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Essai historique sur Berny-Rivière – Parties 1 à 9Histoire locale / Articles

Thème : | Catégorie : Monographies | Commune(s) : BERNY-RIVIÈRE | Auteur : E. Gailliard -Saisie A.Bas- Duez et A.M.Bouchez


L’église en 1911 – [Recueil. Patrimoine architectural du département de l’Aisne]Gallica

[Partie 1]

BERNY-RIVIERE . – Bernacum, villa publica au 7ème siècle ; Bernacha, villa au 8ème siècle ; Berneium, Berneyum, au 9ème siècle ; Berny-Rivière, en 1683 ; Berni-Rivière, en 1725 ; Paroisse Saint-Martin de Berny-Rivière, en 1749.


Commune du canton de Vic-sur-Aisne, sise à l’est-nord-est de ce bourg, entre Saint-Christophe au nord ; Nouvron-Vingré et Fontenoy à l’est ; Ressons-le-Long au sud ; Vic-sur-Aisne à l’ouest.
Le territoire, qui comprend une étendue de 786 hectares, est de forme rectangulaire ; il s’étend au sud de la vallée de l’Aisne, et au nord sur les coteaux et en plaine.
La vigne qui, autrefois s’étageait abondamment sur les coteaux a maintenant disparu, en grande partie pour des causes surtout climatologiques.
La rivière d’Aisne traverse en longueur la partie inférieure sud du territoire au-dessous du hameau de Roches. A l’est, le ru d’Hozier sert en partie de limite vers le moulin du Patard. A l’ouest, le petit ru de Vaux a creusé un vallon allant du nord au sud jusqu’à l’Aisne au-dessous de la ferme de Confrécourt.
Le chef-lieu, Berny, avec son église entourée de douze habitations, renfermant 32 habitants, est près de la limite occidentale.
Il est assis au pied de la montagne de Gargantua et près des ruines de l’ancien palais des Romains.
La mairie avec la maison d’école des garçons se trouvent sur la place du hameau d’Ors, qui est considéré comme point central du village ; cette dépendance, la plus importante, compte 59 maisons et 160 habitants.
Au-dessus, et en côte, sont deux écarts, Chapeaumont avec une maison et 7 habitants ; et le Mont à Berry, avec une autre maison et deux habitants.
Vers la rivière d’Aisne sont trois autres hameaux, bâtis tout le long de la route de Vic-sur-Aisne à Fontenoy, et reliés entre eux par une longue suite d’habitations. Ce sont : Rivière avec 38 maisons et 78 habitants ; – Rozet avec 23 maisons et 51 habitants ; Roches avec 27 maisons et 82 habitants.
Le premier renferme l’école des filles, très agréablement située. On confond généralement ces trois dépendances sous le nom générique de Roches.
Le hameau de Vaux, dans la petite vallée du même nom, comprend 13 maisons avec 36 habitants.
Au-dessus se trouve Confrécourt composé de deux habitations, la ferme et une maison dans la carrière, comptant 16 habitants.
Il existe sur le bord de la rivière une sucrerie, bâtie en 1853, qui a donné naissance au hameau de la fabrique, comptant aujourd’hui 10 maisons et 40 habitants.
Il y a aussi un moulin, appelé le Patard, compté pour deux habitations et 6 habitants.

Les principaux lieuxdits du terroir sont :
Section A, dite des Chapeaumonts : les Abimes, le Paradis, le Mont-à-Berry, la terre Saint-Vaast, les Mazures, les Chapeaumonts, les Beaux-Regards, Entre Deux-Monts, la butte de la Guenille, le Catéchisme, le Pont Araby, dessus le clos de Berny, le Blanc muré, la rue des Couloires, le Grand-Marais, dessus de la carrière des Grimoines, la carrière de Berny, le Corbeauval, le Mont de Soissons, le champ Guénot.
Section B, dit de la Carlette : le Clos de Vaux, Vaux, le Clos Vacher, les Dauberts, les Plipots, les Souliers, la Follemprise, les Montinettes, le Bout du Canal, Confrécourt, la Culée, le Champ Tortu, le Pommier, la Carlette, les Franches Terres, le Bois à Couleuvre, la Poulette, la Corde, le Val, le Bosquet, les Monts Tatis, les Mazurettes, le Petit Rivière, le Gibet, le Larris, les Hareuzes, le Verleux.
Section C, dite dans la Vallée : le Fond Frérot, les Neaux, la Croix Jean Guérin, le Grand Fossé, la Maison Blanche, la Fontaine Madame, l’Ecu de France, la Couture, le Ru Labbé, la Plainette, la Croix du Vieux-Pont, Berny, Ors, les Berceaux, le Port Frémeau, le Clos Fontaine, la Fontaine Morguienne, Rozet, Roches, le Four, le Platrier, le Ru de Vaux.

La population de la commune, comme dans les villages voisins, tend plutôt à diminuer. En 1720, on comptait 338 habitants ; 306 en 1760 ; 405 en 1780 ; 488 en 1800 ; 489 en 1818 ; 490 en 1826 ; 509 en 1831 ; 512 en 1841 ; 537 en 1851 ; 586 en 1861 ; 609 en 1872 ; 541 en 1881 ; 523 en 1891 ; et 509 en 1901.

ORIGINE

Berny-Rivière remonte à la plus haute antiquité et paraît avoir conservé un souvenir des temps druidiques pendant lesquels il dut être habité par un clan gaulois.
Sur la hauteur qui domine le village se dresse un tertre conique appelé la Butte de Gargantua, qui semble venir à l’appui de cette hypothèse. En effet, les contes populaires de fées, de géants, de sorciers et de gargantuas, se rattachent, non au moyen-âge, comme on l’a cru longtemps, mais à l’époque des Druides et des Gaulois. Le nom de Gargantua, la force herculéenne, le courage indomptable attribués à ce héros imaginaire ; ses exploits fabuleux, ses victoires, et jusqu’à sa capacité gastronomique, donnent l’idée des vertus en honneur chez les Gaulois. Le merveilleux de ses actions indique leur tendance pour tout ce qui était grandiose et chevaleresque. Ces repas homériques, dignes des sauvages, rappellent les délassements et les plus douces jouissances des peuples primitifs.
L’abbé Pêcheur fait dériver Berny du nom latin Verniacus ou Veregniacus, de ver mot celtique qui signifie un lieu grand et spacieux, d’où on a fait Berny, Berney, Vergny. Un autre auteur prétend que Berny ou Verny signifie : Aulne.

HISTOIRE

Après la conquête des Gaules par Jules César, les Romains eurent un domaine en ce pays.
Selon Carlier, dans l’histoire du Valois, ce domaine ou palais comprenait Vic-sur-Aisne dans ses dépendances. Il se divisait en trois parties, savoir : le château situé à Berny, l’hôtel ou fief du péager à Rivière, et le port à Vic-sur-Aisne.
A Berny (Bernacus, Berniacus, Bernaca, Berneium) se trouvait donc le château ou résidence du Maître ; à Rivière (Riporia, Riparü curtis) l’hôtel de l’officier qui surveillait, non seulement la rivière d’Aisne depuis Soissons jusqu’à Compiègne, mais encore les grands chemins du pays sur lesquels il percevait des droits de péage.
Le fisc de Berny, toujours suivant le même auteur, connu dès les temps gallo-romains par la fertilité de son territoire, ses vignes, ses vergers, s’étendait donc depuis le promontoire de la colline qui fait la séparation de l’Aisne de la vallée du ru d’Hozier jusqu’aux bords de la rivière. Ce fisc qui devait avoir en outre de nombreuses dépendances était traversé, à Berny et à Vic, par deux branches de la voie militaire de Soissons à Noyon, lesquelles se réunissaient ensuite pour sortir de la vallée.
Cette voie militaire dont le plan fut conçu par Jules César, qui en laissa l’exécution à l’empereur Auguste, est le chemin qui porta plus tard le nom de Chaussée Brunehaut.
Un embranchement de la voie traversait la place d’armes du château de Berny, chemin que l’historien Carlier a pris pour la chaussée elle-même.
La grande voie militaire franchissait l’Aisne à l’ouest de Vic, tout aussitôt le confluent du ru d’Hozier, qu’elle évitait ainsi de traverser ; on peut penser qu’elle y fut toujours établie.
[Partie 2]
On en tire la preuve de la disposition des lieux, et par une autre plus probable encore, qui est la trouvaille, faite vers 1836, d’une pièce de monnaie d’argent de le l’empereur TRAJAN, lequel régna de l’an 91 à 117 après J.-C. Cette pièce a été trouvée derrière le clocher de Vic, dans la croûte, que l’on a abaissée de quelques centimètres, afin de faciliter l’accès au chemin d’Attichy. Son état de conservation parfaite autorise à croire qu’elle a été enfouie sous le règne même de TRAJAN et non après, et sa position prouve que la chaussée existait déjà. Tout porte à penser que celle-ci date du siècle d’Auguste.
Maintenant qu’on se fasse une idée de la fréquentation de ces grands chemins, encombrés par le passage continuel des légions romaines, avec leur attirail de guerre ; par ces nombreuses bandes de colons, arrachés à leurs foyers pour défricher les provinces conquises, et traînant à leur suite leurs familles, bagages et troupeaux, on n’aura qu’une faible idée du mouvement de ces routes. Ce spectacle, si agréable aux yeux de César, qui pouvait le contempler du haut de ses terrasses de Vic et de Berny, dominant l’Aisne et la chaussée au-delà, lui aurait occasionné tout au moins une grande gêne, si les hordes, avec leur cohue, avaient pénétré jusque dans l’enceinte du palais, si elles avaient été obligées de le traverser.
Toutes ces considérations viennent confirmer la pensée que la chaussée de l’ouest, sur laquelle le péage devait être établi à l’origine, était le véritable chemin public. La voie de l’est n’était pas la grande voie militaire de Milan à Boulogne, passant à Soissons et Noyon, mais seulement l’un de ses embranchements construit pour l’accès de la résidence impériale et son usage particulier.
Suivons la voie qui aboutit à l’ouest, elle est rectiligne ; sa base est constamment placée au-dessus des plus hautes inondations ; elle ne franchit l’Aisne qu’après avoir évité la rencontre de la petite rivière d’Hozier. Voilà bien cette chaussée éternelle dont la direction et l’assiette ont été si savamment combinées.
Celle par Berny, au contraire, est tortueuse, elle traverse, pendant l’espace de 400 mètres, au pied la Croix du vieux Pont, la rive droite de l’Aisne, couverte chaque année d’inondation de deux mètres d’eau (n’oublions pas que cette résidence, cette villa, n’était habitée qu’en été).
Elle gravit la côte de la Croix du Vieux-Pont, conduisant directement au Palais impérial ; là, elle tourne à angle droit sur la gauche, se montre alors sous l’aspect d’une chaussée romaine, puis elle est obligée de franchir la rivière d’Hozier et de traverser des bas fonds.
Elle se perde même, aujourd’hui, dans l’ancienne prairie du château, où des titres de 1600 la désignent encore sous le nom de Chaussée Brunehaut.
A quel moment disparurent les ponts de ces deux voies, à Berny et à Vic ?
Probablement un peu avant le VI° siècle. Car lors de la translation du corps de saint Médard, de Noyon à Soissons, en 545, le cortège passa l’Aisne à Attichy ; c’est là que Clotaire vint à sa rencontre avec toute sa cour. Tout porte donc à croire qu’en 545 le péage était déjà établi à Jaulzy, comme il le fut par la suite, et qu’à cette époque les deux ponts n’existaient plus.
Autrement on ne comprendrait pas pourquoi le cortège funèbre aurait fait gratuitement un détour de plus d’une lieue par Attichy, et par des chemins qui devaient être encore moins bons que la chaussée de Noyon à Vic, quoiqu’elle dût être alors fort dégradée.
L’emplacement et l’origine du palais de Berny sont désignés par les débris antiques que l’on rencontre sous le sol, aux environs de l’église actuelle qui a sans doute succédé à la chapelle mérovingienne de la ville.
Des fouilles ont été opérées à différentes époques, en mai 1846, deux agrafes en étain, jadis doré, ont été retirées à 66 centimètres de profondeur.
Ces agrafes ornées de ciselures minutieuses paraissaient provenir d’origine romaine ; à la même époque on a recueilli en cet endroit une certaine quantité de tuiles à rebords ; des fragments d’un stuc grossier, couvert d’une peinture rouge ; des débris de poterie rouge et vernie ; des tablettes très minces de marbre blanc ou rouge.
En 1894, des débris de murailles de petit appareil ont été mis à nu sur le même emplacement où déjà l’on avait pu mettre aussi à découvert vingt marches d’un escalier qu’un éboulement nocturne empêcha de savoir où il conduisait (1)[1].
En 1874, des débris de murailles portant des traces d’incendie ont été trouvés à un mètre de profondeur par le propriétaire du terrain.
A cette époque, un appel fait à MM. les archéologues n’ayant pas eu d’écho, les substructions mises à jour ont été, croyons-nous pour longtemps recouvertes.
Le palais de Berny demeura sous la puissance immédiate de nos premiers rois, depuis Clovis, et fut transformé par lui en villa ou résidence royale.
Bien à tort, quelques auteurs ont prétendu que cette villa était de Brennacum où le roi Chilpéric tint le concile qui jugea Grégoire de Tours.
D’autres ont désigné Breny, Bargny, mais la majorité des savants est tombée d’accord sur la villa de Braine, ainsi que l’a judicieusement démontré M. S. PRIOUX dans sa Villa Brennacum.
CARLIER, suivi par tous les historiens qui ont écrit sur le Soissonnais, avance que Dagobert Ier donna la terre de Berny à Sainte-Eusoie qui plus tard la porta elle-même au monastère de Marchiennes.
L’historien du Valois a établi ici une contradiction historique et a certainement confondu Berny avec Vregny, qui est réellement le domaine concédé à Marchiennes.
Ce fut Clotaire II, roi de 656 à 670, qui donna « pour la rémission de ses pêchés » la terre de Berny-Rivière, à l’abbaye de Saint-Médard, avec ses habitations, serfs, serves, vignes, prés, bois, champs, paturages, eaux et cours d’eaux, les troupeaux et les personnes de deux sexes qui en dépendaient.
Quoique déjà sans doute du diocèse de Soissons, ce domaine est désigné, à la donation, dans le Noyonnais villam nomine Bernacum sitam in pago Nociomensi super fluvium Axona.
La donation de Clotaire III, prince sans autorité dans ses états, paraît ne pas avoir eu alors son effet. C’est ce que prouve évidemment la confirmation des privilèges de l’abbaye, par le Concile de Douzy, de 871, où il est parlé d’un précepte par lequel Charles le Chauve « a transporté ce domaine du fisc au monastère ». Une autre preuve vient devancer celle-ci. Pépin, roi des Francs, qui convoqua, en 754, aux calendes de mars, tous les Francs, selon la coutume de la nation, le fit en la villa publique de Berny-Rivière (Bernaco). En ayant conféré avec les grands « il se mit en marche, au temps où les rois ont coutume d’entrer en campagne, avec le Pape, les nations qui étaient de ses Etats et les bataillons des Francs, pour se rendre en Lombardie. »
[Partie 3]
Charles le Chauve donna donc, ou plutôt fit restituer aux religieux de Saint-Médard, par un diplôme de 870, confirmé au Concile de Donzy, en 871, la villa de Berny (Bernacha), qui donnée à plusieurs reprises, lui avait été plusieurs fois enlevée. Le diplôme oblige le trésorier, le portier, l’hospitalier et le camérier de l’abbaye à donner réfection plénière aux moines. Ce régal devait être fourni sur le revenu de la villa de Berny (ex villa Berneia) aux fêtes de Saint-Médard et de Saint-Sébastien, ainsi qu’aux anniversaires du roi, de ses père et mère, de sa femme et de son fils Louis, le jour de la naissance de son « cher fils Carloman » et plus tard le jour de sa mort.
Carlier, dans son histoire du Valois, et ceux qui l’ont suivi, ont avancé que la terre de Berny-Rivière après avoir été usurpée par un comte, nommé Arnoul, avait été rendue à Marchiennes par le roi Lothaire, à la prière de la reine Emma. Il s’agissait d’une autre villa, nommée Aisnes (quandam villam nomine Aisnes), qui ne correspond ni à Vic-sur-Aisne, aussi usurpé par Arnoul, ni à Berny, lesquels appartenaient à Saint-Médard, on peut en voir la preuve dans le diplôme de Lothaire donné à Douai en 975. (Hist. Des Gaules, t. IX, p. 64.)
En l’année 1106, Milon de Bazoches, évêque de Soissons, donna au chantre du chapitre de la cathédrale, cent sols de rente sur les dimes de Berny-Rivière.
A la même époque, l’infirmerie du monastère de Saint-Médard avait dans ses revenus les chapons des assises de Rivière (de assisia Rivieræ.)
La légende nous apprend un évènement merveilleux, qui serait arrivé à la fin du XIIè siècle à Berny-Rivière, et raconté dans la chronique d’Albéric. Une jeune paysanne menant paitre une truie, par ordre de sa belle-mère, près de l’entrée d’un profond souterrain où personne n’osait pénétrer, l’animal y entra, et la jeune porchère l’ayant suivi pour l’en tirer fut glacée de terreur, en apercevant dans les ténèbres un grand vieillard assis au milieu d’immenses trésors : effrayée de cette vision elle s’en fut toute tremblante et courut raconter à sa belle-mère ce qu’elle avait vu. Mais elle ne s’en tint pas là, elle lut dans l’avenir et se mit à prophétiser, si bien qu’on la venait consulter de toutes parts. L’évêque de Soissons, Hugues de Champfleury, ne pouvant tolérer l’aberration de cette fille dont il attribuait les prodiges au démon qui prend, disait-il, mille formes pour séduire les simples, défendit à ses diocésains, sous peine d’excommunication, de la visiter et de la consulter. Il y a tout lieu de croire que cette menace mit fin au crédit de la devineresse et que ses prédictions cessèrent ; mais de l’évènement il resta un proverbe local que la tradition a conservé : Entre Vaux et Berny sont les trésors du roi Henry. Ce nom de Henry était ou celui du vieillard ou celui de Henri 1er, au règne duquel on aura rapporté cette anecdote qui pourtant parait être arrivée sous Louis VII, ou enfin le nom corrompu par la suite des temps de quelque personnage inconnu.

[1] Notes de mon ami, M. Oscar DELCOURT, numismate distingué, et donateur d’une collection de médailles au musée de Soissons

PRÉVOTÉ – DROIT D’ENTRE-COURS -FRANCHISES COMMUNALES

Berny-Rivière parait avoir eu au XIIè siècle un titre de prévoté, qui dut s’éteindre dans la suite. En effet, dans une charte de 1171, par laquelle Ingrann, abbé de Saint-Médard, signale l’échange fait entre lui et Yves, comte de Soissons, d’une femme de corps (erreur de lecture ou d’impression du journal ?), sont cités comme témoins, entre autres, Geoffroy, prévot de Rivière, Odon de Vic, chapelain, Drogon, chevalier de Vic et Simon de Nouvron. C’est ce même Geoffroy, moine de Saint-Médard, et prévot de Rivière, qui devint abbé du monastère en 1177, sur la démission d’Ingrann.
Par un arrêté de 1284, le Parlement interdit le droit d’ « entrecours » entre les hommes de Rivière et les tenanciers de Saint-Médard. Ce droit consistait dans la poursuite des hommages de ceux qui passaient d’une seigneurie dans une autre.
D’un autre côté, les hommes de ce village, de Riparia Axonœ soutinrent un long procès contre le sire de Coucy et l’abbaye de Saint-Médard, à propos d’autres droits. Le Parlement, où ils firent défendre leur cause par procureur, déclarait valable, en 1279, une procuration donnée par eux et passée sous le sceau de la prévoté de Pierrefonds, en ordonnant de la renouveler pour la prochaine réunion de la cour ; et, en 1290, permettait à ces justiciables de Saint-Médard de s’en servir dans leur procès jusqu’à la fin du Parlement, mais à la condition d’en présenter désormais une nouvelle scellée de leurs seigneurs et contenant les noms de ceux qui l’auront consentie.
Ces formalités feraient présumer que les habitants de Rivière jouissaient, au XIIè siècle, de certaines franchises communales qui leur permettaient de lutter judiciairement contre leurs puissants suzerains de St-Médard et les sires de Coucy.
Henri Martin, dans son histoire de Soissons, parle de cette commune et s’exprime ainsi :
« Yves de Nesles partit pour la croisade avec Louis VII, en 1147. En son absence, le petit village de Berny-Rivière, soumis à la seigneurie de l’abbé de Saint-Médard, voulut s’ériger en commune, il n’en était pas à son coup d’essai, car ajoute un vieil historien : ‟ Une commune y fut faite pour la seconde fois et anéantie de nouveau dès sa naissance, en 1148 ”. »
[Partie 4 ]
Quoi qu’il en soit, les habitants de ce village devaient payer, en temps de guerre, aux sergens de l’abbaye, des gages qui furent fixés par arrêt du parlement à douze deniers par jour, par sergent, le nombre de ceux-ci étant de 300, et acquitter les frais de quatre chariots pour porter leurs armes.

CHATEAU ET SEIGNEURS DE BERNY

L’abbé PECHEUR, dans ses Annales du Diocèse de Soissons, pense qu’à la villa de Berny-Rivière dut succéder un château, ainsi qu’il parait résulter d’une charte de 1152. Le document nous révèle, en effet, que le seigneur Hugues DE RIVIERE, châtelain de ce lieu, a donné à Saint-Médard une rente de blé «  sur le moulin Notre-Dame de Vic-Sur Aisne » à la condition d’être exempté de la main-morte, lui sa femme et ses enfants, et qu’en cas de destruction du moulin par guerre ou incendie, les dommages seraient partagés. Cette donation fut faite devant GAUCHER, DE RESSONS, BERARD, DE VIC, PAYEN LE TURC, BERARD, DE NOUVRON, et ODON, doyen de Berny. Berny eut d’autres seigneurs après Hugues ; on connaît Eudes DE RIVIERE qui vendit, en 1226, au monastère de Saint-Médard, un vinage sous Confrécourt.
Et Gilles DE COURBESANS, qui vendit aussi à Saint-Médard, en 1259, pour 24 livres et 50 sous tout ce qu’il possédait au château de Vic et aux environs, et se reconnut homme-lige pour le fief de Berny.

SEIGNEURIE – FIEFS

L’abbé de Saint-Médard était seigneur dominant de Berny-Rivière ; il avait la haute, moyenne et basse justice. Quelques seigneurs censiers possédaient aussi sur le territoire plusieurs petits fiefs tels que ceux de La Chapelle, du Four et de Roches dont nous allons donner une courte description.

FIEF DE LA CHAPELLE

Le fief de la Chapelle était situé à Roches, et relevait de la chatellenie de Vic-Sur-Aisne. Il comprenait dans son étendue : une grange avec deux jardins et deux essins de terre sur la carrières des Grimoines, d’une part ; et deux maisons : une lieudit la Chapelle, une autre tenant à celle-ci nommée la maison des Froidsvents, avec 28 pièces de terres, bois, vignes, etc., de l’autre part.
En 1560, Jean NODOT prit à surcens la grange, les deux jardins sis à Roches et la terre des Grimoines, moyennant 12 deniers tournois de cens et 59 sols tournois de surcens ; mais par la suite ayant abandonné son droit de bail, celui-ci fut repris, le 5 mais 1597, aux mêmes conditions par Régnier SAULLON, vigneron à Rivière qui le conserva dans sa famille.
Le 4 novembre 1461, Jean LECOCQ et Marie CADOT, sa femme, avaient aussi donné à surcens à Jean OSSELIN et à Jeanne FIDELAINE, son épouse, les deux maisons de la Chapelle et des Froidsvents avec les 28 pièces, à la redevance de 104 sols tournois de rente annuelle et perpétuelle ; et le 9 décembre 1582, ces mêmes biens étant venus en la possession de divers habitants de Rivière ceux-ci en passèrent une nouvelle reconnaissance, aux mêmes charges, envers le nouveau seigneur, Menault DORCIAL.
D’autres reconnaissances furent encore passées par la suite en 1597, 1602, 1643, 1652 et 1663. Le 17 juin 1666, François WIART, l’un des seigneurs du fief de la Chapelle, louait la maison des Froidsvents, qui tenait d’un lez à la rue BRACQUET conduisant à la rivière, à François DUSIGNON, laboureur à Rivière et à sa femme Catherine DESMAREST, ce qui prouverait en passant que cet immeuble lui avait fait retour.
Et enfin, le 25 avril 1701, François WIART DU CROISET, un autre seigneur, la donnait à surcens avec deux pièces de vigne, moyennant 18 livres de rente perpétuelle, à Jacques FONTAINE ; jardinier au même Rivière.
Le fief de la Chapelle disparut à cette époque, parce que les biens qui le composaient avaient tous été vendus ou donnés à surcens.

SEIGNEURS DU FIEF DE LA CHAPELLE

1461. Jean LECOCQ et Marie CADOT, sa femme
1550. Antoine DE COTRET, écuyer seigneur d’Aumencourt et du fief de la Chapelle
1565. Nathalie DE COTRET, sa sœur, veuve de René DE LIGNIERES, écuyer, seigneur de Champ, elle, dame de la Chapelle, qui signait aux actes : Natalie COTRET DELIGNYERES.
Les seigneurs du fief des Essarts, à Vic-sur-Aisne (1)[1], l’étaient en même temps de celui de la Chapelle, à Rivière. Ces deux petites seigneuries étaient vassales de l’abbaye de Saint-Médard, à cause de la suzeraineté des abbés sur ces lieux, par le château de Vic-sur-Aisne.
1582, Menault DORCIAL, écuyer, seigneur des Essarts et de la Chapelle, par acquisition de Nathalie DE COTRET. DORCIALE provenait de Folembray ; il avait épousé Jeanne GRUET, fille de feu Roger GRUET (lequel possédait des biens à Vaux-Rivière qu’il légua à son enfant). Les deux époux vinrent habiter Vic-sur-Aisne, en 15882, et Menault DORCIAL y mourut en 1585.
Ce seigneur était un illettré et savait pas signer.
Sa femme mourut aussi à Vic-sur-Aisne, en 1600, laissant plusieurs enfants : Simon, qui suit ; Jacqueline, Anne et Rachelle DORCIAL.
1597. Simon DORCIAL, écuyer, seigneur du fief de la Chapelle, sous la garde noble de sa mère, Jeanne GRUET. Le 7 mai 1602, les enfants DORCIAL vendirent devant THIBAUT et LOISEL, notaires à Compiègne, le fief de la Chapelle à …
1602. Jacques BONTEMPS, greffier en chef du bailliage de la ville de Compiègne, qui y ajouta le fief des Essarts, à Vic-sur-Aisne, par acquisition de Simon DORCIAL, en 1607. En mourant il laissa deux enfants : Jeanne, mariée à Jean LEVESQUE, conseiller et élu par le roi à Compiègne, plus tard receveur de la chatellenie de Vic-sur-Aisne, et Guillaume qui suit :
1626. Guillaume BONTEMPS, licencié ès lois, prévot de l’exemption de Pierrefonds, à Compiègne, seigneur de la Chapelle et des Essarts. En 1645 il était lieutenant particulier du bailliage de Compiègne. Il décéda après 1660, laissant pour héritiers : Louis BONTEMPS et Marie BONTEMPS, femme de François WIART.
1662. François WIART, conseiller du roi, président au grenier à sel de Noyon, eut dans le lot de sa femme les fiefs de la Chapelle et des Essarts.
Ce seigneur portait pour armes : « d’azur, à un chêne arraché d’or, accosté de deux étoiles de même. »
Le 13 octobre 1676 et le 24 janvier 1696, il rendit foi et hommage de ses fiefs, à l’abbé de Saint-Médard, au-devant de la porte du château de Vic-sur-Aisne, selon la coutume.
De son union, François WIART eut deux enfants : Françoise, qui épousa Jean LESCOT, et François qui suit :
1700. François WIART DU CROISET, écuyer, capitaine exempt des gardes du corps de Son Altesse Royale le duc d’Orléans. Il devint seigneur des Essarts après la mort de son père,et fut le dernier seigneur de la Chapelle. Il avait épousé Jeanne CHARMOLUE, de Compiègne, avec laquelle il habitait Noyon.


[1] Le fief des Essarts à Vic-sur-Aisne est aujourd’hui représenté par la ferme de Mme veuve MOURET-PREUNIER

[Partie 5 ]

PETIT FIEF DE ROCHES

Les seigneurs de Bitry possédaient à Roches un petit fief dont la valeur consistait en 7 ou 8 sous de cens. En 1605, il appartenait à Marguerite D’ESTREES, dame de Namp et de Bitry en partie, épouse séparée quant aux biens de Gabriel DE BOURNEL, chevalier seigneur de Namp.
Cette dame le vendit avec la seigneurie de Bitry à Philippe DE LA FONTAINE, seigneur de Molgeneste, et à Anne DE BONMARCAT, son épouse. Par une transaction du 18 novembre 1612, Philippe DE LA FONTAINE céda le fief de Roches à l’abbé de Saint-Médard, François HOTMAN, et reçut en échange la haute justice et criminelle du village de Bitry.

FIEF DU FOUR ET DES ROCHES

Le fief du Four était assis à Ors, Rivière et Roches, mais le chef-lieu se trouvait en cette dernière dépendance.
Hector CHARPENTIER, seigneur de Berny, avait baillé le dénombrement du fief du Four à l’abbé de Saint-Médard, le 12 juillet 1584.
A sa mort, il laissa toutes ses seigneuries indivises entre ses enfants ; pourtant dans un acte du 21septembre 1627, son fils aîné, Hélie CHARPENTIER, prend la qualité de seigneur du fief du Four, sis à Roches.
Cette indivision cessa le lundi 8 octobre 1635, par la vente que ses enfants consentirent des diverses seigneuries de leur père, ai seigneur de VIDAL.
Ce jour-là, Hélie CHARPENTIER, procureur ès-sièges royaux de Compiègne ; Jean CHARPENTIER, contrôleur des deniers communs, donc et octrois de la ville de Compiègne ; Gilles CHARPENTIER, greffier de la prévôté de l’exemption de Pierrefonds, sortissant à Compiègne, qualifiés seigneurs de Berny, du fief de Saint-Christophe dit Saint-Honoré, et encore du fief du Four et de Roches assis à Rivière, paroisse de Berny, tous demeurant au dit Compiègne, tant en leurs noms que se portant fort d’Antoine CHARPENTIER, leur frère, praticien à Compiègne, et de Marie CIROT, veuve de Guillaume CHARPENTIER, greffier de la prévôté de l’exemption de Pierrefonds, tutrice de ses enfants, demeurant aussi à Compiègne, ont vendu à David DE VIDAL, chevalier, seigneur de Fleury-en-Bierre, capitaine d’une compagnie au régiment de Champagne, demeurant à Nouvron.
Les fiefs et seigneuries de Berry et de Saint-Honoré à Saint-Christophe, avec le fief du Four et de Roches assis à Rivière ; ce dernier mouvant et relevant de l’abbé de Saint-Médard, à cause de son château de Vic-sur-Aisne, et consistant en cens, surcens, droits de lots et ventes et seigneuriaux, circonstances et dépendances.
Tous les fiefs, cens et surcens furent accordés pour la somme de 700 livres tournois.
L’acte de vente fut ratifié le 4 mars 1637 par Michelle CHARMOLUE, femme d’Hélie CHARPENTIER ; Anne LECLERCQ, femme de Gilles CHARPENTIER ; Florimonde LEVESQUE, femme de Jean CHARPENTIER ; Antoine CHARPENTIER, greffier des affirmations à Compiègne ; et Marie CIROT, veuve de Guillaume CHARPENTIER, et les 700 livres tournois payées le même jour.
David DE VIDAL qui se trouvait en désaccord de chasse avec ses voisins les DE RENTY, seigneurs de Fontenoy, profita de sa nouvelle acquisition pour faire vider le différend. Voulant y arriver, les partis nommèrent deux arbitres : Robert D’AUMALE, chevalier, seigneur de Nampcel et Louis-Adrien DE LAVERNADE, chevalier, seigneur d’Epagny ; le lieu choisi pour la réunion fut la ferme de Confrécourt, où parurent le 9 août 1637, Alexandre et César DE RENTY, fils de Michel DE RENTY (lequel indisposé signa l’acte en sa maison de Fontenoy), et David DE VIDAL. Le différend portait sur des droits de chasse aux terroirs de Fontenoy, Nouvron et Rivière. Il fut convenu que Michel DE RENTY, ses enfants et leurs serviteurs ne pourraient plus chasser dans l’étendue du fief du Four et de Roches, auquel fief le seigneur DE VIDAL ne pourrait lui-même établir aucun garennier ; quant à ses domestiques ils avaient droit d’y chasser. Le seigneur DE VIDAL devrait en outre faire boucher un certain terrier appelé le terrier de Maulevant, afin que les sieurs DE RENTY n’y puissent plus chasser ni fureter. Le contrevenant devait payer 1000 livres tournois d’amende, sans dépens. Et pour connaître l’importance du fief du Four, David DE VIDAL s’engagea à en faire dresser le terrier dans la quinzaine suivante. L’acte fut signé en présence de Charles DELAFONS, écuyer, seigneur de Richebourg, à Morsain, et de Charles DE RENTY, écuyer, seigneur d’Osly.
Suivant la convention le terrier fut dressé ; 28 déclarations de propriétaires différents y figurent. Le fief était composé de quatre maisons sises à Roches, dont une représentant le chef-lieu et de 87 pièces de terre et vigne, disséminées à Ors, Rivière et Roches, produisant annuellement 2 livres 10 sols et 3 poules vives de rentes. Quelques déclarants ont dit « que leurs titres étaient en refuge à Soissons à cause des mouvements. »
David DE VIDAL, chevalier, seigneur de Fleur-en-Bierre, Berry, Saint-Christophe en partie et autres lieux, maître d’hôtel ordinaire de Sa Majesté, 1er capitaine d’une compagnie de gens de pieds au régiment de Champagne, aide de camp dans l’une des armées du roi, mourut en 1642, laissant veuve Marie DE DURANT, son épouse, ayant la garde noble de Jean DE VIDAL, leur fils et unique héritier.
Jean DE VIDAL, chevalier, seigneur des mêmes lieux, mourut après 1648, sans laisser de postérité, mais ayant pour héritier de ses biens féodaux, Benjamin DE VIDAL, son oncle, écuyer, sieur de Fleury ; et de ses biens de roture, le même, avec Madeleine DE VIDAL, femme de Laurent PAIN, chacun par moitié.
Marie DE DURANT est décédée vers 1655, laissant pour héritier bénéficiaire, Henri DE DURANT, son neveu, chevalier, sieur de Thury-en-Beauvoisis, demeurant à Paris.
Les biens et seigneuries de Benjamin DE VIDAL et de la dame PAIN, furent saisis et vendus par décret en 1665, à :
Adrien-François DE HANON, gentilhomme ordinaire de la chambre du duc d’Orléans, seigneur de Jouy, qui le devint ainsi de Berry, de Saint-Honoré, du Four et de Roches. Il mourut en 1669, laissant sa veuve, Anne DE LAFONS, héritière de tous ses biens.      
[Partie 6 ]
Celle-ci les donna, en 1675, à Charles de Franck, écuyer, seigneur de Fontaine, près Monthléry, et premier chambellan de S. A. R. le duc d’Orléans, époux de Marie de Plassant, nièce de la donatrice, qui décéda en 1687, lui laissant une fille : Marie-Anne de Franck.
Charles de Franck fut saisi dans ses biens en 1696, et ceux-ci loués à un fermier judiciaire jusqu’en 1705, année de la mort de ce seigneur.
Ils furent alors mis en vente et rachetés par Michel Heuslin, écuyer, conseiller secrétaire du roi, maison et couronne de France, receveur général de ses finances en la généralité de Soissons, et seigneur du fief champêtre à Champenoy.
A sa mort, arrivée en 1709, sa veuve, Elisabeth Jourland, fut dame de toutes ses seigneuries, qui furent vendues par décret, après poursuites, contre elle et ses enfants, en 1721, à :
Marie-Renée-Angélique de Larlan de Quercadio de Rochefort (Larlan de Kercadio de Rochefort), veuve de Louis-François Duparc, chevalier, marquis de Locmaria, lieutenant-général des armées du roi.
Dans une déclaration que la marquise de Locmaria, fit au terrier de Saint-Médard, le 20 novembre 1722, de tous ses biens et immeubles ; parlant du fief du Four et de Roches, elle dit : « les limites du fief de Roches sont : du côté de la rivière, à la maison dite de la Roche, vis-à-vis la maison du sieur Langlois de Soissons. Il y a au pignon de cette maison une plaque aux armes de l’abbé de Saint-Médard, châtelain de Vic-sur-Aisne »…
En 1727, cette dame était remariée à Henri-François de Lambert, chevalier, seigneur et marquis de Saint-Brice, aussi lieutenant-général des armées du roi.
Elle mourut en 1736, laissant son second mari usufruitier de tous ses biens, qu’il ne conserva pas longtemps, car en 1738, le fils de sa défunte épouse, Jean-Marie-François Duparc, chevalier, marquis de Locmaria, était seigneur de Berry, Vingré, Roches, et du fief champêtre de Fontenoy.
Le 31 décembre 1755, toutes ces seigneuries furent adjugées à Louis Godart, écuyer, qui les transmit à sa mort arrivée en 1770, à Louis-Joseph Godart, écuyer, son fils, lequel fut le dernier seigneur du fief de Roches, par le retrait des droits féodaux consenti dans la fameuse nuit du 4 août 1789.

FOURCHES PATIBULAIRES

Elles existaient au milieu d’un muid de terre, au lieudit la Justice ; on y avait accès par la rue Béra. Le 28 août 1607, l’abbé de Saint-Médard, Hotman, donna ce muid à surcens, à Nicolas Defente, charpentier à Ors, moyennant 12 sols parisis de rente perpétuelle. Il est dit dans l’acte de prise à surcens que le muid de terre est « de longtemps délaissé en friche et savart », et qu’il renferme au-dedans « les fondements des fourches de la justice de Vic-sur-Aisne ».
Le lieudit le Gibet en rappelle aujourd’hui encore le souvenir.

DROITS DE 8è ET 20è DES VINS

Le droit de huitième qui faisait partie de la ferme des Aides, consistait dans la huitième partie des vins, cidres et autres boissons, vendues en détail. Cette imposition a été levée pour la première fois sous Charles VI, en 1382, pour subvenir aux frais de la guerre.
Le droit de vingtième avait une semblable analogie.
Le sieur Martial Millet, receveur général des aides, 8è, 20è, et autres impositions de la généralité de Soissons, louait le 19 mars 1624, les droits de 8è et de 20è des vins qui se débitaient dans la paroisse de Berny-Rivière, à Bernard Saullon, marchand hôtelier audit lieu, pour cinq années à partir du 1er octobre suivant, au prix de 86 livres par an, payables en l’hôtel du Grand-Cerf, à Soissons, où le bureau des Aides était établi.

DROITS DE CHASSE

La chasse du territoire de Berny-Rivière, comme celle de toute la chatellenie de Vic-sur-Aisne, appartenait à l’abbé de Saint-Médard, en sa qualité de seigneur suzerain. L’un de ceux-ci, François Hotman, donna à bail pour neuf ans, à Georges Cirot, sergent royal de la chatellenie, « le droit de chasse et de garennes » dans une chatellenie, savoir : « depuis le lieudit ‟Follemprise”, au deça du hameau de Vaux, jusques et y compris les bois de Vorgny, Corbeauval, et la carrière de Berny, le lieudit ‟Baraquin‟, la Côte d’Hautebraye, suivant les limites de séparation de la terre de Saint-Médard avec celle d’Autrèches, jusques et y compris le ru de Bonval et la carrière de Sacy » moyennant quatre douzaine de lapins, ou à leur défaut dix sols de chacun.
Cirot n’avait pas le droit de tirer sur le lièvre ni la perdrix, et le bailleur se réservait le droit de chasse quand il venait à Vic-sur-Aisne en voyage. Les lapins qu’ils tuaient venaient en déduction de la redevance.

FOURNITURE D’UNE CHARRETTE POUR L’ARMEE DE FLANDRE

En vue de la guerre qui se préparait, la communauté de Berny-Rivière reçut l’ordre de M. de Machaut, intendant de la généralité de Soissons, le 19 février 1675, de fournir une charette attelée de quatre bons chevaux et de la conduire en la ville de Guise pour le 1er mars. Le 24 février, Henri Dupré, cultivateur à Vic-sur-Aisne, s’engagea à livrer l’attelage à la décharge de la communauté, moyennant 300 livres et six esseins d’avoine, mesure d’Attichy, outre la paie du roi portée en la commission du 19 février. Sur cette somme Dupré reçut 150 livres au départ, le surplus devait lui être versé à son retour, en rapportant un certificat, au dos de la commission, constatant qu’il a servi Sa Majesté, à la décharge de la communauté.

ENGAGEMENT D’UN MILICIEN POUR LA COMMUNAUTE

La communauté de Berny-Rivière est chargée de fournir un soldat de milice pour la campagne de l’année 1691. Jean Picque, syndic et Nicolas Amory, l’un des principaux habitants traitent, le 6 février 1691, avec Nicolas Legrand, garçon de la paroisse qui a consenti à s’engager. Il devra servir dans la compagnie de M. de La Hillière, colonel du régiment de ladite milice, pour la durée de la campagne seulement, à la charge par les sieurs Picque et Amory de le faire admettre dans cette compagnie comme soldat pour la communauté de Berny-Rivière. Nicolas Legrand recevra pour son engagement 60 livres et 12 esseins de blé méteil.
Sur ces 60 livres il en sera payé 40 par dix garçons de la localité ou par leurs père et mère, c’est-à-dire à chacun quatre livres.
Les vingt autres seront prises sur le reste des habitants de la paroisse au marc la livre, sur le pied de leur taille, et les 12 esseins de blé sur tous les habitants aussi au marc la livre.
Au cas où il faudrait équiper l’engagé pour le mettre en campagne, la dépense sera prise de la même façon, si les habitants y sont obligés par Sa Majesté ou l’Intendant de la généralité de Soissons.
[Partie 7]

DIFFEREND AVEC LES HABITANTS DE VIC-SUR-AISNE AU SUJET DU PATURAGE D’UN MARAIS COMMUN (LE GRAND MARAIS)

A la suite de contestations survenues entre les habitants de Vic-sur-Aisne et ceux de Berny-Rivière, au sujet du pâturage des animaux sur un marais commun, – le Grand Marais – un accord intervint entre les deux communautés, le 13 février 1780, pour l’arbitrage du différend.
La communauté de Vic-sur-Aisne représentée par Louis Poittevin, procureur-syndic ; Gervais Desmarest, Charles-Marie-Luc Leradde et Jean-Louis Duprez, tous trois cultivateurs, nomma pour arbitre, Jean-François Blin de La Chaussée procureur-ès-sièges royaux de Soissons.
Et celle de Berny-Rivière, aussi représentée par Alexis Nodot, son procureur-syndic, Denis Périez, laboureur, Jean-Crépin-Poulle, buraliste ; Jean-François Lévêque, conducteur de travaux publics, choisit la personne de Me Brocheton, avocat en parlement audit Soissons, où il demeurait rue des Cordeliers.
Les arbitres, munis de toutes pièces, devaient rendre leur jugement dans les six mois. Il ne le fut que trois ans après ; et encore la sentence qui maintint les habitants de Berny-Rivière dans leur jouissance commune, n’était que provisoire.
Il fallut une délibération du directoire du district de Soissons, le 12 février 1791, pour ordonner la fixation des limites du terrain en litige entre les deux communes.
Le mercredi, 16 du même mois, deux commissaires furent nommés à cet effet, à Vic-sur-Aisne : MM. Flobert, laboureur au Chaudun et Evrard, laboureur à Leury.
La division du marais eut lieu le 7 mars suivant ; et le 9, la municipalité de Berny-Rivière, décida de convertir en pré communal la part afférente à la commune.
A l’assemblée du baillage de Soissons, en 1789, le Tiers-Etat fut représenté par François-Jean Tassart et Pierre Lambin, tous deux fermiers.

LES CORPORATIONS RELIGIEUSES POSSESSEURS DE BIENS DU TERROIR DE BERNY-RIVIERE

I.- L’abbaye de Saint-Médard

Celle-ci possédait une grande partie du territoire, entre autres, l’emplacement du palais des Romains à Berny, plus tard résidence royale, château, masure, puis clos de vignes. Nous reviendrons à celui-ci dans un article spécial.
Les religieux du couvent y avaient une maison à Ors, avec 14 esseins et un pichet de terre (2 hect. 77 a. 53 c.) au même lieu ; un essein de riez et savart (19 a. 14 c.) et 14 setiers de terre à Berny (44 a. 66 c.) qu’ils louaient, le 23 avril 1729, à Louis Desmarest, moyennant une redevance annuelle de 24 livres.
Les mêmes religieux avaient encore deux pièces de vigne à Roches et à Vaux qui leur rapportaient huit livres de revenus en 1732. Ces vignes furent vendues comme bien national, le 18 vendémiaire an VI (9 octobre 1797), à Jean-François Nanteuil, arpenteur à Vic-sur-Aisne, par l’administration du département de l’Aisne.
Le chapitre de Sainte-Sophie possédait, lui aussi, deux pièces de vignes à Berny-Rivière, lieudit le Souillard, qui furent acquises par le même Nanteuil, comme bien national, ledit jour 9 octobre 1797.

II.- L’abbaye de Saint-Jean des Vignes

Ce monastère avait à Berny-Rivière, une maison, un jardin et des vignes, dont il passa les baux au 15è et 16è siècles, à Raoulin et Pierre Langlet, Pierre Rollart, Jean Chatelain et Guillaume Deneuville.
De plus il possédait trois esseins de pré, lieudit dessous l’Eglise, lesquels étaient tenus à bail, au moment de la Révolution, par Jean-Baptiste Calland, hôtelier et laboureur à Vic-sur-Aisne.


III.- Le couvent des Minimes de Soissons


Cette communauté avait quatre pièces de terre lui appartenant de donation faite par Simon de Belleu et Jeanne de Pirche, sa femme, par contrat passé devant Quinquet, notaire à Soissons, le 10 mars 1606.


IV.- Le Chapitre de la Cathédrale de Soissons

Cette corporation possédait des biens à Berny-Rivière et à Vic-sur-Aisne, lui venant par donation des demoiselles Jeanne et Marguerite Lebossu, suivant leur testament reçu par Gosset, le jeune, notaire à Soissons, le 9 octobre 1685. Jean Lebossu, leur père, en avait fait l’acquisition de Christophe Le Scellier, bourgeois de Soissons et consors, le 25 février 1647.

V.- Le Chapitre de Notre-Dame des Vignes de Soissons

Les prévôt, chanoines, et chapitre de l’église de Notre-Dame des Vignes, à Soissons, recevaient des surcens assis sur une maison, un jardin et des vignes sis à Rivière.

VI.- Cure de Saint-Pierre-le-Vieil

La cure de Saint-Pierre-le-Vieil de Soissons, possédait des terres et vignes, pour lesquels Denis Périez, laboureur, présenta une déclaration à l’assemblée municipale de Berny-Rivière le 28 février 1790.

VII.- Le collège de Saint-Nicolas de Soissons

Cet établissement possédait quatre pièces de terre et pré, à la Couture et à Ors, lui appartenant de donation faite par Laurent Depoix, chanoine et écolâtre de l’église cathédrale de Soissons, pour la fondation d’un paupere ou boursier audit Collège, suivant contrat passé devant Delaclef et Grou, notaires à Soissons, le 12 avril 1666, et en conséquence du testament olographe de Depoix du 1er mai 1661.

VIII.- Le prieuré de Sainte-Léocade de Vic-sur-Aisne

Voici quelles étaient les possessions de ce prieuré, établi dans l’enceinte du château de Vic-sur-Aisne.
Les franches terres, ainsi nommées parce qu’elles ne payaient pas de cens au seigneur, comprenant un muid de terre, sur la montagne de Berny, au Champ Buisson, donné au surcens à plusieurs, pour un revenu d’un pichet par essein, de semblable grain à celui ensemencé sur ce muid, payable seulement dans les années où les terres étaient empouillées ;
2° Une maison à Ors, avec quatre pièces de terre, pré et riez rapportant 18 livres et 2 chapons, en 1617 ;
3° Un surcens de 23 livres, consenti le 22 février 1717, sur quatre pièces de terre, et payable annuellement à la Saint-Martin ;
4° Deux pièces de pré, en la prairie d’Ors rapportant un loyer annuel de 16 livres ;
5° Cinq quartiers de terre, autrefois vigne, situés entre Deux-Monts, loués le 17 novembre 1772, à M. Louis Guesnon de la Rosière, moyennant 5 livres ;
6° Une pièce de terre et riez contenant 12 esseins, située lieudit la Carrière de Berny et un essein de terre entre Deux-Monts, loués à surcens au même Guesnon de la Rosière, le 1er octobre 1772, moyennant 8 livres de rente annuelle.

IX. – L’abbaye de Saint-Vaast d’Arras

Les Bénédictins de Saint-Vaast d’Arras avaient à Berny-Rivière une maison et une chapelle dédiée à Saint-Nicolas, dont on voyait encore des restes au moment de la Révolution. Quelques terres étaient attachées à bénéfice. Une désignation de 1639 nous montre l’importance des biens de Saint-Vaast dans le pays. Elle fut faite par deux laboureurs, Nicolas LIGNEHATTE et César DESMAREST, à la requête de Louis SAULON, chargé de renseigner l’abbaye sur « les agissements de certains particuliers » qui avaient profité des moments de troubles pour usurper quelque quantité de ces terres.
Voici cette désignation :
1° La maison de Saint-Waast d’Arras à Berny ;
2° Une pièce de menue terre, en la montagne de Berny, lieudit la Mothe Pré, contenant 24 essins (4 hect., 56 ar., 39 c.) ;
3° Une autre pièce contenant 5 essins (95 ar., 70c.) au Champ Bison ;
4° Un autre pièce à Ors, assez près de la Nurolle, contenant 7 essins (1hect., 33 a., 98 c.) ;
5° Une autre pièce de 3 pichets (28 a., 71c.) aux Abimes ;
6° 7 quartiers de terre (33 a., 60 c.) au Vaux giron ;
7° Une autre pièce contenant 5 pichets (47 a., 85.) au même lieu ;
8° 2 esseins de terre (38 a., 28 c.) au lieu dit La Plainette ;
9° Une pièce de pré contenant 7 quartiers (33 a., 60 c.) fermée de fossés, en la prairie de Berny, sous l’église ;
10° Un clos de terre ci-devant vigne, contenant 2 arpents (76 a., 56 c.), dont une partie est en labour et l’autre en fiche, sis à Saint-Pierre-Lez-Bitry, assez près et au-dessus de la Cense de la Rollande (Cette ferme est aujourd’hui disparu).

BIENS DE L’EGLISE ET FABRIQUE DE BERNY-RIVIERE

Les habitants de Berny-Rivière ayant été taxés d’une contribution de guerre de 6 écus 50 sols tournois, par M. François DE DOUEN, seigneur de Ribeau, conseiller du roi, trésorier-général de France, en la charge et généralité, d’entre Seine et Yonne, établie à Paris, commissaire nommé en cette partie par lettres patentes du roi, datées du 27 septembre 1587, et « faut par eux de n’avoir pas su prendre ladite somme sur les biens et revenus de l’église » se sont trouvés dans l’obligation de vendre avec le consentement du curé et des marguilliers, le 12 octobre de la même année, 3 pogneux de pré à Ors, lieudit Les Bosquets, pour le prix de 7 écus sols et 20 sols tournois, à Philibert DE RENTY, écuyer, demeurant à « Vaux-Soulbz-Confrécourt ».
Les biens de l’église rapportaient en 1583, 2 esseins et un quartier de frains, deux tiers blé méteil et un tiers, avoine, de location
Le 24 février 1600, ils furent loués à Adam TURPIN, fermier de Confrécourt, moyennant 5 essins 2 boiseaux de grains, aussi deux tiers méteil et un tiers avoine. Ils comprenaient alors 10 essins et 1 quartier de terres labourables répartis en 7 pièces.
En 1618, ils montaient à près de 18 essins y compris 4 pièces de prés ; Robert FLAMENCOURT les prit à bail pour 9 ans, le 11 décembre de cette année moyennant 5 quartiers de grains, 2 tiers de blé méteil et un tiers accordé pour chaque essin de terre et 60 sols tournois pour chaque essin de pré.
Le 19 novembre, 1634, Laurent MOUTARDIER, curé, louait pour 99 ans à François DEFENTE, vigneron à Ors, une pièce de riez autrefois vigne contenant 3 setiers, séant lieu-dit sur Le Bosquet, moyennant 10 sols tournois de rente.
En 1670, les biens de l’église et fabrique étaient ainsi donnés à bail :
1° à Pierre DUSIGNON, laboureur à Roches, 12 esseins de terres labourables en 13 pièces, moyennant 13 esseins de blé méteil, mesure d’Attichy et 8 livres de pot de vin pour aider à « faire paver l’église » avec 3 journées de charrois, lui et ses chevaux « pour faire ce qu’on lui commandera ». – Et 2 pièces de terre du terroir de Fontenoy, moyennant 6 livres, dont 30 sols pour la fabrique et 30 sols pour le curé ;
2° A jean NODOT, vigneron à Ors, 6 pièces de vignes au vignoble de Rivière, moyennant 10 livres 10 sols de loyer. Le preneur devait aussi payer 15 livres pour « servir à paver l’égliseé.
En 1678, l’église s’enrichissait d’un essein de terre au Clos Jolly, donné par Jeanne JOLLY, dans son testament du 25 novembre.
Le 5 novembre 1687, le curé GUERIN avec le marguillier AMORY, louait à Nicolas DEMONT, laboureur à Rivière et à Anne LEGRAND, sa femme, les terres et héritages de l’église et fabrique, en 16 articles, moyennant une redevance annuelle de 14 esseins de blé méteil, mesure d’Attichy, dont : 10 esseins aux marguilliers, un au curé et trois au maître d’école ; plus 60 sols, dont 30 aux marguilliers et 30 au curé, et 3 journées avec chevaux et harnais pour le besoin et l’utilité de l’église, avec 8 livres comme pot de vin.
En 1732, les biens se louaient ainsi : 14 pièces de vigne, une pièce de terre, 3 pièces de pré et une pièce d’aulnois pour le prix de 59 livres 17 sols de loyer.
Et 15 pièces de terre et pré, moyennant 11 esseins et demi de blé méteil et 30 sols d’argent ; le blé était pour l’église, la fabrique, le curé, et le maître d’école.
Le 21 mars 1770, il fut donné à surcens, par Charles LEVEQUE, curé et Alexis NODOT, marguillier à Louis GUESNON DE LA ROSIERE, intendant du cardinal de Bernis à Vic-sur-Aisne, un muid de terre « gruette » au terroir de Berny-Rivière, au-dessus du Mont-à-Berry, dont la plus grande partie était en friche, moyennant 4 livres 4 sols de rente annuelle. Les habitants consentirent au surcens parce que la location était avantageuse, et représentait à peu près le double de ce que l’on en retirait de temps immémorial. Le surcens a été remboursé le 24 septembre 1809, à la somme de 84 livres tournois.
C’est sur ce terrain que quelques années avant la Révolution la ferme de Chapeaumont fut édifiée par M. GUESNON DE LA ROSIERE. Le dernier bail des immeubles de l’église et fabrique de Berny-Rivière date du 30 novembre 1785. Il fut fait pour 9 ans, à partir du 11 novembre 1786, par M. DELETTRE, curé et par Jean-François TASSART, marguillier. Il comprenait 19 pièces de vigne, terre, pré et aulnois, dont une pièce au terroir de Vic-sur-Aisne, qui furent louées pour 134 livres 2 sols.
Et 13 pièces de terre avec 2 pièces de pré qui furent données moyennant 15 essins et un quartier de blé méteil, mesure d’Attichy.
Ces biens ont été vendus avec ceux de l’émigré HOURDE DE CHAUVIGNY , et ceux de la curé de Saint-Pierre-le-Vieil de Soissons, les 6 et 7 messidor an IV (24 et 25 juin 1796), à M. Antoine-François DEFIENNE de Vic-sur-Aisne.

[Partie 9]

Errata—
N°1
Colonne 1ère, ligne 18, lire : dans la vallée, au lieu : de la vallée.
Colonne 1ère, ligne 21, lire : abondamment sur les coteaux.
Colonne 2, ligne 19, lire : tout le long de la route de Vic-sur-Aisne.
Colonne 3, ligne 18, lire : Clos de Berny et non Clos à Berny.
Colonne 5, ligne 32, lire : Riparia, Riporü curtis et non Riporia, Riparü curtis.
N°2
Colonne 3, ligne 14, lire : VI° et non XV° siècle.
Colonne 4, ligne 22, lire : En 1894, d’autres débris de murailles et non en 1874, des débris de murailles.
N°3
Colonne 1ère, ligne 7, lire : Villa et non ville.
Colonne 2, ligne 13, lire : assisia et non ossisia.
Colonne 3, 1ère ligne, lire : diocésains et non diocésiens.
Colonne 3, ligne 31, lire : Drogon et non Dragon.
Colonne 4, ligne 17, lire : pour et non par la prochaine.
N°4
Colonne 2, ligne 27, lire : Grimoines et non Grémoines.
Colonne 2, lignes 35-36, lire : Grimoines et non Grémoines.
Colonne 3, ligne 9, lire : à surcens et non ces surcens.
Colonne 4, ligne 15, lire : elle et non élie.
Colonne 6, ligne 22, lire : et fut, et non fut.
N°5
Colonne 2, ligne 8, après : de leur père, ajouter : au seigneur DE VIDAL.
Colonne 2, ligne 24, lire : frère et non père.
N°6
Colonne 1ère, ligne 5, lire : Monthléry et non Monthéry.
Colonne 1ère, ligne 7, lire : DE PLASSAN et non DE FLASSANT.
Colonne 1ère, ligne 8, lire : donatrice et non donataire.
Colonne 4, ligne 20, lire : de lapins et non des lapins.
Colonne 4, ligne 22, lire : de chacun et non de chaux.
N°7
Colonne 2, ligne 30, lire : Au terroir et non du terroir.
Colonne 3, ligne 31, lire : baux et non beaux.
Colonne 5, ligne 31, lire : dans les années et non les années.


Les corrections signalées ci-dessus on tété faites dans le texte directement

X

DIMES

Les décimateurs sur le territoire de Berny-Rivière étaient avant la Révolution : l’abbé de Saint-Médard et l’évêque de Soissons pour deux tiers et un sixième ; le prieur de Sainte-Léocade de Vic-sur-Aisne pour un autre sixième, le curé dimait seulement sur un petit canton.
Les deux tiers des dimes appartenant à l’abbé de Saint-Médard et à l’évêque de Soissons étaient indivis entre ces deux seigneurs, un sixième l’était aussi entre l’évêque aussi et le prieur de Sainte-Léocade.
La portion de dime indivise entre l’abbé de Saint-Médard et l’évêque de Soissons, commençait au-delà de la rivière d’Aisne, à une pierre ou borne se trouvant dans le rideau de la Chaussée Brunehaut tirant droit au chemin de la Croix du Vieux Pont, et allait, de ce côté, jusqu’au petit dimage du curé de Berny-Rivière, ou fossé des petites Neaux.
En deça de la rivière, elle s’étendait tant en vallée qu’en montagne ; du côté de Saint-Christophe, elle commençait au Vaux du prévot, suivait le long du Corbeauval et finissait à la fontaine aux loups.
Le canton indivis entre le prieur de Sainte-Léocade et l’évêque de Soissons, s’appelait la Mairie. Il était séparé de la portion ci-dessus nommée Grandes Dîmes, au midi, par le chemin de Rivière à Port, au nord, par les larrés et les « hauteurs » de la montagne, à l’ouest, par le chemin de la rue des Couloires et plus bas par le chemin de Vic-Sur-Aisne à Saint-Christophe, et à l’est, par le rû de Vaux.
Le dimeron du Curé, situé au-delà de la rivière d’Aisne, commençait vers occident, après les Grandes Dimes, à un fossé descendant du Bouliévecon, et allant droit à la rivière, en passant par les Neaux Raquettes, et finissait à l’est au terroir de Fontenoy. Vers le nord il aboutissait aux près et îles de la rivière et vers midi à la chaussée Brunehaut.
Au 18ème siècle les Grandes Dimes étaient d’un revenu de 225 livres ; les Dimes de Sainte-Léocade de 200 livres ; et celles du curé de 50 livres.
En outre de son petit canton particulier, le curé de Berny-Rivière avait encore d’autres droits de dimes dans toute l’étendue de la paroisse tels que ceux de grains, vins, cochons, agneaux etc., qu’il louait pour 450 livres en 1681.
Ces dimes n’étaient pas toujours d’une perception facile et donnaient lieu parfois à des résistances, voire même à de certaines fraudes ; témoins les deux petits faits suivants :
A la vendange de 1688, le curé Louis-Claude GUERIN se présentait chez Marie GRUYER, veuve de Jacques DUBREUIL, vignon à Berny-Rivière, pour y percevoir la dime de 10 pièces marnoises de vin dépouillé dans les vignes et de deux muids et demi d’autre vin récolté sur les arbres et aux treilles. Mais la veuve DUBREUIL s’y refusa sous le prétexte qu’elle ne devait la dime que sur la récolte des vignes et non sur celle faite aux arbres et aux treilles, ainsi qu’il était d’usage dans la paroisse. Le curé prétendit faire la preuve du contraire et ouvrit une procédure pardevant le prévot de l’exemption de Pierrefonds établi à Compiègne.
Marie GRUYER, craignant de succomber aux poursuites, consentit à une transaction amiable, et le 9 décembre 1688, elle promit de payer à l’avenir, au curé GUERIN et à ses successeurs, la dime à raison de trois pots de vin par muid, suivant la coutume, à l’exception pourtant du vin de pressurage pour lequel elle n’acquitterait aucun droit. Le curé, probablement satisfait de cet arrangement, s’engagea à payer tous les frais.
 L’autre fait contient plus de gravité en lui-même. Il s’agit d’une fraude commise par Antoine VENON, vigneron à Berny-Rivière, envers le curé Charles LEVEQUE. Elle aboutit aussi à une transaction passée le 2 novembre 1768, des termes de laquelle nous extrayons les lignes suivantes explicatives du délit et de ses suites :
« Un droit de dime sur le vin appartient au sieur curé LEVEQUE, dans la paroisse à cause de sa cure ; le sieur VENON n’a payé cette année le droit que pour 15 muids et une pièce selon qu’il l’a mis en évidence aux dimeurs ; mais par une contre-visite il s’est trouvé un muid de plus, et comme ledit sieur LEVEQUE avait déjà soupçonné le dit VENON, sur les rapports à lui faits, qu’il n’était point fidèle au paiement de la dime, et sans une perquisition entière il s’est borné pour le muid en question de faire assigner le dit VENON au bailliage de Soissons, par exploit de TASSIN du 29 octobre 1768…..
Le sieur VENON sentant où la chose pourrait le conduire et reconnaissant sa fraude a supplié le sieur LEVEQUE de vouloir bien l’excuser et le traiter favorablement ; à quoi optempérant le dit sieur LEVEQUE et par grâce a bien voulu retirer sa plainte, mais moyennant le paiement de la somme de 31 livres 15 sols 6 deniers attribuables, savoir : 8 livres 2 sols pour restitution de la dime ; 3 livres pour être employées en charité aux pauvres ; 18 livres 3 sols pour frais, voyages, contrôle et séjour dudit sieur TASSIN, et 50 sols 6 deniers pour les frais de minute dus au notaire de Vic-sur-Aisne, Cuneaux LEJEUNE, rédacteur de l’acte. »
La somme a été payée rigoureusement au comptant.

Emile Gailliard – L’argus Soissonais