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Petite revue historique du village de Chaillevois

Thème : Communes | Catégorie : Histoire | Commune(s) : CHAILLEVOIS | Auteur : Gervais Zalewski


par Gervais ZALEWSKI

C’est probablement à l’époque romaine que remonte la fondation du village tel qu’on le voit actuellement, au pied des collines. Le village est traversé par deux chaussées romaines. Tout d’abord, le chemin de Laon vers Senlis suivait le tracé de la route actuelle Laon – Anizy-leChâteau. Le nom du village pourrait venir de cette ancienne voie qui passait en ce lieu : callis via, chemin royal. Ensuite, la route de Soissons à Ribemont entrait sur le territoire de Chaillevois par le parc du château, suivait la Grande Rue du village, passait près de l’église et de là se portait sur Royaucourt.

Photos – M.Trannois


Dès le XIIème siècle et jusqu’à la Révolution, le Haut-Chaillevois appartenait au chapitre de la cathédrale de Laon. Le Bas-Chaillevois formait avec Chailvet et Royaucourt un fief du comté de Roucy.
Les Templiers ont réellement possédé des biens à Chaillevois entre les années 1149 et 1163. Un acte en latin, daté de 1149, de l’évêque de Laon, Barthélemy de Jur, notifie à l’Ordre du Temple la donation faite par Nicolas d’Espagne de tout ce qu’il possédait à Chaillevois (Calleviacum) et aussi la donation faite par Burdin de Valavergny d’une vigne sise au même endroit. En 1163, une charte latine de Gautier de Mortagne, évêque de Laon, relate la vente faite à son neveu par les Templiers de leur domaine de Chaillevois consistant en terres, maison, prés, vignes et bois.
C’est en 1224 que fut établie la commune de Chaillevois, par une charte d’Anselme de Mauny, évêque-duc de Laon, avec le consentement du chapitre de sa cathédrale.
La culture de la vigne, vraisemblablement introduite en Gaule par les Romains, était autrefois très répandue dans le Laonnois. Au sud de Laon, une cinquantaine de villages, dont Chaillevois faisait partie, attiraient particulièrement les bourgeois et les chanoines de Laon. Ces propriétaires possédaient, outre les vignes, les bois et les prés, de belles demeures appelées vendangeoirs, type de construction tout à fait spécial au Laonnois. Le vignoble s’étendait en 1780 sur 20 hectares à Chaillevois. En conséquence, le nom du village pourrait aussi tirer son origine de chais sur la voie. Mais les paysans employés par cette bourgeoisie aisée avaient, à cette époque, pour les travaux dans les vignes et les champs la vie rude et difficile. Le cahier de doléances de la paroisse de Chaillevois, pour les états généraux de 1789, nous en brosse un tableau très émouvant.
À travers les siècles, le village a connu les guerres et les invasions. La guerre de Cent Ans provoqua l’assaut du village par les Anglais en 1350. En 1590, les guerres de religion ensanglantent le Laonnois.
La campagne de France, en 1814, amène à nouveau les armées étrangères à Laon et aux alentours. À ce propos, durant la bataille de Laon (9 et 10 mars 1814), l’Empereur Napoléon Ier avait établi son quartier général à Chavignon où il coucha pendant trois nuits. Il se trouva alors dans l’embarras pour atteindre, sans danger, le village de Chivy et déloger l’ennemi par surprise en l’attaquant sur son flanc. Mais le général Charpentier, qui avait fait ses études au collège de Laon, connaissait parfaitement la contrée. Il indiqua donc à l’Empereur un chemin détourné qui part de Chavignon, traverse les prairies de la vallée de l’Ailette, franchit le pont d’Ailes et conduit à Chaillevois. De là, en passant par les bois, il débouche directement sur le village de Chivy. L’Empereur répondit favorablement à cette proposition et c’est ainsi que le village de Chaillevois a vu passer Napoléon et ses troupes à plusieurs reprises.
En 1870, les Prussiens occupent la région.
Et voici 1914, l’invasion à nouveau. Le village sera occupé pendant 4 années par les Allemands, de septembre 1914 à octobre 1918. Les habitants, avant d’être évacués en octobre 1917, auront subi pillages, brimades et réquisitions. À leur retour début 1919, ils ont retrouvé le village saccagé et vidé de tout ce qui pouvait être emporté. Situé à proximité du Chemin des Dames, le village a subi des bombardements qui ont occasionné des dégâts importants sur les maisons et l’église. Par un arrêté du 17 octobre 1920, le ministre de la guerre a cité la commune de Chaillevois, en même temps que dix-huit communes du canton d’Anizy-leChâteau, à l’ordre de l’armée avec cette belle citation : « Situées en 1917 à proximité de la ligne de bataille, ont été complètement détruites par de violents bombardements. Ont fait preuve au cours de l’occupation allemande de la plus belle énergie morale, en dépit des misères et vexations qu’elles ont eu à supporter. »
Puis, le 3 avril 1921, la croix de guerre fut remise aux communes du canton par le maréchal Fayolle, accompagné par M. Paul Doumer, ministre des finances, au cours d’une cérémonie qui avait pour cadre les ruines d’Anizy-le-Château. Les travaux, entrepris de 1921 à 1932 avec l’aide d’une coopérative de reconstruction et l’énergie des habitants, ont permis de sauvegarder le cachet du village.
Et encore l’occupation allemande en 1939-1945. Avec l’exode et les privations, c’est une page douloureuse que les habitants ont une nouvelle fois vécue. Le château, restauré dans les années vingt, a disparu en août 1944. Les Allemands, qui l’utilisaient comme dépôt de denrées alimentaires, l’ont incendié avant leur départ.
Sources :
– Maximilien Melleville – Dictionnaire historique du département de l’Aisne – 1865 – Itinéraires gallo-romains dans le département de l’Aisne par Amédée Piette 1856-1862
-Maxime de Sars – Les vendangeoirs du Laonnois – 1934-1935
– Maxime de Sars – L’œuvre des coopératives de reconstruction du département de l’Aisne – 1937
– Annie Dufour-Malbezin – Actes des évêques de Laon des origines à 1151 – 2001
– Le canton d’Anizy-le-Château par Eugène Cuvillier de Wissignicourt 1846
– Histoire de Laon et du Laonnois sous la direction de Michel Bur 1987 – Edouard Fleury
– Le département de l’Aisne en 1814 – 1858 – Fédération des sociétés d’histoire et d’archéologie de l’Aisne tome XLVII (2002)