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Le Bénédicité de St- Quentin

Thème : Traditions | Commune(s) : SAINT-QUENTIN | Auteur : M.Trannois


Et que chaque voisin
Embrasse sa voisine
par Maryse Trannois

            « C’est une jolie et au surplus très agréable coutume Saint-Quentinoise qui consiste avant le repas, à embrasser sa voisine.

D’où vient-elle ?

Il y a plusieurs versions. Voici celle que j’ai recueillie de mémoire, dans quelque vieux bouquin dont j’ai oublié le titre.

On verra qu’elle est la plus vraisemblable.

En 1590, Henri de Navarre, le futur Henri IV, vint à Saint- Quentin et fut reçu en grande pompe à la maison de la Paix, l’actuelle salle du Conseil municipal, où un dîner fut donné en son honneur.

            On avait placé, de chaque côté d’Henri de Navarre deux jolies femmes, de vrais « morceaux de roi ». Et tout autour de la table, on avait intercalé un seigneur et une dame ; les clercs et autres gens de l’église se trouvaient donc, eux aussi, en sandwich, entre de belles Saint- Quentinoises. Avant que ne fut donné l’ordre de servir, un des chanoines se leva pour dire la «  Bénédicité », selon le rite catholique.

Cela, parait-il, choqua le Huguenot.

–         Voici, dit-il, comment on dit le «  Bénédicité » !

Il embrassa sa voisine de gauche sur les deux joues, en lui disant : «  Repassez à votre voisin et que cela fasse le tour de la table ! » Il en fit autant avec celle qui se trouvait à sa droite.

Celles-ci toutes rougissante de plaisir, repassèrent à leurs voisins le baiser qu’elles avaient reçu, et ceux-ci firent bon accueil à cette galante innovation. Mais quand ces baisers passe- partout arrivèrent aux chanoines et autres gens d’église, la chose devint plus délicate…

Les voisins demandaient qu’on leur passât le baiser ; les curés ne voulaient point faire cette délicate « œuvre de chair », il y en eût qui se décidèrent et d’autres qui s’effacèrent, pour que leurs deux voisines puissent elles-mêmes faire la chaîne sans interruption.

C’est là très vraisemblablement, qu’est l’origine du « bénédicité de saint- Quentin ».

Et quand, dans les repas de noce de nos villages de Picardie, le marié entre ses deux demoiselles d’honneur, se mettent à table, avant qu’on ne donne l’ordre de servir, il y a toujours un bout- entrain qui demande le bénédicité de Saint- Quentin !

C’est un embrassement général !

Heureux celui qui est à côté de gentilles voisines. »

 [Chronique du Fureteur  Le Grand Echo  25 nov. 1925]

M. Gustave Cantelon, le célèbre carillonneur dément cette version.

« Le Bénédicité de St- Quentin était né 400 ans avant lui (XIIe). Il est probable que lors de sa visite en 1590, le roi qui n’était pas surnommé «  Vert galant » sans raison connaissait cette coutume, il en profita pour la mettre en pratique ce jour-là. Tout bonnement …. Comme cela s’est pratiqué depuis Raoul de Vermandois 1102-1151 jusqu’à nos jours. »

Et voilà donc la véritable version :

Raoul, Comte de Vermandois, devint éperdument amoureux d’une belle dame à la chevelure blonde et aux yeux bleus. Un jour, Raoul donna un splendide repas auquel était invitée la dame de ses pensées. Au lieu de réciter le Bénédicité comme d’habitude, il se mit à chanter en l’honneur de sa dame une ballade de sa création avec le refrain suivant :

Ah ! belle blonde

Au corps si gent

Perle du monde

Que J’aime tant

D’une chose ai-je bien grand désir

Eh ! c’est un baiser vous tollir

Ainsi pris au piège, la belle dame accorda ce qu’elle lui refusait depuis longtemps. Ce « geste » fut imité par tous les convives et depuis c’est devenue une coutume …. pas désagréable du tout.