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L’église de Brancourt-le-Grand (d’après C.Poette)Histoire locale / Articles

Thème : Patrimoine | Catégorie : Églises | Commune(s) : BRANCOURT-LE-GRAND | Auteur : D'après C.Poette- NPK


Nous aimons les vieilles églises, celles dont l’aspect est sombre, mystérieux, et dans lesquelles on trouve avec un peu d’architecture, des collatéraux séparés de la nef par de gros piliers et dont les baies sont basses, étroites, profondes, ou d’autres plus grandes, ne laissant entrer le jour que par des vitraux artistiques, comme la plupart de ceux des treizième, quatorzièmz et quinzième siècles.
Ces églises sont des lieux de méditation, de prières, de ferveur religieuse, des temples où le croyant se recueille et laisse aller sa pensée au-delà du monde réel pour voir le monde idéal et divin que recherchaient jadis, dans la solitude des bois et des déserts, ceux qui fuyaient le monde pour vivre avec l’Eternel , avec l’Etre incompréhensible qui est la vie, l’âme , la pensée du monde, l’Etre qui n’a pas eu de commencement et qui n’aura pas de fin.

Les églises modernes, construites avec des briques mélangées de pierre, vous laissent indifférents et froids lorsqu’elles n’ont pas le caractère architectural, élevé, majestueux des églises de Douchy, du faubourg Saint-Martin, des oeuvres de M. Pierre Bénard, et de celle que M. Malgras-Delmas, l’habile architecte du Palais de Fervaques, vient d’édifier à Brancourt.
Allez dans ce village, et si vous arrivez sur la place par le côté nord, c’est-à-dire par les rues qui s’ouvrent sur la route de Prémont, vous vous trouverez en face d’un édifice religieux d’un aspect des plus grandioses et plus imposants.
C’est la nouvelle église qu’un enfant du pays, Mgr Mignot, évêque de Fréjus et de Toulon, fils d’un modeste instituteur de Brancourt, a fait élever à ses frais pour remplacer celle dans laquelle les habitants de son village ont été s’agenouiller et prier pendant de longs siècles.

On s’arrête devant cet édifice et l’on admire ses belles proportions, l’élégance du clocher d’un hauteur de 40 mètres et qui domine le pays à plusieurs lieues à la ronde, les deux tourelles, la balustrade, le portail formant une espèce de peristyle ou marthex ouvert sur trois côtés et sous lequel on trouve , au dessus de l’entrée de l’église même, les armes de Mgr Mignot, très habilement sculptées par Mr Blondel de Saint-Quentin.


Sur les façades latérales , les saillies formées par les chapelles du transept et les petites tourelles de la double sacristie donnent à l’exterieur de l’édifice un caractère tout particulier. Ajoutons que la façade postérieure a pour premier plan une double sacristie et se présente, en raison de la déclivité du sol, sous un aspect de grandeur et d’imprévu qui arrête l’attention du visiteur.
La longueur totale de l’église est de 44 mètres sur 14 mètres de large dans la nef et 23 mètres aux bras du transept.A l’intérieur, le vaisseau a 7 mètres de large sur 13 mètres de haut ; les deux collatéraux mesurent chacun 6 mètres de large sur 5.50 de haut.
De belles colonnes trapues supportent les arcades qui séparent la nef des bas-côtés. Elles sont couronnées par de gros chapitaux sur lesquels s’élèvent de légères et élégantes colonettes qui reçoivent la retombée des voûtes hautes de la nef. Les colonnes des bas-côtés reçoivent les voûtes des collatéraux.
Une large et grande tribune, placée sous le clocher, s’ouvre sur la nef par un arc dont la largeur, presque égale à celle de la nef même, prolonge la perspective intérieure. Elle est écliairée par de beaux vitraux sur lesquels se trouvent Saint-Quentin , patron du Vermandois, et Saint-Norbert, fondateur de l’ordre des Prémontrés.
L’architecte a profité de la déclivité du terrain pour construite une crypte qui s’etend sous le transept, le sanctuaire et la double sacritie. Malgré les robustes points d’appui qui correspondent aux colonnes de l’édifice, l’espace libre est très grand, et la lumière pénètre largement dans cette crypte où l’on accède par une large porte extérieure et un escalier en tourelle qui communique avec la sacristie.
Au résumé, on trouve dans la nouvelle église de Brancourt les principales dispositions des églises du moyen-âge, celles de la véritable architecture religieuse : nef, collatéraux, transept ajouré, triforium, oculus, clair-étageavec de hautes fenêtres geminées.
Les bras du transept, terminés ordinairement par des pignons plats, sont remplacées dans la nouvelle église de Brancourt par des chapelles polygonales du plus grand effet comme perspective.On ne trouve, croyons-nous, cet arrangement que dans l’un des côtés de la cathédrale de Soissons.

De renseignements puisés à bonnes sources, il résulte que le bel édifice religieux qui s’élève aujourd’hui au centre de Brancourt coûtera envirion 132.000 francs, alors que beaucoup d’hommes comptétents évaluent la dépense à plus de 200.000 francs.
Ce résultat est dû, paraaît-il, à l’emploi de la pierre factice dite de Denain. C’est un produit qui est obtenu par un mélange de ciment et de laitiers de haut-fourneau pulvérisé, le tout comprimé à la presse hydraulique dans des appareils appropriés pour former la mouluration voulue. C’est ainsi que la flèche du clocher, d’une épaisseur de 0,20 mimite la pierre et montre au loin autour de Brancourt son éclatante blancheur.
Ajoutons que les travaux de ce bel édifice religieux ont été exécutés : la maçonnerie, la charpente, la couverture, le zincage et la menuiserie, par M. Maudens de Bohain ; les voûtes et la plâtrerie pzr M. Picardeaude Paris ; le splanchers en ciment armé, système Hennebique, par Mr Julien Ozenfant de Saint-Quentin ; les vitraux par Mr Tallon de Saint-Quentin ; le para-tonnerre par Mr Mildé de Paris, et les scuptures par Mr Blondel de Saint-Quentin.
Les vitraux sont dus à la générosité de Mme Gellé de Brancourt.
Charles Poette
Le guetteur de l’Aisne 15.11.1899

Cette eglise fut bénie en 1899 par Mgr Deramecourt. Hélas, entre temps, il y eut la guerre, la grande, pendant laquelle une partie de l’église fut détruite. Elle fut restaurée entre 1921 et 1923.