent vaines.
Mr Peltier, directeur du Secours de guerre et commissaire de police du quartier de la monnaie, et son épouse adoptent l’enfant.
Celui ci grandit, bon élève , il obtient même son certificat d’étude. Mais il n’ a toujours pas d’état civil d’un point de vue légal. Mr Peltier décide de lancer un appel général à la presse pour rechercher encore les parents du garçon et parallèlement il entreprends des démarches auprès du Parquet de la Seine et René Bourée est inscrit sur la liste des enfants trouvés.

1926
L’enquête administrative faite dans le département de l’Aisne a permis de retrouver la mère de l’enfant : Marguerite Bouré a 36 ans, elle est factrice auxiliaire à Grougis.
L’enfant resté si longtemps sans nom s’appelle en réalité René Lucien Langlet, du nom de son père légal.
Mariée en 1909 à Paul Langlet, boucher de Vadencourt, Marguerite le quitte à la suite de mauvais traitements reçus et se place à Chauny en 1911 comme vendeuse chez Chiappari, le mercier en gros du Bd du 8 Octobre. Elle a le 7 août 1913 un enfant d’un officier en retraite , Mr Brocheton, enfant déclaré à la mairie de Vadencourt comme René Lucien Bouré.
La guerre arrive à Chauny . Elle ne reverra pas Mr Brocheton, décédé en 1920 à Paris dans un hôpital du 14e arrondissement. Restée seule avec son fils, sans argent ni travail , elle finit par se faire employer à l’hôpital militaire comme femme de service. Une mauvaise piqüre au doigt en 1915, et elle perd son majeur après 3 opérations. En septembre 1916, elle doit évacuer avec sa fille Liane, qu’elle a eu entre temps, et René est confié aux religieuses de Chauny.
Pas de nouvelles de son fils, les démarches se suivent, vaines jusqu’à la réception d’un billet : “Enfant considéré comme orphelin, passé en France non occupée.” Elle est soulagée, son enfant est à l’abri.
En septembre 1918, elle est à son tour évacuée de Laon pour Marjevols en Lozère jusqu’en juin 1919 où elle revient au pays. Plus de maison à Vadencourt, elle a été rasée. Elle s’installe à Grougis chez un cousin. Elle peut enfin chercher son fils, un paquet de lettres usées en témoigne. Partout où elle écrit, on ne connait pas l’enfant. Jusqu’au jour où elle voit le portrait de son enfant dans la presse suite à la campagne de Mr Peltier.

Ce dernier , informé par télégramme est de son côté embarrassé car l’enfant est en colonie de vacances et ignore tout de cela et de la publicité faite pour retrouver sa famille. Il faut préparer celui qu’il chérit comme son propre fils. Il souhaite qu’on lui confie la garde de René jusqu’à sa majorité.

René, Marguerite et Liane – L’echo de l’Aisne 1926

Mercredi 25 août 1926
A 6 heures du soir, René Bouré arrive à Grougis. Une demi douzaine de personnes l’attendent sur le quai de la gare. Sa grand-mère, toute émue, est restée chez elle. Les deux tantes impatientes comptent les minutes…enfin, le train apparaît , un epetite main s’agite par la fenêtre : voici René, un joli petit gars comme un moricaud nous dit le journaliste présent. René saute à terre et s’élance dans les bras de ses tantes, de sa mère et de son oncle l’adjudant Bouré venu de Reims. la famille pleure de joie. Aucune décision n’est prise dans l’immédiat quant à l’avenir de René .
Il est à penser que Mr Peltier continuera à s’occuper de son avenir et fera de René un citoyen à son image : un homme d’Honneur ” conclue l’article du Grand écho de l’Aisne.

Source : Le grand écho de l’aisne – 1926