Connexion à l'espace adhérent



Connexion à l'espace adhérent



La menace sur l’église d’Origny-en-ThiéracheHistoire locale / Articles

Thème : Communes, PatrimoineCatégorie : ÉglisesCommune(s) : ORIGNY-EN-THIÉRACHEAuteur : Inconnu -Transcription N.Pryjmak


18 Fi Origny-en-Thiérache -Archives départementales de l’Aisne

Le matin – 29.8.1923-BNF

La jolie commune d’Origny-en-Thiérache, à quelques kilomètres d’Hirson, connut la douleur de l’occupation ennemie. Elle ne fut délivrée qu’aux derniers jours de la victorieuse poussée, en automne 1918.C’est alors que les Allemands en retraite bombardèrent leur ancien centre d’étapes. Quelques maisons de petits bourgeois, d’agriculteurs et de vanniers croulèrent sous la mitraille. Une grosse marmite, pénétrant dans les combles, vint détruire les orgues de l’église et les vitraux volèrent. en éclats multicolores. Plus tard, un pilier s’effondra. Cependant, correctement consolidé, l’édifice tient aujourd’hui. Il n’y faudrait que d’assez légères réparations. Extérieurement, l’église d’Origny-en-Thiérache est intacte. Elle n’a rien perdu de son pittoresque et de sa majesté.

Or, parmi les quinze citoyens siégeant au conseil municipal, n’en est-il pas au moins treize qui ignorent que leur commune possède, sous l’apparence de briques vétustes, autant de pierres précieuses ?

Origny ayant aujourd’hui toutes les maisons debout, sa municipalité s’est préoccupée de l’église. Non contents de remplacer le pilier écroulé, de faire venir de chez le meilleur facteur de belles orgues, les édiles ont promis à l’abbé Divry, déplorant les blessures de son églises, de lui en édifier « une belle toute neuve ».

Un chef d’oeuvre du XIIe siècle
Dieu merci, grâce à l’obstination de deux conseillers, ce projet radical a été écarté. Mais cette minorité triomphante a bien raison de vouloir obtenir qu’on ne touche pas du tout à l’église. Sans doute, les treize autres conseillers seraient-ils convaincus à leur tour si l’inspection des monuments historiques prenait la peine de leur dire la double valeur artistique et historique de l’édifice dont ils ont la garde.

L’église d’Origny-en-Thiérache, entièrement construite en briques, est un impressionnant et très rare spécimen de l’architecture militaire du XIIIᵉ siècle. Elle fut, à l’origine, la chapelle d’un château dont il ne reste aucune trace depuis longtemps.Il y a trente-cinq ans, lorsque la nef et les parties latérales de l’église, qui ne présentaient pas le même intérêt, furent remaniées, les deux tours et le donjon se trouvèrent déjà menacés. Ils ne durent être sauvés que par l’énergique intervention de M. Michaud, l’archéologue distingué, auteur d’une Histoire d’Origny et de la Thiérache fréquemment consultée. Aujourd’hui, les deux conseillers protestataires ont la chance de sauver les deux tours. Le projet actuel, contre lequel on doit tout de même protester, envisage la démolition du toit d’ardoises du donjon et son remplacement par un clocher carré flanqué de quatre horloges. Le plan est de M. Janselme, architecte, qui a trop le respect des grands exemples de son art pour ne pas renoncer facilement à cette conception hasardeuse.

S’il faut sauver la façade d’Origny parce que c’est une belle œuvre d’art médiéval, d’autres raisons interviennent. Sans avoir mis les plans à la disposition du public, sans avoir procédé à une consultation des habitants, le maire, M. Bocquet, fort de sa majorité, a annoncé l’adjudication de l’opération. Il n’en coûtera pas moins de 396.327 fr. 40, non compris les honoraires de l’architecte. Renoncer à une mutilation détestable ferait réaliser une économie de 40.000 francs.

Il faut empêcher la démolition
Si Origny a pu renaître si vite, s’il reste encore des fonds importants pour de gros travaux, c’est que la commune a la chance de posséder une marraine opulente : la Cochinchine. En reconnaissance, la rue passant devant l’église menacée porte le nom de rue de la Cochinchine. Pourquoi la Cochinchine ? Parce qu’en l’église d’Origny reçut le baptême un grand Français dont la maison natale est la plus voisine de l’église. Ce grand Français fut Pigneau de Béhaine, l’illustre évêque d’Adran, dont la tombe, objet de vénération des indigènes convertis ou non, est à Saïgon. C’est l’évêque d’Adran, vicaire apostolique en Indochine, qui signa pour le roi Louis XVI l’accord avec le roi Gia-Long. On peut dire qu’avec l’aide du colonel Olivier, il a donné la Cochinchine à la France. Tous nos écrivains coloniaux ont célébré son souvenir, dernièrement, à l’occasion de l’exposition coloniale de Marseille, divers mandarins vinrent en pèlerinage à la maison natale de l’évêque, aujourd’hui convertie en musée cochinchinois.

Eh bien, la Cochinchine a-t‑elle réuni des sommes considérables pour que soit abattu un monument qui évoque de tels souvenirs ? Le conseil municipal d’Origny voudra au moins en discuter. M. le ministre de l’instruction publique et des beaux‑arts, M. le ministre des colonies ne voudront‑ils pas s’en entretenir aussi avec leur collègue des régions libérées ? Mais il n’y a pas de temps à perdre. Avant quinze jours l’irréparable peut être accompli.

Le correspondant local

Certes, on trouvera surprenant et très daté l’argumentaire de fin, typique de la presse coloniale du début du XXème.
On gardera plutôt de cet article l’image d’une commune divisée dans sa perception du patrimoine et un témoignage sur l’état de l’église d’Origny-en-Thiérache après guerre.