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Monographie d’Aubigny-en-Laonnois 1914-1920

Thème : Guerres | Catégorie : 1914-1918, Monographies | Commune(s) : AUBIGNY-EN-LAONNOIS | Auteur : M.Mennesson Instituteur


Commune d’Aubigny

Ecole communale mixte M. Mennesson, instituteur

A.- Territoire occupé par les armées allemandes

I.- Généralités

a).- A quelle date les Allemands ont-ils pris possession de votre village ?

Les allemands ont pris possession du village le 14 septembre 1914. Ils suivaient depuis longtemps déjà, la route nationale N°44 mais ne venaient pas au pays, éloignés de cette route de 1km500 en raison de la précipitation avec laquelle ils poursuivaient les troupes françaises.

b).- La prise de possession s’est-elle effectuée à la suite d’escarmouches, à la suite de combats sanglants, ou sans coup férir ?

La prise de possession s’est donc faite sans escarmouches, sans combat.

c).- Quelle a été l’attitude de l’autorité militaire à l’égard de la population pendant les premiers jours?

Dans la suite de l’occupation ?

Le 14 septembre 1914, l’infanterie allemande fit son entrée dans le pays et l’artillerie s’installait autour de la ferme de St Jean, à gauche de la route nationale de Laon à Reims. L’infanterie allemande pénétrant dans le village le soir, chercha les logements, réveillant tout le monde, ouvrant les portes à coups de crosses de fusil et le lendemain, le pillage commençait. Une commandanture fut installée à Aubigny, une autre au hameau de Maison-Rouge ; immédiatement, ce fut le travail forcé: appel pour tout le monde, le matin, le midi, travail surveillé par des sentinelles insolentes – aucune exception à moins de maladie grave.

Plus de liberté, plus de lumière le soir. La population fut soumise aux perquisitions: les draps, les matelas furent enlevés et tous les objets mobiliers, même les plus riches furent portés dans les tranchées ou enlevés.

e).- Pouvez-vous citer quelques ordres ou prescriptions émanant de l’autorité ennemie où se manifestait plus spécialement son système de « guerre aux civils » ?

f).- Si possible, prière de joindre quelque spécimens d’affiches apposées par les soins ou sur l’ordre de l’ennemi, ou quelque document authentique digne d’intérêt, (ces documents seront exposés et renvoyés par la suite à leurs possesseurs, s’ils les réclament).

Les propriétaires de chien durent payer une annuité de 35 marks. Il ne reste aucun ordre écrit de la Commandanture, la Commune ayant été détruite; il ne reste d’ailleurs plus aucune archive.

II.- Des rapports de l’Autorité ennemie avec la population scolaire

a).- Les établissements d’instruction (écoles, etc.) ont-ils été ouverts pendant toute la durée de l’occupation? Ou momentanément fermés, ou ont-ils été fermés pendant toute la guerre ?

Dès leur arrivée à Aubigny, les Allemands se sont emparés de la Mairie et de l’Ecole. Pendant quelque temps, ils reçurent des blessés dans la classe, puis y tuèrent leurs bœufs, puis enfin y installèrent un poste de police.

Les cartes, les tableaux d’ornement furent brulés, les tables furent sciées pour faire des coffres à avoine, puis ensuite brûlées. A chaque changement de troupes, les cartes détruites par les premiers soldats cantonnés, étaient réclamées et de nombreuses perquisitions étaient faites au domicile de la dame de l’instituteur, accusée de les avoir cachées.

e).- Les élèves des établissements (écoles, etc.) ont-ils été contraints à quelques travaux manuels?

Quelle a été l’attitude des élèves dans ces circonstances ? Particularité, réponses, réflexions dignes de remarque.

Mme Mennesson fit classe pendant 4 mois dans l’Eglise, mais l’hiver, en raison du froid et l’Eglise ayant reçu des blessés, la classe fut arrêtée et personne ne s’occupa plus des enfants. D’ailleurs, les plus grands furent obligés d’aller travailler aux champs et les petits, conduits par un homme de garde, allaient couper les orties, échardonner.

f).- Quelle a été, en général, l’attitude des soldats à l’égard des enfants ? L’attitude des enfants à l’égard des troupes ?

En général, les Allemands n’ont pas fait de mal aux enfants; ceux-ci par contre, leur ont fait maintes niches : tel d’entre eux allait voler leurs effets, leurs casques, tel autre, le revolver, le fusil et le tout était enterré. Malgré tout, aucun coupable ne fut jamais découvert et aucune sanction ne fut jamais prise.

Les jeunes gens adultes opposèrent plutôt la force d’inertie aux arrogances des occupants, ils appliquèrent la loi du moindre effort. Deux sociétés scolaires, une musicale et une Amicale de jeunes filles existaient avant la guerre. Un programme de fête scolaire étant tombé entre les mains du Commandant de place, les deux Sociétés furent convoquées, ordre leur fut donné de reproduire le programme. Les jeunes gens refusèrent énergiquement. Les drapeaux, oriflammes, décors ayant été trouvés, les jeunes filles furent conviées à découdre tous ces objets et à confectionner des croix de Genève; elles refusèrent. Par colère, les Allemands brulèrent tout sur la place publique. Le drapeau de la Société de musique fut conservé, caché par le Président jusqu’à l’évacuation de la population en 1917.

A relater, les 2 faits suivants :

Un jour à l’appel, le Commandant de place laisse tomber un papier et ordonne à un jeune homme de 15 ans de le ramasser; celui-ci refuse. Fou de rage, le Commandant lui prend les poignets, le fait mettre à genoux, lui frappe sur la tête, lui met la main sur le papier, la tête contre terre. Rien ne fit, le jeune homme ne prit pas le papier. Pas de sanction!

Un autre enfant de 14 ans n’est pas rentré chez lui à 8 h le soir. La mère inquiète, n’ose sortir, elle serait emmenée au poste. Elle veille dans l’obscurité; 9h, 10h, 11h pas d’enfant! Tout à coup, on frappe discrètement à la porte. La mère n’ouvre pas croyant avoir à faire à des soldats boches. L’enfant frappe plus fort et parle; la mère le reconnaît, ouvre et le voit tout blanc, portant avec peine, la moitié d’un sac de farine. Il raconta que dans l’après-midi, il avait vu tomber un sac de farine d’un chariot, l’avait vivement caché sous des broussailles; il avait attendu la nuit pour le rapporter à la maison. Vu le poids, il n’en prit que la moitié. Malgré la défense et les supplications de sa mère, courageusement, il repartit chercher le reste.

g).- Le séjour des troupes allemandes a-t-il influé en quelque mesure sur le parler local ? Quelques mots allemands, plus ou moins déformés, y ont-ils pénétré, et paraissent-ils devoir persister ?

(Donner une liste de ces mots, et leur sens.)

Le séjour allemand n’a en aucune façon, influé sur le parler local. Quelques enfants connaissaient plusieurs mots allemands qu’ils ont d’ailleurs oubliés. Un seul enfant fréquentant l’école actuellement (13 ans) sait compter jusqu’à cent.

En totalité, les enfants fréquentant aujourd’hui l’école, ont conservé un mauvais souvenir des boches.

Aubigny le 30 mai 1920

L’Instituteur,

M Mennesson

Source: BDIC La Guerre dans le ressort de l’Académie de Lille. 1914-1920

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