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Le château forteresse de Beaurevoir  

Thème : Patrimoine | Catégorie : Châteaux, Histoire | Commune(s) : BEAUREVOIR | Auteur : Jean-Luc Dumoulin


Le château forteresse de Beaurevoir

BEAUREVOIR «  Bellum Videre » est une commune de 2173 hectares située au nord est du département de l’Aisne dans l’arrondissement de Saint-Quentin, entre cette dernière et CAMBRAI. Le pays de Beaurevoir est situé dans la partie de la Gaule devenue la Haute Picardie, aux confins du Vermandois et du Cambrésis.

BEAUREVOIR dépendait alors du diocèse de Cambrai et la plupart des seigneurs de Beaurevoir se firent inhumer dans sa cathédrale.

Lorsqu’on se dirige vers BAVAY, par la chaussée Brunehaut, en quittant ESTREES on distingue le village, accroché au flanc d’un mamelon.

Des vestiges de constructions datant de trois époques différentes existent encore sur le terrain : l’époque de la pierre, l’époque des Gaules et l’époque des Comtes du Vermandois.

BEAUREVOIR était composé de La Sablonnière, Ponchaux, Vaux le Prêtre (célèbre pour son abbaye) ainsi que quelques habitations isolées dans la forêt. Les hameaux sont La Sablonnière, Ponchaux et peut-être Somescaut où se trouvait l’église paroissiale à proximité du cimetière actuel.

BEAUREVOIR a compté sept chapelles. A l’emplacement de l’église actuelle se trouvait la chapelle du château.

Au quinzième siècle BEAUREVOIR était entourée d’une forêt et dominée par la forteresse de Jean de Luxembourg. Il fit ériger sur une éminence côté Sud, à environ 500 mètres du fort, une tour de garde, pour surveiller les abords du château. Cette tour, visible encore aujourd’hui au milieu des champs, est devenue depuis longtemps un moulin à vent. Le nom de « Moulin de pierres » qui lui est attribué est devenu un lieu-dit du pays. On l’appelle aussi parfois, improprement, « Tour Jeanne d’Arc » parce qu’elle dépendait du château où l’héroïne fut prisonnière. Mais Jeanne fut captive dans le donjon du château, jamais dans cette tour.

Cette tour, classée monument historique, mesure 8,50 m de diamètre extérieur  et environ 5 m à l’intérieur. Elle est devenue propriété communale.

La demeure seigneuriale, défendue par onze tours était construite sur une superficie relativement réduite, moins d’un hectare. L’emplacement du donjon est identifié, mais le soulèvement de terre qui le fait émerger du fossé voisin est de plus en plus recouvert par une végétation désordonnée. En 1898, on distinguait encore un pan de muraille. Quant aux galeries souterraines, elles sont parfaitement conservées dans leur état d’origine. On devait autrefois s’éclairer d’une bougie pour y descendre ; maintenant un éclairage électrique jalonne le parcours, ce qui est meilleur pour la visite.

Du château il ne reste que quelques vestiges visibles si l’on écarte les broussailles qui les recouvrent. Il fut totalement démantelé, excepté le donjon, sous Louis XIV, en 1674, par l’ingénieur Bachot de Saint-Quentin. Après la Révolution, le domaine qui appartient au marquis de Mailly-Nesle, est confisqué comme bien d’émigré. Les restes sont alors mis en vente et adjugés au citoyen Aimé Manteux, qui déclare l’acheter pour le compte de Rémy Nicolas PARIS, habitant de Beaurevoir. Ce dernier fait démolir le donjon pour récupérer ou vendre les pierres.

Etude faite en 1865 par Charles Gomart, reportée sur le plan cadastral de Beaurevoir de 1837.

(Ce plan est le seul dressé par un témoin d’après les vestiges qu’il a pu trouver en place.)

Source : Archives municipales de Saint-Quentin

L’ancienne « rue des Prêtres », qui reliait la Place Verte aux deux ouvrages de défense Nord : la demi-lune et le ravelin du châtaignier, a changé de dénomination. Son tracé est aujourd’hui celui d’une partie de la rue du Catelet et de la rue du Luxembourg.

Les indications A, B, C, D, E et F concernent le château proprement dit. Mis à part le donjon (D), dont l’emplacement est bien connu, et, les galeries souterraines (F) encore visibles, ces indications correspondent à des éléments de la demeure seigneuriale dont Gomart a pu discerner ou dont il a supposé le tracé (habitation, tours secondaires, chapelle). Mais on peut se demander si Gomart a eu raison de placer un premier pont-levis en « A », à l’endroit même de l’entrée moderne, là où le fossé a été comblé pour permettre un accès direct à la place Verte, aujourd’hui place Jeanne d’Arc.

La partie Sud du château est constituée par un ravelin. Seule la ligne plus épaisse du tracé signale les murs encore existants. Cet ouvrage défensif était construit sur la pente de la colline, tandis que le château était situé au sommet.

Légende de Gomart : A – Première entrée du château, B – Seconde entrée du château, C – Tours que des fouilles récentes ont fait « ressurgir », D – Tour où fut enfermée Jeanne d’Arc, E – Chapelle du château, F – Entrée des souterrains, G – Maison de Mr PARIS.

Note : les traits fins et les N°s indiquent les parcelles du plan cadastral de 1837, les lignes plus fortes font connaître la disposition probable du château, les lignes noires plus épaisses sont les parties de murailles ou de tours qui existent encore, les hachures indiquent les mouvements du terrain.

On pourrait supposer que les galeries avaient une communication avec le donjon ou avec la porte féodale que Gomart situe en « B ». Effectivement, on trouve au bas du premier escalier (auquel Gomart attribue 50 marches environ, mais qui n’en compte que 38) une galerie principale qui se prolonge du côté du donjon, et, deux autres galeries, l’une à gauche, vers le Sud-est (côté pont-levis « B »), l’autre à droite, vers le Nord-ouest.

Ainsi au premier niveau, on constate l’ouverture de trois galeries, dont deux, actuellement obstruées (la galerie principale et celle de gauche vers le S-E) ; se prolongent peut-être plus loin. La troisième donne accès à un deuxième escalier de 21 marches avec voûte à ogive et au bas duquel se trouvait la porte. Après cette porte, la galerie se prolonge de plain-pied vers le Nord-ouest et bientôt rencontre à droite une nouvelle galerie qui se dirige vers le Nord-est. Ces deux galeries qui ont 2,35 m de large sur 2,25 m de hauteur, paraissent n’avoir jamais été prolongées plus avant, car on y rencontre le tuf, à l’endroit où elles s’arrêtent. Il faudrait plutôt les qualifier de salles souterraines. Il est difficile de dire à quoi elles pouvaient servir. Gomart a émis plusieurs hypothèses :

« Elles avaient sans doute pour destination, de servir tout à la fois de cachot pour les prisonniers et de passage secret pour la garnison, qui pouvait ainsi sortir de la place à l’improviste. Beaucoup de maisons du village de Beaurevoir ont aussi leurs galeries souterraines, dite de refuge ou de « muches », qui ont servi de retraite aux habitants pendant la guerre du XVème siècle ».

 

Ainsi conformément à la description des lieux, il faudrait admettre que les galeries du premier niveau peuvent seules être le début d’une communication souterraine ; celles du niveau inférieur servant de refuge ou de « muche » (mot picard : cachette, souterrain). Cela les date de la construction du château.

Le ravelin Sud formait une avant-cour, plus étendue que la demeure seigneuriale elle-même et qui la protégeait. Personne ne soupçonnait que ce ravelin, dépendance secondaire du château, puisse encore contenir des vestiges intéressants. A  l’angle Sud-est du ravelin se trouve une tour de forme oblongue. L’amorce d’une voussure est d’abord apparue puis l’intérieur de la tour complètement dégagé et le cintre reconstitué en vue de sa présentation. En suivant le mur à son sommet, à partir de cette tour, ont été découverts : quatorze créneaux carrés de 1,40 m de côté distants de 1,50 m.

Aujourd’hui, soixante dix ans et plus se sont écoulés depuis les découvertes faites par Mgr PLATAU. Leurs résultats ne sont plus visibles pas même les créneaux. Le mur du ravelin dont ils constituaient le sommet est recouvert d’une broussaille désordonnée, un atelier a été construit a proximité. Dans cette propriété, dont la maison, ancien café coiffeur, (porte encore l’enseigne « Aux remparts du château » ?), on parvient, en descendant quelques marches, à un ancien abri allemand et l’on peut alors, sous terre, longer le mur moyenâgeux en bon état de conservation.

Par conséquent les vestiges encore ensevelis ou à nouveau recouverts doivent encore subsister. L’entrée de l’escalier de quinze marches, tout juste assez large pour le passage d’un homme et qui devait servir à la manœuvre du pont-levis, est encore visible, si l’on prend soin de soulever les ronces.

L’existence d’un château dès le douxième siècle est admise sur la foi de plusieurs sources (Atlas des châteaux forts en France, ed. Publitotal Strasbourg). Amédée Piette, cité par Charles Gomart, assigne la date de 1167 au premier château de Beaurevoir, bâti selon lui par Philippe, comte de Flandre, héritier de Raoul de Vermandois.

Le domaine devient, dans la seconde moitié du 13éme siècle, la possession de la branche française de la maison de Luxembourg.

 On peut dater de 1270 environ le mariage de Jeanne de Beaurevoir, fille de Jean avec Waléran 1er (Walram) de Luxembourg (°1245 †05/06/1288 Worringen), fils de Henri V «  le Blond », comte de Luxembourg et de Marguerite de Bar. Il devient par cette union, le premier Luxembourg, seigneur de Beaurevoir. Résidant souvent à Cambrai et fort occupé par la guerre, il n’eût sans doute pas la possibilité de fortifier Beaurevoir. Il est mort au combat de Woringen près de Cologne. Le château entre alors dans la maison des Luxembourg Limbourg.

Son fils Waléran II (Walram), comte de Luxembourg, (né vers 1275 †1354) fut seigneur de Ligny, Roussy et de Beauvoir de 1288 à 1354, époux de Guyotte de Hautbourdin (châtelaine de Lille) (°1275 † 1338), qui mourût à un âge avancé, s’occupa activement de Beaurevoir et envisageait d’y résider

en permanence. On peut tenir pour certain qu’un édifice assez puissamment fortifié existait quand Waléran II (Walram) était seigneur de Beaurevoir, au tout début du XIVème siècle.

C’est vraisemblablement lui qui commença la construction d’une enceinte fortifiée, première ébauche du futur château fort.

En 1310, il cède la « gouvernance et capitainerie » de son « castel »en échange de quelques terres. Le 6 juin 1314, à 40 ans il fonde avec son épouse Guyotte, quatre chapelles à Beaurevoir. Ils eurent quatre enfants, dont Jean 1er, Waléran, Jacques et Catherine. En 1348, la branche aînée de la maison de Limbourg, représentée par les comtes de Berg s’éteignit, et Waléran II obtint de son cousin Charles IV de Luxembourg, empereur germanique, le droit de reprendre leurs armoiries.

Le texte de la fondation précise que les « manoirs » ou maisons des chapelains se trouvent « dans le clos des murs et des fossés ». Ce qui signifie donc que le château était déjà bâti ou en cours de construction. Le tracé général de la forteresse, y compris ses ouvrages secondaires, la porte existant sur le mur du ravelin Sud et le pont-levis à bascule qui la domine, remontent donc à Waleran II et peut-être même avant lui.

Va succéder à Waléran II, son fils Jean 1er de Luxembourg, (°1300 †17/05/1364) seigneur de Ligny, de Beauvoir et Roussy de 1354 à 1364. Il épouse en 1330 Alix de Dampierre-Flandre (°1322 †1346), dame de Richebourg, fille de Guy de Dampierre et de Béatrice de Putten en Strijen. Ils eurent dix enfants, dont :

Guy de Luxembourg, (°1340 †22/08/1371) Seigneur de Roussy et de Beauvoir de 1364 à 1371, fut comte de Ligny et de Saint-Pol. Il  épouse en 1354 Mahaut de Châtillon, comtesse de Saint-Pol (°1335 †1378). De cette union naissent dix enfants dont :

 

– Waléran III de Luxembourg, né à Saint-Pol-sur-Ternoise vers 1357, mort au château d’Ivoy le 12 avril 1415, fut comte de Saint-Pol, de Ligny, seigneur de Roussy et de Beauvoir de 1371 à 1415. Il entra au service de Charles V, roi de France, tomba entre les mains des Anglais et, pendant sa captivité, épousa en 1380 Maud Holland († 1392), veuve d’Hugues de Courtenay, fille de Thomas Holland et de Jeanne de Kent, et sœur utérine de Richard II, roi d’Angleterre. Il leur naquit une fille Jeanne († 1407), qui épousa Antoine de Bourgogne (1384 † 1415), duc de Brabant et de Limbourg.

Veuf, il se remarie en 1393 avec Bonne de Bar († 1400), fille de Robert Ier, duc de Bar et de Marie de France, mais ils n’eurent pas d’enfant.

Charles VI le chargea de négocier la paix à Londres (1396) et le nomma gouverneur de Gênes (1397).

Pendant la démence du roi, le duc de Bourgogne, dont il était partisan dévoué, lui fit donner la grande maîtrise des eaux et forêts, puis en 1410 le gouvernement de Paris et en 1412 la place de connétable. Il établit à Paris la milice des Écorcheurs, et battit plusieurs fois les Armagnacs en Normandie. Il dut quitter Paris avec le parti bourguignon en 1413 et mourut peu après.

 

– Jean (2ème du nom) de Luxembourg, (°1370 †02/07/1397) seigneur de Beaurevoir, époux de Marguerite d’Enghien, comtesse de Brienne et de Conversano.

– Jeanne (†13/10/1430) dite « la Demoiselle de Luxembourg » qui vivait à BeaurevoirElle tenta de dissuader son neveu Jean II de vendre Jeanne d’Arc aux Anglais. De l’union de Jean et de Marguerite d’Enghien vont naître quatre enfants, dont :

 

Jean II de Luxembourg, (°1392 †1441 à Guise) seigneur de Beaurevoir de 1415 à 1441, comte de Guise (de 1425 à 1441) et de Ligny-en-Barrois (de 1430 à 1441). Il épouse en 1418, en secondes noces, Jeanne de Béthune (†1449), fille de Robert VIII de Béthune, vicomte de Meaux et de Jeanne de Barbançon. Sans enfant, il désigna comme héritier son neveu Louis, fils de son frère aîné Pierre.

Au service de Philippe le Bon, duc de Bourgogne, il fut nommé gouverneur d’Arras en 1414. En 1418, il délivre Senlis assiégé par les Armagnacs. Il fut gouverneur de Paris de 1418 à 1420. Puis il se tourna vers la terre de Guise. En effet, cette seigneurie avait été autrefois tenue par les Châtillon comtes de Saint-Pol, et Jean, descendant des Châtillon Saint Pol, revendiqua la possession de ce fief, dont l’importance stratégique augmentait en raison de l’unification des Pays-Bas par les ducs de Bourgogne. Il se fit confirmer ses droits par le duc de Bedford, régent de France au nom de son neveu Henri VI (roi d’Angleterre), et prit le château en 1425.

En 1430, il défend Compiègne que Jeanne d’Arc tente de prendre. Au cours d’une sortie, le 23 mai 1430, il la fait prisonnière. Il la livrera plus tard aux Anglais pour la somme de 10000 livres tournois.

En 1435, il refuse de signer le traité d’Arras qui mettait fin au conflit franco bourguignon. Charles VII, roi de France, sur le point de monter une opération pour le mettre au pas, lorsqu’il mourut. Le roi confisqua alors ses possessions, mais il finit par les rendre à titre viager à son neveu et héritier :

Louis de Luxembourg Saint-Pol né en 1418, décapité à Paris le 12 décembre 1475, fut comte de Brienne, de Conversano et comte de Saint-Pol de 1433 à 1475, de Ligny et de Guise de 1441 à 1475 et de Marle et de Soissons de 1435 à 1475. Il était fils de Pierre Ier de Luxembourg, comte de Saint-Pol, de Brienne et de Conversano, et de Marguerite des Baux. Il fut élevé par son oncle Jean de Luxembourg, qui mourut en 1441 en le désignant comme héritier, mais le roi Charles VII de France mit ses biens sous séquestre.

Il se rapprocha de la France et put ainsi les récupérer, mais le comte du Maine lui intenta un procès pour la possession de Guise. Il y eut finalement un arrangement, Charles du Maine épousa la soeur de Louis et reçut Guise en dot.

Il devint l’ami du dauphin et combattit les Anglais en Flandre et en Normandie. Sous Louis XI, il entra dans la Ligue du Bien public en 1465 et commanda l’avant garde du comte de Charollais à la bataille de Montlhéry, obtint au Traité de Conflans le titre de connétable, épousa Louise de Savoie, sœur de la reine Charlotte, et se fit donner le comté de Guînes et la seigneurie de Novions.

Malgré des marques apparentes d’hostilité envers le duc de Bourgogne (prise de Saint-Quentin, 1470), il avait des intelligences secrètes avec lui ; lors de l’invasion par le roi d’Angleterre Édouard IV en France en 1475, sa conduite ne fut pas moins équivoque. Aux conférences de Picquigny, Édouard livra à Louis XI la correspondance du connétable, qui fut condamné à mort par le Parlement de Paris, et décapité sur la place de l’Hôtel de Ville.

Les biens de Louis sont confisqués après sa mort et certaines seigneuries, comme Beaurevoir et Ham, données par le roi à la famille Rohan. Pourtant après de nombreuses disputes, Marie de Luxembourg, héritière et petite fille du connétable Louis, rentre en possession de Ham, où elle habitera presque constamment, et de Beaurevoir.

Marie de Luxembourg (v. 1472 † 1er avril 1546 La Fère en Tardenois), fille de Pierre II de Luxembourg, comte de Saint-Pol, et de Marguerite de Savoie (1439 † 1483) Fille aînée de ses parents qui n’ont pas eu de fils ayant atteint l’âge adulte, elle est comtesse de Saint-Pol, de Marle et de Soissons. Elle épouse (1460) en premières noces son oncle Jacques de Savoie (1450†1486), comte de Romont et baron de Vaud, dont elle eut : Françoise de Savoie, mariée à Henri III de Nassau-Dillimberg, et morte sans postérité en 1511.

Veuve, elle se remaria (8 septembre 1487) avec François de Bourbon (1470†1495), comte de Vendôme et devient ainsi l’arrière grand-mère du roi Henri IV. Elle eut : Charles, comte puis duc de Vendôme et duc de Bourbon ; François, comte de Saint-Pol et d’Estouteville ; Louis, qui devint cardinal ; Antoinette, mariée à Claude de Lorraine, duc de Guise ; Louise, abbesse de Fontevrault. A la mort de son second mari, elle prit la tutelle de ses enfants et gouverna le comté de Vendôme, dont elle avait l’usufruit, jusqu’à sa mort. Elle embellit fortement la ville de Vendôme, faisant restaurer ou reconstruire plusieurs édifices.

Par ce mariage la forteresse passe alors, pour un tant, à la maison des Bourbon, c’est-à-dire à la maison de France.    (Armoiries des comtes de Bourbon Vendôme)

Schéma généalogique expliquant l’alliance entre la famille de Luxembourg avec la maison de France.

L’histoire de la cité bellovisienne est extraordinairement riche, principalement au Moyen-Âge, dominé par la guerre de cent ans et dont la grande héroïne est Jeanne d’Arc (06/01/1412 Domrémy † 30/05/1431 Rouen).

En effet, c’est le comte Jean II de Luxembourg, seigneur de Beaurevoir, qui captura Jeanne à Compiègne en mai 1430. Il la garda captive au château pendant environ 4 mois au cours desquels elle tenta de s’échapper en sautant du donjon, tour haute de 60 à 70 pieds. (environ 21 mètres)

(1914 Illustration de Charles Bochel)

Cette tentative d’évasion, dont on ne sait à quelle date elle eût lieu, peut-être en septembre, fut considérée à l’époque comme une tentative de suicide.

A l’endroit où elle s’est évanouie au moment de sa chute a été plantée une croix en 1934, lors des fouilles effectuées de 1934 à 1936, à l’initiative de Mgr Octave PLATEAU (1861 † 1937)

(1914 Illustration de Charles Bochel)

Durant son séjour, en juillet 1430, Jeanne reçu la visite de trois femmes, Jeanne de Luxembourg, tante âgée du comte Jean, sa femme Jeanne de Béthune et Jeanne de Bar, épouse de son neveu Louis. Elles vont tenter de persuader Jeanne de porter la robe d’une femme, en vain. La tante du comte Jean va supplier ce dernier de ne pas vendre Jeanne aux Anglais, sans succès.
(1912 Dessin par O.D.V. Guillomet extrait de « La belle histoire de Jeanne d’Arc)

En octobre, elle reçoit la visite d’Aimond de Macy, chevalier bourguignon, qui dira ceci : « j’ai essayé plusieurs fois, jouant avec elle, de toucher ses seins, essayant de placer mes mains sur son corsage, que Jehanne ne souffrirait pas, mais m’a éloigné avec toute sa force. »

A la mi-novembre, vendue à l’anglais la somme de 10000 livres tournois, Jeanne est emmenée à Rouen via Arras, (qui se trouvait alors dans le duché de Bourgogne), Drugy et Le Crotoy. Elle arrive à Rouen le 24 décembre 1430. Elle est mise aux fers dans une cellule du château de Philippe Auguste jusqu’à son procès.

Des fouilles ont été entreprises de 1934 à 1936 à l’initiative de Monseigneur Octave Platau (12/11/1861 Ornaing (59) † 25/08/1937 Beaurevoir). Bien connu dans la région du Nord, il avait fondé en 1909 l’œuvre des Mariniers et son bateau chapelle, le « Saint-Pierre » faisait souvent partie d’un convoi de péniches. En parcourant les canaux de France et de Belgique, il stationnait parfois dans les bassins de refuge, comme celui de Vendhuile. Ainsi dans les conditions vestimentaires que l’Eglise romaine imposait alors à ses prêtres, Mgr Platau a partagé la vie et l’existence de toute une catégorie sociale, ressemblant le plus possible à elle-même. Il en fut récompensé par une distinction vaticane.

C’est peut-être parce qu’au cours de sa vie de prêtre il s’est préoccupé d’histoire, en écrivant un livre sur Isabelle Romée, mère de Jeanne d’Arc » et aussi, en cinq fascicules, un « Itinéraire de la Libératrice de la France », que Mgr Platau eût l’idée, en prenant sa retraite à 72 ans, de venir à Beaurevoir. Il avait rencontré l’estime et la compréhension de M. Léon Paris, qui facilité son projet de fouilles. Mais l’emplacement de la forteresse avait été divisé par suite d’un partage et la partie Sud, dont il pouvait avoir la jouissance, ne comprenait qu’un ravelin. L’autre partie, plus au Nord, où se trouvait la demeure seigneuriale elle-même, appartenait à M. Gustave Paris, qui faisait volontiers visiter les galeries souterraines.

Mgr Platau a été enterré au cimetière de Beaurevoir le 28 août 1937. Sa tombe se trouvait à droite, au bout de l’allée centrale.

Sources :

Archives municipales de Saint-Quentin, fonds iconographique

Beaurevoir retrouve son passé, Jacques Prevost

http://fr.wikipedia.org

http://worldroots.com

http://www.chez.com

http://www.stjoan-center.com

http://freepages.genealogy.rootsweb.com

par Jean-Luc Dumoulin