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Les remèdes de Madame Fouquet : Complexion des sanguins

Thème : Santé | Catégorie : Remèdes | Auteur : Madame Fouquet


Il y a deux sortes de sanguins, les uns tempérez, les autres intempérez : et comme il y a grande différence des Sanguins tempérez avec les Sanguins intempérez, ils ont aussi besoin d’un régime de vie contraire l’un à l’autre pour maintenir leur santé ; c’est pourquoi il est necessaire de les distinguer séparément, afin de garder la Complexion de l’un, et changer celle de l’autre, en observant un régime de vie semblable à leur tempéramment, et le corriger par leur contraire.

Complexion des Sanguins tempérez

On connoit les Sanguins tempérez au corps, à la couleur, aux mœurs, et aux actions ; leurs coprs étant médiocrement charnu, au toucher médiocrement chaud et moite, lequel tient toujours le milieu entre le mol et le dur ; le velu est celui qui est sans poils, entre celui qui a les veines larges et étroites, et entre celui qui a le poulx grand et petit : Ils ont la couleur belle et vermeille, mêlée de blanc et de rouge, le poil blond et crêpé, et tous leurs membres bien proportionnez ; l’esprit gentil , le jugement bon , l’humeur joviale et doux, le naturel gai, modeste, sont francs, libéraux, gaillards, discrets, avisez, humbles , paisibles, honnêtes, amateurs des sciences, courtois, gratieux, joyeux , accostables, amoureux des Dames, plaisans en compagnie, propres à dire le mot pour rire, à chanter, à faire bonne chére, prompts à faire plaisir, ronds en affaires ; enfin d’une certaine humeur qu’on ne sçauroit les taxer d’être ni téméraires, ni poltrons, ni trop actifs, ni trop tardifs ; et comme leur complexion tient le milieu, c’est à dire qu’il ne tient ni de l’un ni de l’autre, ils ne sont offensez des causes internes ni externes, et delà vient qu’ils ne sont point maladifs, au contraire ils sont robustes, et résistent à toutes les injures qui proviennent au corps, tant en déhors qu’en dedans. Voilà la marque des sanguins tempérez.

Régime de vie pour les sanguins tempérez

Les Sanguins tempérez pour entretenir leur bon naturel, useront ordinairement à leur manger des viandes temperées, et éviteront celles qui sont manifestement chaudes , froides, séches, ou humides ; non pas qu’il soit necessaire de tenir un Régime de vie si régulier que les Sanguins intempérez, ni des autres Complexions, ce qui fait qu’on leur permet que toutes les fois qu’ils auront apetit de quelque chose, d’en manger et d’en passer leur envie : Et comme ils sont de bonne pâte, et de nature robuste pour résister aux injures, tant externes qu’internes, ils doivent s’accoûtumer à toutes manieres de vivre, sans s’assujettir à une seule, crainte que ne l’observant pas exactement , ils ne deviennent délicats et ne tombent malades lorsqu’ils n’observent pas leur Régime de vie ; ils pourront aller tantôt aux champs, tantôt à la ville ; et quand ils auront faim ils pourront manger sans attendre l’heure du repas, soit pain, chair ou poisson, froid ou chaud, bouilli ou rôti, fruits cuits ou cruds, et de quelque nature que les choses soient ; ainsi ils feront bien de s’accommoder à toutes sortes de choses, sans y regarder quoique ce soit ; quand ils auront de bon vin, ils en boiront ; quand ils n’en auront que du mauvais, ils en feront de même ; pourtant ils prendront garde de ne point faire d’excez en quoi que ce soit, le moins qu’ils pourront, et de garder la médiocrité en toutes choses : ce faisant, ils vivront un siécle entier sans maladies. Dormiront quand ils auront sommeil, sans attendre l’heure du coucher.

Complexion des sanguins intempérez

Les Sanguins intempérez, c’est-à-dire qui ont abondance de sang chaud et humide sont forts charnus, ont grande rougeur au visage, les vaisseaux forts grands, un grand battement d’artéres, la respiration difficile, et fréquente pesanteur et lassitude du corps, sueur sans travail, l’esprit simple et sans finesse, aimant à goguenarder, s’adonnent beaucoup aux délices, lours et voluptueux, sujets à plusieurs maladies, particulierement aux flux de sang, et les femmes à avoir leurs purgations en grande abondance.

Régime de vie des Sanguins intempérez

Les Sanguins intempérez doivent garder une maniere de vivre rafraîchissante pour corriger leur intempérie chaude et humide ; ainsi l’air et les alimens froids et secs leur sont forts propres : ils doivent se loger tant qu’ils pourront dans un air froid et sec, et ne doivent manger que des chairs de veau, de chevreau, d’agneau, de poulets, soit rôties ou bouillies, et leur mettre dans leur bouillon des herbes rafraîchissantes, comme sont, laitües, ozeille, pourpier, épinards, chicorée, bourache, citrouille, verjus, et autres semblables herbages, qu’ils pourront manger en salade, s’ils veulent.
Les œufs frais molets, et les poissons de riviére leur sont tres-bons, comme aussi toutes sortes de fruits cruds et cuits ; particulierement les cerises, griottes, fraises et raisins, pourvu toutefois qu’ils n’en fassent point d’excez, crainte d’attirer dans leur corps trop d’humidité.
Leur boisson sera de bon vin, bien tempéré avec de l’eau de fontaine.
Le long dormir leur est fort contraire, parce qu’il humecte, et l’exercice médiocre leur est fort profitable, parce qu’il desséche l’abondance des humeurs.
Le grand travail leur est nuisible, parce qu’il échauffe trop, ils doivent se tenir toûjours le ventre libre, et se garder des fortes passions de l’ame, particulierement de la colére et de la tristesse ; les bains d’eau froide leur sont très-bons pour rafraîchir l’habitude du corps, comme aussi les saignées, pourvu qu’on ne leur tire du sang mal-à-propos, et en trop grande quantité, autrement ils deviendroient facilement hydropiques.
D’après « Les remèdes de Fouquet, tome 1 , pages 13 à 17 C’est finalement les sanguins tempérez qui semblent être les plus favorisés !
Marie-Agnès SCHIOPPA