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La vie à Saint-Quentin sous la Révolution de 1789

Thème : Révolution | Catégorie : Histoire | Commune(s) : SAINT-QUENTIN | Auteur : J.gape d'après Mr Gorisse


par Mr Gorisse, transcription de Jean Gape

La vie à Saint-Quentin sous la Révolution de 1789

par Mr Gorisse, transcription de Jean Gape

Selon les historiens, la révolution commença le 4 mai 1789, date de la convocation des Etat Généraux par Louis XII, elle se termina le 18 brumaire an VIII ou 9 novembre 1799, jour de la dissolution du conseil des cinqs-cents par Bonaparte, sur l’ordre du Directoire.

Voici la vie de Saint-Quentin en l’année 1789, première de la Révolution, et pendant la période allant du dernier trimestre de 1791, au premier trimestre 1792, pendant laquelle les Français, déçus, hésitaient entre le retour à l’ancien Régime et la continuation du mouvement révolutionnaire. La situation en 1779, sera exposée ultérieurement.

Le roi à réuni les Etat Généraux sur la demande de Necker pour imposer l’égalité de tous devant l’impôt. Il abdique, en fait , tous les pouvoirs à leur profit. Les Etat Généraux s’empressent de s’en emparer et ils se déclarent Assemblée Constituante. Ils étaient pleins de bonne volonté mais incapables de gouverner l’Etat. Leurs reformes maladroites les rendirent impopulaire.

En 1789, le maire appelé mayeur était, à Saint-Quentin, M. Néret, il était tout puissant. L’Intendant de Picardie qui siégeait à Amiens et le lieutenant du roi qui se tenait à l’hôtel de ville, demeuraient passifs. Sans doute, en avaient-ils reçu l’ordre. A cette époque, la ville a été fortifiée par Richelieu. Les remparts passaient approximativement rue Dachery, place du huit-Octobre, boulevard Gambetta, rue Antoine-Lécuyer, rue Jean-Jaurés, tournaient rue du Coulombié, joignaient l’extrémité de la rue Emile-Zola, la rue Gabriel-Péri et la rue Dachery. Ils étaient ouverts par trois portes ; celle de Thionville à l’extrémité de la rue d’Isle, celle de Lille place Lafayette, celle de Paris au bout de la rue Emile-Zola. Elles étaient fermées pendant la nuit pour permettre aux employés d’octroi de se reposer. A chacune, un gardien ouvrait aux retardataires. La population, avec les faubourg, comptait environ 10,000 habitants.

Le grand fléau fut la famine. La récolte de 1788 avait été mauvaise. Le sac de 4 setiers, soit environ 4 décalitres 50 coûtait normalement « 32 livres. En 1789, il atteignit 40 livres et plus. Les citoyens aisés, artisans, marchands, gens des professions libérales s’était approvisionnés et ne souffraient pas. Les travailleurs manuels et les indigents manquaient de blé. Ils refusaient le pain de seigle qui ne manquait pas. Ils l’appelaient le pain noir. Ils firent de nombreuses émeutes, proférant des menaces contre les citoyens aisés. Mr Néret demanda des fusils à M. d’Aboville, gouverneur de la Fère. Il en reçut 200 mais il ne trouva personne pour s’en servir. Il taxa le sac de blé à 32 livres. Les maires de Chauny et de la Fère laissèrent le prix libre. Le 13 mai, jour de marché à Saint-Quentin, aucune sac de blé ne fut offert. M. Néret décida de procéder le 2 juillet, à des visites domiciliaires chez les citoyens aisés. Les perquisitions soulevèrent de nombreuses réclamations ; elles étaient illégales. On passe outre. Il fut trouvée 900 setiers chez la baronne d’Amerval, 1.400 au Chapitre, 200 à l’Abbaye d’Isle. Tout cela ne calma pas la colères. M. Néret voulut organiser une milice de 600 hommes armés ; il ne trouva personne. Il demanda 15 dragons à M. de Rochambeau, d’Amiens. Il en reçut 30, du Royal-Champagne. Leur vue suffit à calmer les esprits, et la nouvelle récolte arriva à la fin du mois d’Août.
En 1790, M. Fouquier fut élu maire, suivant la nouvelle loi organique. Quinze conseillers municipaux et vingt-quatre notables l’entouraient. Parmi eux se recrutèrent les fonctionnaires. Le personnel municipal comprenait 28 employés dont 3 guetteurs pour signaler les incendies, 3 portiers, 1 carillonneur, 1 garde des plantation, 1 gardien de prison. La plupart des rues, ne sont pas pavées ; seules, les principales le sont. Trente-quatre puits donnant une eau plus ou moins buvable, ce dont personne ne souffre,

L’assemblée Constituante désorganisa le pays et se déconsidéra. Elle supprima beaucoup d’institutions sans les remplacer. Elle confisqua les biens du Clergé et lui imposa une constitution qui excluait toute autorité pontificale. Auparavant, le clergé était un service public. Il assurait l’enseignement. Tous les collèges furent fermés. Les familles ne pouvaient plus faire instruire leurs enfants. Le culte catholique tient une grande place. Toutes les fêtes religieuses sont fériées, et il y en a beaucoup. Les deux paroisses de l’ex-collégiale et de Saint-Jean subsistent. Les autres églises sont des oratoires. Le curé de l’ex-collégiale est M. Museaux ; il a six vicaires. Tous ont juré obéissance à la constitution civile. Le personnel comprend 3 organiste, 4 chantres, 2 souffleurs d’orgue et 6 musiciens.

La municipalité a réorganise l’aumône publique qui deviendra le Bureau de Bienfaisance. Elle héberge 27 garçons et 33 filles. L’Hôtel-dieu est rétabli. « La Charité » distribue chaque jour du bouillon, des sirops, des confitures et des médicaments.

Le maire est encore M. Fouquier entouré de onze conseillers. Les élections ont lieu à deux degrés. Une assemblée primaire se réunit par canton. Elle se tient à l’ex-église des Jacobins. Aucune liste électorale n’est tenue. Il vient peu de monde. L’assemblée élit 13 électeurs qui désigneront les maires, les conseillers municipaux et les fonctionnaires du canton. Tous les électeurs du district nomment les administrateurs et fonctionnaires de la circonscription. Et tous ceux du département, les administrateurs et officiers publics.

La municipalité a rétabli le collège. Il y a cinq professeurs qui enseignent le latin. Le courrier arrive de Paris chaque jour à 10 heures du matin, celui des Flandres, à 7 heures, celui du Hainaut à 11 heures. Ils repartent à midi. La cloche du beffroi annonce le départ une demie-heure plus tôt. La diligence de paris vient trois fois par semaine, le dimanche, le mercredi, et le vendredi, vers 10 heures. Elle quitte la ville le lundi, le mercredi, et le vendredi à 5 heures du matin.

En ce début de 1792, les Saint-Quentinois apparaissent très satisfaits de l’égalité devant l’impôt, de la suppression des privilèges, et que le maire élu par eux dirige la cité, mais ils regrettent la paix et la tranquillité de l’ancien Régine. Ils aiment toujours la famille royale. Ils n’ont aucune idée de la république. Ils voient l’avenir avec confiance et mettent tous leurs espoirs dans la nouvelle Assemblée Nationale. Ils ne savaient pas qu’ils avaient devant eux vingt années de troubles sanglants et de guerres meurtrières, qu’ils détesteraient les Bourbons. Qu’ils seraient gouvernés par une minorité de Jacobins et de militaires qui leur rendraient sans doute de grands services, mais qui leur imposeraient bien des souffrances et que ce seraient ces rois si honnis qui leur apporteraient malgré eux la paix et la tranquillité qui leur essaient si chères.

D’après les Tomes de Mémoires des Sociétés Académiques de l’Aisne