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Monographie de Vauxaillon 1914-1920

Thème : Communes, Guerres | Catégorie : 1914-1918, Monographies | Commune(s) : VAUXAILLON | Auteur : Parmantier institutrice


VAUXAILLON

A.- Territoire occupé par les armées allemandes

I.- Généralités

Territoire occupé par les armées allemandes à Vauxaillon, petite commune de 465 habitants, canton d’Anizy-le-Château, arrondissement de Laon, département de l’Aisne, s’étendant entre les collines boisées, vers la vallée de l’Ailette, au pied du Chemin des Dames et dominée dans la partie nord par le Mont des Singes.

a).- A quelle date les Allemands ont-ils pris possession de votre village ?

b).- La prise de possession s’est-elle effectuée à la suite d’escarmouches, à la suite de combats sanglants, ou sans coup férir ?

Le 31 août 1914, vers 4 heures du soir, l’avant-garde des Uhlans fit son apparition dans le village. Des zouaves et des tirailleurs campés à la ferme d’Antioche, sur le plateau ouest du village, furent bombardés par l’ennemi. Nos troupes se replièrent sur la ferme Moisy, située sur le plateau sud. Quelques obus tombèrent sur la gare et la voie ferrée ; la fusillade nourrie blessa quelques zouaves et tirailleurs. La population affolée s’était réfugiée dans les caves et carrières environnantes. Le Maire est enlevé par un officier boche, habillé en anglais  et conduit dans un bois qu’on suppose occupé par les zouaves. Il y passe la nuit entière et ne rentre chez lui qu’à 5 heures du matin ne devant son salut qu’au départ des Français ¼ d’heure avant son arrivée dans le bois.

c).- Quelle a été l’attitude de l’autorité militaire à l’égard de la population pendant les premiers jours ? Dans la suite de l’occupation ?

Par suite du recul de nos troupes, les Allemands sont de passage dans la commune, sans y séjourner. L’impression et les propos des officiers et soldats ennemis sont qu’ils vont atteindre Paris dans quelques jours et que la victoire leur est acquise dans le plus bref délai, cinq à six mois, tout au plus.

Après la victoire de la Marne, recul de l’ennemi et arrivée de leurs troupes dans la commune qu’elles occuperont jusqu’en 1917. Les soldats cantonnent chez l’habitant. Von Klück et son état-major logent au Château des Roches. Son premier soin est d’imposer la commune d’une contribution de guerre immédiate de 1000; puis une sorte de mise à sac du pays est opérée : réquisitions de toutes sortes, gaspillage. Les gendarmes fouillent maison par maison s’emparent de tout ce que bon leur semble, cassent et brisent à l’occasion et pour opérer cette triste besogne, ils obligent les jeunes gens du village à les guider. Les céréales, dont la récolte était abondante, cette année-là, sont données en guise de litière aux chevaux. Les habitations sont prises par l’ennemi sans souci de l’habitant qui la plupart du temps est chassé de sa demeure, sans avoir le droit de se plaindre ; il est terrorisé par la façon brutale du Vandale qui s’empare pour le plaisir de détruire, le plus souvent. Les caves sont aussi immédiatement dévalisées et ce sont des orgies et débauches, nuit et jour : Les soldats et particulièrement les officiers s’enivrent à plaisir ; ils se révèlent gloutons. La farine de la boulangerie est confisquée et la population est privée de pain pendant 12 jours. Puis le pain K.K. fait son apparition, dans des proportions plus que restreintes (120 gr. par jour).

Malgré toutes ces horreurs, les pauvres habitants gardent leur calme et restent muets ; aussi, on ne signale aucune atteinte à la vie des uns ou des autres : tous assistent aux pillages et aux orgies, impassibles, mais la rage au cœur.

d).- Pouvez-vous rapporter quelques propos authentiques tenus par des officiers ou des soldats, et qui soient caractéristiques de leur état d’esprit ou de l’opinion publique en Allemagne à cette époque ?

Les soldats allemands sont convaincus que la France a déclaré la guerre à l’Allemagne et rien ne peut les faire changer d’opinion. Ils vouent surtout une haine implacable aux Anglais. Après la Marne, les officiers ont perdu l’assurance du début : il y a divergences d’opinion parmi eux.

e).- Pouvez-vous citer quelques ordres ou prescriptions émanant de l’autorité ennemie où se manifestait plus spécialement son système de « guerre aux civils » ?

Les ordres sont immédiats, ruineux pour les ressources du pays, les prescriptions affluent. Le Maire de cette époque, M. Rocquigny est sur les dents, il s’efforce, dans la mesure du possible, de satisfaire à ces exigences toujours renouvelées. Peine inutile : le 4 janvier 1915, il est emmené sous prétexte qu’il n’a pas obéi aux ordres donnés, et est emprisonné à Chauny pendant 15 jours, après quoi ; il obtient la « faveur » de rentrer chez lui.

Ce n’est que le 13 février 1917 après deux ans et demi de martyre que la population est évacuée, l’ennemi se voyant obligé à un recul forcé. L’exode eut lieu en 3 fois : le 13, le 18 et le 28, les premiers habitants dans le département du Nord, les derniers près de Chauny d’où ils furent délivrés par les Français.

II.- Des rapports de l’Autorité ennemie avec la population scolaire

a).- Les établissements d’instruction (écoles, etc.) ont-ils été ouverts pendant toute la durée de l’occupation ? Ou momentanément fermés, ou ont-ils été fermés pendant toute la guerre ?

Au début, les écoles ont servi de cantonnement et d’écurie pour les troupes allemandes, puis transformées en bureaux télégraphique ou téléphonique et enfin en lazaret. Dans le courant de 1916, sur ordre du Commandant de place, (un alsacien, fort germanisé), les écoles sont remises à la disposition des enfants sous la surveillance d’une dame et d’une demoiselle de la localité, (l’institutrice, Mme Bienfait était rapatriée et son mari, accomplissait noblement son devoir sur le front puisque de s/s Lieutenant de réserve, il gagna héroïquement les galons de capitaine, puis de Commandant). La garderie installée n’eut lieu que par intermittences : l’arrivée de nouvelles troupes de blessés prenait la place des pauvres enfants, abandonnés à eux-mêmes ou obligés d’aller participer aux travaux des champs.

b).- Quelles ont été les prescriptions particulières édictées par les Allemands à l’égard des

établissements d’instruction ? (Prière de joindre, si possible, des documents à l’appui)

Malgré l’irrégularité d’ouverture de la garderie, les enfants étaient contraints de la fréquenter quand elle leur était ouverte, sous peine d’amendes imposées aux parents.

c).- Le commandant de place s’est-il immiscé dans les services d’enseignement ?

d).- des officiers délégués ou inspecteurs allemands ont-ils émis la prétention de contrôler l’enseignement ? Ont-ils pénétré dans l’école ? Ont-ils interrogé les élèves ? Pouvez-vous citer, à cette occasion, des réponses d’élèves méritant d’être mentionnées ?

Le Commandant de place n’exerça qu’une légère surveillance sur cette installation scolaire qui, du reste, n’eut guère qu’une durée de deux ou trois mois. Les enfants n’ont jamais vu d’inspecteur boche.

e).- Les élèves des établissements (écoles, etc.) ont-ils été contraints à quelques travaux manuels ?

Quelle a été l’attitude des élèves dans ces circonstances ? Particularité, réponses, réflexions dignes de remarque.

A partir de 13 ans, garçons et filles étaient contraints de prendre part aux travaux des champs ; ils faisaient partie des équipes agricoles qui, suivant les saisons, étaient occupés à planter, biner les pommes de terre, à échardonner les céréales à faner les foins ou à la cueillette des fruits (groseilles, framboises, pommes, poires et noix) ou encore au ramassage des orties.

f).- Quelle a été, en général, l’attitude des soldats à l’égard des enfants ? L’attitude des enfants à l’égard des troupes ?

Les soldats allemands étaient très exigeants pour tous mais surtout très durs pour les adolescents ; ils avaient une haine particulière envers les garçons.

g).- Le séjour des troupes allemandes a-t-il influé en quelque mesure sur le parler local ? Quelques mots allemands, plus ou moins déformés, y ont-ils pénétré, et paraissent-ils devoir persister ?

(Donner une liste de ces mots, et leur sens.)

De ce séjour prolongé dans le village, les enfants avaient gardé quelques mots usuels allemands, qui tendent à disparaître : Kapout : mort _ glass : verre _ Warum ? : pourquoi ? _ man : homme _ Morgen : bonjour _ Brot : pain. Les enfants savaient compter en allemand. A l’heure actuelle, personne n’a l’idée d’employer ce vocabulaire les parents ont trop souffert pour entendre et supporter la langue de ceux qui furent leurs bourreaux.

Fait à Vauxaillon, le 30 mai 1920.

L’Institutrice,

Parmantier

Source : BDIC La Guerre dans le ressort de l’Académie de Lille. 1914-1920

©Genealogie Aisne 2015