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LE BATTAGE DES RECOLTES « E’S BATTEIGE »

Thème : | Catégorie : Agriculture | Auteur : J.Bouderlique


Document établi par le Docteur Jean BOUDERLIQUE St-Quentin/Montbrehain Février 2004

         Fin août, début septembre, avant de commencer la campagne betteravière, pendant la  période de guerre 1939-1945,  en plus de la culture du colza, mon père avait semé de la cameline. C’était pour son huile qu’elle était cultivée et pour son tourteau utilisé comme engrais. Quant aux tiges, elles servaient à confectionner des balais pour la maison. C’était une petite graine fine que l’on battait sur place au fléau. On étalait une bâche en bordure du champ et l’on frappait au fléau (e’s fieu – cf photo). La perte étant minimum, elle était passée au van pour expulser les résidus.

         Au début de l’hiver, avait lieu le battage du blé et de l’avoine. Cela se passait souvent (sauf pour les meules en plaine) dans l’aire de la grange. Le battage au fieu (fléau) du début du siècle a été remplacé par le battage mécanique. L’aire bien nettoyée, l’endroit était prêt pour recevoir la batteuse mécanique avec, à l’avant, la bateleuse et quelque temps après, pour la presse à ballots.

         Auparavant, il fallait rentrer une quantité « de charbon gras » pour chauffer la locomobile qui créait l’énergie et mettre à disposition une grande quantité d’eau pour alimenter la production de vapeur.

         Le jour est arrivé où c’est notre tour d’avoir la visite « d’es batteux ». Il faut aller chercher le matériel à la ferme où le travail était terminé. C’était une véritable corvée car le matériel était très lourd à déplacer et il n’était pas monté sur pneus. Les chevaux tiraient de toutes leurs forces. Matériel installé, calé, bien à niveau, les courroies bien en ligne, le travail pouvait commencer.

         Le matin, de bonne heure vers les cinq heures, « e’s batteux » souvent propriétaire du matériel venait mettre la locomobile en pression. Il fallait une heure environ. Le personnel comportait : « e’s l’anguerneux », c’est à dire celui qui recevait les bottes, coupait la ficelle, la récupérait, faisait passer les épis, en les desserrant, dans le batteur tournant à toute vitesse. Venaient ensuite les porteurs de grains qui montaient, à la force des bras et du dos, des sacs de 100 kilos dans le grenier où le blé séchait avant d’être conduit au moulin. Il y avait aussi l’ouvrier chargé de la bateleuse qui refaisait la botte de paille privée de son grain. Elle fut remplacée par une presse et l’ouvrier passait des fils de fer pour que le ballot soit tout prêt en sortant de la presse. Cela permettait d’être pratique à manipuler et à tenir moins de place.

         Je me souviens encore du nom de ce matériel. La locomobile sortait des ateliers ALBARET à RANTIGNY dans l’Oise. La batteuse venait de VIERZON, des établissements MERLIN ainsi que la presse à paille. Entre les deux guerres, le tracteur fit place à la locomobile. Il n’y avait plus besoin de chevaux. L’entrepreneur de battage arrivait avec tout son matériel tiré par le tracteur.

Jusqu’au jour où l’arrivée de la moissonneuse-batteuse fit tout en même temps, à savoir le battage, la récupération immédiate du grain, la mise en ballots ou en rouleau et le transport au silo.