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Fresques de l’Hôtel de ville de Bohain – le conte

Thème : Contes, légendes et chansons | Commune(s) : BOHAIN-EN-VERMANDOIS | Auteur : Hélène Dargagnon et les élèves de la classe de 5ème 5 du collège Henri Matisse


Par Hélène Dargagnon et les élèves de la classe de 5ème 5 du collège Henri Matisse de Bohain en Vermandois

 

Il y a 600 ans, la princesse hindoue Hirfa, connue pour son extrême coquetterie, demanda à son père le maharadja Salad-ad-Din, si elle pouvait entreprendre une expédition jusqu’en France pour découvrir les traditions de ce pays et plus particulièrement, mais cela elle n’osait à peine l’avouer, pour découvrir les habitudes vestimentaires des françaises expertes en matière de mode. Le père d’Hirfa hésita un moment. Il céda toutefois au caprice de sa fille. Il forma alors une solide escorte au cas où les voyageurs se feraient attaquer, car ils allaient devoir, pour gagner la France, traverser des pays en guerre contre l’Inde. Cette escorte était ainsi composée des trois plus fidèles courtisans du royaume, accompagnés, dans le périple qui s’annonçait, d’un éléphant et d’un dromadaire.

            Le jour du départ arriva. Ce fut avec un immense chagrin et en dispensant de nombreuses recommandations, que le maharadja les laissa partir. L’escorte mit de longues semaines à traverser l’Inde. Et dès qu’ils eurent franchi les frontières du Moyen-orient, une troupe de soldats rebelles en guerre depuis de nombreuses années contre Salad-ad-Din les prit en embuscade. Un espion avait notamment informé ces soldats que la princesse se trouvaient dans cette caravane de voyageurs. Or ces guerriers furent surpris de constater qu’aucune princesse ne faisait partie du voyage et qu’on les avait mal renseignés. De dépit, ils laissèrent la vie sauve aux courtisans et les autorisèrent à poursuivre leur voyage ! A ce moment précis, la princesse Hirfa pensa fort à son père, lequel n’avait accepté qu’elle parte qu’à une seule condition, qu’elle s’habille en homme tout au long du voyage. Elle qui aimait tant se parer se déguisa avec plaisir. C’est grâce à ce prudent conseil et à cette brillante ruse qu’elle était en vie !

            La princesse Hirfa put ainsi poursuivre son chemin. Elle traversa donc le Pakistan, l’Iran, la Turquie et après plusieurs mois elle arriva enfin en Europe. Un matin de printemps, la caravane atteignit l’Est de la France. La jeune femme voulait se rendre à Paris car elle pensait que c’était non seulement la plus belle ville du monde, mais également la capitale de la mode. Elle se rendit sans plus tarder chez de riches marchands parisiens que son père avait jadis accueillis dans son pays et qui avaient accepté d’héberger la princesse Hirfa  ainsi que son escorte. Après une semaine, la vie à Paris ne lui sembla pas si idéale. Les marchands qu’elle rencontrait lui paraissaient superficiels, sans goût et les étoffes étaient hors de prix. Alors qu’elle tentait un jour d’acheter du tissu chez un marchand d’étoffes pour se faire par la suite confectionner des tenues originales, elle apprit qu’on ne fabriquait aucun tissu de qualité à Paris et que le meilleur textile qui soit au monde était fabriqué plus au nord à Bohain ! Elle décida par conséquent d’abréger son séjour parisien pour aller découvrir cette ville.

Fresque de l’Hôtel de ville de Bohain

 

            Arrivés à Bohain, ils trouvèrent un gîte dans une auberge dans laquelle la princesse Hirfa se renseigna pour connaître les tisserands les plus réputés de la ville. On lui donna sans hésitation le nom d’une échoppe où elle trouverait sans difficulté les tissus qu’elle recherchait. Après s’être reposée quelques heures, elle se rendit avec hâte et curiosité chez ces marchands dont on avait tant vanté les produits.

Fresque de l’Hôtel de ville de Bohain

A peine entrée dans la boutique, une femme s’approcha de la princesse pour lui proposer ses services. Hirfa lui demanda de lui montrer les plus beaux tissus qu’elle vendait. La jeune femme exécuta cet ordre, ravie d’avoir à servir une cliente si exotique et si riche ! Elle fit donc entrer la princesse au fond de l’échoppe où des milliers de tissus étaient soit soigneusement rangés dans des étagères, soit suspendus au plafond. C’est alors que l’attention de la princesse fut détournée par le bruit régulier d’une machine. Très curieuse de nature, elle jeta un coup d’œil dans la petite pièce juste à côté. Elle y découvrit avec étonnement un vieil homme en train de travailler sur une machine.

Fresque de l’Hôtel de ville de Bohain

La jeune femme expliqua à la princesse que cette machine était un métier à tisser et le vieil homme fit une démonstration de son art à la princesse impressionnée par tant de savoir-faire. On montra ensuite à Hirfa les plus beaux tissus confectionnés dans ce modeste village du Nord de la France. Ceux-ci étaient créés à partir de modèles inspirés du passé et notamment des riches étoffes portées par les nobles dames du Moyen-âge. Hirfa tomba sous le charme du talent du tisserand et la gentillesse de la marchande bohainois. Elle acheta donc un nombre important d’étoffes. Guillaume, le fils du tisserand, se donna du mal lui aussi pour charger les étoffes sur l’éléphant et le dromadaire mais il était prêt à tout pour satisfaire les moindres désirs de la jolie princesse indienne qu’il regardait chaque fois avec des yeux brillants…

Fresque de l’Hôtel de ville de Bohain

            « Guillaume, Guillaume, réveille-toi, cria Madame Flamant, l’épouse du directeur de l’usine de textile « La Tisserande » de Bohain, il faut que ces tissus soient livrés à nos clients avant 14h00 ! » Ces cris sortirent le jeune commis Guillaume de sa rêverie. Le travail l’appelait et le XXème le rattrapait. Adieu éléphants, riches dames du Moyen-âge et jolie princesse indienne…

Photos de Nathalie Debreux