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Monographie de Saint-Erme 1914-1918

Thème : Guerres | Catégorie : 1914-1918, Monographies | Commune(s) : SAINT-ERME-OUTRE-ET-RAMECOURT | Auteur : Instituteur


Département Commune de Saint-Erme

De l’Aisne

Questionnaire

____ A.- Territoire occupé par les armées allemandes

I.- Généralités

a).- A quelle date les Allemands ont-ils pris possession de votre village?

Le 14 septembre 1914.

b).- La prise de possession s’est-elle effectuée à la suite d’escarmouches, à la suite de combats sanglants, ou sans coup férir?

Après un bombardement de quelques heures.

c).- Quelle a été l’attitude de l’autorité militaire à l’égard de la population pendant les premiers jours? Dans la suite de l’occupation?

Attitude sévère et menaçante. Le Kronprinz étant dans le village, tous les hommes les plus jeunes ont été enlevés de leur habitation et enfermés dans l’école des garçons jusqu’au lendemain après avoir entendu à plusieurs reprises cette sentence : « S’il arrive quelque chose vous serez tous fusillés. » Cette attitude a changé suivant les Kommandants. En général elle a toujours été arrogante, sévère, à laquelle s’ajoutaient le vol, les perquisitions, les réquisitions. Je tiens cependant à faire ressortir ce fait. Sur la dénonciation civile au secrétaire de la Commandanture d’une personne incapable de travailler, celui-ci s’est amené, a examiné la dénoncée et a répondu : « Madame, vous ne pouvez travailler, le civil est plus méchant que nous. »

d).- Pouvez-vous rapporter quelques propos authentiques tenus par des officiers ou des soldats, et qui soient caractéristiques de leur état d’esprit ou de l’opinion publique en Allemagne à cette époque?

Notre empereur est très bon, il n’a pas voulu la guerre. En France on a toujours eu l’idée de revanche. Nous irons à Paris. La France a voulu la guerre, elle donnera beaucoup d’argent.

Vous avez voulu la guerre eh bien nous vous laisserons la terre et l’eau et des yeux pour pleurer (officier supérieur).

e).- Pouvez-vous citer quelques ordres ou prescriptions émanant de l’autorité ennemie où se manifestait plus spécialement son système de « guerre aux civils » ?

Ordre de balayer les rues du village trois fois par jour. Gratter la boue liquide et l’enlever à la brouette à l’extrémité du village. Obliger chaque personne qui voulait aller travailler dans les champs ou aller au bois à demander chaque matin sa carte de laisser passer et à la rapporter le soir à six heures. Tout retard, ne fut-ce que d’une minute, était puni d’une nuit au poste de police et quelquefois de plusieurs jours de sortie dans la plaine.

f).- Si possible, prière de joindre quelque spécimens d’affiches apposées par les soins ou sur l’ordre de l’ennemi, ou quelque document authentique digne d’intérêt, (ces documents seront exposés et renvoyés par la suite à leurs possesseurs, s’ils les réclament).

Je ne suis en possession d’aucun ordre authentique.

II.- Des rapports de l’Autorité ennemie avec la population scolaire

a).- Les établissements d’instruction (écoles, etc.) ont-ils été ouverts pendant toute la durée de l’occupation ?ou momentanément fermés, ou ont-ils été fermés pendant toute la guerre?

L’école des garçons a été ouverte très longtemps dans le local affecté à l’école. L’installation d’un service de désinfection a obligé de quitter le local. Sur demande, j’ai obtenu une chambre au couvent (ancienne salle de dessin) et l’école a repris quelques jours après. Le départ du Lazaret nous a rendu, sur demande, la salle d’école. Le matériel réparé grossièrement par mes soins a permis de continuer la classe jusqu’à l’évacuation (12 avril 1917). Il n’en a pas été de même de l’école des filles où des chevaux ont été logés, ni de celle de Ramecourt qui a toujours été occupée par des troupes.

b).- Quelles ont été les prescriptions particulières édictées par les Allemands à l’égard des établissements d’instruction?

Aucune prescription particulière n’a été édictée par les Allemands à l’égard des établissements d’instruction.

c).- Le commandant de place s’est-il immiscé dans les services d’enseignement?

Non.

d).- Des officiers délégués ou inspecteurs allemands ont-ils émis la prétention de contrôler l’enseignement?

Non.

Ont-ils pénétré dans l’école ?

Parfois, pour examiner disaient-ils les procédés d’enseignement français.

Ont-ils interrogé les élèves ?

Non.

Pouvez-vous citer, à cette occasion, des réponses d’élèves méritant d’être mentionnées ?

Néant.

e).- Les élèves des établissements (écoles, etc.) ont-ils été contraints à quelques travaux manuels?

Non, ces sortes de travaux n’ont existé qu’à partir de 1917 et nous étions évacués.

Quelle a été l’attitude des élèves dans ces circonstances ?

Néant.

Particularité, réponses, réflexions dignes de remarque.

Néant.

f).- Quelle a été, en général, l’attitude des soldats à l’égard des enfants ? L’attitude des enfants à l’égard des troupes?

Les soldats, surtout au début où ils avaient tout en abondance se montraient très généreux à l’égard des enfants ; D’un autre côté les enfants prenaient ce qui leur était donné mais avec ce caractère d’indifférence qui leur est généralement propre.

g).- Le séjour des troupes allemandes a-t’ il influé en quelque mesure sur le parler local ? Quelques mots allemands, plus ou moins déformés, y ont-ils pénétré, et paraissent-ils devoir persister ?

Parfois on entendait dans les conversations des mots prononcés par les allemands. Aujourd’hui, toute trace de cette conversation a disparu.

Saint-Erme, le 24 mai 1920

L’Instituteur

Source : BDIC La Guerre dans le ressort de l’Académie de Lille. 1914-1920

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