Connexion à l'espace adhérent



Connexion à l'espace adhérent



HECTOR DE PETIGNYHistoire locale / Articles

Thème : Patrimoine, Personnalités | Catégorie : Arts | Commune(s) : VORGES | Auteur : N.Harant


Hector de Pétigny est un artiste-peintre, sculpteur, graveur, céramiste et créateur de vitraux, né à Hazebrouck (Nord) le 13 mars 1904 et décédé à Vorges (Aisne) le 22 décembre 1992. Par sa grand-mère maternelle, l’artiste descend de l’une des plus vieilles familles de Vorges, la famille Gourmain, et c’est dans la maison familiale qu’il s’installera à partir de 1968.
Adolescent, le jeune Hector s’inscrit à l’Académie des Beaux-Arts de Valenciennes. Deux ans plus tard, il entre à l’école supérieure des Beaux-Arts de Paris où il reste 10 ans (1er prix d’atelier, de gravure, de sculpture et d’architecture). A Paris, Il découvre les peintres libres tels que Cézanne, Picabia, Foujita, Matisse, Bissière, et il est très réceptif aux influences de son temps, en prenant acte du Cubisme et du développement du Surréalisme. Dès 1927 il expose dans le Nord, à partir de 1932 à Paris, aux Tuileries, à la Nationale, et à l’étranger. Il enrichit sa palette d’artiste en étudiant le vitrail chez le maître verrier Lardeur.

En 1931, il est lauréat au concours de professeur de dessin, degré supérieur de la ville de Paris, et il enseigne les Arts Plastiques à l’Ecole d’Art et de Publicité. En 1932, il se marie avec une artiste-peintre, Suzanne Jumeau, amie, depuis les Beaux-Arts de Lyon, de Bertholle et d’Etienne Martin (sculpteur). C’est le point de rencontre pour ceux qui formeront le groupe « Témoignage ».

LE GROUPE TEMOIGNAGE
De 1932 à 1934 il se rapproche de l’académie Ranson où enseigne Roger Bissière. Devenu membre du groupe « Témoignage » en compagnie de Jean Le Moal, Etienne Martin, Alfred Manessier, Jean Bertholle, François Stahly, Klinger, Jeanneret, Michaud, il expose avec eux en mai et juin 1938, à Paris, à la galerie « Matières et Formes » de René Breteau. Il participe à la création de la fondation du groupe « Témoignage » et expose avec ce groupe à New York, en 1939, au pavillon Français de l’exposition universelle, puis il exposera régulièrement au salon des Indépendants jusqu’en 1949.
La guerre disperse le groupe. En 1943, Hector de Pétigny expose personnellement dans la galerie René Breteau, puis, en 1945, au Salon des Indépendants. Il fait la connaissance du sculpteur Henri Laurens, et commence à sculpter.

Hector de Pétigny avant et après 1949

1960-1961
Ci-contre Hector de Pétigny au travail dans son atelier à Vorges (en arrière-plan, une station du chemin de croix de Marle

Vorges possède quatorze toiles peintes très représentatives de ce moment de l’art moderne que l’on appelle la Seconde Ecole de Paris. On a coutume de dater cette période entre 1945 et 1965. A l’exception de Pierre Soulages, la reconnaissance manque encore aux artistes de l’après-guerre qui appartiennent à une génération disparue. Longtemps restées mal considérées par le marché international de l’art, les œuvres de ces artistes sont présentes désormais dans les musées, mais elles restent rares en salle des ventes, et si quelques-uns bénéficient d’un regain d’intérêt, comme Le Moal ou Bazaine, c’est surtout le travail des historiens de l’art qui leur permettent de ne pas sombrer dans l’oubli.

Hector de Pétigny à Vorges
à partir de 1949 : l’Art sacré

Les tableaux que possède la commune de Vorges sont l’œuvre d’un de ces peintres. Hector de Pétigny (1904-1992) les a réalisés en 1949, au début de la période du mouvement moderne auquel il se rattache. L’ensemble forme une série qui respecte le programme canonique du chemin de croix. Ces quatorze peintures ont été installées dans notre église dès la sortie d’atelier, et chacun peut venir juger aujourd’hui leur fraicheur depuis leur restauration récente.

Ce cycle de quatorze toiles est avant tout un don de l’artiste à la commune, et à ce titre, il tient une place à part dans l’œuvre d’Hector de Pétigny. On peut même dire que ce projet fut un tournant dans sa carrière.

4 tableaux du Chemin de Croix de Vorges – huiles sur toile

Jusque-là, Hector de Pétigny était un professeur diplômé des Beaux-Arts, recruté pour cela par la Ville de Paris, et qui exposait encore au salon des indépendants. Il bénéficiait de l’estime de la critique et d’une reconnaissance du milieu académique.
La consécration du chemin de croix de Vorges en 1949, correspond au moment où Hector de Pétigny décide de renoncer à la compétition du monde de l’art pour se consacrer exclusivement à ses élèves et à son travail confidentiel en atelier. C’est à cette époque qu’il développe un style personnel et original qui permet de reconnaître sa touche sans hésiter.
Ce style est très structuré, la couleur y développe d’infinies variations, dans un cadre harmonique très évocateur du vitrail. On comprend que les architectes des Monuments historiques aient choisi Hector de Pétigny pour réaliser le grand cycle des vitraux qui marque l’achèvement de la restauration de la Basilique de Saint Quentin. Ces commandes publiques rapprocheront un peu plus Hector de Pétigny du département de l’Aisne et l’éloigneront définitivement de la capitale.
A cet égard, on peut dire que le Chemin de Croix de Vorges, constitue un manifeste, qui annonce plus de quarante ans d’une œuvre prolifique, quoiqu’encore mal connue, mais que l’on peut admirer en partie au moins à Bruyères-et-Montbérault, avec le vitrail de l’Assomption par exemple, ou à Coucy-le-Château, à Marle et à Saint-Erme.

Le Chemin de Croix de Vorges reste pourtant un point de départ, l’œuvre par laquelle l’artiste a fait les choix décisifs qui engageront tout le reste de sa vie. Parmi ces choix, il y a la volonté farouche de sauvegarder à tout prix son indépendance et son intégrité, en renonçant aux impératifs du marché de l’art contemporain, auquel son caractère ne le prédisposait pas. Cette volonté d’effacement lui a permis de construire une œuvre d’une grande cohérence auquel le public finira bien un jour par avoir un accès plus large.

Eglise moderne Notre-Dame-des-Verriers.
En 1968, Hector de Pétigny réalise les vitraux de l’église Notre-Dame-des-Verriers à Bagneux-sur-Loing (Seine-et-Marne). Cette église, construite par Alain gigot, architecte des bâtiments de France , sera consacrée en 1971.
Désacralisée en 2010, elle deviendra la maison des verriers.

Hector de Pétigny avant 1949

Ce travail de reconnaissance est à peine amorcé. On découvre notamment un pan totalement imprévu de l’œuvre d’Hector de Pétigny, celle d’avant 1949. Elle a de quoi surprendre ceux qui le connaissent, tant il vrai que le personnage fut secret et pudique. C’est en salle de vente que l’on peut croiser les œuvres d’Hector de Pétigny produites dans les années Trente ou Quarante. Quelques rares photos familiales permettent d’appréhender cette période où l’on découvre un artiste pratiquant l’art figuratif de la période art déco, ou en train de s’exercer au cubisme ou au surréalisme.

Ses photos d’atelier méritent qu’on les publie, car les toiles qu’on y aperçoit ont pour la plupart disparu. L’artiste avait coutume de les découper et de les récupérer pour de nouvelles créations après 1949. Peut-être certaines d’entre elles auront pu être acquises à temps par des collectionneurs, et alors auront été sauvées ; elles réapparaitront un jour ou l’autre en salle des ventes.

C’est en effet au hasard des ventes aux enchères actuelles, chez Tajan ou ailleurs, y compris à l’étranger, qu’on est en train de redécouvrir le travail d’Hector de Pétigny, antérieur au chemin de croix de Vorges. Deux œuvres sont ainsi ressorties de l’ombre en 2020 : une nature morte et un panneau décoratif. Elles font partie de collections privées ; mais leur bref passage à la lumière à l’occasion de ces ventes, nous laisse entrevoir l’importance de ce qui reste à découvrir.

Grande toile peinte à Vorges très représentative du style d’Hector de Pétigny après 1949
Collection particulière en vente à Lille en 2019

Ci dessous :
1976 : Une sculpture en pierre destinée au monument du Docteur Ernest Ganault à Vorges.
Le buste en bronze initial avait été volé par les Allemands durant la dernière guerre.
Cette sculpture a été offerte par Hector de Pétigny

Ci-dessus : Sculptures sur bois réalisées dans son atelier de Vorges

1979 : Le porche et le grand bas-relief en bois dans le hall des anciennes archives départementales de l’Aisne. L’extérieur est en ardoise et représente l’esprit et la matière, l’intérieur, l’arbre de la science avec un assemblage de cinq essences de bois et trois grandes statues allégoriques en tilleul. L’artiste a fait don aux archives départementales d’une sculpture en bois, intitulée « Fatale Mélodie ».

Le projet
Le hall des Archives Départementales

Les Archives Départementales ont déménagé dans de nouveaux locaux.
A l’avenir qu’en sera-t-il de ces bois sculptés ?

HOMMAGES

Extrait du discours de monsieur Alain Gigot, ancien architecte des Bâtiments de France,
le 27 octobre 2007 en l’église de Vorges

“Les sculptures sur bois des archives de l’Aisne, sous la conduite de monsieur Roullin, montrent à merveille le don d’Hector de Pétigny pour les grandes compositions susceptibles de s’intégrer dans les espaces architecturaux contemporains.
Mais ce que je tiens à exprimer tout particulièrement aujourd’hui c’est ma crainte de voir un jour dispersée l’œuvre originale et exemplaire de ce peintre et sculpteur qui honore notre région. La dispersion serait inévitable si la puissance publique n’aidait au maintien de la mémoire de cette œuvre.
Les toiles et les sculptures, dans l’attente d’une reconnaissance nationale, pourraient faire l’objet d’une publication exhaustive, compléter les collections d’un musée où elles seraient présentées en permanence. Des expositions temporaires pourraient, d’une manière didactique, relier l’œuvre d’Hector de Petigny avec le cubisme et le surréalisme et surtout rappeler son appartenance au groupe « Témoignage » qui s’est constitué en 1936 et qui réunissait des artistes dont certains aujourd’hui sont célèbres.”

Alfred Manessier, à propos d’Hector de Pétigny

” Ni réalistes, ni abstraites, les œuvres d’Hector de Pétigny valent par leurs couleurs brillantes et leur composition rigoureuse, modernes, d’ailleurs, les variations de ligne et de lumière ont de la saveur un attrait certain, une intensité émotive réelle “
” Tenant de la peinture abstraite ce qu’il faut pour exprimer complétement une sensibilité picturale remarquable, les œuvres d’Hector de Pétigny méritent de retenir l’attention “.

Cécile Souchon au sujet du hall des anciennes archives départementales dont elle a été la Directrice

“Un grand amour de la Nature, une sympathie profonde pour les matériaux qu’elle sait procurer aux mains de l’artiste, un grand respect de la vie, de la matière, une recherche constante de leur sens, de leurs harmonies internes, conduisent la quête de ce grand sculpteur, peintre, graveur, dessinateur créateur de vitraux, que l’Aisne et les belles collines du Laonnois ont la chance d ’héberger.

A gauche de la porte sud de l’église Saint-Jean-Baptiste de Vorges est apposé une plaque commémorative en l’honneur d’Hector de Pétigny.
Sous l’égide des associations des Amis de Laon et du Laonnois a été mis en place un circuit des oeuvres de l’artiste dans l’Aisne avec sur chaque site, des panneaux descriptifs.
Le chemin de croix de Vorges a été restauré en 2007 par Anne-Laure Feher et la commune de Vorge a participé à son financement avec une subvention de 50 % du conseil Général.

Christian Noël, Maire de Vorges en 2007 à l’inauguration de la restauration du chemin de croix:
“Vorges fait partie de la vie d’Hector de Pétigny. Son village a animé son inspiration. Comment ne pas l’être quand de son atelier on vit la beauté du Val-Saint-Pierre.On comprend pourquoi Hector de Pétigny est à l’origine, avec d’autres Vorgiens, du classement de ce site.”

Nicole Harant en collaboration
avec Alix de Pétigny
Sources : Famille de Pétigny, Francis Crépin, Alain Gigot
Photos : Martine Roger, Gérard Henninot, Jean Paul Daquin, famille de Pétigny

Télécharger cet article sous format pdf ici