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Les anciennes constructions rurales en Thiérache de L’Est (I)

Thème : Patrimoine | Catégorie : Bâtiments | Commune(s) : ARCHON | Auteur : Jean Gape d’après Marcel Cury


Les anciennes constructions rurales en Thiérache de L’Est (I)

par Jean Gape d’après Marcel Cury

Quand et comment ont été faites ces maisons, granges et bâtisses si caractéristique qui donnent à la Thiérache son cachet bien spécial ? Avec quels moyens ont été montés ces murs et ces toits qui nous abritent encore, et, là où leur entretien, et même leur modernisation, n’ont pas été négligés, répondront encore longtemps à leur but premier ?

Un érudit du canton de Rozoy, M. Cury, d’Archon, à qui nous devons et devrons encore de bien intéressantes incursions dans la vie et le passé relativement proche de nos régions, nous en restitue l’histoire.

Dans la partie sud (est de la Thiérache (Rozoy, Aubenton, Ardennes et leurs abords) autrefois très pauvres, toutes les constructions étaient faites avec les matériaux du pays.

La pierre était inconnu et la brique peu utilisée en raison de son prix. ( le 31 décembre 1818, la commune d’Archon paye 9 FRS – or pour 450 briques, soit 20 FRS – or le mille. Mais pour qui pouvait donne l’argent d’avance, le briquetier consentait souvent des « conditions ») il existait pourtant des briqueteries artisanales, sur les hauteurs, pour profiter du limon des plateaux : Parfondeval, La Garde de Dieu, Rozoy, Brunehamel, Iviers, Vaux – les – Rubigny et Blanchefosse (Ardennes).

Cette dernière, modernisée peu avant 1914, ne résista pas à la tourmente.

Chaque chantier avait son format particulier. On ne connaissait pas la standardisation. Les anciennes briques, cuites au bois, était très recherchées. Au contraire, par mesure d’économie, on prenait des briques, trop ou pas assez cuites, des « chiens » pour édifier les cheminées.

DE LA BASE…

Souvent, les fondations (« solements ») étaient construites en silex.

Il n’en reste plus, dans la région, que des rares échantillons, et c’est merveille de voir la façon dont la plupart sont édifiés. L’artisan, on serait tenté de dire l’artiste, arrivait à monter des murs droits et lisses avec des gros cailloux aux formes extrêmement irrégulières.

La charpente était toute entière tirés de nos bois, depuis les « trates » les « équeux », les « littes », jusqu’aux « potilles », et aux « paillots ».

Toutes ces pièces étaient taillées sur place par les scieurs de long…

…AU SOMMET.

Les faites coupés au pignon, supportant les toits « croupes » dits Thiérachiens, n’ont guère été établis, ici tout au moins, qu’ou XIXé siècle.

Ces charpentes montrent à chaque extrémité un poinçon apparent, le « pivot ». pour éviter les infiltrations de la pluie, on les recouvre d’un étui de zinc que l’on trouve dans le commerce. Autrefois, on se contentait de clouer une ardoise sur chacune des faces, et de recouvrir le tout d’un pot de terre vernissée. On voit encore, de temps à autre, une de ces poteries sur les granges du village.

Les plus anciennes toitures sont strictement à deux pentes. Le fait tient peut être à ce que ces antiques charpentes avaient été conçues pour soutenir le chaume et qu’elles ont été, au cours des ages, recouvertes d’ardoises.

On peut évaluer ainsi la date relative de presque tous les bâtiments du villages avec fort peu de risques d’erreur.

La construction Thiérachienne a un caractère et des éléments bien particulières.

Les anciennes constructions rurales

en Thiérache de L’Est (II)

Auvent et ardoises, charpente et bouchage, la vieille maison Thiérachienne subsiste jusque dans les Bourgs :

Un coin du vieux Rozoy

…Au siècle dernier, les toits de chaume étaient encore nombreux – L’ardoise était pourtant connue depuis fort longtemps ( en 1158, une dotation collective faite à l’abbaye de Signy permet aux religieux d’extraire des carrières de Rimogne, toutes les ardoises dont ils auraient besoin) – Le chaume a compté pourtant des partisans jusqu’en 1914, car c’était un merveilleux isolant de chaleur et de froid. Les deux pentes des toits étaient réunies par de grandes faîtières, fabriquées en une terre blanchâtre qui semble étrangère au pays.

De longues « soutoits » permettaient à l’eau de pluie de tomber hors des fondations ; parfois ces toits s’allongeaient jusqu’au point de former un « avançailler », que nous nommerions aujourd’hui, un auvent. Lorsque la charpente était terminée et les « potilles » mises en place, on les réunissait par de minces morceaux de bois inclinés, les « paillots ».

Il ne restait plus alors qu’à prendre sur le terroir quelques tombereaux de terre rouge, et tout était prêt pour le « placage ».

DE JOYEUX « CASTORS »

Un dimanche matin, le propriétaire conviait ses parents, voisins et amis pour commencer le grand œuvre (on disait à Rozoy « faire chanoi » ; chacun endossait ses plus vieux vêtements de travail et on se mettait allégrement à l’ouvrage. Les uns faisaient le « morquier » qu’ils mélangeaient à du vieux foin, les autres le plaquaient sur les paillots, les plus habiles lissaient les murs à la truelle.

Tout cela ne se passait pas sans chants, ni gais propos, pour midi, le travail terminé, on allait faire un brin de toilette, puis on se réunissait sur le chantier où un pantagruélique repas était servi, la fin de la journée se passait en jeux et beuveries.

La pratique du placage en collectivité remonte sans doute aux époques les plus lointaines. Notre pays ayant toujours été zone d’invasion, il fallait bien l’action de tous pour donner un logement à chacun après la destructions massives…

M . CURY