Connexion à l'espace adhérent



Connexion à l'espace adhérent



Monographie de Bichancourt

Thème : Communes | Catégorie : Monographies | Commune(s) : BICHANCOURT | Auteur : Olivier Dejente


COMMUNE BICHANCOURT

Une autre version de la monographie est visible sur le site de Mémoires du Chaunois à cette adresse :  http://perso.orange.fr/memoires-du-chaunois/bichancourt_dejente/bichancourt_dejente.htm

HABITATIONS

            Les anciennes habitations étaient très simples et très pauvres. Il en reste encore quelques-unes et avant qu’elles disparaissent entièrement, il m’a semblé que l’on pouvait en laisser une courte description.

            Déjà on se demande comment des familles aisées ont pu habiter de pareils réduits : l’étonnement ne fera qu’augmenter avec le temps. Voici donc la matière et la forme de ces habitations :

            Des fondations en pierres qui ne sont ni taillées, ni cimentées s’élèvent un peu au-dessus du sol ; elles sont recouvertes d’une pièce de bois, c’est la base de l’habitation. Sur cette base s’élèvent des potelures destinées à consolider le mur et à régler sa hauteur : elles sont assujettie par une traverse de bois qui forme l’entablement. Des lattes ou des bâtons cloués aux poteluresles lient entre elles et en garnissent les intervalles. Le tout est flanqué de terre forte pétrie avec du foin : voilà la maçonnerie.

            La charpente se compose de perches non écorcées, plus ou moins forte selon la place qu’elles doivent occuper. Elle supporte une couverture en paille, descendant de chaque côté pour abriter le mur dans les pluies abondantes. La porte est basse et un homme ne peut passer, sans se baisser, d’abord sous la bordure du toit et ensuite sous le linteau de la porte. La hauteur du plafond est réglée sur la taille d’un homme ordinaire, couvert de son chapeau. Le carrelage n’est pas comme dans ces habitations ; c’est la terre plus ou moins aplanie, mais toujours humide. La place d’entrée est la cuisine ; on y voit un foyer et un four ; une seule petite fenêtre donne le jour et il est souvent intercepté en partie par la bordure du toit. C’est là que reste la famille. A côté se trouve une autre place dans laquelle on voit deux ou trois lits : c’est le dortoir commun. Cette place est à peine éclairée. Il en est même qui n’ont pas d’autre ouverture qu’un petit trou pratiqué par le mur de terre et qu’on ferme la nuit avec un bouchon de paille. L’air n’y est jamais renouvelé. Quand ce dortoir a plus d’étendue que l’exige le nombre de lits, on y voit des tonneaux de cidre, des fûts vide, du bois, de la paille, etc.… pour remplir l’espace qui n’est pas occupé par les lits. Point d’ameublement : les vêtements sont suspendus au plafond.

            On se demande comment les anciens pouvaient habiter des maisons qui présentaient de si mauvaises conditions hygiéniques, privées d’air, de jour, de salubrité et comment ils pouvaient jouir d’une santé robuste : la température, les plaisirs sains, la modération dans les désirs atténuaient sans doute les funestes influences que de telles habitations pouvaient exercer sur leurs constitutions.

            Plus tard, on bâtit dans de moins mauvaises conditions ; on remplaça la terre par la brique mais en laissant toujours le bois. De nos jours, les constructions sont plus solides et plus élégantes, bâties en pierres et en briques et couvertes en ardoises ; les planchers sont suffisamment élevés ; des ouvertures plus grandes et mieux disposées donnent le jour et l’air et par conséquent la salubrité : il y a donc progrès sous ce rapport. Mais il est toujours à regretter que les nouvelles constructions soient basses et écrasées pour la plupart et le pavé au niveau du sol : ce qui ôte de la grâce à une construction d’ailleurs bien faite et donne dans l’intérieur, à cause de la nature du sol, une humidité qui n’existait pas si l’on donnait un peu plus d’élévation.

VIE DE FAMILLE

 

            J’appelle vie de famille pour les habitants de la campagne ces petits moment qui se présentent plusieurs fois par jour où le père et la mère prenaient leurs repas et se reposent de leurs travaux, se trouvèrent réunis avec leurs enfants, engageant de petites conversations douces et agréables pour les parents, utiles et amusantes pour les enfants. Ce sont d’heureux moments pour la famille ; c’est la plus douce jouissance d’un père et d’une mère ; c’est le développement de l’affection et du respect des enfants pour leurs parents ; c’est la vie de cœur pour tous les membres de la famille.

            Mais la vie de famille, ainsi définie, n’est qu’une petite société naturelle mais il y a pour notre localité cette différence qu’elle est presque toujours sans chef.

            Si le père est un ouvrier des usines de Chauny, son travail est toujours de 12 heures ; de six heures du matin à six heures du soir et réciproquement. Les enfants de Bichancourt, Marizelle et le Bac vont à l’école à de 7 h ou 7h30 à 4h30 du soir. Le père ne peut voir son enfant le matin car il part à 5 heures ou revient à 7 h ou 7h30. Il y a le soir. Mais ce pauvre père revenant d’un pénible travail est épuisé de fatigue et de faim ; il a besoin de repos et de nourriture ; d’ailleurs abasourdi pendant toute une journée par le bruit des machines et par les cris des ouvriers, est-il capable d’avoir avec son épouse et ses enfants ces petits entretiens de famille ? Comprend-il même qu’il y trouverait un doux et agréable repos ? Non. C’est une machine qui a fonctionné pendant une longue journée et qui ne demande qu’à réparer les pertes causées par l’exercice d’un pénible travail. Le père ne peut donc voir ses enfants qu’un moment et comme en passant.

            Les enfants sont laissées à la direction et à la surveillance d’une mère ordinairement trop faible. Les unes donneront un bon conseil, de petites recommandations pour la journée ; les autres donneront les provisions du jour et les enverront à l’école en disant : me voilà bien débarrassée. Voilà om en est à peu près la vie de famille chez les ouvriers.

            Mais chez les cultivateurs, dire-t-on, elle se trouve dans de meilleures conditions ? Ordinairement non. Généralement, il ne voit ses enfants que le soir pendant le souper. Mais tout entier à ses intérêts, à ses affaires, il est pensif et rêveur ; il prend son repas à la hâte et en silence, son esprit et peut-être son cœur sont assez bien plus qu’à sa famille. Chez la plupart de nos habitants, il n’y a donc pas de vie de famille : on ne le trouve que dans un petit nombre de maisons et il s’ensuit que l’intelligence des enfants n’est pas mise en jeu de bonne heure par de petites causeries à leur portée ; aussi est-elle généralement lourde. Ils comprennent difficilement ce qu’on leur dit, ne répondent presque jamais à une question. M. Vernier dit d’eux : En traversant Marizelle, souriez aux enfants qui vous regardent de tous leurs grands yeux, la bouche ouverte avec cette expression de félicité que Teniers savait si bien peindre et dont il aurait pu trouver ici plus d’un type. Ils vont à l’école dira-t-on, mais là tout est grave et sévère, pour eux ; elle ne peu remplacer pour des jeunes la douceur, la facilité, le laisser-aller des entretiens de famille.

            Disons toutefois que ce défaut d’intelligence ne se remarque que chez les garçons ; les filles, à quelques exceptions près, montrent de l’intelligence. Quelle est la cause de cette différence ? Ne serait-ce point parce que la petite fille est souvent en rapport avec sa mère et que les paroles de celles-ci vont plus directement à son cœur, tandis que les absences journalières du père, isolent pour ainsi dire, ce pauvre petit pour lequel les paroles d’une mère n’ont ni le même attrait, ni les mêmes sympathies que pour une fille.

            Enfin, dans beaucoup trop de familles, les enfants ne connaissent pas cette religieuse habitude de saluer leurs père et mère matin et soir, pratique si exactement observée partout. N’est-ce point encore à l’absence du père qu’on peut attribuer cette mission ?

VIE DE SOCIETE

 

            En considérant les deux classes d’hommes : cultivateurs et ouvriers qui composent la commune, on comprend que les mêmes causes, qui nuisent à la vie de famille, nuisent également à la vie de société. Mais ces causes qui sont particulières à notre localité : il faut ajouter celles qui sont générales : l’égoïsme, cette grande plaie de la société actuelle la jalousie entre parents et chez les cultivateurs entre eux : la défiance des uns à l’égard des autres ; de nombreuses divisions pour cause d’intérêt ; enfin une certaine prudence chez quelques-uns qui, pour ne rien entendre sur la conduite et les affaires des autres et pour n’être point exposé à dire des paroles qui pourraient être reportées, se privent de toute société. Autant de causes qui empêchent les réunions de frères, d’amis, de voisins.

            Il faut dire à la louange des pères de famille, que généralement ils ne connaissent pas ces fréquentations de cabaret trop en usage le dimanche dans beaucoup de communes. Est-ce pas tempérance ? N’est-ce pas plutôt par économie et par éloignement du monde ? Quels que soient les motifs, le résultat est toujours un bien.

DIVERTISSEMENTS ET JEUX DE LA JEUNESSE ET DES HOMMES

            Les danses ont toujours été et seront probablement toujours le divertissement favori de la jeunesse, quoique les jeunes gens montrent pour elle beaucoup moins d’ardeur que les filles. Autrefois, elles se tenaient sur la place et commençaient, en été, aussitôt les vêpres pour jusqu’au couché du soleil. Une jeune fille qui serait rentrée plus tard à la maison paternelle aurait été fort mal accueillie. A ces danses publiques, les mères étaient présentes, les spectateurs nombreux ; tout, du moins extérieurement s’y passait aussi décemment que possible. En hiver, elles se tenaient en salle, mais à la chute du jour toute la jeunesse sortait.

            Depuis environ cinquante ans, il s’est produit un retard dans l’ouverture et la sortie des danses. Quelques années, après elles eurent lieu en salle en toute saison : les sorties s’effectuent à 10 heures en tout temps même à 11 h et 12 h parfois, car l’autorité accorde des permissions les jours de fête.

            Cependant, peut-on ne pas blâmer la faiblesse des mères qui vantent sans cesse la sagesse de leur temps et qui tolèrent et encouragent même des plaisirs et des abus si compromettants pour l’honneur et la vertu des filles. Ces sorties nocturnes qui sont toujours dangereuses même dans les communes agglomérées, le sont bien plus dans une commune dispersée comme celle-ci.

            Un maire avait interdit les danses renfermées en 1862 et 1863. La jeunesse dansait sur la place, mais n’y trouvant probablement plus le plaisir d’antan, elle cessa de s’y rendre. Les cabaretiers, dont les intérêts étaient lésés par la cessation des danses, se plaignirent au préfet qui taxa le maire d’abus d’autorité et lui enjoignit de laisser la jeunesse se divertir à son gré. Dès lors, deux salles de danses s’ouvrirent : l’une à Bichancourt, l’autre à Mazirelle.

            La fête patronale de la commune a lieu le dimanche qui suit le 4 juillet, jour où se célébrait, sous l’ancienne liturgie laonnaise, la translation des reliques de St Martin, patron de la paroisse. Voici l’ordre de cette fête :

            Le dimanche où premier jour est donné à Bichancourt ; le lundi matin, on démonte les tentes, les estrades, les lampions, tout déménage pour aller s’installer à Mazirelle.

            Le Bac voulut aussi avoir sa fête ; les cabaretiers l’ont fixé au dernier dimanche de septembre, la faisant concourir avec la fête de Saints Côme et Damien, patrons de l’ancienne chapelle en l’isle.

            Les jeux de balles et de tennis étaient autrefois forts en vogue ; les hommes et quelques jeunes gens s’y livraient tous les dimanches. Ces jeux intéressaient l’habilité ou la maladresse des joueurs, faisaient retentir les rues de cris d’applaudissements ou d’éclats de rires, les spectateurs étaient nombreux. C’est ainsi que nos pères faisaient participer toujours le public à leurs jeux.

            Dans quelques communes voisines, il existe des compagnies de jeu d’argent. Ce jeu parait n’avoir jamais été connu à Bichancourt. Le genre de travail et le caractère des habitants portent à présumer qu’il ne s’introduirait que difficilement dans leurs goûts et leurs habitudes.

            Le billard qui était naguère le jeu des grands et qu’on ne voyait que dans les châteaux et les villes, est maintenant descendu dans quelques cabarets de nos villages. Il plait à nos jeunes gens et surtout à ceux qui font leur entrée dans le cabaret ; mais je doute qua leurs mains habituées à manier la charrue et d’autres instruments non moins rudes, aient jamais l’aptitude pour ce jeu. Ils jouent assez rarement aux cartes.

            En résumé, on peut dire que la jeunesse n’a pas de jeu : elle préfère une courte apparition à la danse où souvent elle ne danse plus, mais se promène et une longue séance à la table d’un cabaret, une cigarette ou un cigare à la bouche, et le verre à la main.

CARACTERE GENERAL DES HABITANTS

            On peut dire que chaque section de la commune a son caractère particulier. A Bichancourt, les esprits sont calmes, sérieux, et positifs ; à Marizelle, on remarque plus d’entrain et les esprits sont plus exaltés ; ils ont des dispositions pour les querelles, les cabales, les procès. Le Bac se rapprochait du caractère de Bichancourt.

            La simplicité des habitants est depuis longtemps proverbiale. Dans les pays voisins, on dit encore qu’ils sont en retard d’un siècle et on se plait à raconter certains anecdotes ridicules sur leur compte. Mais cette simplicité est toute dans l’extérieur et nullement dans le cœur.

            Cependant, il reste encore quelques types de cette bonne antique simplicité qu’on trouve difficilement ailleurs. Ils manquent de dignité dans leurs manières d’être en famille dans leurs procédés, dans leurs rapports entre eux. Ils sont opiniâtres dans leurs idées, se butent lorsqu’on veut les éclairer pour les faire sortir d’une idée fausse et injuste, et, par fierté ils n’acceptent pas un avis, une remontrance quelque juste qu’elle soit, modérée qu’en soit la forme. Ce défaut qui vient de l’orgueil se trouve partout mais à cause de notre simplicité apparente, il se montre mieux à découvert. Ils sont très sensibles à une visite et aiment les honneurs et les distinctions.

            L’égoïsme, qui est un vice général de notre temps, est dissimulé ailleurs par une apparence quelconque de vie sociale ; visites reçues et rendues réunions de parents et d’amis, etc.… Ici, c’est l’égoïsme dans déguisement tout pour soi, tout chez soi.

            Je m’empresse de dire que cette appréciation du caractère des habitants ne s’applique pas à tout : il y a des exceptions. On peut compter un certain nombre de familles dans lesquelles se rencontrent une réelle bienséance et une certaine dignité.

            Les mariages entre parents sont ici dort nombreux à tel point que l’on en voit qui se sont succédés jusqu’à trois fois dans la même famille. Chez les riches c’est pour éviter le morcellement de la propriété, et dans la classe d’ouvriers, pour ne pas aller chercher dans une commune voisine un parti, s’allier à une famille qu’on ne connaît pas assez bien.

            Mais une remarque sensible qui ne peut échapper à l’œil tant soit peu observateur, c’est que les fruits de ces mariages sont presque toujours entachés d’un défaut ou dans l’intelligence ou dans la constitution : chez les uns c’est de l’idéalisme ; chez les autres, une constitution malingre, lymphatique, rachitique. Il est rare de ne pas reconnaître à quelques-uns de ces signes les enfants issus de mariage entre parents, et l’âge ne guérit pas de ces infirmités de la naissance.

            C’est par suite de ce défaut dans l’intelligence que nous comptons habituellement une douzaine de vieux garçons qui manquent d’ouverture et d’entrain, qui semblent avoir peur du monde et du mariage. On les voit rarement aux cabarets.

            Les habitants de Bichancourt tiennent au sol natal : les ouvriers parce qu’ils trouvent dans les fabriques un travail assuré et de tous salaires, les propriétaires parce qu’ils veulent transmettre à leurs enfants leurs propriétés et leur maison. Aussi ne mettent-ils pas leurs enfants en pension quoiqu’ils le pourraient, dans la crainte qu’ils ne prennent des goûts opposés à leurs intentions et ils disent qu’avec l’instruction de l’école, leurs enfants en sauront assez pour être cultivateurs comme eux.

            On ne rencontre point d’émigration ; les pères de famille, pleins de défiance pour certaines positions hasardeuses après lesquelles courent tant de jeunes gens, et dans lesquelles ils ne trouvent trop souvent que déceptions, regardent avec raison la culture comme la meilleure position qu’ils puissent donner à leurs enfants.

INDUSTRIE – TRAVAUX DES HABITANTS – LEUR POSITION DE FORTUNE

            Si l’établissement des fabriques de sucre dans la contrée à introduire sur notre territoire la culture de la betterave au préjudice de celle du chanvre, celui de la Glacerie et de la Soudière n’a pas moins contribué à ce changement. En attirant toute la partie ouvrière de la population, c’était arracher les bras à l’industrie chanvrière, c’était la détruire.

            Elle était depuis des siècles l’industrie de la majorité des habitants de Bichancourt, de Marizelle et du Bac. Broyer, échancrer, apprêter le chanvre pour le rendre propre à la corderie ou au tissage ; le filer et le tisser en toiles de ménage ou en treillis : c’était pour les familles une occupation de toute l’année. Chaque semaine, on portait au marché, soit du chanvre tout façonné, soit du fil, soit du treillis et ce marché était ordinairement fort bien approvisionné.

            Chanvrier ou tisseur sont les deux professions qui désignent, dans les actes religieux ou civils, la plupart des habitants. Ces professions ne promettaient pas fortune à ceux qui l’exerçaient, mais exempts d’ambition, ils y vivaient contents. On peut dire qui c’est à ces modestes professions que Bichancourt était redevable de cette simplicité de mœurs et de vie qu’il a longtemps conservé. Ce genre de travail tenait les enfants en famille, sous la surveillance immédiate du père et de la mère, et les dispensait d’aller chercher ailleurs du travail, avec le danger de respirer un air tout autre que celui de la famille et perdre, dès le jeune âge, les bonnes mœurs. Vers 1830, l’établissement de Chauny commença à prendre de l’extension et elle ne fit qu’augmenter d’année en année ; il fallait des ouvriers : on en demande à toutes les localités voisines. On vient offrir à nos chanvriers et chanvrières un travail assuré pour tous les jours de l’année, un travail proportionner à l’âge et aux forces de chacun, enfin un travail bien rémunéré. Tous ne répondirent pas d’abord à cet appel : on voulut attendre l’expérience des autres ; mais en quelques années hommes, femmes, garçons, et filles abandonnèrent successivement le chanvre, le filage et le tissage pour aller chercher du travail à la source, pas cultivateurs ou qui n’exercent pas une profession sont ouvriers de la Soudière ou de la Glacière.

            Les hommes et les jeunes gens gagnent depuis 80 francs jusqu’à 130 Frs pas mois, les garçons de 16 et 17 ans gagnent de 50 à 70 Frs. Les femmes et les filles gagnent de 1.50 Frs à 2.50 Frs par jour, mais leur travail et par conséquent leur gain n’est pas régulier comme celui des hommes. Il est certain qu’une famille bien administrée qui compte avec le père, un ou plusieurs enfants employés à l’usine, peut à la fin de l’année, réaliser quelques économies.

            Et si l’on ajoute à cette rémunération de travail les avantages offerts depuis une trentaine d’année par les établissements à tous les ouvriers : l’instruction donnée gratuitement à leurs enfants ; aux garçons par des frères de la Doctrine Chrétienne ; aux filles par les religieuses de St Vincent de Paul ; un économat ou familistère où ils trouvent avec réduction de prix, toutes les marchandises nécessaires à la vie et au vêtement ; une retraite accordée aux ouvriers qui ont trente ans au moins de services, on comprend tout le bien être que ces établissement procurent à la plupart des familles de la commune de Bichancourt. Aussi les places d’ouvriers sont recherchées : c’est la meilleure position que les parents croient pouvoir donner à un fils. Et pour le mariage, une fille préfère un bon ouvrier au fils d’un petit propriétaire qui vit du revenu de son bien en le cultivant lui-même, parce qu’avec celui-ci il faut travailler, tandis que l’ouvrier gagne la vie de sa femme.

            C’est donc à ces grands établissements de Chauny que Bichancourt et ses hameaux sont redevables de l’aisance qu’on y voit régner. Si quelques ouvrières, par intempérance, absorbent tout leur gain, d’autres et c’est grand nombre, économisent, placent à la Caisse d’Epargne, achètent de temps à autre quelques parcelles de terre, établissent convenablement leurs enfants et s’épargnent une petite retraite pour la vieillesse.

            Voilà matériellement le côté bon et louable des établissements industriels de Chauny.

            Mais d’un autre côté, ils sont pour les pauvres ouvriers la ruine des mœurs et de la santé du corps. Cette agglomération de deux mille ouvriers composée d’hommes de tous pays, d’habitudes de vie et de mœurs différentes n’est ce pas un ensemble de causes de démoralisation pour les ouvriers et pour les jeunes gens surtout.

            Le travail de nuit, les voyages par tous les temps, les vapeurs qui se font sentir à une distance de plus de deux kilomètres et au milieu desquelles il faut rester enfermé pendant douze heures, la chaleur brûlante des fours, les acides les plus corrosifs, le mercure etc.… D’autant d’éléments meurtriers qui minent et détruisent les autres, sans parler des morts accidentelles qui ne sont pas trop fréquentes et des accidents de toutes sortes.

            Les avantages matériels qui procurent les fabriques peuvent les compter de si graves inconvénients ? Assurément non.

L’ANCIEN CIMETIERE

            L’ancien cimetière se trouvait au sud de l’église et était limité à l’ouest par la route de Marizelle à Vézaponin et au sud par le chemin de Bichancourt à Autreville.

            Le 4 juin 1832, le conseil municipal délibéra pour l’établissement d’un nouveau cimetière. On acheta 12 ares 10 ca de terre au nord de l’église pour 830 Frs.

            Jusqu’en 1849, on continue à inhumer dans l’ancien cimetière, mais le 10 février de cette année, M. Le Préfet commanda de faire immédiatement cesser toute inhumation dans ce cimetière.

            On a vu plus haut que l’enlèvement des terres se fit en 1862. Les ossements recueillis furent placés dans 5 cercueils et enterrés dans le nouveau cimetière.

            On entoure actuellement cet emplacement de nouvelles barricades.

INSTITUTRICES RELIGIEUSES

L’année 1847 voit arriver à Bichancourt deux religieuses de la Saint famille d’Amiens pour diriger l’école des Filles.

L’école était dirigée par deux -laïques ; l’une d’elles qui exerçait depuis le 7 Novembre 1832, mourut le 25 juin 1847. L’institutrice restante, propose à M. le curé d’avoir avec elle une religieuse.

Le comité local de Bichancourt composé de M. M. Leroy, maire ; Philippe poteaux, curé ; Lafontaine, percepteurs : Pierre Nolin, cultivateur et Montier Thomas, chanvrier et choriste, délibéra .et fit appeler l’institutrice pour connaître ses intentions.

Elle préféra de nouveau une religieuse.

Le comité fit la demande à la supérieure d’Amiens et lui exposa les conditions.

La supérieure répondit qu’elle ne pouvait accepter la direction de l’école des filles de Bichancourt, pour exercer ces fonctions conjointement avec une institutrice séculière, attendu que cela était contre leurs règles. Elle ajoutait que si la dame institutrice quittait le poste et si 1e comité voulait deux religieuses, la chose pourrait se faire facilement. Bref : elle exposait des conditions.

Le 31 décembre 1846, Melle Innérie Roux, institutrice, tomba malade et démissionna peu de temps après.

Le conseil municipal fit alors venir deux religieuses.

VUE GENERALE

Et

CONCLUSION

Si la modeste histoire de Bichancourt ne renferme aucun événement d’importance nationale, elle n’en offre pas moins un puissant intérêt pour les habitants du village.

Depuis l’Age de Pierre jusqu’à nos jours, de nombreuses générations ont travaillé à rendre le pays hospitalier. En même temps que les centres d’habitation prenaient naissance, le sol, longtemps boisé, s’est peu à peu cultiver. Après la misérable période préhistorique et la phase d’esclavage des temps Gallo-Romains, Bichancourt a connu la Féodalité. Les seigneurs du Bac Arblincourt étaient châtelains des fiers sires de  Coucy.

Le château de Coucy qu’on aperçoit très distinctement de Bichancourt, bâti à l’extrémité d’un plateau de forme irrégulière et dominent de rapides escarpements qui l’élèvent d’environ cinquante mètres au-dessus d’une riche vallées, dévoile en quelque sorte le passé aux regards éblouis et n’est pas pour faire regretter la dure époque féodale. On dirait que le génie sombre et altier de la féodalité a comme oublié d’emporter quelque chose de ces ruines,

Plus tard le servage s’adoucit ; mais nul n’envierait aujourd’hui la condition des villageois d’avant la Révolution.

Depuis 1789, les habitants de la commune, comme ceux de la plupart des communes française, ont su mettre à profit les avantages de la société moderne.

Le travail et  l’économie, ces deux vertus capitales, sont partout en honneur dans la commune, et celle-ci, habilement administrée depuis une trentaine d’années, n’a jamais connu de jours meilleurs que ceux de l’EPOQUE CONTEMPORAINE.

Cette prospérité ne saurait manquer de s’accroître en augmentant celle de notre chère Patrie si la population, soucieuse d’éclairer son activité sait de plus en plus adapter ses efforts aux conditions variées du milieu où elle vit, et si, tout spécialement, elle s’applique à tenir compte des progrès qui s’accomplissent en agriculture. Fraternel de leurs anciens condisciples et de les seconder dans leurs placement professionnel. Si tous les instituteurs font de la propagande en la faveur, les adhérents seront nombreux.

Concurremment avec la charité privée, la commune secourt les indigents peu nombreux du reste.

Bichancourt ne sera probablement jamais un centre considérable ; mais la condition actuelle de la commune peut encore s’améliorer beaucoup.

Transcription par Maud Robin d’après Olivier Dejente (bibliothèque de Bichancourt)