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Monographie de Bezu-Saint-Germain

Thème : Communes | Catégorie : Monographies | Auteur : Instituteur


BEZU

       Nous comprendrons sous ce nom Bézu-St-Germain, Bézu-les-Fèvres, et Bézuet.

         On trouve peu de renseignements sur ces localités ; aucun historien n’en a encore parlé ; nous allons tâcher de retrouver dans le passé quelques traces de l’importance de ces antiques lieux.

         Le nom seul de Bézu indique une origine bien antérieur à l’arrivée des Romains dans notre pays ; dans la construction des voies que ces derniers établirent pour aller sur la capitale des suessonnes, Bezu fut un point ou ils placèrent une borne sous le règne de l’empereur romain Septime-Sévère (an 211 de notre ère) ; malgré le nom latin Basnaéum ad fabas, Bézu les fèves, nous pensons que c’est Bézu les Fèvres, qu’il faut écrire, et nous l’avons trouvé ainsi écrit dans plusieurs antiques manuscrits.

         Dans le IXe siècle, Bézu les Fèvres fut détruit par le ravage des guerres et on lui donna le nom Bézu le dévasté (en 1087, l’église de Bézu le dévasté, altare de villa que basuacus vastata nuncupatur fut donnée aux religieux de Château Thierry qui n’étaient pas encore à Valsecret par l’évêque de Soisson, Hilgot, qui l’avait reçu d’un clerc nommé Adam, Gallia Chr.tome X page 101) ; en effet en quelque lieu que l’on fouille, on trouve encore des ruines, malgré l’énorme quantité qui fut extraite avant la révolution de 1789, pour construire la route actuelle, sous la surveillance de M. le maréchal d’Armentières, et du piqueur Bayot.

         En 1410, les religieuses cordelières de Nogent l’artaud, possédaient un droit de dîme à Bézu ; mais frère Varnier, prêtre curé de Bézu, fit un traité avec elles ; il leur rendit une rente annuelle de blé à la mesure de Bézu St Germain.

         Bézu St Germain, ne peut échapper aux ravages des anglais et des bourguignons qui le détruisirent de 1420 à 1435, en plusieurs fois ; ce village n’était pas encore rebâti en 1464 ou du moins il était si pauvre qu’il ne pouvait encore rien payer au monastère de Coincy, envers lequel les habitants de Bézu étaient chargés de quelques rentes ; aussi lit-on  à la date de 1464, dans le cartulaire de Coincy : item à cause de l’aumônerie, les religieux de Coincy avaient à Bézu une rente d’avoine, de poules et d’argent, et de quelles choses ils n’ont rien à présent à cause de la destruction de ladite ville de Bézu.

         Cette dévastation explique tous ces anciens restes de construction que l’on rencontre en fouillant autour du village actuel, ces caves que l’on a retrouvées dans le clos de la Demoiselle.

ANCIENNE NOBLESSE

 

– noble homme messire Georges de Rue habitait Bézu en 1593, et plusieurs de ses enfants y sont nés

– en 1609, Jacques du Hald

– Guillaume de Morienne demeurait à Bézu en 1695 , il était frère de celui de Beuvardes

– Charlotte de Morienne, âgée de 75 ans, décéda à Bézu le 3 novembre 1732. Louis de Morienne assista à son inhumation.

         La seigneurie de Bézu, sur les derniers temps, appartnait, pour une partie, au duc de Bouillon, aux religieuses du Charme qui avaient les dîmes de Bezuet ; les marquis d’Armentières étaient aussi seigneurs, en partie de Bézu.

         Louis des Lyons d’Epaux, veuve du marquis de la Feuillet, était dame de Bézu les Fèvres, et dame en partie de Bézu St Germain. La famille des Lyons est une des plus anciennes de notre pays, elle est restée pendant 400 ans à Epaux ; ses armes étaient d’azur à la tête de léopard d’or, lampassée de gueules.

 

ANCIENNES FAMILLES

 

         Les registres de baptême commencent en 1584 ; la famille Lobligeois est assez nombreuse à cette époque ; les Couvreur, Huot, Crapart, Sisel, Masson. En janvier 1600, Nicolas Legros ; la famille Delêtre ; un de ses membres Noël Delêtre, se fit religieux de Valsecret et devin prieur de Bézu en 1618. Vignon, Jacques Brisevin. Un vaternele devient prieur de Bézu en 1660. Un peut plus tard, on voit les famills Vitot, Demercy, Maine, Méra, Moissonneau, Vaillant, et beaucoup d’aures anciennes familles (les habitants de Bézu n’ayant point cru devoir souscrire à cette histoire de leur pays et de leurs familes, nous avons retranché une foule de détails qui n’avaient d’intérêt que pour eux) .

         Au mois de spetmbre 1767 ; un nouveau prieur, nommé Mopinot, fut envoyé à Bézu ; il appartenait à une famille de Reims qui, quelqus temps auparavant, comptait parmi ses membres dom Mopinot, savant bénédictin de la congrégation de St-Maur.

         Le prieur n’aimait pas les danses ; aussi, dans la note qu’il laissa sur la terrible grêle qui dévasta Bézu le jour de la fête, le 3 août 1783, semble-t-il

croire à une punition divine : « il n’y avait pas, dit-il un quart de blé de rentré, quand le jour de le fête balladoire (celle ou l’on danse) toute la moisson fut ravagée en dix minutes ».

         La même année, la ferme de la Gouttière fut complètement brûlée par l’imprudence d’un domestique.

  1. Mopinot étant déjà âgé et prévoyant les horreurs de la révolution, se retira, en 1790, à Reims, dans sa famille ; avant de quitter Bézu, le vieux prieur laissa sur les registres de baptême ces quelques mots qui indiquent bien pourquoi il se retira :

         « cette année 1789, ont été abolis les dîmes, les droits seigneuriaux et honorifiques.

         Cette année est surtout remarquable par ses assassins, incendies et pillages des châteaux et communautés, et tous ces crimes ajoute-t-il, restent inpunis ! commencement de la constitution ecclésiastique.

         Il ne prêta pas serment à cette nouvelle constitution, et au mois de janvier 1790, M. Harmand le remplaça ( M. Harmand appartenait à une bonne famille de Lorraine ; son frère, qui est devenu un homme célèbre de notre localité, était alors avocat à Château Thierry ; il fut nommé à l’assemblée nationale, puis préfet de la Mayenne).

         M ; Harmand était un jeune religieux de Valsecret qui venait de prendre l’habit de Prémontré et avait prononcé ses vœux à Valsecret même ; ce fut la dernière prise d’habit qui s’y fit et beaucoup de gens l’avaient été voir ; ce qui les avait surtout frappés, c’est qu’on lui avait mis le drap des morts ; il avait alors renoncé au monde pour se consacrer entièrement à Dieu ; M. Harmand, oubliant les serments qu’il avait faits à Dieu, prêta tous ceux que les hommes lui demandèrent, et, pour que l’on ne doutât pas de la pureté de son civisme, il acheta le presbytère et divers biens de l’église ; il se proposa ensuite comme secrétaire de la municipalité et comme el livra aux commissaires du district une partie des ornements de son église ; les commissaires, étant revenus pour le dépouillement des maisons du culte, firent une visite domicilaire chez le citoyen Harmand. Ils y trouvèrent des rochets qui lui appartenaient ; mais il promit de les détruire en les convertissant pour un autre usage. De là les commissaires, assistés de la municipalité, se transportèrent à l’église.

         Les grilles en fer du cimetière, celles des fonts de baptême, une belle grille du chœur, furent arrachées et enlevées avec tous les ferrements des cloches ; le tout pesant plus de 1 100 livres.

         On rédigea un procès-verbal :  Le ll frimaire an 11, vu l’arrêté des représentants Lejeune et Roux, concernant le versement à faire de l’argenterie, plomb, fer, cloches (on avait retiré les deux petites cloches, brisées au mois de novembre ; la grosse étant restée, les révolutionnaires la descendirent ; mais quand on voulut la mener à Château Thierry, le distrit, dont l’esprit commençait à se modifier d’après celui du gouvernement, fit dire que l’on ne voulait plus de cloches ; elle resta auprès de l’église ; mais des jeunes gens, s’amusant à la faire sonner à coups de pierre, la cassèrent) provenant des lieux destinés au culte et l’invitation à n’avoir plus d’autre culte que celui de la raison, la justice et la liberté, la municipalité ordonne que l’église sera fermée ; le citoyen Harmand déclare renoncer à toutes fonctions curiales et ecclésiastiques.

         On procéda au chargement des objets du culte consistant en une lampe, une navette et encensoir, une vieille croix à pied, six bassins, deux bénitiers, un aspersoir, six chandeliers, une navete, une grande croix, un encensoir, deux paix, le tout en cuivre argenté pensant 114 livres ; un calice, un patène, deux petites vases pour les huiles, un ciboire, un petit porte Dieu, un sacrement, le tout en argent pur pesant dix-sept mares neuf onces, et les avons fait charger sur le champ ….. suivent les signatures : Roger, maire, Harmand, secrétaire, etc, etc … »

         Le citoyen Harmand continua son dévouement à la république ; le ler floréal an II, il offrit le ci-devant presbytère et ses talents pour fabriquer du salpêtre, vu l’extrême besoin qu’à la république de cette matière pour exterminer les gens !vu aussi, dit une délibération les connaissances acquises qu’a le sieur Harmand, qu’il a encore augmentées, en restant trois décales au cours du jardin-des-plantes à Paris, et des dépenseq qu’il fait chaque jour, avec plaisir, pour consolider la liberté, la commune accepte es offres du sieur Harmand. »

         Quelques jours après, l’assemblée du canton de Coincy décida que la chaudière cantonale pour la fabrication du salpêtre serait établie chez le citoyen Harmand à Bézu le Grand.

         Après la fermeture de l’église, quelques habitants allèrent trouver M. Harmand et lui dirent qu’il ne pouvaient pas rester ainsi comme des chiens, sans messe ni prières ; on proposa la grande de la Grand’Court, et là, les chrétiens de Bézu, peu difficiles sur le lieu et le ministre de leur culte, purent enfin offrir en secret quelques prières à ce Dieu de leurs pères qu’il ne pouvaient entièrement oublier, malgré les défenses et les menaces des autorités ( c’est une chose que je n’ai jamais pu comprendre disait un habitant de Bézu, quand l’église était fermée, M. Harmand disait la messe en cachette dans une grange, quand elle fut rouverte , il ne la dit plus du tout).

NAPOLEON A BEZU (1814)

   Le 3 mars au soir, Napoléon arrive à Bézu ; il trouve le village abandonné par les habitants ; on cherche un logement convenable pour l’Empereur, on ne trouve que l’ancien presbytère ; le propriétaire, M. Harmand, est caché, dit-on dans les bois de Plessier ; on court le chercher ; l’arrière garde prussienne, poursuivie par ls Français vient d’abandonner le presbytère ; on devine dans quel état elle le laisse ; en ce moment les flammes dévorent la ferme de la Viarderie ; dans sa retraite précipitée, l’ennemi n’a pas éteint ses feux de bivouacs ; le fumier de la ferme s’allume ; tout est détruit par le feu sans qu’on puisse accuser l’ennemi de l’avoir mis exprès.

         Cependant, l’état-major français s’installe au presbytère ; des monceaux de viande sont apportés sur les tables de la cuisine, et l’on prépare à manger aux officiers et aux généraux ; Napoléon est harassé de fatigue, on lui prépare un lit dans la chambre de M. Harmand, l’Empereur s’y jette tout habillé, il s’endort ; le mamelouk qui est près de lui sommeille aussi.

         Les douze mille hommes de la garde sont campés autour de Bézu ; une partie est à la Croix Bau, l’autre au champ de la Barre, dans les Grands Prés, dans le clos de la Demoiselle.

         Vers dix heures du soir, le fermier de la Viarderie, Moissonneaux, vient pour parler à M. Harmand ; on lui a pris ses chevaux ; il voudrait courir après ; on a aussi pris ceux de M. Harmand ; le bon fermier, traversant les gardes, monte à la chambre de M. Harmand pour avoir son avis ; il appelle : M. Harmand !!! silence, répond le mamelouk qui s’éveille, laissez dormir l’Empereur ; le pauvre fermier se retire un peu stupéfait, en reconnaissant son souverain.

  1. Harmand, sachant que les français sont à  Bézu, et l’Empereur chez lui, accourt au plus vite ; il amène sa femme avec lui ( M. Harmand s’était marié avec sa domestique, une de ses filles épousa le fils d’un curé d’Hautevènes, nommé Truet) .

         L’Empereur est éveille ; il demande quelques hommes surs pour courir derrière l’ennemi et revenir en toute hâte lui dire où^il s’est arrêté ; M. Harmand propose un de ses ouvriers nommé Dizy ; cet homme part aussitôt et promet d’être e retour avant le jour.

         Le fermier de la Viarderie, qui veut retrouver absolument ses chevaux, accompagne Dizy. Ils traversent les avant-postes français et atteignent les prussiens ; le jour commençait à paraître, les français arrivaient ; les prussiens, pour soutenir la retraite, s’arrêtent un instant, et nos deux espions se trouvent entre deux feux ; ils se cachent sous des grès et évitent ainsi les balles ennemies et amies.

         Napoléon, dès sept heures du matin, mange dans la salle du presbytère (cette salle et la chambre ou coucha Napoléon, sont conservées telles qu’elles étaient en 1811, par M. Simon, propriétaire actuel) ; son armée se met en marche, il monte en voiture et arrive à Rocourt avec la tête de la première colonne.

         Disons en quelques mots quelles étaient en ce moment les pertes éprouvées par Bézu :

         Fumier, paille, bâtiments, tout était brûlé à la Viarderie ; les chevaux étaient enlevés, une partie du troupeau fut seule réservée ; les maisons de Bézu étaient pillées ; dans l’une, on trouve un vieillard malade resté dans son lit et que les Prussiens avaient tué ; on prétend qu’il les avait insultés.

         Au 17 juin 1814, ls débris de chevaux morts infectaient le territoire de Bezu ; les nommés Chibout et Chevalier furent requis, par le maire, d’enfouir ces cadavres.

         Bézu a quelques lieudits remarquables : la Mare Marchis ; Marchis était une ferme en 1500 ; la fontaine-St-Gervain ; Autrecourt, qui était un hameau à part de Bézu ; la Talmouze ; Bézu en 1712 avait quatre vingt dix feux ; la borne romaine de la Belle Croix, après être restée longtemps près de l’église, vient d’être vendue 40 francs à la société archéologique de Soissons ; nous ne félicitons par la municipalité de Bézu de cette vente, et cela ne prouve guère en sa faveur ;  elle aurait pu trouver facilement ces 40 f dans les ressources de la commune ; mais elle ne retrouvera pas une seconde borne telle que celle qu’elle possédait ; aujourd’hui que le goût de l’archéologie et de l’histoire se répand de plus en plus, c’était certes une belle antiquité qui eut attiré des visiteurs à Bézu.

         Nous ne félicitons pas davantage la société d’archéologie de Soissons ; on ne collections pas des bornes milliaires ; ces monuments n’ont de valeur que là où ils sont ; les déplacer, c’est détruire les points de repère du topographe ; dans cent ans comme dans cinq cents ans, l’archéologue malgré tout ce qu’on pourra écrire, doutera si une chaussée romaine passait ou ne passait pas à Bézu ; mais qu’il y troue cette borne avec le cachet que lui a imprimé le passage des siècles, sa conviction se serait faite à l’instant ( cette borne porte cette inscription : IMP. GAE L SEPTIMIOSE VEROPIO PERTINAGE AVGUX IG.. SM.. OM.. ..SF….. plusieurs lettres sont effacées).