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La vache laitière et ses produits Jadis, autour de Rozoy

Thème : | Catégorie : Agriculture | Commune(s) : ROZOY-SUR-SERRE | Auteur : Transcription par Jean Gape d’après Marcel Cury


Une commercialisation
Sommaire

Vers 1890, une ancienne meunière de Chéry-les-Rozoy, dont le moulin avait cessé de tourner, y avait installé une petite laiterie.
De bon matin son domestique arrivait avec sa charrette. Malgré son nom Zéphir, il ne rappelait en rien les effluves printaniers, il exhalait plutôt un parfum butyrique, mais il était sympathique.
Il « prolait » chez tous ses clients buvait un verre de cidre de-ci delà, jouait avec les gosses pendant que les chats du village montaient sur sa charrette pour tremper la patte dans ses « cruches » de dix litres, souvent mal fermés. Quand le soleil de midi avait bien chauffé son chargement, il rentrait avec un total de trois à quatre cents litres de lait. Le lendemain, il ramenait les cruches pleines de lait écrème et il incombait à la ménagère le soin de les nettoyer… si elle en avait le temps. La laitière ne gagnait guère, aussi ne pensait-elle pas toujours à payer ses fournisseurs qui se lamentaient bien un peu, mais n’osaient pas lui refuser leur marchandise. Dans les premières années du siècle, la laiterie Jennepin, d’Auviller-les-Forges, organisa des collectes plus sérieuses. Pour rayonner dans nos régions, elle établit une succursale à Rumigny. L’inscription « grande laiterie moderne », en carreaux de Faïence, au-dessus de la porte de la maison occupé par un ferrailleur, à l’entré du bourg, prête à sourire aujourd’hui. A cette époque, coïncidant avec l’extension des pâturages, de nombreuse petites laiteries virent le jour : une à Résigny, de durée éphémère, et qu’il ne faut pas confondre avec l’importante usine Maggi créée prés de la gare de ce village, une à la Garde de dieu, cédée plus tard aux »Fermiers réunis », etc.…
En 1908, l’abbé Taine, curé de Dohis, fonda dans ce village une laiterie coopérative qui fut un fiasco. Les – anticléricaux le boudaient parce qu’elle était l’œuvre d’un curé, les autres parce qu’ils pensaient qu’un prêtre avait un autre rôle à jouer dans une paroisse. La véritable raison était que chacun hésitait à risquer ses deniers. Et puis il lui fallait un minimum journalier de 3.000 litres, on pensait bien ne jamais trouver une pareille quantité dans les environs. Elle végéta tant bien que mal pendant un an, puis ce fut la catastrophe.
Son bâtiment d’une conception trop rigide et inextensible, resta longtemps inoccupé puis fut racheté par les « Fermiers réunis » qui l’exploitèrent quelques temps et, finalement, le louèrent a la Maggi. le laitier d’Auvillers, prévoyant l’emprise des grandes sociétés, monta à la hâte une succursale à Rozoy, dans une maison peu apte pour ce genre d’exploitation, mais il remit rapidement sa clientèle à Maggi.
Cette société ne pouvait, faute d’une installation valable, travailler l’intégralité de sa collecte : elle tenait pourtant à éliminer ses concurrents, aussi ramenait – elle aux producteurs la presque totalité du lait qu’elle avait acheté assez cher la veille. Les éleveurs de porc se réjouissaient d’une aubaine qui, à la vérité, fut de courte durée. Elle trouva plus, économique de louer un champs pour y déverser ses surplus. Bientôt, la société des F.R. donna en location son usine de Dohis à la Maggi, celle-ci devint alors pratiquement maîtresse de la production laitière de la région.