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Gizy : Monographie 1914-1920Histoire locale / Articles

Thème : Guerres | Catégorie : Monographies, Première guerre mondiale 1914-1918 | Commune(s) : GIZY | Auteur : S.Hennequin


Commune de Gizy

A.- Territoire occupé par les armées allemandes

I.- Généralités

a).- A quelle date les Allemands ont-ils pris possession de votre village?

b).- La prise de possession s’est-elle effectuée à la suite d’escarmouches, à la suite de combats sanglants, ou sans coup férir?

Le 1er septembre 1914, à midi, une patrouille ennemie, forte d’une quinzaine de uhlans, fut aperçue sur les hauteurs qui dominent le pays au nord; deux d’entre eux s’avancèrent jusqu’au centre du village. Le soir du même jour, les Allemands prirent possession de Gizy qu’ils occupèrent sans coup férir.

c).- Quelle a été l’attitude de l’autorité militaire à l’égard de la population pendant les premiers jours?

Dans la suite de l’occupation?

La majeure partie de la population avait fui, après s’être rendu compte qu’il s’agissait d’ennemis, et non d’Anglais, comme on l’avait d’abord supposé. Elle s’était réfugiée soit dans les villages voisins, soit dans la forêt. Les soldats en profitèrent pour piller les maisons, de la cave au grenier, s’enivrant avec le vin, et emportant toutes les provisions de table. A la mairie, ils brisèrent les fusils de chasse qui s’y trouvaient rassemblés, déchirèrent les habits des pompiers et enlevèrent leur drapeau. Dans les classes, ils brisèrent à coups de crosse les globes terrestres, forcèrent la serrure de la bibliothèque, cassèrent les vitres, et déchirèrent les livres, ainsi que les cartes et les tableaux muraux. Ils écrivirent sur les tableaux noirs : « A Paris, encore une fois à Paris, as-tu compris, sacré Français. »

d).- Pouvez-vous rapporter quelques propos authentiques tenus par des officiers ou des soldats, et qui soient caractéristiques de leur état d’esprit ou de l’opinion publique en Allemagne à cette époque?

Sûrs de la victoire, les officiers ne manquaient pas de faire ressortir la supériorité de l’armée allemande, critiquant notre infanterie qui, d’après eux, était très inférieure et inexpérimentée. « Vos soldats se sauvent comme des lapins », disaient-ils à un notable du pays, tout en se faisant servir du vin. Aussi « la France allait savoir dans quelques semaines ce qu’il en coûte d’avoir eu des idées de revanche et obligé ainsi leur pacifique empereur à tirer l’épée » C’était leur opinion, comme celle de toute leur population, que l’Allemagne faisait une guerre défensive. D’ailleurs, une proclamation du Grand quartier général qui fut affichée en octobre disait textuellement « L’Allemagne fait la guerre qui lui a été imposée par la diplomatie de la Triple Entente seulement et uniquement contre les forces militaires de la France et de ses alliés. » Et ironiquement, sans doute, elle ajoutait « La population civile des régions occupées par nos troupes n’a rien à craindre… », mais tout à redouter, avons-nous conclu. Elle édictait en effet toute une série de mesures coercitives dont la moins terrible était la peine de mort contre quiconque aurait osé montrer quelque hostilité à l’égard de ces « pionniers de la civilisation », qui, quoique « combattant pour leur indépendance, conséquemment, dans un but désintéressé, ne se gênaient pas pour déclarer que toute la Belgique, et les pays situés à l’est d’une ligne allant de Calais à Belfort devaient leur appartenir, et cela, afin d’empêcher, dans l’avenir, toute nouvelle tentative d’agression de la part de cette « France belliqueuse et annexionniste, qui, au mépris de toute civilisation, venait de précipiter l’Europe dans une catastrophe sans précédent dans l’histoire, conséquence de la diplomatie de Poincaré et Delcassé » qui avaient su faire « marcher » la Russie et gagner les sympathies de l’Angleterre, quoique cette dernière y eût quelque avantage, son intention étant de garder Calais. (C’est d’ailleurs pour les en empêcher que l’Allemagne devrait se l’approprier).

Cette marche triomphale des armées allemandes devait avoir pour aboutissant la capitulation de Paris escomptée pour fin septembre ; après quoi, le « compte » de la Russie se règlerait en peu de temps, et le « Fameux rouleau compresseur russe » ; comme ils appelaient par dérision l’armée de nos alliés d’alors, aurait vite fait machine en arrière, de sorte que tout pourrait être terminé avant l’hiver. Appliquant le principe : « La force prime le droit », il est à supposer que les négociations n’auraient pas traîné en longueur.

L’enthousiasme indescriptible des soldats, reflétant d’ailleurs l’état d’esprit de la population, et se caractérisant par ce chant de marche « Deutschland über alles » (l’Allemagne au-dessus de tout), chanté à pleins poumons par ces hordes germaniques, produisait en nous une impression de tristesse infinie, et rien ne peut rendre l’état d’âme dans lequel nous nous sommes trouvés lorsque, ayant fui avec la majeure partie de la population, mais devancés par l’ennemi le lendemain matin, nous avons dû attendre dans un champ, à côté de nos voitures, de 5 heures à 13 heures, que toute l’armée soit passée pour pouvoir revenir en arrière. Les larmes aux yeux, la mort dans l’âme, nous avons dû assister, la rage au cœur, au défilé triomphal de ces troupes (l’Infanterie encadrée par l’artillerie et la cavalerie) qui nous demandaient ironiquement : « Combien de kilomètres encore d’ici Paris » et qui, sans attendre la réponse ajoutaient : « Dans trois jours, nous y serons. » Et nous nous demandions si nous n’étions pas le jouet d’un rêve, en voyant, par cette splendide matinée du 2 septembre, nos belles routes de France souillées par cette soldatesque ivre de joie et d’orgueil.

Le passage de l’armée dura deux jours ; aussi dès le soir du 3 septembre, le village était désert ; un malaise général pesait sur les habitants ; une angoisse nous étreignait tous. Chacun sentait qu’on était à la veille de grands événements qui décideraient du sort de la France. Jusqu’à la mi-septembre, seuls quelques pillards vinrent chaque jour réquisitionner quelques têtes de bétail et des volailles. La vue des casques à pointe effrayait les moins peureux. Un cultivateur, les voyant arriver, s’était caché dans sa grange sur sa voiture pleine de paille. Il nous dit le soir « Lorsque je les ai vus enlever mes deux cochons, je me suis imaginé qu’ils allaient les tuer sur place, venir chercher de la paille pour les griller, et qu’alors j’allais être découvert, pris pour un espion et fusillé. Aussi, j’ai poussé un grand soupir de soulagement en les voyant filer. »

Mais bientôt, des roulements de canon, sourds d’abord, de plus en plus distincts ensuite, nous firent comprendre que nos troupes avaient attaqué ; et nous eûmes la sensation très nette que l’ennemi avait été battu. Cette conviction fut confirmée par les files interminables de convois qui, par toutes les routes, et même à travers champs, refluaient en désordre. Un officier d’un de ces convois ayant aperçu dans la mairie la photographie du Président de la République se fâcha tout rouge, on aurait pu le croire électrisé, et tout en agitant bras et jambes de colère, il criait « Poincaré et Delcassé doivent être pendus », puis, pour se consoler sans de n’avoir pu encore passer sous l’Arc de Triomphe, il nous annonça que les Anglais venaient d’être battus à St Quentin. Il faut croire qu’il était pressé, car il partit sans en dire davantage. Notre joie fut sans limites lorsqu’un habitant du pays vient nous apprendre qu’étant allé à Marchais, il avait vu une compagnie de cyclistes français s’emparer d’une automobile allemande sortant du château avec un chargement de champagne. Nul doute qu’alors le lendemain ou le surlendemain nous aurions le plaisir d’acclamer nos troupes victorieuses, et que l’affreux cauchemar dans lequel nous vivions depuis le 1er septembre allait enfin se dissiper. Malheureusement, il n’en fut rien, et il fallut bien se rendre à l’évidence lorsque, fin septembre, un convoi de ravitaillement en munitions vint se fixer à Gizy.

e).- Pouvez-vous citer quelques ordres ou prescriptions émanant de l’autorité ennemie où se manifestait plus spécialement son système de « guerre aux civils »?

e).- Pouvez-vous citer quelques ordres ou prescriptions émanant de l’autorité ennemie où se manifestait plus spécialement son système de « guerre aux civils »?

f).- Si possible, prière de joindre quelque spécimens d’affiches apposées par les soins ou sur l’ordre de l’ennemi, ou quelque document authentique digne d’intérêt, (ces documents seront exposés et renvoyés par la suite à leurs possesseurs, s’ils les réclament).

Les hommes furent obligés de battre les grains qui furent conduits à Festieux, centre de réception de toutes les denrées réquisitionnées. Ce fut la commune qui dut payer le salaire de ces ouvriers. Presque aussitôt au début d’octobre, une amende de 500 000 francs fut imposée à toutes les communes du canton de Sissonne, sous le prétexte que des débris de verre avaient été jetés sur la route de Saint-Erme à Sissonne dans le but évident d’entraver la marche des troupes, surtout de l’artillerie et des convois. (Il s’agissait tout simplement de bouteilles de vin volées par les soldats et jetées sur la route après avoir été vidées). La Commune de Gizy fournit 4115 francs ; le canton tout entier recueillit 125 000 francs, le reste soit 37 500 francs fut versé par S.A.S. le prince de Monaco à la banque nationale Suisse. Le 23 octobre, une contribution de guerre de 3 660 francs est payée par la commune. Fin novembre, les communes de Gizy et Samoussy sont frappées solidairement d’une amende de 10 000 marks, sous prétexte que des coups de fusil avaient été tirés dans la forêt sur un cycliste qui, d’ailleurs ne fut pas atteint, et pour cause. Les Maires de ces deux villages emmenés à Laon et emprisonnés ne furent remis en liberté que lorsque toute la somme eût été payée. On se demandait cette fois si l’esprit inventif des Allemands allait nous mettre aussi souvent à de pareilles épreuves. Il fallait bien qu’ils se vengent de leur échec, et puisqu’ils n’avaient pu vaincre les Français sur les champs de bataille, leur « esprit chevaleresque » trouva une compensation en faisant la guerre aux civils. Là du moins, la victoire était certaine. C’est d’ailleurs la réflexion que fit plus tard une dame à un officier venu chez elle pour réquisitionner. Excédée par les procédés de cet officier elle lui dit « Les Français, Monsieur, font la guerre sur les champs de bataille ; vous, vous la faites aux vieillards, aux femmes et aux enfants. » Un autre officier reçut en 1917 cette réponse d’un habitant du pays à qui il enlevait une suspension de cuivre : « Si j’étais officier, j’aimerais mieux me faire casser la … figure sur le champ de bataille, que de faire un pareil métier. » Des réquisitions avaient lieu journellement (porcs, chevaux, vaches, moutons, volailles, etc., etc.) des perquisitions étaient opérées sous le prétexte de rechercher s’il ne restait pas d’armes entre les mains des habitants ; c’était pour eux, une occasion de s’emparer de tout ce qui leur plaisait.

Le 15 octobre, tous les hommes jusque 45 ans, avaient été emmenés à Laon pour être dirigés sur l’Allemagne, dans un camp de concentration. Partis le matin dans deux chariots, ils revinrent le soir du même jour. Tout l’hiver, ils furent occupés, sans aucune rémunération, à des travaux divers (entretien des routes, arrachage de betteraves, etc.). Les Allemands commencèrent alors le recensement de tous les animaux et instruments de culture, dans le but de tirer le meilleur parti possible des ressources du pays. Un capitaine nous prédit alors que la guerre durerait plusieurs années, jusqu’au moment où il plairait à la France d’accepter leurs conditions… Ils n’avaient pu aller à Paris, mais ils étaient chez nous, ils y resteraient, et par conséquent seraient vainqueurs puisqu’on ne pourrait jamais les déloger de leurs positions. C’est ainsi qu’ils se consolaient, et se croyaient malgré tout, sûrs de la victoire. Cet officier ajoute : « Si Guillaume n’avait pas déclaré la guerre, nous aurions dit : C’est un mauvais empereur. Dans quelques années, les forces militaires de l’Entente auraient été accrues a un tel point qu’il n’y aurait plus eu pour nous aucune chance de succès. » Paroles significatives et, qui marquent bien l’esprit de domination de l’Allemagne.

Les fameuses ordonnances de l’Intendant Général portées à la connaissance du Maire par la note du Commandant de place de Samoussy, exigeant la réquisition de tous les vivres, amenèrent par la suite les perquisitions de mars 1915. Des soldats, choisis sans nul doute parmi les professionnels du vol et probablement anciens repris de justice, se livrèrent pendant plus de 8 jours à ce travail honteux et dégradant, fouillant les maisons, les bâtiments, les granges, même les jardins ; armés de longues piques en fer, ils recherchaient les cachettes de pommes de terre, de vin et de tout autres objets. C’était la guerre aux civils qui s’organisait et continua pendant toute l’occupation. L’ennemi eut pour principe de nous dépouiller complétement mais petit à petit pour faire durer le plaisir plus longtemps et de nous faire souffrir moralement.

Au point de vue matériel, et avec cette seule excuse : « Ce sont les nécessités de la guerre qui l’exigent », ils arrivèrent à ne nous laisser que ce qu’ils ne purent trouver. Tous les animaux, même les poules et les lapins furent dénombrés et il était défendu, sous peine de punition très grave, de tirer même un lapin. Les récoltes des champs et même des jardins, y compris les fruits (pommes, poires, groseilles, etc.) étaient réquisitionnés ; les œufs, le lait, le beurre devaient leur être livrés ; tout le mobilier et ustensiles de ménage, jusqu’aux cuillers, fourchettes et couteaux ont été recensés et devaient être tenus à leur disposition. Ils enlevèrent d’ailleurs les objets de valeur, bien souvent pour le plaisir de détruire, puisque des soldats conduits par des officiers ont jeté dans une voiture, d’une fenêtre du premier étage, des pendules et garnitures de cheminées. Les bicyclettes, les cuivres, les suspensions, les pendules, les machines à coudre, la laine des matelas etc., etc. furent confisqués. Des peines sévères furent édictées contre quiconque détournerait un ou plusieurs des objets réquisitionnés. Au point de vue financier, la commune a payé pour plus de 300 000 francs et amendes de contributions de guerre. Lorsque la somme exigée n’était pas versée au jour fixé, des otages étaient pris et enfermés chacun dans une cellule, sans considération pour l’âge et la maladie, ils ont fait coucher sur la planche des vieillards de 73 ans.

Au point de vue moral, le but poursuivi était de déprimer les populations envahies qu’ils ont tenues dans un état d’esclavage continuel. Il était défendu de quitter le pays, même pour aller dans les champs, il fallait un passeport en règle. Toutes sortes de vexations et d’humiliations nous furent imposées : il fallait saluer les officiers comme l’indiquait l’ordre suivant : « Les hommes saluent en se découvrant, les femmes en disant bonjour ou bonsoir, surtout aussi les enfants. Celui qui se refuse à saluer sera puni sous peine d’amende ou même avec prison. Le commandant. » Pour éviter de se découvrir, beaucoup d’hommes circulaient tête nue. Comme s’ils se glorifiaient de leurs crimes, la kommandantur faisait publier et afficher les noms de nos malheureux compatriotes (soldats français, maires, etc.) qui avaient été eux lâchement assassinés. But poursuivi : terroriser. Des colonnes d’ouvriers furent formées ; même des jeunes filles furent envoyées en 1918 dans des villages évacuées, près du front, pour laver le linge des ambulances; des visites de santé furent imposées aux hommes jusque 60 ans (le Maire devait faire préparer une salle, une cuvette avec de l’eau, du savon et une serviette pour Monsieur le ??), et chose abominable qui déshonore à jamais ceux qui s’en sont rendus coupables aux femmes et jeunes filles de Lille amenées ici pour les travaux des champs. Les Allemands disaient d’ailleurs : « Nous sommes chez nous », et ceux qui les gênaient étaient mis à la porte de leur logement et relégués dans des bâtiments. Ils évacuèrent à Fourmies, le 14 novembre 1917, environ 200 habitants. Peu après, en décembre, ils faisaient préparer les trous de mines dans les caves, leur intention étant de faire un nouveau « repli stratégique » au printemps 1918, après avoir évacué le reste des habitants et détruit toute la zone qu’ils devaient abandonner comme ils avaient fait en 1917 dans la Somme. L’arrêt des Russes modifia leur plan. La fameuse Gazette des Ardennes n’avait d’autre but que de nous démoraliser. Elle ne manquait jamais de nous annoncer une foule de victoires : la retraite des Russes en 1915 suivie de l’occupation de la Pologne, la « victoire allemande » de Verdun, puis « l’échec français » sur la Somme, la paix avec la Russie, et enfin les offensives allemandes de 1918 qui « allaient fatalement amener la paix au profit des empires centraux ». Il fallait voir la figure rayonnante des Boches lors de la prise du Chemin des Dames ; cette fois c’était certain, la victoire était proche. Encore « un bon coup de collier à donner » et Paris affolé allait forcer le gouvernement à demander la paix. (Les Allemands d’ailleurs en avaient grand besoin). Mais la roche tarpéienne est près du Capitole ils n’ont pas tardé à l’apprendre. Battus une seconde fois sur la Marne, la démoralisation s’empara de toute l’armée, à tel point qu’un gros capitaliste de Berlin, un « Prussien », dans toute l’acception du mot, un embusqué d’ailleurs, nous dit en revenant de la Marne : « Que les Français aillent vite à Berlin, et que la guerre soit finie ». Peu de temps après, le 11 octobre, ils nous envoyaient à Marchais qui, deux jours après, fut occupé par les Français.

II.- Des rapports de l’Autorité ennemie avec la population scolaire

a).- Les établissements d’instruction (écoles, etc.) ont-ils été ouverts pendant toute la durée de l’occupation? Ou momentanément fermés, ou ont-ils été fermés pendant toute la guerre ?

b).- Quelles ont été les prescriptions particulières édictées par les Allemands à l’égard des établissements d’instruction? (Prière de joindre, si possible, des documents à l’appui)

e).- Les élèves des établissements (écoles, etc.) ont-ils été contraints à quelques travaux manuels?

Quelle a été l’attitude des élèves dans ces circonstances? Particularité, réponses, réflexions dignes de remarque.

Une seule école sur deux fut laissée à notre disposition. Elle fut ouverte pendant toute l’occupation, sauf interruption en 1918 jusqu’au moment de l’avance allemande sur le Chemin des Dames ; la classe fut reprise à cette époque jusqu’à l’évacuation du pays, en octobre. Pour éviter que le local soit envahi par les soldats si on le trouvait inoccupé, les enfants venaient en classe, même pendant les vacances. En 1917, la classe se fit pendant six semaines dans une écurie, la salle d’école ayant été réquisitionnée par une ambulance. Par des protestations fréquentes contre certains ordres enjoignant aux enfants, soit de couper les orties, les chardons, ou d’exécuter d’autres travaux similaires par des réclamations non moins fréquentes pour empêcher les soldats de prendre possession de la classe, il a été possible de continuer l’instruction des enfants. En mai 1916, une note ordonnant aux enfants de 11 ans d’aller travailler, après réclamation, ils revinrent en classe 15 jours après. De même il ne fut tenu aucun compte d’un ordre du 25 août 1916 enjoignant aux enfants de glaner sous la surveillance des instituteurs et institutrices. En février 1917, la classe resta ouverte, malgré un ordre d’avoir à fermer les écoles pour économiser les charbons. En octobre 1917, les enfants furent contraints d’aller pendant 15 jours, ramasser des glands l’après-midi sous la conduite du garde champêtre.

Malheureusement, un grand nombre d’élèves furent évacués à Fourmies avec leurs parents le 14 novembre 1917 ; ils ne rentrèrent en classe qu’en mars 1919.

c).- Le commandant de place s’est-il immiscé dans les services d’enseignement?

d).- des officiers délégués ou inspecteurs allemands ont-ils émis la prétention de contrôler l’enseignement ? Ont-ils pénétré dans l’école ? Ont-ils interrogé les élèves? Pouvez-vous citer, à cette occasion, des réponses d’élèves méritant d’être mentionnées ?

Une seule fois, le 15 décembre 1915, un officier, se disant envoyé par la Kommandantur et inspecteur en Allemagne, pénétra dans l’école. Il y resta environ 20 minutes, après avoir simplement fait lire quelques élèves, et posé quelques divisions au tableau noir. Cette visite avait sans doute pour but de nous montrer que nous étions sous la domination allemande, nous ne le savions que trop.

g).- Le séjour des troupes allemandes a-t-il influé en quelque mesure sur le parler local? Quelques mots allemands, plus ou moins déformés, y ont-ils pénétré, et paraissent-ils devoir persister?

(Donner une liste de ces mots, et leur sens.)

Le séjour des troupes allemandes n’a influencé en aucune nature sur le parler local, et bien que quelques mots aient été prononcés pendant l’occupation, aucun de ces mots n’y a pénétré.

Gizy, le 31 mai 1920

L’Instituteur

S.Hennequin

Source : BDIC La Guerre dans le ressort de l’Académie de Lille. 1914-1920