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Le château de Villers-Saint-Christophe

Thème : Patrimoine | Catégorie : Châteaux | Commune(s) : VILLERS-SAINT-CHRISTOPHE | Auteur : Mémoire du canton de Saint-Simon


Le château et la ferme de M. Martine se trouvent sur la rue qui conduit à la route de Paris, à peu de distance d’Aubigny et de la fabrique de sucre. Ils s’élèvent sur le côté gauche et font face au sud-ouest. Le château, qui a souvent été restauré et amélioré depuis trois cents ans, est très bien situé. Il a un très bel aspect… Il paraît qu’on voit encore sur les murs des inscriptions qui rappellent le souvenir des De Sains, seigneurs du village au 17ème siècle… Le château de M. Ernest Martine, l’agriculteur distingué, fabricant de sucre et maire de Villers, date du 17ème siècle. […] On pense qu’il fut construit par Gédéon de Sains, seigneur du village, époux de dame Marie de Berghes. Leurs noms se lisent en briques noires sur la façade du château qui donne sur le jardin. Une belle avenue de peupliers se développe en face de la grille de l’entrée principale, vers le sud-ouest. Un rond point sur lequel s’élèvent de vieux tilleuls, se trouve au-devant de cette avenue, sur le bord de la route. Malgré ses deux cent cinquante ans, ce château est encore d’une solidité à toute épreuve. Il est parfaitement distribué, et son aspect est des plus agréables. Le rez-de-chaussée est surmonté d’un étage, et l’édifice s’étend sur une assez grande longueur. Une basse-cour et d’autres bâtiments agricoles se trouvent sur les côtés. Ils sont séparés par des murs, mais ils sont en communication directe avec le château.
Dans la cour principale, un beau tapis de verdure, composé d’une herbe fine et drue, se développe au-devant de la façade sur une grande largeur. Dans les appartements, salons de réception et autre, tout est beau, grand, riche, artistement décoré. Les sièges, chaises et fauteuils sont recouverts de tapisserie. Sur les murs, sont peints de beaux paysages, des plantes, des arbrisseaux, des sujets divers, dessinés par des artistes de talent. Les portraits de M. et Mme Martine et des membres de leur famille ajoutent encore à l’ornement de ces beaux salons. De magnifiques objets d’art, des pendules, des bronzes se voient là de côté et d’autre. Le jardin est magnifique. Il s’étend et se développe à la suite de la façade orientale du château, sur une grande longueur et une grande largeur. Il est précédé de vastes berceaux élevés de chaque côté de la principale porte de sortie. Un petit lac est devant vous, à peu près au milieu d’un large et verdoyant gazon qui couvre le jardin comme une grande nappe verte rappelant les belles herbes naissantes du printemps. Des allées sinueuses bordées de beaux arbres, de bosquets, d’arbrisseaux et de fleurs, se voient de tous côtés et produisent un effet très pittoresque et très gracieux. De petits bois dans lesquels des allées sont ouvertes s’élèvent à l’extrémité du jardin et sur les côtés longitudinaux… Une cascade construite avec de fortes roches se trouve au bout du jardin, sur le bord d’une allée. Elle est alimentée par une eau de source qui arrive souterrainement jusqu’à elle par un conduit qui traverse le jardin, et s’échappe ensuite par les interstices de la construction rustique.
Il faut noter qu’à côté de ce beau jardin d’agrément, le plus beau peut-être de nos environs, se trouvent des jardins potagers et fruitiers, et des serres dans lesquelles d’habiles jardiniers cultivent les et les plantes qui ne peuvent résister dans nos contrées aux rigueurs de l’hiver.
Que diraient Gédéon de Sains et ceux des seigneurs de Villers qui ont habité après lui le château qu’il a fait construire, s’ils le voyaient dans l’état élégant et riche où il est aujourd’hui ? C’est encore la même demeure, le même château qu’aux 17ème et 18ème siècles, mais avec cette différence qu’il est vivifié maintenant par le travail agricole, par ce qui procure aux propriétaires et aux habitants de l’endroit la richesse, le bien-être, tout ce qui fait la force de notre société, telle que l’a constituée la Révolution de 1789. Au lieu de l’inertie, de la noble oisiveté d’autrefois, on trouve là l’animation et la vie, le progrès agricole et industriel, le progrès scientifique et moral que nous devons à la grande rénovation politique et morale de la fin du siècle dernier…

(Sources : « Promenades dans les environs de Saint-Quentin », Ch. Poette, 1895 ; « Il était une fois des châteaux dans l’Aisne », F. Eck, 2003)