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Monographie d’Amigny-Rouy 1920

Thème : Guerres | Catégorie : 1914-1918, Monographies | Commune(s) : AMIGNY-ROUY | Auteur : Instituteur


Guerre de 1914 – 1918

Territoire occupé

Commune d’Amigny-Rouy

Envahie le 1er septembre 1914

Evacuée par ses habitants le 13 – 11 – 1916

Détruite par l’ennemi en janvier-février 1917

Occupée par les Français en mars 1917

Prise par les allemands 6 avril 1918

Reprise par les Alliés le 6 septembre 1918

Libérée à cette date

Commune d’Amigny – Rouy

A.- Territoire occupé par les armées allemandes

I.- Généralités

a).- A quelle date les allemands ont-ils pris possession de votre ville ou de votre village ?

La première patrouille allemande (4 uhlans et 1 officier) venant de Saint-Gobain est entrée dans le village le 1er septembre 1914 à 9 heures du matin. Ils saisirent un homme et le firent marcher devant eux pour faire le tour du village, pistolet au poing.

La 1ère troupe, venant de Condren, est arrivée sur la place publique à cinq heures du soir.

Les dernières troupes françaises avaient quitté le village le 31 août au matin.

b).- La prise de possession s’est-elle effectuée à la suite d’escarmouches, de combats sanglants ou sans coup férir ?

Aucun coup de feu ne fut tiré à l’occasion de la prise de possession du village.

c).- Quelle a été l’attitude de l’autorité militaire à l’égard de la population ?

L’autorité militaire ennemie ne pensait qu’à obtenir, les premiers jours, tous les moyens de locomotion ou de transports disponibles pour aider les troupes à avancer le plus rapidement possible dans la poursuite de l’armée française et anglaise qui se repliait vers le sud. Ils recherchèrent donc tous les chevaux et voitures disponibles et les surchargèrent de sacs et d’hommes peu valides. Les conducteurs réquisitionnés de force durent aller jusque Pinon, d’autres au-delà de Soissons.

Plus tard, ils firent main basse sur tous les grains, fourrages, animaux, victuailles qu’ils trouvaient dans les maisons, les granges. Ils ordonnèrent aux maires de faire des recensements des quantités existantes, chose très difficile, les habitants se refusant à faire des déclarations exactes.

A l’arrivée des troupes allemandes, une partie de la population avait fui dans les bois, les larris embroussaillés avoisinant le village. Ils revinrent au bout de quelques heures par curiosité et rentrèrent chez eux à la nuit, trouvèrent leurs maisons, cours et jardins remplis de pillards qui s’emparaient de tout ce qui était à leur convenance, en fait de comestibles dans les maisons abandonnées. Les officiers laissaient faire.

Pourtant dans certaines maisons, la crainte de plaintes des habitants aux officiers retenaient les hommes encore soumis à une rude discipline. S’adressant à un Français un soldat boche s’exprimant assez facilement en notre langue, dit avant de se mettre en route : « Monsieur, voulez vous bien dire à nos officiers que nous avons faim ? « .

La grande ruée passée, des colonnes de ravitaillement s’installèrent dans le village, réquisitionnant tout d’abord les vins. Les Commandantures d’étape s’établirent, celle de Tergnier puis celle de Chauny, demandèrent le paiement des contributions; le premier versement eut lieu en décembre 1914.

e).- Ordres ou prescriptions émanant de l’autorité ennemie ou de manifester son système de guerre aux civils ?

L’ordre le plus dur à exécuter fut celui qui prescrivit à tous les hommes de 17 à 48 ans de se rendre à Chauny le 29 septembre pour se constituer prisonniers civils. La liste, dressée sous la surveillance d’un gendarme et d’un sous-officier allemands, comprit donc tous les hommes présents dans la commune, non mobilisés, ni échappés. La liste électorale consultée ne permit pas l’inscription des jeunes gens de 17 à 21 ans qui furent oubliés volontairement.

Une trentaine d’hommes se rendirent donc à Chauny et furent, après examen sommaire, consignés au théâtre et embarqués pour l’Allemagne 2 jours après. Une quinzaine d’autres récalcitrants refusèrent d’obéir à cet ordre. Quelques-uns se soumirent le lendemain. L’adjoint et le secrétaire désignés pour conduire ces hommes furent menacés et malmenés, le 1er jour à Chauny, et laissèrent les autres se tirer d’affaire comme ils purent. Une section arriva une huitaine de jours après faire des recherches pour trouver les insoumis qui couchaient dans les bois. L’instituteur secrétaire, remplaçant le maire, gardé à vue à la mairie, dut sous la menace des revolvers, conduire les perquisitionnaires de maison en maison en indiquant celles où il pouvait y avoir des hommes cachés. Naturellement aucun d’eux ne fut trouvé.

Les femmes des absents étaient menacées d’être enlevées à la place de leurs maris; elles devaient se préparer tout de suite au départ.

Mais ces menaces n’avaient pour but que de leur faire dire où se cachaient les hommes. Deux de ces hommes furent trouvés longtemps après dans les bois de Barisis et emmenés en Allemagne; les autres restèrent longtemps cachés dans les endroits broussailleux, d’accès difficile où ils étaient ravitaillés par les enfants, d’autres parvinrent à se dissimuler pendant des mois dans leurs maisons même, dans des cheminées, des caves, des murs creux. Ils durent sortir pourtant un jour quand chaque habitant dut être pourvu d’une carte d’identité. La peur de francs tireurs (sic) étant devenue moins vive, les malheureux, anémiés par leur longue réclusion volontaire, subirent seulement une quinzaine de jours de prison ainsi que leurs parents qui ne les avaient pas livrés.

f).- Si possible, prière de joindre quelque spécimens d’affiches apposées par les soins ou sur l’ordre de l’ennemi, ou quelque document authentique digne d’intérêt, (ces documents seront exposés et renvoyés par la suite à leurs possesseurs, s’ils les réclament).

Tous les ordres émanant des Commandantures se terminaient invariablement par la même menace d’emprisonnement en cas de non exécution ou de retard. Le maire et le secrétaire étaient rendus responsables des fausses déclarations des habitants.

Plus tard pour forcer à l’exactitude dans le paiement des contributions de guerre, les habitants les plus fortunés, les notables étaient appelés à Chauny à la Commandanture et mis quelques heures à la prison. Des otages durent être cités à la disposition de l’autorité militaire en cas d’attentat contre les voies ferrées ou les télégraphes de la part de la population des communes.

II.- Des rapports de l’Autorité ennemie avec la population scolaire

a).- Les établissements d’instruction (écoles, etc.) ont-ils été ouverts pendant toute la durée de l’occupation? Ou momentanément fermés, ou ont-ils été fermés pendant toute la guerre ?

Au début de l’occupation les écoles étaient en vacances régulières. La classe ne put être reprise en octobre, parce que les classes servaient de magasin dépôt aux troupes qui y avaient amoncelé ainsi que dans les maisons voisines, d’ailleurs, sacs de grains, de farine, de sel, café etc. Le magasin se vidait une nuit et en quelques heures était rempli à nouveau. L’agitation de la population, le passage des troupes auraient d’ailleurs empêché toute fréquentation des enfants. La classe reprit cependant en décembre mais d’une façon intermittente. Le secrétaire de mairie devant souvent quitter son poste d’instituteur. Le 1er mars 1915, les salles de classe sont envahies par des troupes de la Landsturm qui y logeant pendant près de deux mois pour exécuter des travaux de fortifications autour du village.

Les classes sont encore suspendues. L’école des filles continua à servir au cantonnement des troupes de passage. L’école des garçons où une grande partie du matériel était déjà très endommagée, dut servir de magasin pour le ravitaillement civil en l’absence d’autre local facile à garder. Le Commandant local se désintéressait complètement de l’école et des élèves, si ce n’est pour demander au maire d’employer des plus grands à faire la cueillette des fruits rouges dans les jardins particuliers (1915) pour les livrer à la Commandanture de Chauny qui les avait tous saisis, mais aussi et surtout pour lui et les quelques officiers vivants ensemble à leur « Kasino ».

A partir du moment où les enfants à partir de 8 ou 9 ans pouvaient être ainsi occupés à des travaux faciles il n’y avait plus de fréquentation possible en 1915. L’instituteur, la plupart du temps suppléé par son fils ne fit classe concurremment avec l’institutrice qu’à partir de décembre et durant toute l’année scolaire 1916 qui se termina avec les autres services le 13 novembre, jour de l’évacuation brusque de toute la population.

b).- Quelles ont été les prescriptions particulières édictées par les Allemands à l’égard des établissements d’instruction ? (Prière de joindre, si possible, des documents à l’appui)

Il n’y a eu aucun ordre ou prescription relative aux établissements d’instruction, sauf en fin octobre 1916. Un ordre écrit venant de la Commandanture de Chauny prescrit la fréquentation scolaire et l’organisation des classes (voir document ci-joint). Cet ordre n’eut pas le temps d’être mis en application plus que quelques jours.

c).- Le commandant de place s’est-il immiscé dans les services d’enseignement ?

Le commandant local ne s’est pas immiscé dans les services d’enseignement.

d).- des officiers délégués ou inspecteurs allemands ont-ils émis la prétention de contrôler l’enseignement ? Ont-ils pénétré dans l’école ? Ont-ils interrogé les élèves ? Pouvez-vous citer, à cette occasion, des réponses d’élèves méritant d’être mentionnées ?

Un pasteur allemand se disant envoyé par la Commandanture de Chauny s’est présenté à l’école en août 1915. Pour une raison ou pour une autre il n’y avait pas classe et l’instituteur était appelé ailleurs. Le pasteur inspecteur pénétra dans l’école, interrogea le fils de l’instituteur remplaçant souvent son père dans sa formation, lui demanda d’établir un programme d’enseignement pour le mois d’octobre, date à laquelle il devait revenir. Il n’est jamais revenu ni aucun autre.

e).- Les élèves des établissements (écoles, etc.) ont-ils été contraints à quelques travaux manuels ?

Quelle a été l’attitude des élèves dans ces circonstances ? Particularité, réponses, réflexions dignes de remarque.

Au cours de l’été 1915 sans surveillance des maîtres et en 1916 conduits par leurs maîtres et maîtresses les élèves, tout au moins les plus grands durent travailler pour l’autorité allemande quelques jours par semaine au moment de l’échardonnage, puis au moment du ramassage des orties qu’on devait apporter et étaler sur la place publique pour les faire sécher. Pour ne pas être contraints à faire ce qui leur déplaisait quelques-uns ne venaient pas du tout à l’école. Les autres transformaient le travail en amusement dans les champs. On ne faisait pas grand-chose ou on sabotait le travail commandé. Ainsi, dans un champ de blé à nettoyer, les tiges de seigle plus hautes et assez nombreuses étaient arrachées sans que l’ordre en fût pourtant donné et servaient de projectiles pour faire des « comètes ». Le chef d’une troupe qui passait sur la route vint faire au jeune surveillant de violents reproches et le menacer de son stick, lui et les enfants qu’il dirigeait.

f).- Quelle a été, en général, l’attitude des soldats à l’égard des enfants ? L’attitude des enfants à l’égard des troupes ?

En général, les soldats et les enfants surent vite s’accorder. On ne peut signaler aucun cas où les soldats aient maltraité les enfants, si ce n’est le surveillant de culture qui usait parfois de sa botte pour faire dépêcher ceux qui faisaient preuve de mauvaise volonté ou de trop de lenteur à partir au travail.

Les soldats logés dans les maisons devenaient vite camarades avec les enfants qu’ils y trouvaient et quand leur séjour se prolongeait, ils se rendaient des services réciproques : les enfants faisant les commissions des soldats quand cela se pouvait, les soldats les payant en quelques friandises jusqu’au jour où ils vinrent à manquer eux-mêmes du nécessaire.

Une fois le premier temps de frayeur passé, au début de l’invasion et de l’occupation, les enfants n’éprouvèrent plus qu’un sentiment naturel de curiosité, de badauderie, inhérent à leur nature. Après dix mois de séjour certains soldats qui avaient flatté leurs goûts furent regrettés.

g).- Le séjour des troupes allemandes a-t-il influé en quelque mesure sur le parler local ? Quelques mots allemands, plus ou moins déformés, y ont-ils pénétré, et paraissent-ils devoir persister ?

(Donner une liste de ces mots, et leur sens.)

Pendant leur long séjour dans la commune les soldats apprirent beaucoup de mots français et réciproquement beaucoup d’habitants comprirent les mots et les expressions les plus habituellement employés par leurs occupants. Chacun se les rappellerait à l’occasion, mais aucun des mots appris ne paraît aujourd’hui en usage. Soit par dédain et mépris d’une langue qui rappelle les souvenirs plein des rancœurs de l’occupation et de l’évacuation, soit à cause du peu d’estime que remontreraient ceux qui auraient la vanité de faire montre de leurs connaissances acquises en cette langue, l’emploi des mots et expressions boches passés dans le langage courant n’a pas persisté.

Source : BDIC La Guerre dans le ressort de l’Académie de Lille. 1914-1920

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