Thème : Faits divers, anecdotes, catastrophesCommune(s) : CHERMIZY-AILLESAuteur : N.Pryjmak
Le 8 août 1912 comparaît devant la cours d’assises de la Somme le nommé VAUCELLE. Les charges relevées contre lui sont lourdes mais il proteste et clame son innocence.
Mme ALLOY, cabaretière à Ailles, est retrouvée assassinée en novembre 1909. On arrêta d’abord un habitant du pays qui fut relâché. Des lettres anonymes citèrent alors le nommé Vaucelle, en détention à Loos (59) et le désignèrent comme l’assassin. Ce dernier fut interrogé et inculpé.

L’acte d’accusation :
Le 22 novembre 1909, la dame SOLLIER Aurore, veuve ALLOY, âgée de 71 ans , cabaretière et épicière à Ailles était assassinée dans sa cuisine au moment où elle prenait le repas du soir. Le crime fut découvert le lendemain matin. L’autopsie révéla que la victime avait eu le crâne fracassé à l’aide d’un marteau de forgeron qui fut trouvé couvert de sang dans la chambre à coucher. Tous les meubles avaient été visités, le numéraire avait totalement disparu. Aucun indice sérieux de nature à amener la découverte du meurtrier ne put être relevé, plusieurs pistes suivies durent successivement être abandonnées et une ordonnance de non-lieu avait été rendue lorsqu’à la fin 1911 et au commencement de 1912, le parquet de Laon reçut diverses lettres anonymes dénonçant le nommé Vaucelle Emile Guislain, alors détenu à la maison centrale de Loos, comme l’auteur de l’assassinat de la veuve Alloy. Transféré à Laon, Vaucelle fournit sur l’ emploi du temps dans la journée et dans la nuit du crime des explication bientôt reconnues mensongères.
De nombreux témoins établirent, en effet, qu’il avait été absent de Haucourt où il travaillait à l’arrachage des betteraves pour le compte de M. Eugène DECAUDIN, toute la journée du 22 novembre 1909 et qu’il n’y était revenu que le lendemain par un train arrivant à Cattenières dans la matinée , de la direction de Saint-Quentin et de Laon. D’autres charges très graves furent relevées contre lui : Une grosse montre en acier bruni, marque « Dulci » trouvée en sa possession et dont il ne put en expliquer la provenance, fut identifiée comme celle d’un nommé BILLIARD, décédé chez la veuve Alloy , et il est constant que la montre de Billiard, conservée par la veuve Alloy a été volée par par l’assassin de cette dernière. Le marteau , instrument du crime portant la marque « Milourd A. Fondu » a été reconnu formellement pat M. Décaudin, auquel il a été dérobé à l’époque où Vaucelle était à son service.
D’autre part, la dame Décaudin dut un jour arracher des mains de Vaucelle un revolver qui , d’après les déclarations de plusieurs témoins d’Ailles, ressemblait à une arme que possédait Mme Alloy. Une cartouche découverte dans sa table de nuit, après le crime, s’adapte parfaitement à ce revolver. Emile Vaucelle, qui était à bout de ressources au moment du crime, a été dans l’impossibilité de justifier l’origine des fonds avec lesquels il a fait face aux dépenses assez élevées de son installation comme cabaretier à la date du 1er décembre 1909. Malgré les charges les plus graves résultant de l’information , l’inculpé a persisté à dénier sa culpabilité. Il avoue toutefois avoir travaillé à Ailles en 1900 et y avoir alors fréquenté le débit de la Veuve Alloy.
Vaucelle a déjà encouru 4 condamnations dont trois pour vol , de 6 mois et 13 mois d’emprisonnement.
L’interrogatoire :
L’accusé, âgé de 36 ans, est vêtu d’une chemise blanche, une veste grise et un pantalon de velours. Châtain, ses cheveux sont soignés, sa moustache coupée sur les bouts barre sa lèvre supérieure. Il morte la mouche. Sa démarche est gauche.
Il a l’air d’un ouvrier des champs plutôt inoffensif mais son passif est lourd.
L’accusé nie avoir quitté Haucourt la veille du crime, il prétend que la montre qui viendrait de chez la victime lui a été donnée par un cousin aujourd’hui décédé.
Malgré le témoignage de son patron Décaudin qui le déclare absent le 21 et 22 novembre, il nie et déclare qu’il était dans un autre champ quand son patron l’a cherché , puis il déclare qu’il était dans une autre pièce de Haucourt lorsque son beau frère et sa belle sœur disent ne pas l’avoir trouvé , ou dans des débits…il déclare également avoir payé le 22 novembre une somme de 12 fr aux époux Décaudin, ce qui n’est pas dans les livres de comptes des ces derniers.
L’accusé prétend également avoir vendu des peaux de lapin et acheté du charbon la veille du crime…aucune trace. Seul André Vaucelle, frère de l’accusé admet l’avoir vu le 22 labourer une pièce de terre pour lui mais n’a plus trace de cette action dans son livre qui aurait brûlé.
Sur les témoins qui déclarent l’avoir vu descendre du train en provenance de Laon, il dit qu’ils se trompent d’année. Il n’a jamais vu le marteau volé à Décaudin et retrouvé à Ailles que ce dernier a formellement reconnu…
Quant au revolver disparu de chez la veuve Alloy, il ne l’a jamais vu et la femme Décaudin ment quand elle dit l’avoir vu soul avec un revolver quelques temps plus tard.
Le 1er décembre, quand il s’installe cafetier, il déclare qu’il avait deja l’argent (108 Fr.) chez lui dans une cachette. Un argent qu’il aurait tiré de l’élevage des lapins, ce que ses voisins réfutent.
L’un de ses concitoyen Noël LIEDTZ a déclaré que Vaucelle avait admis le vol. L’un de ses codétenus dit qu’il a déclaré être ennuyé par certains témoins, dont la dame qui l’a vu descendre du train .
Suivent les témoins.
L’ancien maire de Haucourt déclare que Vaucelle et son frère étaient mal vus et inspiraient la crainte et que André aurait fait pression sur beaucoup de personnes pour qu’elles ne parlent pas, et ce jusque dans la salle des témoins.
Le manque de ressource de Vaucelle ainsi que son absence ont été établis par M. Louis, inspecteur de la brigade de Lille. Il dit que l’on raconte que Vaucelle aurait aussi tué une dame à Puisieux (02 )mais sans aucune preuve ou témoignage crédible.
Les témoignages se succèdent , tous accablants.
Après le réquisitoire de M. Riegert et la plaidoierie de Me Coffignon, Vaucelle est déclaré coupable avec admission de circonstances atténuantes , il est condamné aux travaux forcés à perpétuité.
La peine
Bien qu’écroué au dépôt le 25 novembre 1912, ce n’est qu’en juillet 1918 que Vaucelle sera embarqué à bord de la Loire, le bateau-cage qui aura transporté tant de forçats selon sa fiche matricule. Mais , apparemment le bateau spécialement construit et étudié pour le transport des prisonniers aurait été coulé par les allemands en Méditerranée en 1914 …
Son dossier n’indique pas dans quelle prison il est resté pendant 6 ans en métropole. Par contre, il y est indiqué que notre homme s’est évadé par deux fois : en 1913 et en 1916 et a alourdit sa peine de 4 années de réclusion. Une troisième évasion le 5 juillet 1921 est la dernière notation du dossier.
Aucune mention du décès de Vaucelle n’a été trouvée.

Sources : Journaux de 1909 et 1912, ANOM