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Histoire de Beauvois

Thème : Communes | Catégorie : Monographies | Commune(s) : BEAUVOIS-EN-VERMANDOIS | Auteur : Th. Collart Directeur d'Ecole


Histoire de Beauvois

Par  M. Th. Collart

Directeur d’école honoraire

Maire de Pontruet

 

I – Géographie

A l’ouest du canton de Vermand, en bordure du département de la Somme, Beauvois occupe un nœud routier important situé dans une plaine de 100 md’altitude moyenne, laquelle s’élève très légèrement vers le sud-est. Il est à 6 kmau sud-ouest de Vermand, à 15 km à l’ouest de Saint-Quentin et à 58 km au nord-ouest de Laon.

Le village est au carrefour de voies importantes conduisant de Saint-Quentin à Péronne, Bapaume et Arras, de Ham à Caulaincourt et Amiens et par Bellengliseet le Câtelet à Cambrai et au Cateau, par Séraucourt et Vendeuil à la Fère.

Son terroir s’étend sur 731 ha. Il est presque entièrement cultivé en céréales, betteraves, colza et prairies artificielles. Il mesure en moyenne 4 km du nord au sud et 5 km de l’est à l’ouest.

Il a pour limites : au nord Trefcon  et Caulaincourt ; à l’est Vaux en Vermandois, au sud Germaine et Foreste, à l’ouest Ugny-l’équipée (Somme), Lanchy et Monchy-Lagache (Somme).

Ce village est bâti en étoile dont les branches sont constituées par les artères qui le traversent, bordées de maisons et de fermes et dont la plus importantes est l’axe nord-sud entre Caulaincourt et Foreste. Au centre, un mail au fond duquel se dressent la mairie et le groupe scolaire. Au sud, une fort belle église reconstruite en 1925, flanquée d’une grotte, réplique de celle de Lourdes, érigée en 1950, à la gloire de la vierge, patronne de la commune.

II – Economie

L’activité essentielle des habitants est la culture.

Quelques artisans pourvoient aux travaux d’entretien et de rares commerçants contribuent au ravitaillement de la commune.

Les terres sont très fertiles. Elles permettent la culture intensive. Elles sont exploitées par une dizaine de cultivateurs. Les seigneurs locaux furent des laboureurs, fermiers des cens de Tombes et de Beauvois.

Des ventes du XIIIe siècle, dont on a retrouvé les actes, concernent des terres plantées en vignes. Celles-ci ont depuis longtemps disparu. Les principaux anciens lieux-dits sont : le Bois de Lames, la Croix de la Vierge, le Vieux Moulin, l’Enfer, le Bois Rouart et le Tombois.

III – Etat-civil

En 1760, Beauvois comptait 100 feux dont trois au hameau de Tombes avec 7 habitants. Ce dernier fut une agglomération plus importante que Beauvois avant le XIIIe siècle disparut complètement vers la fin du XVIIIe siècle, ne laissant subsister que sa chapelle où vers 1875 des vieillards se souvenaient encore d’avoir assisté à la messe.

Aucune trace de Tombes ne subsiste aujourd’hui. Pourtant, longtemps sa butte fit communiquer les postes d’Etreillers et d’Hérouël.

En 1800, le village compte 520 habitants. En 1818, 592. En 1836, 680 et 738 en 1856. Le 1912, il ne comptait plus que 593 habitants, 282 en 1954 et 304 en 1960.

Les maisons, reconstruites pour la plupart après 1920, comme les fermes, offrent le meilleur aspect, bordant les rues du village qui est une des agglomérations les plus plaisantes du Vermandois.

IV – Origine du nom

D’après le glossaire de Ducange, Beauvois viendrait de Bovaria ou ferme, métairie.

Nous pensons plutôt, avec ceux qui ont écrit sue Beauvois que le nom lui viendrait d’une magnifique situation en plaine, au croisement de voies importantes.

Jusqu’en 1238, date à laquelle Beauvois fut érigée en paroisse, ce fut Tombes l’agglomération importante dont le nom Tomboe marquait l’origine, emplacement d’un tumulus qui mettait en rapport Etreillers avec Auroir et Hérouël. La dépendance prit peu à peu le pas sur Tombes devenant Belvarium en 1145, Curtisde Beauvois en 1181, Beauvoyr et Tombes en 1694.

On trouve même dans les actes Biauvoir, Beauvoir, Pellum Visum ce qui nous fait penser que Beauvois a tiré sont nom de sa position privilégiée qui offrait la meilleure vue sur les pays environnants.

V- Histoire

En raison de sa situation, Tombes a été habité des les temps les plus anciens.

On y a trouvé des silex taillés et des fragments de haches polies.

Paroisse importante dont l’autel fut confirmé en 1105 à l’Abbaye de Saint- Barthélémy de Noyon. On trouve dans le cartulaire de la Maison de Guise trois lettres que rapporte Georges Lecoq dans sa brochure sur Beauvois, parue en 1875 et qui évoquent cette importance de Tombes.

Avec la translation de la paroisse à Beauvois en 1238, du consentement de l’Abbé de Saint-Barthélémy de Noyon qui conserva le droit de nominateur, commence la décadence de Tombes qui ne comptera plus, à la fin du XVIIIe siècle, que 3 feux et 7 habitants, ayant toujours sa chapelle vouée à Saint rémy, aujourd’hui totalement disparue.

Cette totale disparition se serait produite à la suite d’un effroyable crime dont les auteurs ne furent découverts que quelques jours avant la prescription décennale en 1822. S’agit-il de pyromanes ? quel fut le mobile de leur crime ? autant d’énigmes que la disparition des archives de la période révolutionnaire empêchera de résoudre.

Au lieu-dit le Catelet ont été trouvé au XVIIIe siècle de nombreux vestiges antiques : tuiles à rebord, monnaies du haut et du bas empire, statuettes et sépultures fort anciennes. On remarque aussi que beaucoup de charbon se trouvait mêlé à la terre.

En 1872, voulant creuser un puits au milieu du village, on découvrit des caves de guerre que l’on put longtemps visiter en entrant chez monsieur Hilaire Payen, aubergiste. Ces galeries fort importantes, situées à 9 mètres de profondeur, furent creusées dans la marne. Leur origine n’est pas connue. Plusieurs hypothèse en justifie l’utilité et l’emploi : habitations préhistoriques, cryptes d’approvisionnement durant l’époque gallo-romaine, souterrain reliant divers systèmes de fortifications seigneuriales, abris pendant la guerre de cent ans et les guerres de religion voire durant les si nombreuses invasions que connut le Vermandois au cours des âges, enfin, possibilité d’utilisation par les paysans mal logés pour s’abriter durant les hivers rigoureux.

Ces souterrains taillés à vif dans la marne, sans maçonnerie, sont l’œuvre de plusieurs générations qui en ont poursuivi ou modifié l’aménagement. De chaque côté d’un couloir central, naissant d’autres couloirs conduisant à des salles parfois spacieuses où l’on a retrouvé des traces d’anciennes  fermetures avec rainures dans les parois pouvant recevoir des portes ou des barrages.

L’ouverture en plaine était très discrète, dissimulée sans doute sous des buissons ou des taillis. Elle permettait l’accès, par plan incliné, aux bêtes comme aux humains. Le couloir central, très long, de 1,20 m à 1,80 m de haut, assurait la ventilation par des évents de 8 cm percés dans la voûte. Son extrémité éboulée laissait supposer une communication avec d’autres souterrains jamais explorés.

De nos jours, on ne peut plus visiter ces caves.

Les seigneurs connus de Beauvois sont : Baudoin 1er de Beauvoir qui se distingua à la croisade de 1200. Sa femme était Isabelle ; Ses enfants Baudoin, Adam Seigneur de Séquehart, Marie. Baudoin II seigneur de Beauvois, fils du précédent était chevalier. Son fils Mathieu de Beauvois  régna de 1225 à 1275. Il était lui aussi chevalier .Sa femme était Mathilde.

Vers 1280, un document donne état des sommes reçues et des legs faits par Mathieu le Beliers exécuteur de Gobert de Tombes et mentionnant les dons consentis à diverses abbayes ou œuvres dont l’hôpital de Pontruet à Saint-Quentin, qui devint l’Hôtel-Dieu.

En 1249, Jacques de Beauvois. En 1269, Gilles de Beauvois, sire de Beauvoisayant épousé Jeanne, fille de Mathieu.

En 1367, Jéhan de Beauvois, dit Boart, écuyer, épouse Jéhanne de Lehaucourt. Il fait don en hommage au Roi.

En 1369, sa veuve fit de nouveaux dons au Roi.

En 1385, il y avait une léproserie à Beauvois, hôpital qui en 1648 avait un revenu de 1600 livres.

En 1309, Jacques d’Avelus et Clémence d’Avelus sa sœur, accordent aux chanoines de Saint-Quentin six muids de froment à percevoir sue le village de Beauvois pour fonder son anniversaire perpétuel dans leur église. Ils établiront un monastère dans l’enceinte de la paroisse.

Avant la révolution, Beauvois faisait partie de l’intendance d’Amiens, de l’élection et baillage de Saint-Quentin. Les gros décimateurs étaient les Abbaye de Saint-Barthélémy de Noyon, de saint Prix de Fervaques.

En 1789, Beauvois comptait 119 feux et environ 320 habitants. Les impositions de toutes natures, y compris le 1/20 sur les revenus étaient de 2517 livres.

L’heure de la grande révolution approche. Beauvois y joue un rôle très important.

Le baillage de Saint-Quentin s’étend jusqu’à Nesle et Villers Outréaux. Le 8 janvier 1789, le greffier en chef dresse l’état de la population du baillage : 98 paroisses pour la campagne et 12 pour la ville de Saint-Quentin. Population totale : 58 276 habitants, dont 270 ecclésiastiques, 10 à 12 chefs de familles nobles, 18 à 20 chefs de familles anoblies, le reste constituant le tiers-état.

Le 24 janvier, une lettre royale convoque les états généraux. Le 30 janvier les habitants du baillage adressent au Roi Louis XVI une lettre de remerciement pour cette convocation. Necker leur répond le 4 février. Les villageois choisissent leurs délégués. Ils doivent être âgé d’au moins 25 ans pour voter et choisir deux délégués pour Beauvois, paroisse de moins de 200 feux.

Sont élus Robert Duplaquet et Eloi Alexandre Boinet, tous deux laboureurs.

Le 6 mars, dans la salle du couvent des cordeliers, à Saint-Quentin, première réunion des délégués. Le clergé décide que chaque ordre délibérera séparément pour la rédaction du cahier de doléances et pour l’élection des députés aux états généraux.

Le 13 mars, 144 électeurs du clergé élisent comme député maître Claude Eustache François Marolle, curé de Saint-Jean, tandis que le 10 mard, 43 électeurs de la noblesse avaient élu par 29 voix  Messire Haut et Puissant seigneur Guy Félix Comte de Pardieu, Seigneur de Vadancourt, Bray Saint-Christophe, Bracheux, Hérouël.

Le même jour, alors que l’on n’avait prévu que 200 délégués du tiers-état, 228 se présentent dans la grande nef de l’église du couvent des Cordeliers, tous admis après d’énergiques protestations.

Le président est Charles maillet, conseiller du Roi. Les scrutateurs sont Fouquierd’Hérouêl, Colliette, avocat, neveu de l’ancien curé de Gricourt et Langlet de Pontruet.

L’assemblée accepte les cahiers de doléances rédigés par la commission élue.

Le 6 mars sont élus députés : Pierre Eloi Fouquier, Seigneur d’Hérouêlet de Tinville et Charles Vincent Duplaquet, chapelain de l’église royale de saint-Quentin.

Charles Vincent Duplaquet est né à Beauvois le 20 janvier 1730.

En 1789, il était prêtre licencié ès lois, chapelain conventuel de l’odre de Malte, Chapelain de l’Eglise Royale de Saint-Quentin, Censeur Royal. Il était Vicomte Abbé, donc anobli.

A l’assemblée, il demanda l’institution d’une fête nationale célébrée le même jour dans toute la France. Très cultivé, il fut l’ami intime de Quentin de la Tour dont il rédigea l’inscription funéraire et prononça l’éloge.

Il mourut à Saint-Quentin le 20 septembre 1811 après avoir rempli quelques fonctions administratives.

Lorsqu’il s’agit de planter un arbre de la liberté, un désaccord survient pour le choix du jour. Le 14 juillet ou le 15 août 1790 jour de la fête de la vierge, patronne du village. Ce dernier jour fut retenu. Au lieu de la traditionnelle procession, on planta à la Nanchelle le bouleau symbolique orné de rubans tricolores. Durant la nuit, un mécontent vint scier l’arbre et le jeta dans la boue.

En 1920, on a retrouvé dans les ruines de l’église de Beauvois une plaque de cuivre en forme de cœur rendant hommage à l’un des volontaires de 1792 ainsi formulée :

« Ici repose le cœur d’un brave, Souville Pierre Quentin, né à Soyécourt le 1ernovembre 1751. Ayant pris les armes pour la défense de la Patrie en 1793. Il les porta avec gloire en Allemagne, en Italie, en Egypte, en Syrie, en Espagne et en Prusse. Il rapporta dans la retraite l’étoile de l’honneur conquise dans les rangs de la Vieille Garde Impériale. Priez Dieu pour le repos de son âme. »

Bien d’autres soldats de Beauvois s’illustrèrent dans les combats de la révolution et de l’Empire.

A Beauvois, en 1839, il y a 700 habitants. Le village a son meunier, son brasseur, son tonnelier, un ménétrier, des tisseur, des fileuses, un couvreur en chaume et … une pauvre mendiante.

A l’état civil on rencontre des prenoms singuliers.

La vie de Beauvois au XIXe  ne comporte pas d’autre évènement remarquable que l’inauguration en 1861d’un calvaire donné par Pierre Rouart dont un ancêtre construisit en  1328 l’église de la paroisse sur trois setiers de terre lui appartenant. Cette église fut brûlée par les bourguignons en 1554 le jour de la saint Mathieu. En 1871, Beauvois connut, comme en 1914-17 et en 40 de fréquents passages de soldats allemands mais aussi de furieux combats. Le 17 avril 1872 on y inaugura un monument élevé à la mémoire des soldats français morts sur son territoire.

Comme la plupart des villages du Canton, la prospérité de Beauvois atteignit son apogée sous le second Empire. Elle fut d’ordre commercial en raison de sa situation et agricole par l’excellence de ses terres.

En dépit des invasions, des guerres, des épidémies, le village, toujours sagement administré, sut maintenir un bon standing de vie.

La mécanisation et l’appel des usines des grandes cités proches ont fortement réduit sa population mais n’ont pas diminué ses qualités tenaces : travail, ordre, économie, humanité, souci du beau et du bien.

Transcription par Emmanuelle Coquelle