Connexion à l'espace adhérent



Connexion à l'espace adhérent



La sucrerie d’Origny-Sainte-Benoite

Thème : Agriculture, industrie , commerce | Catégorie : Industrie | Commune(s) : ORIGNY-SAINTE-BENOITE | Auteur : J.J.Cazier


Extrait du bulletin de la société Académique de Chauny tome VIII (1911) par Jean-Jacques Cazier

En 1869 fut fondée à origny la première sucrerie qui fit usage de tuyaux souterrains pour amener à la fabrique centrale les jus des râperies éloignées; elle était encore, au moment de sa ruine, une des trois plus grandes de la France entière.

Outillée, dès le début, pour écraser 500 tonnes de betteraves par 24 heures, elle était alimentée par quatorze râperies (dont douze étaient disséminées dans un rayon de dix-huit kilomètres), travaillait 10.000 hectolitres de jus, occupait pendant la fabrication 600 ouvriers dans l’usine principale et 200 dans les annexes.En 1900, elle avait triplé sa production, écrasant par jour 1.500 tonnes.C’est surtout depuis 1895 qu’à la suite d’une transformation considérable de l’outillage, la progression a été le plus rapide: de 45.000 sacs de sucre n°3, en 1895, elle est montée en 1900 à plus de 125.000, produisant plus de 1.600 sacs en vingt-quatre heures, ce qui représente comme impôts, par jour de travail, rien que pour la taxe, la somme respectable de 100.000 francs.Pendant l’exercise 1899, elle a versé aux ouvriers directement employés à la fabrication 500.000 francs de salaires et payé aux cultivateur plus de trois millions.

En 1895, il y avait en service onze râperies, toutes montées à la diffusion, sans compter celles de la fabrique centrale et de la distillerie, cette dernière à destination mixte: Homblière, Itancourt, Achery, Moy, Sissy, Ribemont, Courjumelles, Jonqueuse, Audiny, Vadencourt et Fieulaine.La plus importante de ces râperies avait un approvisionnement de 250 hectares. A cheval sur le canal de la sambre à l’oise, au pied même des falaises qui lui fournissaient la craie en abondance, raccordée au chemin de fer de St Quentin à Guise, la sucrerie jouissait d’une situation exceptionnelle, tant pour ses approvisionnements que pour l’écoulement de ses produits.

Malgré ces avantages, elle n’aurait donné de 1895 à 1904, d’après les inventaires, que 127.000 francs de bénéfices, soit 12.700 francs de bénéfice annuel, pour 838.000 tonnes travaillées. A quoi attribuer ces maigres résultats?Au remaniement continuel de la législation, au coulage presque inévitable dans une administration aussi compliquée, à des spéculations malheureuses? plus ou moins sans doute à toutes ces causes réunies. C’est la séculation qui a caussé la ruine des divers sociétés qui se sont succédé: Luzin, Goumant, Linard et Cie, Jaluzot pour les magasins du Printemps. La faillite de ce dernier en 1905 entraîna la ruine de l’établissement: MM. Millet et Dewavrin, qui le rachetèrent, (soit que les cultivateurs du pays n’avaient pu ou voulu fournir l’appoint d’actions agricoles qu’ils demandaient, soit plutôt qu’on est voulu supprimer une redoutable concurrence), démolirent tout l’outillage et ne laissèrent que les murs. Ces constructions ont été depuis utilisées pour une fabrique de ciment.

La sucrerie avait eu pour directeur successivement MM.Luzin, Bouillaut, Billet, Couture. Elle avait obtenu à Bruxelles en 1897 un diplôme d’honneur;à Paris, à l’exposition universelle de 1900, une médaille d’or pour les sucres et produits de confiserie, et deux médailles de collaborateurs pour MM. Hourdeau et Babillot.Son dernier directeur, M. Couture, avait inventé un système d’alimentateur hydro-automatique, qui rend de grands services à l’indutrie. On ne peut que déplorer la ruine de ce magnifique établissement, qu’il eût été sans doute facile d’éviter.

La sucrerie s’était adjoint, vers 1894, une distillerie qui a sombre avec elle, et qui, après avoir été relevée par M. Deuzeaux, est de nouveau tombée.