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Légende et vieux souvenirs

Thème : Contes, légendes et chansons | Commune(s) : ARCHON | Auteur : Jean Gape d’après Marcel Cury


Légende et vieux souvenirs 

par Jean Gape d’après Marcel Cury 

Nous avons a plusieurs reprises, reçu de M. Marcel Cury , d’Archon, qui connaît sa vieille Thiérache jusqu’au tréfonds d’un passé tourmenté, d’amusants souvenirs sur les coutumes, le langage, les joies et les peines, qui traversaient la vie de nos ancêtres et en rompaient la monotonie.

Apres avoir évoqué la longue survivance dans les mémoires de quelques-uns des « Croquemitaines » descendus en droite ligne des chefs de bandes qui ravagèrent voici 2 ou 3 siècles nos malheureuse contrées, il descend aujourd’hui pour notre plaisir dans le fantastique crée de toutes pièces pour provoquer un frisson ou piéger les naïfs.

Notre époque positive n’en n’est plus là. Elle préfère croire, scientifiquement, aux petits hommes verts sortis des soucoupes volantes, et une frange misérable de désaxés s’évade dans les « voyages » du L.S.D. ou les décrépitudes de la drogue un éclat de rire. 

La mode disait Napoléon, est rempli de gens qui croient volontiers au Diable. Nos ancêtres avaient une foi profonde, bien qu’un peu superstitieuse, mais ils croyaient beaucoup au Diable, et ils le voyaient partout. Les bergers étaient toujours un peu redoutés en raison de leurs fréquentations démoniaques.

L’un d’eux, celui de Dohis, était particulièrement connu. L’hiver, il se rendait à « la veille » chez certaines personnes de village. Apres avoir bu de copieux verres de cidre, il amenait l’assistance sur son sujet favori. « Si je voulais, je le ferais venir dans votre grenier ». les femmes et les enfants tremblaient, mais séchaient de curiosité. Alors le berger prononçait quelques paroles magiques et frappait le plafond avec un bâton, aussitôt un tapage infernal se produisait ; tout semblait s’écrouler et un frisson d’épouvante saisissait les assistants. Enfin, quand la frayeur était à son comble, un second coup au plafond renvoyait Satan en enfer et… le gamin, qui était monté au grenier par un trou repéré dans la journée, rentrait chez lui avec la satisfaction de devoir accompli.

Les chemins forestiers présentaient des endroits où l’on était exposé aux rencontres diaboliques, tel le Fond des Roulis, près du hameau de la Tour du Diable dit (Trou d’Guiable) au nom particulièrement évocateur. Dans ma jeunesse un vieux voisin se vantait d’avoir osé autrefois passer par le Fond du Roulis, seul et en pleine nuit. Aussi dangereux était le poulain de Tran, commune de Résigny, le voyageur attardé qui l’avait entendu hennir dans laforet d’Estremont ne pouvait s’empêcher de le suivre, sans jamais l’attraper. On le retrouvait le lendemain extenué, à demi mort de peu et de fatigue. Si chaque légende repose sur un fond de vérité n’est-il pas plausible de donner commebase à la nôtre l’histoire d’un nigaud qui aurait pris un hennissement le cri du « poulain du bois » (bégebo » ou pic vert) ?

Aujourd’hui le bois d’Estremont a perdu tout mystère. La dernière manifestation insolite qu’on y ai vue est sans doute celle de « la boule de feu de Thierry-pré » qui, tout un hiver aux environs de  1900, défraya la chronique du voisinage. On la voyait s’élever toutes les nuits au-dessus de la forêt ; tout le monde en était occupé, la gendarmerie s’en mêla, mais ne mit jamais la main, je crois, sur la bande de plaisantins qui avait monté l’affaire.

 

Marcel Cury (Archon)