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La Saint-Eloi à Benay

Thème : Traditions | Catégorie : Saints | Commune(s) : BENAY | Auteur : Journal de Saint-Quentin 1913


C’est le 1er décembre que l’on célèbre la Saint-Eloi , patron des forgerons et aussi des cultivateurs. A Benay, pays exclusivement agricole, la coutume plusieurs fois séculaires de fêter Saint Eloi, est toujours fidèlement conservée.

On commence par entendre la messe. Afin de mettre pendant l’année, les chevaux sous la sauvegarde de Saint Eloi, on leur distribue le pain que l’officiant a béni pendant la messe. Cette coutume, aussi respectable par son ancienneté que par les sentiments qui l’inspirent ne fait sourire personne. Après la cérémonie religieuse, une réunion plus profane rassemble les cultivateurs, maréchaux et domestiques de culture. la plus franche cordialité est de règle dans cette réunion.

C’est aussi le moment que l’on choisit pour souhaiter la bienvenue aux nouveaux cultivateurs et maréchaux en leur offrant un bouquet accompagné d’un compliment. Disons, entre parenthèses, que la coutume ne défend pas d’arroser le bouquet, bien au contraire.

Nous croyons faire plaisir en rappelant à ceux qui l’ont oubliée la légende de Saint Eloi.

Eloi naquit à Chatelac près de Limoges en 588. Vers 610, il était établi maréchal-ferrant dans une bourgade de l’ancien Vermandois.

C’était un habile forgeron si habile qu’il forgeait un fer à cheval en trois chaudes alors qu’il en fallait au moins cinq au plus adroit compagnon. Aussi Eloi, orgueilleux de sa science avait rédigé ainsi son enseigne: “Eloi, maréchal-ferrant, maître sur maître , maître sur tous”.

Notre- Seigneur qui, à cette époque, parcourait la France, incognito, comme l’on dirait aujourd’hui eût connaissance de cette orgueilleuse enseigne et résolut de rabaisser Eloi. Prenant la forme d’un compagnon maréchal, il entra chez Eloi pour se faire embaucher. Eloi répondit qu’il n’embauchait que des ouvriers d’élite et qu’il voulait le voir à l’œuvre. Notre- Seigneur prit un lopin, le chauffa et, quand il fut à point, forgea en moins de temps qu’il n’en faut pour le dire un fer à cheval parfait. Une chaude avait suffi. Eloi, stupéfait d’admiration et aussi d’envie, n’en laissa cependant rien paraître et dit à Notre- Seigneur: Ce n’est pas tout de forger un fer; il faut savoir le poser. – Comment vous y prenez- vous demanda Notre- Seigneur? – Mais comme tout le monde, je suppose, répondit Eloi, on lève le pied du cheval et le pied ou attaché ou tenu à la main, on y cloue le fer. – Ma méthode est bien préférable reprit Notre- Seigneur, vous allez en juger. Ayant soigneusement aiguisé un rogne-pieds, il se dirigea vers un cheval qui, attaché à l’extérieur de la forge , attendait qu’on le ferrât, leva un des pieds du cheval, fit avec le rogne-pieds une incision circulaire à la première jointure, puis tirant légèrement, sépara , sans effusion de sang, le pied de la jambe du cheval. Etant rentré dans la forge, il plaça le pied dans un étau et cloua le fer en disant à Eloi: C’est bien plus commode comme cela. Tout aussitôt, il reporta le pied à sa place naturelle et le pied reprit sans laisser la trace d’aucune cicatrice.

Eloi, dans son orgueil, voulut imiter Notre -Seigneur, mais à peine eut-il commencé une incision circulaire que le sang se mit à couler à flots. Eloi comprit alors son erreur et s’humilia en se prosternant aux pieds de Notre- Seigneur. Mais celui-ci avait déjà disparu, non sans avoir d’une main légère et rapide guéri le pauvre cheval qui perdait tout son sang. Eloi, alors se releva, courut décrocher son enseigne et immédiatement la brûla au feu de sa forge.

A partir de ce jour, la renommée d’Eloi ne fit que grandir. Il fut appelé par le roi comme forgeron d’abord, puis par son habileté , vraiment extraordinaire, il se fit employer à des travaux de plus en plus fins. Ce fut lui qui fut chargé parmi les nombreux orfèvres concurrents, du trône d’or massif que fit faire le roi Dagobert. Son honnêteté était égale à son habileté puisqu’il rapporta avec le trône terminé, la moitié de l’or qui lui avait été fourni, bien que d’après les estimations de tous les orfèvres d’alors on n’eut fourni que la quantité d’or strictement nécessaire. (Quel dommage que Sant Eloi ne vive plus de nos jours, on le nommerait ministre des finances et il arriverait certainement à équilibrer le budget sans emprunts ni impôts nouveaux).

A la suite de cela, Eloi devint le trésorier et le conseiller du roi Dagobert à qui il ne donna jamais que d’excellents conseils, surtout le jour où il conseilla à Dagobert de remettre à l’endroit son … indispensable.

Eloi devint ensuite évêque de Noyon où il mourut en 659

Le veau de Benay.

Journal de Saint-Quentin

Novembre 1913