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Grand-Neuville versus Petit-NeuvilleHistoire locale / Articles

Thème : Communes | Catégorie : Histoire | Commune(s) : NEUVILLE-SAINT-AMAND, SAINT-QUENTIN | Auteur : N.Pryjmak


Carte de Cassini – www.geoportail.gouv.fr

En 1878, les chefs de famille de la section dite de Grand-Neuville demandent à former une municipalité distincte de Petit-Neuville au motif de dissentiments invétérés des deux sections et opposition de leurs intérêts respectifs. Ceci était déjà connu de l’administration du département qui avait déjà du intervenir plusieurs fois.
La scission de la commune en deux sections électorales en 1877 ne changea rien, au contraire : Grand-Neuville ne supportant pas que Petit-Neuville eut 12 conseillers municipaux contre 4 pour eux, les habitants refusèrent d’élire leurs mandataires au conseil municipal.
La demande de séparation soumise a rencontré une vive opposition au Petit-Neuville.
Le Petit-Neuville n’étant en somme qu’un faubourg de Saint-Quentin, il ne peut avoir suffisamment de territoire pour se développer.

C’est la commune de Saint-Quentin qui va débloquer les choses en proposant l’annexion du Petit-Neuville . Il s’agit de la reprise d’un projet de 1848 car Saint-quentin luttait déjà pour pouvoir se développer. A l’époque, aucun accord n’avait pu être trouvé avec Neuville-Saint-Amand qui refusait toute vente de terrain. Mais entre temps, la population de Petit-Neuville avaient considérablement augmenté alors que celle de Grand-Neuville avait stagné. Or, il était évident que les habitants de Petit-Neuville pouvait plus petre assimilés aux habitants du faubourg d’Isle qu’à ceux de Grand-Neuville.

Proposition du Conseil municipal de Saint-Quentin

Au nom de la commission des comptes et budget composée de MM COrdier, Deriet, Dresptin, Dufour, Hachet, Colombier, Huez, Le Caisne, Lefevre-Herbet, Poëtte, Querette, Vatin, Mariolle-Pinguet, maire, Bénard et Hérouard, adjoints, M. Bénard donne lecture d’un rapport conçu en ces termes :

Messieurs

Dans la séance du 23 novembre dernier M. le Maire vous a fait connaître la délibération prise par le Conseil Général sur la question du Petit-Neuville, dans sa session d’août 1878. Sur un rapport de la commission d’agriculture, ayant pour organe l’honorable M. Gentilliez, et après discussion développée, le Conseil Général a émis un avis favorable ) la disjonction du Petit-Neuville d’avec le Grand-Neuville, et a ajourné la question de l’annexion du Petit-Neuville à Saint-Quentin, pour complément d’instruction, toutes choses restant en l’état.
Vous avez renvoyé l’étude de ce complément d’instruction à la Commission des comptes et budgets, et nous venons aujorud’hui vous rapporter cette affaire .

I Cause de l’ajournement de la question par le Conseil général

Nous devons d’abord fournir une explication sur le motif qui a déterminé le Conseil général à réclamer le supplément d’instruction :
vous vous rappelez Messieurs que sur le rapport de notre honorable collègue, Mr Ch. Poette, le Conseil municipal, dans sa séances du 27 avril 1878, avait pris une décision qui se résume ainsi :
“L’annexion du Petit-Neuville sera demandée, et aussitôt qu’elle sera obtenue, une somme de 120000 francs sera consacrée à des travaux de pavage , d’éclairage et de distribution d’eau.” Or, en exposant cette question d’annexion, dans son rapport au Conseil Général, M. le Prefet avait exprimé l’avis personnel d’ajouter aux avantages devant résulter de l’exécution des travaux précités, l’offre d’une exonération des droits d’octroi, pendant 20 ans. Le Conseil Général, frappé de cette proposition nouvelle, qu’il n’avait pas trouvée dans la délibération du Conseil municipal fut d’avis de la renvoyer à votre examen.

II Disjonction du Grand-Neuville et du Petit-Neuville

La question d’annexion revient donc aujourd’hui devant vous, sous une face nouvelle, et avancée d’un degré vers sa solution.
En effet, un point important est acquis : C’est la disjoinction du Grand-Neuville et du Petit -Neuville. M. le Conseiller Général Rapporteur a très nettement défini la cause de cette disjonction : ” C’est l’incompatibilité entre les deux sections, au point de vie des intérêts et de la condition respective des habitants.” Cette incompatibilité est devenue tellement éclatante, que personne n’essaie plus aujourd’hui de la nier, pas même les adversaires les plus intransigeants de l’annexion.

III Exonération des droits d’octroi

Quant àà la proposition d’exonérer, en cas d’annexion, les habitants du Petit-Neuville des droits d’octroi, votre commission la trouve parfaitement admissible en principe ; toutefois il lui a paru que le délai de quinze années suffirait amplement à ménager la transition.

IV Trois solutions en présence

La séparation des sections de la commune de Neuville pouvant être considérée comme un fait accompli , les habitants du Petit-Neuville ont maintenant à choisir l’une des trois solutions suivantes :
1 ° Erection du Petit-Neuville en commune isolée, avec un territoire de 400 hectares, comme le demande son représentant.
2° Erection du Petit-Neuville en commune isolée avec un territoire de 49 hectares comme y consent le Grand-Neuville.
3° Annexion à Saint-Quentin comme vous le demandez avec tous les avantages qui en découlent, y compris les 120000Fr de travaux et l’exemption d’octroi pendant les quinze premières années.
Le choix de la solution nous intéressant au même degré que les habitants de Neuville, nous allons les examiner rapidement.

V

1ere solution : CEtte solution ne rencontrera pas au Grand-Neuville une opposition moins ferme et moins réfléchie qu’à Saint-Quentin ; et, pour mieux dire, ce n’est pas une solution.
Remarquons d’abord que, pour enlever 400 hectares au Grand-Neuville, il faut porter la nouvelle-limite dans le village même, ou tout au moins contre les derniers héritages du côté Nord.
Comment le Grand-Neuville pourrait-il subsister, privé de la moitié de son territoire ?
Comment le Petit-Neuville, sans s’imposer des charges écrasantes, pourrait-il procurer à sa population toujours croissante les choses de première nécessité, qu’elle est en droit de réclamer, le pavage, l’éclairage, l’eau potable, la mairie, l’asile, les écoles, le presbytère, le cimetière, et, dans peu d’années, l’hôpital, le marché, l’abattoir etc ?
M. le Maire du Petit-Neuville, dans le dernier mémoire qu’il a adressé au Conseil général, a dit que sa commune supporte beaucoup moins de centimes additionnels que Saint-Quentin : Selon lui, Neuville ne paie que 44 centimes tandis que Saint-Quentin en pairerait 75 ; Il a commis une double erreur que nous demandons la permission de rectifier.
Considérons d’abord le budget de Neuville pour 1879 ; nous y trouvons les chiffres suivants :
Art 1 Centimes ordinaires 5
Art 2 Centimes sur les patentes 8
Art 41 Remises du Percepteur 1
Art 41 bis Instruction primaire 4
Art 43 Chemin vicinaux 5
Ensemble 23
Mais à ces centimes il faut ajouter ceuxx qui sont présentés par les dépenses ci-après :
Art 42 Insuffisances de revenus pour depenses obligatoires 2279 F
Art 44 Prestations pour les chemins vicinaux 3562 F
Art 45 Insuffisance de revenus pour défenses facultatives 2544
Art 47 4e journée de prestation 1154

Ensemble 9439 F
Or, le principal des quatre contributions directes est au total de 17563 Fr. 83, ce qui revient à dire que le centime vaut à Neuville 175 Fr 63. Il s’en suit que les 9439 Fr du total des quatre derniers articles représentent ensemble 53 centimes 3/4 ; et, par conséquent, la totalité des centimes additionnels payés par les habitants du Grand et du Petit-Neuville est de 23 + 53 3/4, c ‘est à dire 76 3/4, chiffre supérieur aux 75 centimes que paye Saint-Quentin, d’après l’assertion de M le Maire de Neuville.
Mais ce chiffre de 75 centimes est une seconde erreur. Voici les centimes additionnels portés au budget de la ville :
5 centimes ordinaires
8 centimes pour les patentes
5 centimes pour les chemins vicinaux
4 centimes ordinaires pour l’instruction primaire
1 centime pour les gardes champêtres
3 centimes pour les frais de perception
10 centimes pour les fontaines publiques;

26 centimes pour les dépenses de guerre
5 centimes pour le chemin de fer de Guise

Soit 71 centimes
Ainsi les habitants de Neuville paient 5 centimes 3/4 par franc, en plus que les habitants de Saint-Quentin, pour être dépourvus de toutes les choses de première nécessité. Comment pourraient-ils se les procurer, abandonnés à leurs seules ressources, sans recourir à l’octroi ?
VI

2e solution : Nous ne mentionnons cette solution que parce qu’elle a figuré dans la discussion du Consel Général. Aussi M. Vaisse, l’honorable conseiller du canton de Moÿ, l’a-t-il qualifiée d’illusoire. 49 hectares représentent une étendue à peine trois fois aussi grande que nos champs-Elysées.

VIII 3e solution
Nous avons constaté plus haut que les habitants du Petit-Neuville , réduis à leurs seules ressources, sont dans l’impuissance de faire face à leurs besoin les plus urgents ; il leur faudra chercher dans l’octroi un partie des ressources nécessaires ; et , comme l’octroi ne leur procurera qu’un revenu insuffisant, quel qu’élevé que soit le tarif , ils seront encore obligés d’augmenter le nombre déjà si grand de leurs centimes additionnels. Dans ces conditions onéreuses, leurs charges seront certainement plus fortes que s’ils étaient réunis à leurs concitoyens de Saint-Quentin.

Le Guetteur de Saint-Quentin et de l’Aisne, 23 novembre 1879

Dans le Journal Officiel du 30 Mai 1881, on découvre le projet de loi tendant à annexer à la ville de Saint-Quentin plusieurs portions de territoire des communes de Neuville-Saint-Amand, Harly et Gauchy.

Et enfin, le projet de loi est accepté par les députés,

Photo : René Hourdry