Connexion à l'espace adhérent



Connexion à l'espace adhérent



Le chat rentier

Thème : Faits divers, anecdotes, catastrophes | Auteur : M.Trannois d'après l'Argus Soissonnais


Un notaire peut-il délivrer le certificat de vie d’un chat ?

La question n’est pas une plaisanterie ; elle est très sérieusement posée.

Jadis (l’histoire d’une époque d’ignorance et de barbarie en fournit des exemples) l’animal coupable d’un délit était traduit à la barre d’un tribunal ; et un arrêt était solennellement prononcé. – Aujourd’hui, l’animal a pour répondant son maître (art.1385, code civil). Mais ici, il ne s’agit point de délit, il s’agit d’un acte civil. Voici le fait :

Mme B** a laissé une rente de 100 fr. pour la nourriture de son chat. La rente s’éteindra à la mort du chat.

Le débiteur demande, pour payer la rente, l’attestation de l’existence de l’animal : il est dans son droit.

Mais le notaire s’est refusé à délivrer ce singulier certificat de vie, parce que, a-t-il dit, sa dignité serait blessée.

Quant à nous ; nous ne voyons pas comment un notaire ne pourrait pas recevoir la déclaration de deux personnes bien connues de lui qui, après avoir exposé le fait que nous citons, attesteraient que l’animal vit toujours. – En quoi la dignité serait-elle plus blessée dans cet acte que dans un testament authentique, par exemple, qui créerait également une rente pour la nourriture d’un chat ? – Le notaire reçoit ici la disposition ; dans le certificat de vie il en permet l’exécution. Où est la différence ?

Si la dignité du notaire est blessée, celle du maire, du juge de paix, le sera aussi : le certificat ne pourra être délivré, la rente ne sera pas payée, et une volonté dernière, c’est-à-dire sacrée (originale mais permise), sera violée. – Cela se peut-il ?

Maryse Trannoins – l’Argus soissonnais (mai 1849) Archives départementales de l’Aisne
Image : parissecretetinsolite.unblog.fr