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Essai historique sur Berny-Rivière – Parties 1 à 28Histoire locale / Articles

Thème : | Catégorie : Monographies | Commune(s) : BERNY-RIVIÈRE | Auteur : E. Gailliard -Saisie A.Bas- Duez et A.M.Bouchez


L’église en 1911 – [Recueil. Patrimoine architectural du département de l’Aisne]Gallica

[Partie 1]

BERNY-RIVIERE . – Bernacum, villa publica au 7ème siècle ; Bernacha, villa au 8ème siècle ; Berneium, Berneyum, au 9ème siècle ; Berny-Rivière, en 1683 ; Berni-Rivière, en 1725 ; Paroisse Saint-Martin de Berny-Rivière, en 1749.


Commune du canton de Vic-sur-Aisne, sise à l’est-nord-est de ce bourg, entre Saint-Christophe au nord ; Nouvron-Vingré et Fontenoy à l’est ; Ressons-le-Long au sud ; Vic-sur-Aisne à l’ouest.
Le territoire, qui comprend une étendue de 786 hectares, est de forme rectangulaire ; il s’étend au sud de la vallée de l’Aisne, et au nord sur les coteaux et en plaine.
La vigne qui, autrefois s’étageait abondamment sur les coteaux a maintenant disparu, en grande partie pour des causes surtout climatologiques.
La rivière d’Aisne traverse en longueur la partie inférieure sud du territoire au-dessous du hameau de Roches. A l’est, le ru d’Hozier sert en partie de limite vers le moulin du Patard. A l’ouest, le petit ru de Vaux a creusé un vallon allant du nord au sud jusqu’à l’Aisne au-dessous de la ferme de Confrécourt.
Le chef-lieu, Berny, avec son église entourée de douze habitations, renfermant 32 habitants, est près de la limite occidentale.
Il est assis au pied de la montagne de Gargantua et près des ruines de l’ancien palais des Romains.
La mairie avec la maison d’école des garçons se trouvent sur la place du hameau d’Ors, qui est considéré comme point central du village ; cette dépendance, la plus importante, compte 59 maisons et 160 habitants.
Au-dessus, et en côte, sont deux écarts, Chapeaumont avec une maison et 7 habitants ; et le Mont à Berry, avec une autre maison et deux habitants.
Vers la rivière d’Aisne sont trois autres hameaux, bâtis tout le long de la route de Vic-sur-Aisne à Fontenoy, et reliés entre eux par une longue suite d’habitations. Ce sont : Rivière avec 38 maisons et 78 habitants ; – Rozet avec 23 maisons et 51 habitants ; Roches avec 27 maisons et 82 habitants.
Le premier renferme l’école des filles, très agréablement située. On confond généralement ces trois dépendances sous le nom générique de Roches.
Le hameau de Vaux, dans la petite vallée du même nom, comprend 13 maisons avec 36 habitants.
Au-dessus se trouve Confrécourt composé de deux habitations, la ferme et une maison dans la carrière, comptant 16 habitants.
Il existe sur le bord de la rivière une sucrerie, bâtie en 1853, qui a donné naissance au hameau de la fabrique, comptant aujourd’hui 10 maisons et 40 habitants.
Il y a aussi un moulin, appelé le Patard, compté pour deux habitations et 6 habitants.

Les principaux lieuxdits du terroir sont :
Section A, dite des Chapeaumonts : les Abimes, le Paradis, le Mont-à-Berry, la terre Saint-Vaast, les Mazures, les Chapeaumonts, les Beaux-Regards, Entre Deux-Monts, la butte de la Guenille, le Catéchisme, le Pont Araby, dessus le clos de Berny, le Blanc muré, la rue des Couloires, le Grand-Marais, dessus de la carrière des Grimoines, la carrière de Berny, le Corbeauval, le Mont de Soissons, le champ Guénot.
Section B, dit de la Carlette : le Clos de Vaux, Vaux, le Clos Vacher, les Dauberts, les Plipots, les Souliers, la Follemprise, les Montinettes, le Bout du Canal, Confrécourt, la Culée, le Champ Tortu, le Pommier, la Carlette, les Franches Terres, le Bois à Couleuvre, la Poulette, la Corde, le Val, le Bosquet, les Monts Tatis, les Mazurettes, le Petit Rivière, le Gibet, le Larris, les Hareuzes, le Verleux.
Section C, dite dans la Vallée : le Fond Frérot, les Neaux, la Croix Jean Guérin, le Grand Fossé, la Maison Blanche, la Fontaine Madame, l’Ecu de France, la Couture, le Ru Labbé, la Plainette, la Croix du Vieux-Pont, Berny, Ors, les Berceaux, le Port Frémeau, le Clos Fontaine, la Fontaine Morguienne, Rozet, Roches, le Four, le Platrier, le Ru de Vaux.

La population de la commune, comme dans les villages voisins, tend plutôt à diminuer. En 1720, on comptait 338 habitants ; 306 en 1760 ; 405 en 1780 ; 488 en 1800 ; 489 en 1818 ; 490 en 1826 ; 509 en 1831 ; 512 en 1841 ; 537 en 1851 ; 586 en 1861 ; 609 en 1872 ; 541 en 1881 ; 523 en 1891 ; et 509 en 1901.

ORIGINE

Berny-Rivière remonte à la plus haute antiquité et paraît avoir conservé un souvenir des temps druidiques pendant lesquels il dut être habité par un clan gaulois.
Sur la hauteur qui domine le village se dresse un tertre conique appelé la Butte de Gargantua, qui semble venir à l’appui de cette hypothèse. En effet, les contes populaires de fées, de géants, de sorciers et de gargantuas, se rattachent, non au moyen-âge, comme on l’a cru longtemps, mais à l’époque des Druides et des Gaulois. Le nom de Gargantua, la force herculéenne, le courage indomptable attribués à ce héros imaginaire ; ses exploits fabuleux, ses victoires, et jusqu’à sa capacité gastronomique, donnent l’idée des vertus en honneur chez les Gaulois. Le merveilleux de ses actions indique leur tendance pour tout ce qui était grandiose et chevaleresque. Ces repas homériques, dignes des sauvages, rappellent les délassements et les plus douces jouissances des peuples primitifs.
L’abbé Pêcheur fait dériver Berny du nom latin Verniacus ou Veregniacus, de ver mot celtique qui signifie un lieu grand et spacieux, d’où on a fait Berny, Berney, Vergny. Un autre auteur prétend que Berny ou Verny signifie : Aulne.

HISTOIRE

Après la conquête des Gaules par Jules César, les Romains eurent un domaine en ce pays.
Selon Carlier, dans l’histoire du Valois, ce domaine ou palais comprenait Vic-sur-Aisne dans ses dépendances. Il se divisait en trois parties, savoir : le château situé à Berny, l’hôtel ou fief du péager à Rivière, et le port à Vic-sur-Aisne.
A Berny (Bernacus, Berniacus, Bernaca, Berneium) se trouvait donc le château ou résidence du Maître ; à Rivière (Riporia, Riparü curtis) l’hôtel de l’officier qui surveillait, non seulement la rivière d’Aisne depuis Soissons jusqu’à Compiègne, mais encore les grands chemins du pays sur lesquels il percevait des droits de péage.
Le fisc de Berny, toujours suivant le même auteur, connu dès les temps gallo-romains par la fertilité de son territoire, ses vignes, ses vergers, s’étendait donc depuis le promontoire de la colline qui fait la séparation de l’Aisne de la vallée du ru d’Hozier jusqu’aux bords de la rivière. Ce fisc qui devait avoir en outre de nombreuses dépendances était traversé, à Berny et à Vic, par deux branches de la voie militaire de Soissons à Noyon, lesquelles se réunissaient ensuite pour sortir de la vallée.
Cette voie militaire dont le plan fut conçu par Jules César, qui en laissa l’exécution à l’empereur Auguste, est le chemin qui porta plus tard le nom de Chaussée Brunehaut.
Un embranchement de la voie traversait la place d’armes du château de Berny, chemin que l’historien Carlier a pris pour la chaussée elle-même.
La grande voie militaire franchissait l’Aisne à l’ouest de Vic, tout aussitôt le confluent du ru d’Hozier, qu’elle évitait ainsi de traverser ; on peut penser qu’elle y fut toujours établie.
[Partie 2]
On en tire la preuve de la disposition des lieux, et par une autre plus probable encore, qui est la trouvaille, faite vers 1836, d’une pièce de monnaie d’argent de le l’empereur TRAJAN, lequel régna de l’an 91 à 117 après J.-C. Cette pièce a été trouvée derrière le clocher de Vic, dans la croûte, que l’on a abaissée de quelques centimètres, afin de faciliter l’accès au chemin d’Attichy. Son état de conservation parfaite autorise à croire qu’elle a été enfouie sous le règne même de TRAJAN et non après, et sa position prouve que la chaussée existait déjà. Tout porte à penser que celle-ci date du siècle d’Auguste.
Maintenant qu’on se fasse une idée de la fréquentation de ces grands chemins, encombrés par le passage continuel des légions romaines, avec leur attirail de guerre ; par ces nombreuses bandes de colons, arrachés à leurs foyers pour défricher les provinces conquises, et traînant à leur suite leurs familles, bagages et troupeaux, on n’aura qu’une faible idée du mouvement de ces routes. Ce spectacle, si agréable aux yeux de César, qui pouvait le contempler du haut de ses terrasses de Vic et de Berny, dominant l’Aisne et la chaussée au-delà, lui aurait occasionné tout au moins une grande gêne, si les hordes, avec leur cohue, avaient pénétré jusque dans l’enceinte du palais, si elles avaient été obligées de le traverser.
Toutes ces considérations viennent confirmer la pensée que la chaussée de l’ouest, sur laquelle le péage devait être établi à l’origine, était le véritable chemin public. La voie de l’est n’était pas la grande voie militaire de Milan à Boulogne, passant à Soissons et Noyon, mais seulement l’un de ses embranchements construit pour l’accès de la résidence impériale et son usage particulier.
Suivons la voie qui aboutit à l’ouest, elle est rectiligne ; sa base est constamment placée au-dessus des plus hautes inondations ; elle ne franchit l’Aisne qu’après avoir évité la rencontre de la petite rivière d’Hozier. Voilà bien cette chaussée éternelle dont la direction et l’assiette ont été si savamment combinées.
Celle par Berny, au contraire, est tortueuse, elle traverse, pendant l’espace de 400 mètres, au pied la Croix du vieux Pont, la rive droite de l’Aisne, couverte chaque année d’inondation de deux mètres d’eau (n’oublions pas que cette résidence, cette villa, n’était habitée qu’en été).
Elle gravit la côte de la Croix du Vieux-Pont, conduisant directement au Palais impérial ; là, elle tourne à angle droit sur la gauche, se montre alors sous l’aspect d’une chaussée romaine, puis elle est obligée de franchir la rivière d’Hozier et de traverser des bas fonds.
Elle se perde même, aujourd’hui, dans l’ancienne prairie du château, où des titres de 1600 la désignent encore sous le nom de Chaussée Brunehaut.
A quel moment disparurent les ponts de ces deux voies, à Berny et à Vic ?
Probablement un peu avant le VI° siècle. Car lors de la translation du corps de saint Médard, de Noyon à Soissons, en 545, le cortège passa l’Aisne à Attichy ; c’est là que Clotaire vint à sa rencontre avec toute sa cour. Tout porte donc à croire qu’en 545 le péage était déjà établi à Jaulzy, comme il le fut par la suite, et qu’à cette époque les deux ponts n’existaient plus.
Autrement on ne comprendrait pas pourquoi le cortège funèbre aurait fait gratuitement un détour de plus d’une lieue par Attichy, et par des chemins qui devaient être encore moins bons que la chaussée de Noyon à Vic, quoiqu’elle dût être alors fort dégradée.
L’emplacement et l’origine du palais de Berny sont désignés par les débris antiques que l’on rencontre sous le sol, aux environs de l’église actuelle qui a sans doute succédé à la chapelle mérovingienne de la ville.
Des fouilles ont été opérées à différentes époques, en mai 1846, deux agrafes en étain, jadis doré, ont été retirées à 66 centimètres de profondeur.
Ces agrafes ornées de ciselures minutieuses paraissaient provenir d’origine romaine ; à la même époque on a recueilli en cet endroit une certaine quantité de tuiles à rebords ; des fragments d’un stuc grossier, couvert d’une peinture rouge ; des débris de poterie rouge et vernie ; des tablettes très minces de marbre blanc ou rouge.
En 1894, des débris de murailles de petit appareil ont été mis à nu sur le même emplacement où déjà l’on avait pu mettre aussi à découvert vingt marches d’un escalier qu’un éboulement nocturne empêcha de savoir où il conduisait (1)[1].
En 1874, des débris de murailles portant des traces d’incendie ont été trouvés à un mètre de profondeur par le propriétaire du terrain.
A cette époque, un appel fait à MM. les archéologues n’ayant pas eu d’écho, les substructions mises à jour ont été, croyons-nous pour longtemps recouvertes.
Le palais de Berny demeura sous la puissance immédiate de nos premiers rois, depuis Clovis, et fut transformé par lui en villa ou résidence royale.
Bien à tort, quelques auteurs ont prétendu que cette villa était de Brennacum où le roi Chilpéric tint le concile qui jugea Grégoire de Tours.
D’autres ont désigné Breny, Bargny, mais la majorité des savants est tombée d’accord sur la villa de Braine, ainsi que l’a judicieusement démontré M. S. PRIOUX dans sa Villa Brennacum.
CARLIER, suivi par tous les historiens qui ont écrit sur le Soissonnais, avance que Dagobert Ier donna la terre de Berny à Sainte-Eusoie qui plus tard la porta elle-même au monastère de Marchiennes.
L’historien du Valois a établi ici une contradiction historique et a certainement confondu Berny avec Vregny, qui est réellement le domaine concédé à Marchiennes.
Ce fut Clotaire II, roi de 656 à 670, qui donna « pour la rémission de ses pêchés » la terre de Berny-Rivière, à l’abbaye de Saint-Médard, avec ses habitations, serfs, serves, vignes, prés, bois, champs, paturages, eaux et cours d’eaux, les troupeaux et les personnes de deux sexes qui en dépendaient.
Quoique déjà sans doute du diocèse de Soissons, ce domaine est désigné, à la donation, dans le Noyonnais villam nomine Bernacum sitam in pago Nociomensi super fluvium Axona.
La donation de Clotaire III, prince sans autorité dans ses états, paraît ne pas avoir eu alors son effet. C’est ce que prouve évidemment la confirmation des privilèges de l’abbaye, par le Concile de Douzy, de 871, où il est parlé d’un précepte par lequel Charles le Chauve « a transporté ce domaine du fisc au monastère ». Une autre preuve vient devancer celle-ci. Pépin, roi des Francs, qui convoqua, en 754, aux calendes de mars, tous les Francs, selon la coutume de la nation, le fit en la villa publique de Berny-Rivière (Bernaco). En ayant conféré avec les grands « il se mit en marche, au temps où les rois ont coutume d’entrer en campagne, avec le Pape, les nations qui étaient de ses Etats et les bataillons des Francs, pour se rendre en Lombardie. »
[Partie 3]
Charles le Chauve donna donc, ou plutôt fit restituer aux religieux de Saint-Médard, par un diplôme de 870, confirmé au Concile de Donzy, en 871, la villa de Berny (Bernacha), qui donnée à plusieurs reprises, lui avait été plusieurs fois enlevée. Le diplôme oblige le trésorier, le portier, l’hospitalier et le camérier de l’abbaye à donner réfection plénière aux moines. Ce régal devait être fourni sur le revenu de la villa de Berny (ex villa Berneia) aux fêtes de Saint-Médard et de Saint-Sébastien, ainsi qu’aux anniversaires du roi, de ses père et mère, de sa femme et de son fils Louis, le jour de la naissance de son « cher fils Carloman » et plus tard le jour de sa mort.
Carlier, dans son histoire du Valois, et ceux qui l’ont suivi, ont avancé que la terre de Berny-Rivière après avoir été usurpée par un comte, nommé Arnoul, avait été rendue à Marchiennes par le roi Lothaire, à la prière de la reine Emma. Il s’agissait d’une autre villa, nommée Aisnes (quandam villam nomine Aisnes), qui ne correspond ni à Vic-sur-Aisne, aussi usurpé par Arnoul, ni à Berny, lesquels appartenaient à Saint-Médard, on peut en voir la preuve dans le diplôme de Lothaire donné à Douai en 975. (Hist. Des Gaules, t. IX, p. 64.)
En l’année 1106, Milon de Bazoches, évêque de Soissons, donna au chantre du chapitre de la cathédrale, cent sols de rente sur les dimes de Berny-Rivière.
A la même époque, l’infirmerie du monastère de Saint-Médard avait dans ses revenus les chapons des assises de Rivière (de assisia Rivieræ.)
La légende nous apprend un évènement merveilleux, qui serait arrivé à la fin du XIIè siècle à Berny-Rivière, et raconté dans la chronique d’Albéric. Une jeune paysanne menant paitre une truie, par ordre de sa belle-mère, près de l’entrée d’un profond souterrain où personne n’osait pénétrer, l’animal y entra, et la jeune porchère l’ayant suivi pour l’en tirer fut glacée de terreur, en apercevant dans les ténèbres un grand vieillard assis au milieu d’immenses trésors : effrayée de cette vision elle s’en fut toute tremblante et courut raconter à sa belle-mère ce qu’elle avait vu. Mais elle ne s’en tint pas là, elle lut dans l’avenir et se mit à prophétiser, si bien qu’on la venait consulter de toutes parts. L’évêque de Soissons, Hugues de Champfleury, ne pouvant tolérer l’aberration de cette fille dont il attribuait les prodiges au démon qui prend, disait-il, mille formes pour séduire les simples, défendit à ses diocésains, sous peine d’excommunication, de la visiter et de la consulter. Il y a tout lieu de croire que cette menace mit fin au crédit de la devineresse et que ses prédictions cessèrent ; mais de l’évènement il resta un proverbe local que la tradition a conservé : Entre Vaux et Berny sont les trésors du roi Henry. Ce nom de Henry était ou celui du vieillard ou celui de Henri 1er, au règne duquel on aura rapporté cette anecdote qui pourtant parait être arrivée sous Louis VII, ou enfin le nom corrompu par la suite des temps de quelque personnage inconnu.

[1] Notes de mon ami, M. Oscar DELCOURT, numismate distingué, et donateur d’une collection de médailles au musée de Soissons

PRÉVOTÉ – DROIT D’ENTRE-COURS -FRANCHISES COMMUNALES

Berny-Rivière parait avoir eu au XIIè siècle un titre de prévoté, qui dut s’éteindre dans la suite. En effet, dans une charte de 1171, par laquelle Ingrann, abbé de Saint-Médard, signale l’échange fait entre lui et Yves, comte de Soissons, d’une femme de corps (erreur de lecture ou d’impression du journal ?), sont cités comme témoins, entre autres, Geoffroy, prévot de Rivière, Odon de Vic, chapelain, Drogon, chevalier de Vic et Simon de Nouvron. C’est ce même Geoffroy, moine de Saint-Médard, et prévot de Rivière, qui devint abbé du monastère en 1177, sur la démission d’Ingrann.
Par un arrêté de 1284, le Parlement interdit le droit d’ « entrecours » entre les hommes de Rivière et les tenanciers de Saint-Médard. Ce droit consistait dans la poursuite des hommages de ceux qui passaient d’une seigneurie dans une autre.
D’un autre côté, les hommes de ce village, de Riparia Axonœ soutinrent un long procès contre le sire de Coucy et l’abbaye de Saint-Médard, à propos d’autres droits. Le Parlement, où ils firent défendre leur cause par procureur, déclarait valable, en 1279, une procuration donnée par eux et passée sous le sceau de la prévoté de Pierrefonds, en ordonnant de la renouveler pour la prochaine réunion de la cour ; et, en 1290, permettait à ces justiciables de Saint-Médard de s’en servir dans leur procès jusqu’à la fin du Parlement, mais à la condition d’en présenter désormais une nouvelle scellée de leurs seigneurs et contenant les noms de ceux qui l’auront consentie.
Ces formalités feraient présumer que les habitants de Rivière jouissaient, au XIIè siècle, de certaines franchises communales qui leur permettaient de lutter judiciairement contre leurs puissants suzerains de St-Médard et les sires de Coucy.
Henri Martin, dans son histoire de Soissons, parle de cette commune et s’exprime ainsi :
« Yves de Nesles partit pour la croisade avec Louis VII, en 1147. En son absence, le petit village de Berny-Rivière, soumis à la seigneurie de l’abbé de Saint-Médard, voulut s’ériger en commune, il n’en était pas à son coup d’essai, car ajoute un vieil historien : ‟ Une commune y fut faite pour la seconde fois et anéantie de nouveau dès sa naissance, en 1148 ”. »
[Partie 4 ]
Quoi qu’il en soit, les habitants de ce village devaient payer, en temps de guerre, aux sergens de l’abbaye, des gages qui furent fixés par arrêt du parlement à douze deniers par jour, par sergent, le nombre de ceux-ci étant de 300, et acquitter les frais de quatre chariots pour porter leurs armes.

CHATEAU ET SEIGNEURS DE BERNY

L’abbé PECHEUR, dans ses Annales du Diocèse de Soissons, pense qu’à la villa de Berny-Rivière dut succéder un château, ainsi qu’il parait résulter d’une charte de 1152. Le document nous révèle, en effet, que le seigneur Hugues DE RIVIERE, châtelain de ce lieu, a donné à Saint-Médard une rente de blé «  sur le moulin Notre-Dame de Vic-Sur Aisne » à la condition d’être exempté de la main-morte, lui sa femme et ses enfants, et qu’en cas de destruction du moulin par guerre ou incendie, les dommages seraient partagés. Cette donation fut faite devant GAUCHER, DE RESSONS, BERARD, DE VIC, PAYEN LE TURC, BERARD, DE NOUVRON, et ODON, doyen de Berny. Berny eut d’autres seigneurs après Hugues ; on connaît Eudes DE RIVIERE qui vendit, en 1226, au monastère de Saint-Médard, un vinage sous Confrécourt.
Et Gilles DE COURBESANS, qui vendit aussi à Saint-Médard, en 1259, pour 24 livres et 50 sous tout ce qu’il possédait au château de Vic et aux environs, et se reconnut homme-lige pour le fief de Berny.

SEIGNEURIE – FIEFS

L’abbé de Saint-Médard était seigneur dominant de Berny-Rivière ; il avait la haute, moyenne et basse justice. Quelques seigneurs censiers possédaient aussi sur le territoire plusieurs petits fiefs tels que ceux de La Chapelle, du Four et de Roches dont nous allons donner une courte description.

FIEF DE LA CHAPELLE

Le fief de la Chapelle était situé à Roches, et relevait de la chatellenie de Vic-Sur-Aisne. Il comprenait dans son étendue : une grange avec deux jardins et deux essins de terre sur la carrières des Grimoines, d’une part ; et deux maisons : une lieudit la Chapelle, une autre tenant à celle-ci nommée la maison des Froidsvents, avec 28 pièces de terres, bois, vignes, etc., de l’autre part.
En 1560, Jean NODOT prit à surcens la grange, les deux jardins sis à Roches et la terre des Grimoines, moyennant 12 deniers tournois de cens et 59 sols tournois de surcens ; mais par la suite ayant abandonné son droit de bail, celui-ci fut repris, le 5 mais 1597, aux mêmes conditions par Régnier SAULLON, vigneron à Rivière qui le conserva dans sa famille.
Le 4 novembre 1461, Jean LECOCQ et Marie CADOT, sa femme, avaient aussi donné à surcens à Jean OSSELIN et à Jeanne FIDELAINE, son épouse, les deux maisons de la Chapelle et des Froidsvents avec les 28 pièces, à la redevance de 104 sols tournois de rente annuelle et perpétuelle ; et le 9 décembre 1582, ces mêmes biens étant venus en la possession de divers habitants de Rivière ceux-ci en passèrent une nouvelle reconnaissance, aux mêmes charges, envers le nouveau seigneur, Menault DORCIAL.
D’autres reconnaissances furent encore passées par la suite en 1597, 1602, 1643, 1652 et 1663. Le 17 juin 1666, François WIART, l’un des seigneurs du fief de la Chapelle, louait la maison des Froidsvents, qui tenait d’un lez à la rue BRACQUET conduisant à la rivière, à François DUSIGNON, laboureur à Rivière et à sa femme Catherine DESMAREST, ce qui prouverait en passant que cet immeuble lui avait fait retour.
Et enfin, le 25 avril 1701, François WIART DU CROISET, un autre seigneur, la donnait à surcens avec deux pièces de vigne, moyennant 18 livres de rente perpétuelle, à Jacques FONTAINE ; jardinier au même Rivière.
Le fief de la Chapelle disparut à cette époque, parce que les biens qui le composaient avaient tous été vendus ou donnés à surcens.

SEIGNEURS DU FIEF DE LA CHAPELLE

1461. Jean LECOCQ et Marie CADOT, sa femme
1550. Antoine DE COTRET, écuyer seigneur d’Aumencourt et du fief de la Chapelle
1565. Nathalie DE COTRET, sa sœur, veuve de René DE LIGNIERES, écuyer, seigneur de Champ, elle, dame de la Chapelle, qui signait aux actes : Natalie COTRET DELIGNYERES.
Les seigneurs du fief des Essarts, à Vic-sur-Aisne (1)[1], l’étaient en même temps de celui de la Chapelle, à Rivière. Ces deux petites seigneuries étaient vassales de l’abbaye de Saint-Médard, à cause de la suzeraineté des abbés sur ces lieux, par le château de Vic-sur-Aisne.
1582, Menault DORCIAL, écuyer, seigneur des Essarts et de la Chapelle, par acquisition de Nathalie DE COTRET. DORCIALE provenait de Folembray ; il avait épousé Jeanne GRUET, fille de feu Roger GRUET (lequel possédait des biens à Vaux-Rivière qu’il légua à son enfant). Les deux époux vinrent habiter Vic-sur-Aisne, en 15882, et Menault DORCIAL y mourut en 1585.
Ce seigneur était un illettré et savait pas signer.
Sa femme mourut aussi à Vic-sur-Aisne, en 1600, laissant plusieurs enfants : Simon, qui suit ; Jacqueline, Anne et Rachelle DORCIAL.
1597. Simon DORCIAL, écuyer, seigneur du fief de la Chapelle, sous la garde noble de sa mère, Jeanne GRUET. Le 7 mai 1602, les enfants DORCIAL vendirent devant THIBAUT et LOISEL, notaires à Compiègne, le fief de la Chapelle à …
1602. Jacques BONTEMPS, greffier en chef du bailliage de la ville de Compiègne, qui y ajouta le fief des Essarts, à Vic-sur-Aisne, par acquisition de Simon DORCIAL, en 1607. En mourant il laissa deux enfants : Jeanne, mariée à Jean LEVESQUE, conseiller et élu par le roi à Compiègne, plus tard receveur de la chatellenie de Vic-sur-Aisne, et Guillaume qui suit :
1626. Guillaume BONTEMPS, licencié ès lois, prévot de l’exemption de Pierrefonds, à Compiègne, seigneur de la Chapelle et des Essarts. En 1645 il était lieutenant particulier du bailliage de Compiègne. Il décéda après 1660, laissant pour héritiers : Louis BONTEMPS et Marie BONTEMPS, femme de François WIART.
1662. François WIART, conseiller du roi, président au grenier à sel de Noyon, eut dans le lot de sa femme les fiefs de la Chapelle et des Essarts.
Ce seigneur portait pour armes : « d’azur, à un chêne arraché d’or, accosté de deux étoiles de même. »
Le 13 octobre 1676 et le 24 janvier 1696, il rendit foi et hommage de ses fiefs, à l’abbé de Saint-Médard, au-devant de la porte du château de Vic-sur-Aisne, selon la coutume.
De son union, François WIART eut deux enfants : Françoise, qui épousa Jean LESCOT, et François qui suit :
1700. François WIART DU CROISET, écuyer, capitaine exempt des gardes du corps de Son Altesse Royale le duc d’Orléans. Il devint seigneur des Essarts après la mort de son père,et fut le dernier seigneur de la Chapelle. Il avait épousé Jeanne CHARMOLUE, de Compiègne, avec laquelle il habitait Noyon.


[1] Le fief des Essarts à Vic-sur-Aisne est aujourd’hui représenté par la ferme de Mme veuve MOURET-PREUNIER

[Partie 5 ]

PETIT FIEF DE ROCHES

Les seigneurs de Bitry possédaient à Roches un petit fief dont la valeur consistait en 7 ou 8 sous de cens. En 1605, il appartenait à Marguerite D’ESTREES, dame de Namp et de Bitry en partie, épouse séparée quant aux biens de Gabriel DE BOURNEL, chevalier seigneur de Namp.
Cette dame le vendit avec la seigneurie de Bitry à Philippe DE LA FONTAINE, seigneur de Molgeneste, et à Anne DE BONMARCAT, son épouse. Par une transaction du 18 novembre 1612, Philippe DE LA FONTAINE céda le fief de Roches à l’abbé de Saint-Médard, François HOTMAN, et reçut en échange la haute justice et criminelle du village de Bitry.

FIEF DU FOUR ET DES ROCHES

Le fief du Four était assis à Ors, Rivière et Roches, mais le chef-lieu se trouvait en cette dernière dépendance.
Hector CHARPENTIER, seigneur de Berny, avait baillé le dénombrement du fief du Four à l’abbé de Saint-Médard, le 12 juillet 1584.
A sa mort, il laissa toutes ses seigneuries indivises entre ses enfants ; pourtant dans un acte du 21septembre 1627, son fils aîné, Hélie CHARPENTIER, prend la qualité de seigneur du fief du Four, sis à Roches.
Cette indivision cessa le lundi 8 octobre 1635, par la vente que ses enfants consentirent des diverses seigneuries de leur père, ai seigneur de VIDAL.
Ce jour-là, Hélie CHARPENTIER, procureur ès-sièges royaux de Compiègne ; Jean CHARPENTIER, contrôleur des deniers communs, donc et octrois de la ville de Compiègne ; Gilles CHARPENTIER, greffier de la prévôté de l’exemption de Pierrefonds, sortissant à Compiègne, qualifiés seigneurs de Berny, du fief de Saint-Christophe dit Saint-Honoré, et encore du fief du Four et de Roches assis à Rivière, paroisse de Berny, tous demeurant au dit Compiègne, tant en leurs noms que se portant fort d’Antoine CHARPENTIER, leur frère, praticien à Compiègne, et de Marie CIROT, veuve de Guillaume CHARPENTIER, greffier de la prévôté de l’exemption de Pierrefonds, tutrice de ses enfants, demeurant aussi à Compiègne, ont vendu à David DE VIDAL, chevalier, seigneur de Fleury-en-Bierre, capitaine d’une compagnie au régiment de Champagne, demeurant à Nouvron.
Les fiefs et seigneuries de Berry et de Saint-Honoré à Saint-Christophe, avec le fief du Four et de Roches assis à Rivière ; ce dernier mouvant et relevant de l’abbé de Saint-Médard, à cause de son château de Vic-sur-Aisne, et consistant en cens, surcens, droits de lots et ventes et seigneuriaux, circonstances et dépendances.
Tous les fiefs, cens et surcens furent accordés pour la somme de 700 livres tournois.
L’acte de vente fut ratifié le 4 mars 1637 par Michelle CHARMOLUE, femme d’Hélie CHARPENTIER ; Anne LECLERCQ, femme de Gilles CHARPENTIER ; Florimonde LEVESQUE, femme de Jean CHARPENTIER ; Antoine CHARPENTIER, greffier des affirmations à Compiègne ; et Marie CIROT, veuve de Guillaume CHARPENTIER, et les 700 livres tournois payées le même jour.
David DE VIDAL qui se trouvait en désaccord de chasse avec ses voisins les DE RENTY, seigneurs de Fontenoy, profita de sa nouvelle acquisition pour faire vider le différend. Voulant y arriver, les partis nommèrent deux arbitres : Robert D’AUMALE, chevalier, seigneur de Nampcel et Louis-Adrien DE LAVERNADE, chevalier, seigneur d’Epagny ; le lieu choisi pour la réunion fut la ferme de Confrécourt, où parurent le 9 août 1637, Alexandre et César DE RENTY, fils de Michel DE RENTY (lequel indisposé signa l’acte en sa maison de Fontenoy), et David DE VIDAL. Le différend portait sur des droits de chasse aux terroirs de Fontenoy, Nouvron et Rivière. Il fut convenu que Michel DE RENTY, ses enfants et leurs serviteurs ne pourraient plus chasser dans l’étendue du fief du Four et de Roches, auquel fief le seigneur DE VIDAL ne pourrait lui-même établir aucun garennier ; quant à ses domestiques ils avaient droit d’y chasser. Le seigneur DE VIDAL devrait en outre faire boucher un certain terrier appelé le terrier de Maulevant, afin que les sieurs DE RENTY n’y puissent plus chasser ni fureter. Le contrevenant devait payer 1000 livres tournois d’amende, sans dépens. Et pour connaître l’importance du fief du Four, David DE VIDAL s’engagea à en faire dresser le terrier dans la quinzaine suivante. L’acte fut signé en présence de Charles DELAFONS, écuyer, seigneur de Richebourg, à Morsain, et de Charles DE RENTY, écuyer, seigneur d’Osly.
Suivant la convention le terrier fut dressé ; 28 déclarations de propriétaires différents y figurent. Le fief était composé de quatre maisons sises à Roches, dont une représentant le chef-lieu et de 87 pièces de terre et vigne, disséminées à Ors, Rivière et Roches, produisant annuellement 2 livres 10 sols et 3 poules vives de rentes. Quelques déclarants ont dit « que leurs titres étaient en refuge à Soissons à cause des mouvements. »
David DE VIDAL, chevalier, seigneur de Fleur-en-Bierre, Berry, Saint-Christophe en partie et autres lieux, maître d’hôtel ordinaire de Sa Majesté, 1er capitaine d’une compagnie de gens de pieds au régiment de Champagne, aide de camp dans l’une des armées du roi, mourut en 1642, laissant veuve Marie DE DURANT, son épouse, ayant la garde noble de Jean DE VIDAL, leur fils et unique héritier.
Jean DE VIDAL, chevalier, seigneur des mêmes lieux, mourut après 1648, sans laisser de postérité, mais ayant pour héritier de ses biens féodaux, Benjamin DE VIDAL, son oncle, écuyer, sieur de Fleury ; et de ses biens de roture, le même, avec Madeleine DE VIDAL, femme de Laurent PAIN, chacun par moitié.
Marie DE DURANT est décédée vers 1655, laissant pour héritier bénéficiaire, Henri DE DURANT, son neveu, chevalier, sieur de Thury-en-Beauvoisis, demeurant à Paris.
Les biens et seigneuries de Benjamin DE VIDAL et de la dame PAIN, furent saisis et vendus par décret en 1665, à :
Adrien-François DE HANON, gentilhomme ordinaire de la chambre du duc d’Orléans, seigneur de Jouy, qui le devint ainsi de Berry, de Saint-Honoré, du Four et de Roches. Il mourut en 1669, laissant sa veuve, Anne DE LAFONS, héritière de tous ses biens.      
[Partie 6 ]
Celle-ci les donna, en 1675, à Charles de Franck, écuyer, seigneur de Fontaine, près Monthléry, et premier chambellan de S. A. R. le duc d’Orléans, époux de Marie de Plassant, nièce de la donatrice, qui décéda en 1687, lui laissant une fille : Marie-Anne de Franck.
Charles de Franck fut saisi dans ses biens en 1696, et ceux-ci loués à un fermier judiciaire jusqu’en 1705, année de la mort de ce seigneur.
Ils furent alors mis en vente et rachetés par Michel Heuslin, écuyer, conseiller secrétaire du roi, maison et couronne de France, receveur général de ses finances en la généralité de Soissons, et seigneur du fief champêtre à Champenoy.
A sa mort, arrivée en 1709, sa veuve, Elisabeth Jourland, fut dame de toutes ses seigneuries, qui furent vendues par décret, après poursuites, contre elle et ses enfants, en 1721, à :
Marie-Renée-Angélique de Larlan de Quercadio de Rochefort (Larlan de Kercadio de Rochefort), veuve de Louis-François Duparc, chevalier, marquis de Locmaria, lieutenant-général des armées du roi.
Dans une déclaration que la marquise de Locmaria, fit au terrier de Saint-Médard, le 20 novembre 1722, de tous ses biens et immeubles ; parlant du fief du Four et de Roches, elle dit : « les limites du fief de Roches sont : du côté de la rivière, à la maison dite de la Roche, vis-à-vis la maison du sieur Langlois de Soissons. Il y a au pignon de cette maison une plaque aux armes de l’abbé de Saint-Médard, châtelain de Vic-sur-Aisne »…
En 1727, cette dame était remariée à Henri-François de Lambert, chevalier, seigneur et marquis de Saint-Brice, aussi lieutenant-général des armées du roi.
Elle mourut en 1736, laissant son second mari usufruitier de tous ses biens, qu’il ne conserva pas longtemps, car en 1738, le fils de sa défunte épouse, Jean-Marie-François Duparc, chevalier, marquis de Locmaria, était seigneur de Berry, Vingré, Roches, et du fief champêtre de Fontenoy.
Le 31 décembre 1755, toutes ces seigneuries furent adjugées à Louis Godart, écuyer, qui les transmit à sa mort arrivée en 1770, à Louis-Joseph Godart, écuyer, son fils, lequel fut le dernier seigneur du fief de Roches, par le retrait des droits féodaux consenti dans la fameuse nuit du 4 août 1789.

FOURCHES PATIBULAIRES

Elles existaient au milieu d’un muid de terre, au lieudit la Justice ; on y avait accès par la rue Béra. Le 28 août 1607, l’abbé de Saint-Médard, Hotman, donna ce muid à surcens, à Nicolas Defente, charpentier à Ors, moyennant 12 sols parisis de rente perpétuelle. Il est dit dans l’acte de prise à surcens que le muid de terre est « de longtemps délaissé en friche et savart », et qu’il renferme au-dedans « les fondements des fourches de la justice de Vic-sur-Aisne ».
Le lieudit le Gibet en rappelle aujourd’hui encore le souvenir.

DROITS DE 8è ET 20è DES VINS

Le droit de huitième qui faisait partie de la ferme des Aides, consistait dans la huitième partie des vins, cidres et autres boissons, vendues en détail. Cette imposition a été levée pour la première fois sous Charles VI, en 1382, pour subvenir aux frais de la guerre.
Le droit de vingtième avait une semblable analogie.
Le sieur Martial Millet, receveur général des aides, 8è, 20è, et autres impositions de la généralité de Soissons, louait le 19 mars 1624, les droits de 8è et de 20è des vins qui se débitaient dans la paroisse de Berny-Rivière, à Bernard Saullon, marchand hôtelier audit lieu, pour cinq années à partir du 1er octobre suivant, au prix de 86 livres par an, payables en l’hôtel du Grand-Cerf, à Soissons, où le bureau des Aides était établi.

DROITS DE CHASSE

La chasse du territoire de Berny-Rivière, comme celle de toute la chatellenie de Vic-sur-Aisne, appartenait à l’abbé de Saint-Médard, en sa qualité de seigneur suzerain. L’un de ceux-ci, François Hotman, donna à bail pour neuf ans, à Georges Cirot, sergent royal de la chatellenie, « le droit de chasse et de garennes » dans une chatellenie, savoir : « depuis le lieudit ‟Follemprise”, au deça du hameau de Vaux, jusques et y compris les bois de Vorgny, Corbeauval, et la carrière de Berny, le lieudit ‟Baraquin‟, la Côte d’Hautebraye, suivant les limites de séparation de la terre de Saint-Médard avec celle d’Autrèches, jusques et y compris le ru de Bonval et la carrière de Sacy » moyennant quatre douzaine de lapins, ou à leur défaut dix sols de chacun.
Cirot n’avait pas le droit de tirer sur le lièvre ni la perdrix, et le bailleur se réservait le droit de chasse quand il venait à Vic-sur-Aisne en voyage. Les lapins qu’ils tuaient venaient en déduction de la redevance.

FOURNITURE D’UNE CHARRETTE POUR L’ARMEE DE FLANDRE

En vue de la guerre qui se préparait, la communauté de Berny-Rivière reçut l’ordre de M. de Machaut, intendant de la généralité de Soissons, le 19 février 1675, de fournir une charette attelée de quatre bons chevaux et de la conduire en la ville de Guise pour le 1er mars. Le 24 février, Henri Dupré, cultivateur à Vic-sur-Aisne, s’engagea à livrer l’attelage à la décharge de la communauté, moyennant 300 livres et six esseins d’avoine, mesure d’Attichy, outre la paie du roi portée en la commission du 19 février. Sur cette somme Dupré reçut 150 livres au départ, le surplus devait lui être versé à son retour, en rapportant un certificat, au dos de la commission, constatant qu’il a servi Sa Majesté, à la décharge de la communauté.

ENGAGEMENT D’UN MILICIEN POUR LA COMMUNAUTE

La communauté de Berny-Rivière est chargée de fournir un soldat de milice pour la campagne de l’année 1691. Jean Picque, syndic et Nicolas Amory, l’un des principaux habitants traitent, le 6 février 1691, avec Nicolas Legrand, garçon de la paroisse qui a consenti à s’engager. Il devra servir dans la compagnie de M. de La Hillière, colonel du régiment de ladite milice, pour la durée de la campagne seulement, à la charge par les sieurs Picque et Amory de le faire admettre dans cette compagnie comme soldat pour la communauté de Berny-Rivière. Nicolas Legrand recevra pour son engagement 60 livres et 12 esseins de blé méteil.
Sur ces 60 livres il en sera payé 40 par dix garçons de la localité ou par leurs père et mère, c’est-à-dire à chacun quatre livres.
Les vingt autres seront prises sur le reste des habitants de la paroisse au marc la livre, sur le pied de leur taille, et les 12 esseins de blé sur tous les habitants aussi au marc la livre.
Au cas où il faudrait équiper l’engagé pour le mettre en campagne, la dépense sera prise de la même façon, si les habitants y sont obligés par Sa Majesté ou l’Intendant de la généralité de Soissons.
[Partie 7]

DIFFEREND AVEC LES HABITANTS DE VIC-SUR-AISNE AU SUJET DU PATURAGE D’UN MARAIS COMMUN (LE GRAND MARAIS)

A la suite de contestations survenues entre les habitants de Vic-sur-Aisne et ceux de Berny-Rivière, au sujet du pâturage des animaux sur un marais commun, – le Grand Marais – un accord intervint entre les deux communautés, le 13 février 1780, pour l’arbitrage du différend.
La communauté de Vic-sur-Aisne représentée par Louis Poittevin, procureur-syndic ; Gervais Desmarest, Charles-Marie-Luc Leradde et Jean-Louis Duprez, tous trois cultivateurs, nomma pour arbitre, Jean-François Blin de La Chaussée procureur-ès-sièges royaux de Soissons.
Et celle de Berny-Rivière, aussi représentée par Alexis Nodot, son procureur-syndic, Denis Périez, laboureur, Jean-Crépin-Poulle, buraliste ; Jean-François Lévêque, conducteur de travaux publics, choisit la personne de Me Brocheton, avocat en parlement audit Soissons, où il demeurait rue des Cordeliers.
Les arbitres, munis de toutes pièces, devaient rendre leur jugement dans les six mois. Il ne le fut que trois ans après ; et encore la sentence qui maintint les habitants de Berny-Rivière dans leur jouissance commune, n’était que provisoire.
Il fallut une délibération du directoire du district de Soissons, le 12 février 1791, pour ordonner la fixation des limites du terrain en litige entre les deux communes.
Le mercredi, 16 du même mois, deux commissaires furent nommés à cet effet, à Vic-sur-Aisne : MM. Flobert, laboureur au Chaudun et Evrard, laboureur à Leury.
La division du marais eut lieu le 7 mars suivant ; et le 9, la municipalité de Berny-Rivière, décida de convertir en pré communal la part afférente à la commune.
A l’assemblée du baillage de Soissons, en 1789, le Tiers-Etat fut représenté par François-Jean Tassart et Pierre Lambin, tous deux fermiers.

LES CORPORATIONS RELIGIEUSES POSSESSEURS DE BIENS DU TERROIR DE BERNY-RIVIERE

I.- L’abbaye de Saint-Médard

Celle-ci possédait une grande partie du territoire, entre autres, l’emplacement du palais des Romains à Berny, plus tard résidence royale, château, masure, puis clos de vignes. Nous reviendrons à celui-ci dans un article spécial.
Les religieux du couvent y avaient une maison à Ors, avec 14 esseins et un pichet de terre (2 hect. 77 a. 53 c.) au même lieu ; un essein de riez et savart (19 a. 14 c.) et 14 setiers de terre à Berny (44 a. 66 c.) qu’ils louaient, le 23 avril 1729, à Louis Desmarest, moyennant une redevance annuelle de 24 livres.
Les mêmes religieux avaient encore deux pièces de vigne à Roches et à Vaux qui leur rapportaient huit livres de revenus en 1732. Ces vignes furent vendues comme bien national, le 18 vendémiaire an VI (9 octobre 1797), à Jean-François Nanteuil, arpenteur à Vic-sur-Aisne, par l’administration du département de l’Aisne.
Le chapitre de Sainte-Sophie possédait, lui aussi, deux pièces de vignes à Berny-Rivière, lieudit le Souillard, qui furent acquises par le même Nanteuil, comme bien national, ledit jour 9 octobre 1797.

II.- L’abbaye de Saint-Jean des Vignes

Ce monastère avait à Berny-Rivière, une maison, un jardin et des vignes, dont il passa les baux au 15è et 16è siècles, à Raoulin et Pierre Langlet, Pierre Rollart, Jean Chatelain et Guillaume Deneuville.
De plus il possédait trois esseins de pré, lieudit dessous l’Eglise, lesquels étaient tenus à bail, au moment de la Révolution, par Jean-Baptiste Calland, hôtelier et laboureur à Vic-sur-Aisne.


III.- Le couvent des Minimes de Soissons


Cette communauté avait quatre pièces de terre lui appartenant de donation faite par Simon de Belleu et Jeanne de Pirche, sa femme, par contrat passé devant Quinquet, notaire à Soissons, le 10 mars 1606.


IV.- Le Chapitre de la Cathédrale de Soissons

Cette corporation possédait des biens à Berny-Rivière et à Vic-sur-Aisne, lui venant par donation des demoiselles Jeanne et Marguerite Lebossu, suivant leur testament reçu par Gosset, le jeune, notaire à Soissons, le 9 octobre 1685. Jean Lebossu, leur père, en avait fait l’acquisition de Christophe Le Scellier, bourgeois de Soissons et consors, le 25 février 1647.

V.- Le Chapitre de Notre-Dame des Vignes de Soissons

Les prévôt, chanoines, et chapitre de l’église de Notre-Dame des Vignes, à Soissons, recevaient des surcens assis sur une maison, un jardin et des vignes sis à Rivière.

VI.- Cure de Saint-Pierre-le-Vieil

La cure de Saint-Pierre-le-Vieil de Soissons, possédait des terres et vignes, pour lesquels Denis Périez, laboureur, présenta une déclaration à l’assemblée municipale de Berny-Rivière le 28 février 1790.

VII.- Le collège de Saint-Nicolas de Soissons

Cet établissement possédait quatre pièces de terre et pré, à la Couture et à Ors, lui appartenant de donation faite par Laurent Depoix, chanoine et écolâtre de l’église cathédrale de Soissons, pour la fondation d’un paupere ou boursier audit Collège, suivant contrat passé devant Delaclef et Grou, notaires à Soissons, le 12 avril 1666, et en conséquence du testament olographe de Depoix du 1er mai 1661.

VIII.- Le prieuré de Sainte-Léocade de Vic-sur-Aisne

Voici quelles étaient les possessions de ce prieuré, établi dans l’enceinte du château de Vic-sur-Aisne.
Les franches terres, ainsi nommées parce qu’elles ne payaient pas de cens au seigneur, comprenant un muid de terre, sur la montagne de Berny, au Champ Buisson, donné au surcens à plusieurs, pour un revenu d’un pichet par essein, de semblable grain à celui ensemencé sur ce muid, payable seulement dans les années où les terres étaient empouillées ;
2° Une maison à Ors, avec quatre pièces de terre, pré et riez rapportant 18 livres et 2 chapons, en 1617 ;
3° Un surcens de 23 livres, consenti le 22 février 1717, sur quatre pièces de terre, et payable annuellement à la Saint-Martin ;
4° Deux pièces de pré, en la prairie d’Ors rapportant un loyer annuel de 16 livres ;
5° Cinq quartiers de terre, autrefois vigne, situés entre Deux-Monts, loués le 17 novembre 1772, à M. Louis Guesnon de la Rosière, moyennant 5 livres ;
6° Une pièce de terre et riez contenant 12 esseins, située lieudit la Carrière de Berny et un essein de terre entre Deux-Monts, loués à surcens au même Guesnon de la Rosière, le 1er octobre 1772, moyennant 8 livres de rente annuelle.

[Partie 8]

IX. – L’abbaye de Saint-Vaast d’Arras

Les Bénédictins de Saint-Vaast d’Arras avaient à Berny-Rivière une maison et une chapelle dédiée à Saint-Nicolas, dont on voyait encore des restes au moment de la Révolution. Quelques terres étaient attachées à bénéfice. Une désignation de 1639 nous montre l’importance des biens de Saint-Vaast dans le pays. Elle fut faite par deux laboureurs, Nicolas LIGNEHATTE et César DESMAREST, à la requête de Louis SAULON, chargé de renseigner l’abbaye sur « les agissements de certains particuliers » qui avaient profité des moments de troubles pour usurper quelque quantité de ces terres.
Voici cette désignation :
1° La maison de Saint-Waast d’Arras à Berny ;
2° Une pièce de menue terre, en la montagne de Berny, lieudit la Mothe Pré, contenant 24 essins (4 hect., 56 ar., 39 c.) ;
3° Une autre pièce contenant 5 essins (95 ar., 70c.) au Champ Bison ;
4° Un autre pièce à Ors, assez près de la Nurolle, contenant 7 essins (1hect., 33 a., 98 c.) ;
5° Une autre pièce de 3 pichets (28 a., 71c.) aux Abimes ;
6° 7 quartiers de terre (33 a., 60 c.) au Vaux giron ;
7° Une autre pièce contenant 5 pichets (47 a., 85.) au même lieu ;
8° 2 esseins de terre (38 a., 28 c.) au lieu dit La Plainette ;
9° Une pièce de pré contenant 7 quartiers (33 a., 60 c.) fermée de fossés, en la prairie de Berny, sous l’église ;
10° Un clos de terre ci-devant vigne, contenant 2 arpents (76 a., 56 c.), dont une partie est en labour et l’autre en fiche, sis à Saint-Pierre-Lez-Bitry, assez près et au-dessus de la Cense de la Rollande (Cette ferme est aujourd’hui disparu).

BIENS DE L’EGLISE ET FABRIQUE DE BERNY-RIVIERE

Les habitants de Berny-Rivière ayant été taxés d’une contribution de guerre de 6 écus 50 sols tournois, par M. François DE DOUEN, seigneur de Ribeau, conseiller du roi, trésorier-général de France, en la charge et généralité, d’entre Seine et Yonne, établie à Paris, commissaire nommé en cette partie par lettres patentes du roi, datées du 27 septembre 1587, et « faut par eux de n’avoir pas su prendre ladite somme sur les biens et revenus de l’église » se sont trouvés dans l’obligation de vendre avec le consentement du curé et des marguilliers, le 12 octobre de la même année, 3 pogneux de pré à Ors, lieudit Les Bosquets, pour le prix de 7 écus sols et 20 sols tournois, à Philibert DE RENTY, écuyer, demeurant à « Vaux-Soulbz-Confrécourt ».
Les biens de l’église rapportaient en 1583, 2 esseins et un quartier de frains, deux tiers blé méteil et un tiers, avoine, de location
Le 24 février 1600, ils furent loués à Adam TURPIN, fermier de Confrécourt, moyennant 5 essins 2 boiseaux de grains, aussi deux tiers méteil et un tiers avoine. Ils comprenaient alors 10 essins et 1 quartier de terres labourables répartis en 7 pièces.
En 1618, ils montaient à près de 18 essins y compris 4 pièces de prés ; Robert FLAMENCOURT les prit à bail pour 9 ans, le 11 décembre de cette année moyennant 5 quartiers de grains, 2 tiers de blé méteil et un tiers accordé pour chaque essin de terre et 60 sols tournois pour chaque essin de pré.
Le 19 novembre, 1634, Laurent MOUTARDIER, curé, louait pour 99 ans à François DEFENTE, vigneron à Ors, une pièce de riez autrefois vigne contenant 3 setiers, séant lieu-dit sur Le Bosquet, moyennant 10 sols tournois de rente.
En 1670, les biens de l’église et fabrique étaient ainsi donnés à bail :
1° à Pierre DUSIGNON, laboureur à Roches, 12 esseins de terres labourables en 13 pièces, moyennant 13 esseins de blé méteil, mesure d’Attichy et 8 livres de pot de vin pour aider à « faire paver l’église » avec 3 journées de charrois, lui et ses chevaux « pour faire ce qu’on lui commandera ». – Et 2 pièces de terre du terroir de Fontenoy, moyennant 6 livres, dont 30 sols pour la fabrique et 30 sols pour le curé ;
2° A jean NODOT, vigneron à Ors, 6 pièces de vignes au vignoble de Rivière, moyennant 10 livres 10 sols de loyer. Le preneur devait aussi payer 15 livres pour « servir à paver l’égliseé.
En 1678, l’église s’enrichissait d’un essein de terre au Clos Jolly, donné par Jeanne JOLLY, dans son testament du 25 novembre.
Le 5 novembre 1687, le curé GUERIN avec le marguillier AMORY, louait à Nicolas DEMONT, laboureur à Rivière et à Anne LEGRAND, sa femme, les terres et héritages de l’église et fabrique, en 16 articles, moyennant une redevance annuelle de 14 esseins de blé méteil, mesure d’Attichy, dont : 10 esseins aux marguilliers, un au curé et trois au maître d’école ; plus 60 sols, dont 30 aux marguilliers et 30 au curé, et 3 journées avec chevaux et harnais pour le besoin et l’utilité de l’église, avec 8 livres comme pot de vin.
En 1732, les biens se louaient ainsi : 14 pièces de vigne, une pièce de terre, 3 pièces de pré et une pièce d’aulnois pour le prix de 59 livres 17 sols de loyer.
Et 15 pièces de terre et pré, moyennant 11 esseins et demi de blé méteil et 30 sols d’argent ; le blé était pour l’église, la fabrique, le curé, et le maître d’école.
Le 21 mars 1770, il fut donné à surcens, par Charles LEVEQUE, curé et Alexis NODOT, marguillier à Louis GUESNON DE LA ROSIERE, intendant du cardinal de Bernis à Vic-sur-Aisne, un muid de terre « gruette » au terroir de Berny-Rivière, au-dessus du Mont-à-Berry, dont la plus grande partie était en friche, moyennant 4 livres 4 sols de rente annuelle. Les habitants consentirent au surcens parce que la location était avantageuse, et représentait à peu près le double de ce que l’on en retirait de temps immémorial. Le surcens a été remboursé le 24 septembre 1809, à la somme de 84 livres tournois.
C’est sur ce terrain que quelques années avant la Révolution la ferme de Chapeaumont fut édifiée par M. GUESNON DE LA ROSIERE. Le dernier bail des immeubles de l’église et fabrique de Berny-Rivière date du 30 novembre 1785. Il fut fait pour 9 ans, à partir du 11 novembre 1786, par M. DELETTRE, curé et par Jean-François TASSART, marguillier. Il comprenait 19 pièces de vigne, terre, pré et aulnois, dont une pièce au terroir de Vic-sur-Aisne, qui furent louées pour 134 livres 2 sols.
Et 13 pièces de terre avec 2 pièces de pré qui furent données moyennant 15 essins et un quartier de blé méteil, mesure d’Attichy.
Ces biens ont été vendus avec ceux de l’émigré HOURDE DE CHAUVIGNY , et ceux de la curé de Saint-Pierre-le-Vieil de Soissons, les 6 et 7 messidor an IV (24 et 25 juin 1796), à M. Antoine-François DEFIENNE de Vic-sur-Aisne.

[Partie 9]

Errata—
N°1
Colonne 1ère, ligne 18, lire : dans la vallée, au lieu : de la vallée.
Colonne 1ère, ligne 21, lire : abondamment sur les coteaux.
Colonne 2, ligne 19, lire : tout le long de la route de Vic-sur-Aisne.
Colonne 3, ligne 18, lire : Clos de Berny et non Clos à Berny.
Colonne 5, ligne 32, lire : Riparia, Riporü curtis et non Riporia, Riparü curtis.
N°2
Colonne 3, ligne 14, lire : VI° et non XV° siècle.
Colonne 4, ligne 22, lire : En 1894, d’autres débris de murailles et non en 1874, des débris de murailles.
N°3
Colonne 1ère, ligne 7, lire : Villa et non ville.
Colonne 2, ligne 13, lire : assisia et non ossisia.
Colonne 3, 1ère ligne, lire : diocésains et non diocésiens.
Colonne 3, ligne 31, lire : Drogon et non Dragon.
Colonne 4, ligne 17, lire : pour et non par la prochaine.
N°4
Colonne 2, ligne 27, lire : Grimoines et non Grémoines.
Colonne 2, lignes 35-36, lire : Grimoines et non Grémoines.
Colonne 3, ligne 9, lire : à surcens et non ces surcens.
Colonne 4, ligne 15, lire : elle et non élie.
Colonne 6, ligne 22, lire : et fut, et non fut.
N°5
Colonne 2, ligne 8, après : de leur père, ajouter : au seigneur DE VIDAL.
Colonne 2, ligne 24, lire : frère et non père.
N°6
Colonne 1ère, ligne 5, lire : Monthléry et non Monthéry.
Colonne 1ère, ligne 7, lire : DE PLASSAN et non DE FLASSANT.
Colonne 1ère, ligne 8, lire : donatrice et non donataire.
Colonne 4, ligne 20, lire : de lapins et non des lapins.
Colonne 4, ligne 22, lire : de chacun et non de chaux.
N°7
Colonne 2, ligne 30, lire : Au terroir et non du terroir.
Colonne 3, ligne 31, lire : baux et non beaux.
Colonne 5, ligne 31, lire : dans les années et non les années.


Les corrections signalées ci-dessus on tété faites dans le texte directement

X

DIMES

Les décimateurs sur le territoire de Berny-Rivière étaient avant la Révolution : l’abbé de Saint-Médard et l’évêque de Soissons pour deux tiers et un sixième ; le prieur de Sainte-Léocade de Vic-sur-Aisne pour un autre sixième, le curé dimait seulement sur un petit canton.
Les deux tiers des dimes appartenant à l’abbé de Saint-Médard et à l’évêque de Soissons étaient indivis entre ces deux seigneurs, un sixième l’était aussi entre l’évêque aussi et le prieur de Sainte-Léocade.
La portion de dime indivise entre l’abbé de Saint-Médard et l’évêque de Soissons, commençait au-delà de la rivière d’Aisne, à une pierre ou borne se trouvant dans le rideau de la Chaussée Brunehaut tirant droit au chemin de la Croix du Vieux Pont, et allait, de ce côté, jusqu’au petit dimage du curé de Berny-Rivière, ou fossé des petites Neaux.
En deça de la rivière, elle s’étendait tant en vallée qu’en montagne ; du côté de Saint-Christophe, elle commençait au Vaux du prévot, suivait le long du Corbeauval et finissait à la fontaine aux loups.
Le canton indivis entre le prieur de Sainte-Léocade et l’évêque de Soissons, s’appelait la Mairie. Il était séparé de la portion ci-dessus nommée Grandes Dîmes, au midi, par le chemin de Rivière à Port, au nord, par les larrés et les « hauteurs » de la montagne, à l’ouest, par le chemin de la rue des Couloires et plus bas par le chemin de Vic-Sur-Aisne à Saint-Christophe, et à l’est, par le rû de Vaux.
Le dimeron du Curé, situé au-delà de la rivière d’Aisne, commençait vers occident, après les Grandes Dimes, à un fossé descendant du Bouliévecon, et allant droit à la rivière, en passant par les Neaux Raquettes, et finissait à l’est au terroir de Fontenoy. Vers le nord il aboutissait aux près et îles de la rivière et vers midi à la chaussée Brunehaut.
Au 18ème siècle les Grandes Dimes étaient d’un revenu de 225 livres ; les Dimes de Sainte-Léocade de 200 livres ; et celles du curé de 50 livres.
En outre de son petit canton particulier, le curé de Berny-Rivière avait encore d’autres droits de dimes dans toute l’étendue de la paroisse tels que ceux de grains, vins, cochons, agneaux etc., qu’il louait pour 450 livres en 1681.
Ces dimes n’étaient pas toujours d’une perception facile et donnaient lieu parfois à des résistances, voire même à de certaines fraudes ; témoins les deux petits faits suivants :
A la vendange de 1688, le curé Louis-Claude GUERIN se présentait chez Marie GRUYER, veuve de Jacques DUBREUIL, vignon à Berny-Rivière, pour y percevoir la dime de 10 pièces marnoises de vin dépouillé dans les vignes et de deux muids et demi d’autre vin récolté sur les arbres et aux treilles. Mais la veuve DUBREUIL s’y refusa sous le prétexte qu’elle ne devait la dime que sur la récolte des vignes et non sur celle faite aux arbres et aux treilles, ainsi qu’il était d’usage dans la paroisse. Le curé prétendit faire la preuve du contraire et ouvrit une procédure pardevant le prévot de l’exemption de Pierrefonds établi à Compiègne.
Marie GRUYER, craignant de succomber aux poursuites, consentit à une transaction amiable, et le 9 décembre 1688, elle promit de payer à l’avenir, au curé GUERIN et à ses successeurs, la dime à raison de trois pots de vin par muid, suivant la coutume, à l’exception pourtant du vin de pressurage pour lequel elle n’acquitterait aucun droit. Le curé, probablement satisfait de cet arrangement, s’engagea à payer tous les frais.
 L’autre fait contient plus de gravité en lui-même. Il s’agit d’une fraude commise par Antoine VENON, vigneron à Berny-Rivière, envers le curé Charles LEVEQUE. Elle aboutit aussi à une transaction passée le 2 novembre 1768, des termes de laquelle nous extrayons les lignes suivantes explicatives du délit et de ses suites :
« Un droit de dime sur le vin appartient au sieur curé LEVEQUE, dans la paroisse à cause de sa cure ; le sieur VENON n’a payé cette année le droit que pour 15 muids et une pièce selon qu’il l’a mis en évidence aux dimeurs ; mais par une contre-visite il s’est trouvé un muid de plus, et comme ledit sieur LEVEQUE avait déjà soupçonné le dit VENON, sur les rapports à lui faits, qu’il n’était point fidèle au paiement de la dime, et sans une perquisition entière il s’est borné pour le muid en question de faire assigner le dit VENON au bailliage de Soissons, par exploit de TASSIN du 29 octobre 1768…..
Le sieur VENON sentant où la chose pourrait le conduire et reconnaissant sa fraude a supplié le sieur LEVEQUE de vouloir bien l’excuser et le traiter favorablement ; à quoi optempérant le dit sieur LEVEQUE et par grâce a bien voulu retirer sa plainte, mais moyennant le paiement de la somme de 31 livres 15 sols 6 deniers attribuables, savoir : 8 livres 2 sols pour restitution de la dime ; 3 livres pour être employées en charité aux pauvres ; 18 livres 3 sols pour frais, voyages, contrôle et séjour dudit sieur TASSIN, et 50 sols 6 deniers pour les frais de minute dus au notaire de Vic-sur-Aisne, Cuneaux LEJEUNE, rédacteur de l’acte. »
La somme a été payée rigoureusement au comptant.

[Partie 10]

Description des principaux lieux de Berny-Rivière

1. Petit Berny

Le Petit Berny était autre fois une dépendance du village de Berny-Rivière, dans laquelle Jeanne Gruet, veuvue de Menault Dorcial, seigneur du fief de la Chapemme, possédait en 1593, un e maison avec jardins, clos et terre, à “Chennevières”, qu’elle louait 4 écus sols et un chapon vif, au vigneron Jacques Renault.
En 1600 cette propriété appartenait à son fils Simon Dorcial qui la vendit à Jean Warnet, dit la Rivière, capitaine d’un compagnie de gens à pied suivant la Cour. Ce dernier fit rebâtir à neuf la maison par Claude Couvercel, son beau-frère, ” et lui donna par reconnaissance et comme amitié” cet immeuble avec les terres et jardins qui l’entouraient, le 20 octobre 1614. Dans l’acte de donation la désignation des biens est ainsi faite :
“Une maison, chambre, grenier, étables couvertes de chaume, volière à pigeon couverte de tuiles, cour, jardin, chennevière, le tout séant au Petit Berny, tenant d’un lez au grand chemin et rue, d’autre au vieux chemin conduisant au Grand Marais, d’un bout en pointe à ladite grande rue, d’autre au clos ci-après.
Un clos de terre contenant 6 essiens (1 hect.14 a. 84 c.), tenant de toutes parts aux chemins, sauf le bout qui donne sur la maison.
Un jardin et parterre à harbes assis devant la maison et fermé de fossés avec haies vives, contenant 3 pichets (28 ares 71 contaires) , etc., etc. “
Le Capitaine Warnet qui s’était réservé la jouissance des biens donnés sa vie durant, cassa la donation le 6 novembre 1620 et prit d’autres dispositions testamentaires en 1629. Il mourut assassiné dans sa maison du Petit Berny, en 1630.
Sur la partie du terrain, en clos de terre et vigne, donnant vers l’église, Jean Warnet avait fait edifier une petite maison couverte de chaume qu’il donna le 8 avril 1626 à Gilles Desmarest, son petit-neveu et son domestique. C’est celui-ci qui, par noire ingratitude assassina le bon vieillard, alors âgé de 85 ans.
Toute cette propriété qui, certainement, a subi de grandes modifications, est aujourd’hui en la possession de M. Faroux-Trouseele, ancien notaire à Saint-Quentin.
La maison du capitaine Warnet est transformée en petite ferme exploitée par un locataire, M. Gustave Aubert ; quant à l’habitation de Gilles Desmarest, elle est représentée par la maison où réside Mme veuve de Pompery et ses filles.

2. Emplacement du Palais impérial

Au palais des Romains, à Berny, avait succédé la villa royale de Clovis, puis le château des abbés de Saint-Médard. Remplacée par la résidence agréable de Vic-sur-Aisne, l’ancienne demeure des Césars n’était plus qu’une masure à la fin du XVIe siècle. Aussi, l’abbé Hotman, la donna-t-il à surcens le 19 avril 1596, à Antoine Rollart, vigneron à Rivière, avec un clos de vigne derrière la maison, pour 7 livres 10 sols de rente perpétuelle.
Antoine Rollart n’avait pas tardé à céder son surcens à Simon Montier, dont les héritiers remirent les droits à l’abbé Hotman, qui en passa un nouveau surcens à Charles Delabarre, marchand à Vic-sur-Aisne, le 30 avril 1612.
A cette époque, la masure était à peu près ruinée, et le clos de vignes en friche depuis cinq ou six ans. Le bail fut fait moyennant 3 deniers tournois de surcens annuel, et à la condition expresse que le preneur ferait rebâtir la maison, haute d’un étage, comme elle était autrefois.
Pour executer sa promesse Charles Delabarre eut recours à un moyen fort ingénieux : il donna à bail le 27 janvier 1614, la maison et ses dépendances à Sébastien Lequeux, charron à Berny, pour 18 années, à la charge , par lui , pendant ce temps, de payer les deniers tournois de cens et les 60 sols de surcens annuels , et de reconstruire à neuf la maison et les bâtiments réunis.
Lequeux s’executa et en fin du bail remit à Delabarre la maison rebâtie avec un cellier, une étable, et une grange, le tout couvrt de chaume. Elle fut louée à nouveau le 15 février 1633 mais cette fois pour 9 années à Sébastien Dusignon, vigneron à Berny, avec 5 essens et demi de terre derrière la maison, moyennant une redevance qu’il ne nous a pas été possible de reconnaître, l’acte étant passablement abîmé et illisible à l’endroit du loyer.
Après Charles DElabarre, la maison de Berny et ses dépendances vint en la possession de Charles de Theis, receveur de l’abbaye de Saint-Médard, mais dans un tel état qu’elle était redevenue masure. Le nouveau possesseur la laissa tomber en ruines et se contenta de faire planter en vignes la terre qui y attenait derrière. Il en fit un clos entouré de muraillaes, de fossés et de haies vives, qu’en 1676, il donnait à façon moyennant 40 livres par an.
A sa mort le clos de vignes passa à ses héritiers, qui , à partir de 1730 le louèrent, “pour eviter le dépérissement de la vigne” à Jean Lérignier, vigneron, moyennant 20 livres par an et à la charge d’acquitter les 7 livres 10 sols de surcecns envers l’abbé de Saint-Médard.
En 1734, le clos était venu, par partage, à Louise de Theis, veuve de François de Vaulx, conseiller du roi , bailli au comté de Noyon et lieutenant de la police générale de cette ville: elle en continua la location à Jean Lérignier pour un loyer de 30 livres par an.
Le 16 juin 1745, elle vendit ce clos, d’une contenance de 36 setiers (1 hect. 14 A. 84 c.) à messire Henri Charles Arnoult de Pomponne, abbé de Saint-Médard, devant Boitle et Bourguignon, notaires à Compiègne , et l’abbé l’affecta au revenu du bureau de charité et de l’école gratuite des filles qu’il fonda à Vic-sur-Aisne en 1751.
Jean Lérignier resta locataire de la vigne jusqu’en 1766, année où elle fut llouée pour 18 ans à la redevance de 45 livres à Jean FRançois Camus, vigneron à Vic-sur-Aisne et à Clotilde Fontaine sa femme.
Le 1er septembre 1784, le clos de vigne fut donné en surcens , de consentement de l’abbaye de Saint-Médard à Jean-Baptiste Dupré, laboureur et son épouse Marie Catherine Desjardins, moyennant 8 esseins de blé froment, mesure d’Attichy, de rente annuelle. Leurs enfants et héritiers, Jean François Dupré, cultivateur à Berny-Rivière, et Geneviève Dupré , femme de Benoit Serval, cultivateur à Ressons-le-Long demandèrent le remboursement du surcens le 15 décembre 1818. La préfecture les autorisa le 28 janvier suivant et le remboursement eut lieu le 15 avril 1819 moyennant la somme de 1962 francs.
La propriété est toujours restée depuis entre les mains de la famille Dupré qui y a fait élever une nouvelle maison dans le cours du XIXe siècle. ELle est aujourd’hui la résidence de M.Sylvestre Dupré, charron, celui là même qui fit quelques fouilles au printemps de l’année 1894, sans attirer autrement l’attention des archéologues.

3.La maison de Saint-Vaast

La maison de Saint-Vaast, à Berny-Rivière, était en tre le cimetière à l’est, et l’ancien palais des Romains à l’ouest ; une petite maison, située sur le bord de la rue, de construction plutôt recente, en rappelle le lointain souvenir.
avant la révolution, cette maison avec les propriétés qui en dépendaent, relevait de la prévoté d’Argicourt, près Liancourt (Oise), eet le domaine en en tier servait de dotation au seigneur prévot dudit lieu.


[Partie 11]

 La maison de Saint-Vaast, petite ferme, au XVI° siècle, fut ruinée et les terres laissées en friches pendant les guerres de la Ligue.
C’est dans ce mauvais état que Hélie NODOT, laboureur à Vic-sur-Aisne, la prit à bail pour 9 ans, le 2 juin 1599, de l’abbaye de Saint-Vaast d’Arras, à la redevance de 5 écus sol. Au bail il fut stipulé que la première année le preneur ne paierait qu’un écu sol pour la coupe de l’herbe des prairies, parce qu’il ne pouvait « récolter aucune chose sur les terres restées en savart, dûment à cause de ses troubles. » La redevance était payable aux dépens du preneur, au buffet de l’abbaye, à Arras même.
NODOT prit l’engagement de faire relever à ses frais, dans les deux premières années du bail les combles de la grange du côté du cimetière ; d’une autre grange, à gauche de la maison ; de l’étable, à côté de la porte d’entrée ; de recouvrir la maison et de refaire toutes les portes et fenêtres au corps de logis et aux bâtiments.
Deux ans après rien n’était fait, et le 26 octobre 1601, NODOT transportait ses droits de bail à Charles DESMAREST, laboureur à Ors, en le chargeant de la réparation des bâtiments ruinés aux frais desquelles il participerait pour moitié.
A DESMAREST succéda Nicolas DEFENTE, puis, en 1621, Isaïe BOULLYE, marchand à Vic-sur-Aisne et Jacques BOULLYE, son frère, laboureur à Ressons-le-Long. La redevance pour ceux-ci fut portée à 20 florins de 20 patarts chacun, monnaie d’Artois ; de plus ils furent tenus d’acquitter les arrérages restant dus par Charles DESMAREST et les héritiers de Nicolas DEFENTE.
En 1630, Saint-Vaast fut loué au vigneron Louis SAULON, qui renouvela le bail pour lui et sa fille Marie SAULON, le 14 septembre 1639, moyennant 18 livres tournois de rente à 20 sols par livre, monnaie de France. A cette époque, la petite ferme consistait en maison haute, cellier dessous, granges, le tout couvert de chaume, étable ruinée, cour et jardin contenant un essein (19 a. 14c.), attenant et joignant le cimetière et le presbytère. Les propriétés de Saint-Vasst étaient exemptes de dimes.
En 1677, Nicolas LEDENT, laboureur à Vaux, se rendit locataire des biens à l’abbaye de Saint-Vaast à Berny-Rivière, pour un loyer annuel de 35 livres ; bail qu’il céda à son fils, Lambert LEDENT, le 23 septembre 1679.
En 1686, ce fut Charles DE THEIS, bourgeois de la ville de Noyon et intendant des affaires de l’abbé de Sain-Médard à Vic-sur-Aisne qui le reprit pour 9 ans. Il sous-loua la maison seulement avec les bâtiments, le 22 octobre 1689 à Nicolas AMORY, laboureur, moyennant 10 livres de loyer et à la condition qu’il remettrait les locaux en bon état, preuve que ceux-ci étaient ruinés de nouveau. Cet état de ruines ne fit que s’accentuer pendant tout le cours du XVIII° siècle, et au moment de la Révolution, la maison de Saint-Vaast était redevenue masure.
Le dernier locataire de la propriété fut Jean-François LEVEQUE, qui prit le bail devant MAUPIN-DUCLOZEAU, notaire à Liancourt, le 10 avril 1788.
Les biens de l’abbaye de Saint-Vaast d’Arras, mis en vente comme biens nationaux au directoire du district de Soissons, furent achetés le 26 mai 1791 par Louis PINET, laboureur, et Marie-Anne NODOT, veuve de Pierre VENON, vigneron à Berny-Rivière.
Ils partageaient les terres, mais vendirent la maison le 14 juin 1701 à Charles-Augustin ROBERT, prêtre curé de Berny-Rivière, moyennant 500 livres payées comptant.
Celle-ci passa plus tard à Louis BOULANGER, de Vic-sur-Aisne et à Marie-Félicité GOMER, sa femme, qui la laissèrent eux-mêmes à leurs enfants, en 1824.
Jean-Louis-Honoré CAILLEUX la racheta en 1831, et la revendit le 28 janvier 1838 à Pierre-Joseph GALLET, qui, passé à Montdidier, la céda à Alexandre-Gervais CHERON dit LAVICTOIRE, le 22 septembre 1844.
Enfin Mme Thérèse-Adélaïde CRETE, veuve de M. Jean-François TROUSSELLE, ancien notaire à Vic-sur-Aisne, en fit l’acquisition, le 3 février, dans l’intention d’en faire donation à la commune de Berny-Rivière pour l’agrandissement de son cimetière.
Mais la brave dame mourut le 18 juin suivant sans avoir pu réaliser le désir qu’elle avait si souvent manifesté. L’idée fut reprise par M. Octave-François TROUSSELLE, notaire à Paris, son fils, au lot duquel la maison de Saint-Vaast était venue dans un partage du 2 juillet 1883 ; et le 27 avril 1889, il passait donation à la commune de Berny-Rivière d’un terrain de 12 a. 89 c. à prendre dans le jardin de cet immeuble ; la maison, les petits bâtiments, la cour et une portion de jardin étant réservés pour être affectés aux revenus de la fabrique de l’église. Il ne nous appartient pas de rechercher quand et comment s’effectuera cette dernière pensée du généreux donateur ; il nous suffira de dire que la commune a accepté le don de M. TROUSSELLE et l’a fait servir immédiatement à l’agrandissement du cimetière vraiment trop exigu.

4. La Carrière de Berny

HOULLIER dans l’état ecclésiastique du diocèse de Soissons dit que les Carrières de Berny sont les premières qui aient été ouvertes depuis l’invasion des Gaules. On peut admettre en effet, qu’elles fournirent les pierres nécessaires à la constructions des villages de Berny-Rivière et de Vic-sur-Aisne. 
En 1599, quatre carriers de Hautefontaine, Berneuil et Attichy s’engagèrent à tirer de la carrière de Berny, toutes les pierres convenables à la reconstruction des bâtiments du château de Vic-sur-Aisne, ruinés par le siège de 1590. Ils promirent de livrer jusqu’à dix voitures par jour et d’aider les charretiers aux chargements.
En 1602, Laurent et Nicolas BOISSONNET, tireurs de pierres à Audignicourt, ont extrait la pierre nécessaire au rétablissement du donjon de Vic-sur-Aisne, abimé dans le même siège.               Ces pierres furent payées aux carriers sur le pied de 50 sols tournois le cent.
La carrière de Berny est aujourd’hui occupée par un champignonniste qui y cultive ses produits.

[Partie 12]

5. Chapeaumont

La ferme de Chapeaumont a été construite vers 1785, par M. Louis Guesnon de la Rosière, sur un terrain acquis de la fabrique de l’église de Berny-Rivière, auquel il ajouta d’autres terres et savarts lui provenant du prieuré de Sainte-Léocade, de l’abbaye de Saint-Médard et de divers particuliers.
Au moment de la Révolution il y fit entrer Pierre Cacqueret, fermier, de Thézy, et Marie-Madeleine Pontus, sa femme et au bout de quelques années leur assura le bail de la ferme avec le marché de terres en dépendant pour 10 années à compter des couvraines de 1795. Le bail passé le 10 pluviose an IV (30 janvier 1796) porte comme redevance annuelle la quantité de 7 muids de blé, dont 4 de froment et 3 de seigle.
Pierre Cacqueret mourut le 14 août 1799, laissant de sa femme, aussi décédée, six enfants, quatre filles et deux garçons, dont l’aîné avait 18 ans et le dernier 5 ans et demi.
Jérôme-Paul Béguin, cultivateur à Port, leur tuteur, céda le bail de Chapeaumont, le 22 septembre 1799 à Pierre Defienne cultivateur à Vic-sur-Aisne et à Simon-Augustin Defienne, son frère, cultivateur à Berny-Rivière ; et par un bail du 1er thermidor an XI (20 juillet 1803), M. Guesnon de la Rosière, les reconnut comme nouveaux locataires pour un terme de 18 ans, à courir des couvraines de l’année 1805.
En 1803, le domaine de Chapeaumont consistait, savoir :
1° En la ferme, qui comprenait un corps de logis, chambre à côté, écurie joignant, étable à vache, bergerie, grenier dessus ; deux toits à porcs, poulailler, grange et hangar, le tout couvert de chaume ; colombier couvert en tuiles ; cour fermée de murs avec deux portes charrières, une donnant sur les champs et l’autre sur l’abreuvoir.
2° Et en 85 pièces de terres, vignes, bois, etc.
La redevance, pour les frères Defienne, fut comme au précédent bail de sept muids de grains, à l’ancienne mesure d’Attichy, soit 94 hectol. 6 lit. et un cinquième ; dont 54 hectol. ou 4 muids de froment, et 40 hectol. 6 lit. 1/5 ou 3 muids de seigle.
La ferme de Chapeaumont, vendue sur la succession vacante de Louis Guesnon de la Rosière, en l’audience des criées du tribunal civil de Soissons, le 24 mai 1809, fut acquise avec d’autres biens par Pierre Defienne, de Vic-sur-Aisne, Simon-Augustin et Antoine-François Defienne, ses frères, propriétaires à Berny-Rivière, et dans le partage qui suivit ultérieurement elle se trouva attribuée à Pierre Defienne.
Dans l’acte de donation et partage que ce dernier fit de ses biens à ses enfants, avec Angélique Cléret, sa femme, le 1er février 1838, la ferme de Chapeaumont fut comprise au lot de Mme Augustine-Fanny-Sophie Defienne, épouse de M. Louis-Laurent Evrard, fermier à Confrécourt.
Elle est restée longtemps dans cette famille dont un membre la vendit par la suite.
Le 28 octobre 1876, un violent incendie détruisit les bâtiments de la ferme qui n’ont pas été reconstruits. Le corps de logis seul, préservé par le feu, sert aujourd’hui d’habitation à une famille.
La propriété appartient maintenant à M. Duval, cultivateur à Ors, qui l’a achetée dans ces derniers temps.

6. La ferme d’Ors

Au milieu du XVIIème siècle, la ferme d’Ors appartenait à Henri Bonzeré (1) exempt des gardes du corps de la reine-mère et à Marie Bertherand, sa femme, qui la louèrent, le 17 février 1667, à Simon Grégeois, puis à Louis Prieur.
Marie-Anne Bonzeré, leur fille, demeurant à Soissons, la vendit à Michel Sonnier, écuyer, conseiller secrétaire du roi, maison et couronne de France, rue de la Jussienne, à Paris, le 31 octobre 1698.
Celui-ci en fit immédiatement bail, le 21 novembre suivant à Charles Grimbert, puis en passa deux autres à François Demont les 13 décembre 1706 et 21 juin 1715.
Enfin un dernier, le 15 mars 1723, à Pierre Clavier, laboureur à Ressons-le-Long, et à Marie Boucher, sa femme. La ferme avec les terres, prés, etc., furent loués à ces nouveaux preneurs, moyennant 30 esseins de blé, froment ; 3 muids 3 esseins de blé méteil et un muid d’avoine, mesure de Soissons, avec 30 livres d’argent de redevance annuelle.
Les époux Clavier cédèrent leur droit au bail à Marie Clavier, leur fille, par son contrat de mariage avec Claude Crépin, laboureur à Tannières, le 27 janvier 1725, et ceux-ci restèrent en la ferme d’Ors jusqu’en 1740, année où ils passèrent à la Maladrerie de Pontarcher.
Dans cet intervalle Michel Sonnier était mort laissant tous ses biens à sa fille Louise Sonnier, mariée à René Estevon, écuyer, conseiller du roi, receveur ancien et alternatif des domaines et bois du comté de Bourgogne, demeurant à Dôle en Franche-Comté . Ces deux époux vendirent le 27 septembre 1739, à Claude-Henri Garanger, marchand à Compiègne.
1° La ferme d’Ors avec les terres ;
2° Une ferme à Rivière, aussi avec les terres, détentée par Jean-Louis Lepage ;
3° Et d’autres biens à Rivière ; une maison, une masure et des terres à Pernant, Vauxbuin et Sacy, ainsi que quelques rentes foncières, moyennent 16,000 livres payées comptant.
Le 12 novembre de la même année, Garanger donna à bail la ferme de Rivière (Roches) avec les biens, à Jean-Louis Lepage, laboureur, et à Marguerite Fontaine, sa femme, moyennant 100 livres de loyer annuel.
En 1756 et en 1778, elle fut louée à Pierre Lévêque, laboureur à Rivière, pour la même redevance.
Le ferme d’Ors fut donnée pour des termes de 9 ans, le 19 novembre 1739 et le 16 mai 1748, à Jean Prieur et à Geneviève Lefèvre, sa femme, au loyer annuel de 78 esseins de blé méteil et 30 esseins de blé froment, mesure de Soissons, avec 100 livres d’argent.
En 1778, cette propriété appartenait à Nicolas Corré, écuyer, officier de la chambre de Monsieur, frère du roi, demeurant en la ville de Noyon.
Plus tard elle vint aux mains de M. Pinet, père de Mme Vallerand, de Moufflaye, qui la possède aujourd’hui. La ferme est actuellement exploitée par M. Gabriel Duval, son neveu, cultivateur émérite et maire de la commune de Berny-Rivière.

[Partie 13]


7.La maison du petit marais

La maison, appelée “du Petit Marais”, fait partie du hameau de Rivière, Petit-Rivière ou Petit-Bout (Riparia en 1272, Ripperia en 1284, Rivière en 1626).
Dans la seconde moitié du XVIIe siècle elle appartenait à Jean Charpentier, bourgeois de Soissons, mort en1687, maissant pour héritiers : Pierre Charpentier, greffier au siège présidial de Soissons, Michel Charpentier, conseiller du roi au même siège ; Marie Charpentier, femme de Pierre Charré, conseiller du Roi , receveur des decimes au diocèse de Soissons et greffier en cheef dudit siège présidial ; Jeanne Charpentier, fille majeure ; Louis, Anne et Pierre Michel Charpentier, enfants de JEan Charpentier le jeune et de Anne Hamby sa femme, remariée à Antoine Berthemet, avocat en parlement à Soissons.
La maison du Petit Marais passa à Pierre Charré qui en fit la déclaration au terrier de Saint-Médard le 15 mars 1691, avec 24 pièces de terre, près, etc., en dépendant.
Après lui elle vint à Nicolas Quinquet de Monjour, Procureur ès-sièges royaux de soissons et à Anne Charpentier sa femme, nièce de Pierre Charré. Ceux-ci firent leur résidence d’été de la propriété qu’ils louèrent cependant en 1717 et en 1726, mais sous la réserve expresse du principal corps de logis, du jardin et de la liberté de l’écurie. M. le procureur et sa dame ne venaient à Berny-Rivière qu’en carrosse.
Appelé à la prévoté d’Oulchy, Nicolas Quinquet dut abandonner sa résidence qu’il loua dès lors, avec toutes ses propriétés, sans réserve, le 25 mars 1733, moyennant 90 livres et 2 paires de poulets.
Définitivement fixé à Oulchy-le-Château la famille Quinquet vendit le Petit Marais à Louis Guesnon de la Rosière, écuyer du cardinal de Bernis, par contrat passé devant Oblet, notaire en ce lieu le 2 novembre 1760.
Mr Guesnon de la Rosière, décéda dans cette maison où il s’était retiré, le 16 août 1807, âgé de près de 85 ans.
Vendur à Soissons, avec toutes les propritétés, de sa succession , en 1809, elle fut occupée depuis par la famille Flobert, puis par la famille Gruin. Un membre de celle-ci vient de la vendre dernièrement à une personne qui nous est inconnue.
La propriété n’étant plus habitée depuis plusieurs années , demande aujourd’hui les soins d’un rétablissement tout particulier.

8. La maison de Rozet. Joli fief en 1720 – La Roche en 1722 – Les Roches ou autrement Rozet en 1784

Cette propriété fait partie du hameau de ce nom auquel elle a donné son nom.
Au commencement du XVIIe siècle, elle appartenait à LouisCollart qui la laissa en mourant à divers héritiers, entre autres , à sa soeur , mariée à Claude Hébaert, bourgeois de Soissons, laquelle rachera la part de ses co-héritiers.
La maison était frappée d’un surcens de 35 sols de rente que l’église de Berny-Rivière avait le droit de prendre tous les ans le jour de la Saint-Martin, Claude Hébert s’affranchit de cette obligation en rachetant le surcens au curé Laurent Moutardier, moyennant 34 livres de capital , le 21 mai 1629.
En 1666, Nicolas Hébert (1), trésorier de France en la génénralité de soissons, était propriétaire de la maison de Rozet dont il louait le jardin fermé de murailles à Jean Foucrt, jardinnier à Vic-sur-Aisne.
En 1705 elle était passée aux mains de son fils, Nicolas François Hébert, écuyer du roi. Marié à Marie-Anne Dutot de Villefort, fille de feu messire dutot, seigneur de Villefort et lieutenant colonnel de cavalerie, il vint avec sa femme habiter pendant plusieurs années , le domaine de Rozet, qu’il embellit considérablemen. En 1720 il le décora même du nom de Joli fief.
Pendant le séjour des deux époux à Berny-Rivière, il leur est né plusieurs enfants :
1. Jean JaAcques Louis Hébert, le 1 août 1718, qui eut pour parrain l’abbé commandataire Dutot et pour marraine, madame veuve Nicolas Hébaert, sa grand-mère.
2. Anne Jeanne Angélique Englose Hébert le 20 décembre 1719, tenue sur les fonts de baptême le 20 janvier 1720 par JEan de Roquevert, chevalier seigneur de La Magistère, premier sous -lieutenantde grenadiers à cheval du roi, chevalier de Saint-Louis, et par Louise Angélique Victoire Silvie de Varorel, ses parrain et marraine.
3. Marie madeleine ROse Augustine Hébert mise en nourrice à Ressons-le-Long où elle fut baptisée le 28 novembre 1720 et morte le même jour.
4. Marie Antoinette Armand Hébert le 4 décembre 1721 dont le parrain fut Antoine Levesque, fils de feu Antoine Levesque, président et bailli du comté de Soissons; et la marraine Marie Marguerite Beaudessons de Villesavoye.
5. et Anne julie Hébert le 29 janvier 1723, baptisée le 30 par FRançois Hébert et anne Jeanne Angelique Englose Hébert ses frère et soeur et ses parrain et marraine.
En 1726, Nicolas FRançois Hébert, qui s’intitulait sieur de Joli fief, était contrôleur en la généralité de Soissons pour les droits et deniers du roi.
Il vendit plus tard son domaine de Rozet à un sieur Langlois qui possedait déjç une maison en face de sa propriété.
Le 16 mars 1784, devant Lecompte et son confrère, notaires à Soissons, Louis guesnon de la Rosière, avocat au parlement, racheta du Sieur Simon Louis Langlois de Soissons, la maison dit “des roches” ou autrement nomlée Rozet avec des terres audit lieu, moyennant 21 000 frances.
M. de Rosière fit bail de Rozet pour 9 ans le 9 décembre 1802 à Jean-Baptiste Miraux, jardinier et à Mathurine Suzanne Joly sa femme, moyennant 300 francs de loyer.



[Partie 14)



A l’acte, où la jouissance est remontée au 22 décembre 1800, la désignation de l’immeuble est ainsi faite : Une grande maison sise à Rozet, consistant en un corps de logis de maître couvert en tuile auquel on arrive par un escalier à simple rampant avec perron et rampe de fer, porte vitrée à deux battants, vestibule ; à gauche, une salle servant de cuisine ; à droite, deux pièces, une salle à manger, une chambre à coucher avec cabinet, grand grenier sur le tout. A la suite, un bâtiment neuf couvert en chaume, avec chambre à feu par bas, chambre au-dessus et grenier encore au-dessus, escalier en bois et échelle pour le grenier ; basse-cour avec grande porte à claire-voie où se trouve une maison de vigneron, cellier, grande cave, petite cave, étable à porcs, grange, étable à vaches, fournil ; tous ces bâtiments couverts en chaume. Grand jardin fermé de murs de clôture et de terrasse ; porte sur le chemin de Fontenoy qui fait aussi l’entrée de la maison de maître ; porte à doubles venteaux et à barreaux peints en vert ; porte dite de l’aulnoie. Grand réservoir empoisonné au milieu du jardin, lequel jardin est planté d’arbres fruitiers au nombre de 77, tant poiriers, pommiers, pêchers, abricotier, figuiers que pruniers reine-claude ; une petite cave se trouve en haut du jardin. Le tout tient d’un lez et par-devant à la rue de Rivière, d’autre au bailleur ; d’un bout vers occident au bailleur et à COQSET, d’autre vers orient aux héritiers VENON et autres.
La maison de Rozet fut vendue avec tous ses biens de la succession de M. de la Rosière au tribunal civil de soissons en 1809, et ceux-ci rachetés par les frères Deflenne qui se les partagèrent entre eux. La propriété échut à l’un des deux frères qui l’habita et le domaine fut encore divisé à la mort de celui-ci.
“Depuis longtemps Rozet appartient à plusieurs propriétaires et le réservoir empoissonné a disparu.”
“Aujourd’hui, Rozet est représenté par les demeures de M. Blanjot-Laruelle, manouvrier, et M. Bergongne, marchand de vins en gros. C’est ce dernier qui occupe la maison de maître, ancienne résidence de M. Hébert, seigneur de Joli fief.”

9. Vaux

Vaulx – Soubz – Confrécourt en 1595. – Le hameau de Vaux, au dessus duquel est bâtie la ferme de Confrécourt, est situé à l’extrémité orientale du territoire, non loin du hameau de Port et dans un petit vallon creusé par le ruisseau qui porte son nom, affluent de l’Aisne après un parcours de 1,457 mètres.
Mathilde DE TOULOUSE, abbesse de Notre-Dame de Soissons, fut reconstruire au XII° siècle l’église abbatiale sur une détermination des plus singulières. Voici la légende, telle que nous prenons à la page 305 du tome II des Annales du diocèse de Soissons, de l’abbé PECHEUR.
« Un jeune gardeur de troupeaux du village de Vaux, sur la rivière d’Aisne, près de Gonfroicourt (Confrécourt) et de Fontenoy, ayant eu aux pieds le mal des ardents et ayant été guéri à Notre-Dame voulut y retourner pour remercier la Sainte-Vierge, mais sa mère s’y opposant, il demanda à Dieu de la forcer de lui accorder sa demande en lui renvoyant ses anciennes douleurs. Dieu se rendit à ses désirs. Frappé de nouveau, il retourna à Soissons avec sa mère et fut encore guéri. Comme il y était, il vit en songe la sainte Vierge prier son fils divin d’éloigner le fléau ; il l’entendit en même temps se plaindre de ce que son temple était bien inférieur aux autres, et son fils de lui répondre qu’il lui ferait arriver d’au-delà du Rhin et de la mer des trésors pour la rebatir. L’enfant racontant cette vision ajoutait : que Dieu affligeait le peuple de Soissons parce qu’il négligeait de rebatir le temple de sa Mère. C’était du reste un prodigue que ce jeune pâtre. Il récitait en vers improvisés toute l’histoire ancienne et l’Evangile, avec autant d’exactitude que s’il eût le livre à la main. Il mourut au temps qu’il avait indiqué, c’est-à-dire un mois après sa guérison.              Jeanne GRUET, femme de Menault DORCIAL, seigneur de la Chapelle, possédait à Vaux un domaine lui venant de Roger GRUET, son père. En 1580, ce domaine se composait de plusieurs maisons à Vaux, et de 54 esseins de terres, prés et bois, situés tant audit lieu que sur d’autres points du terroir. Il était d’un revenu de 37 esseins de grains, tant blé, méteil, qu’avoine. En 1600, les héritiers de la veuve DORCIAL divisèrent et vendirent la propriété à plusieurs.

L’ANCIEN CHATEAU DE VAUX
On dénomme ainsi à Vaux, la maison aujourd’hui occupée par Mme veuve PERRIER-LAVIOLETTE, parce qu’elle rappelle le souvenir d’anciens personnages nobles qui l’ont habitée avant la Révolution.
Elle ne fut jamais, à proprement parler, un château, encore moins un manoir féodal, mais bien plutôt une résidence agréable bâtie dans un site délicieux, où les propriétaires, représentants de noblesse de robe, aimaient à venir se délasser de leurs fonctions en même temps que goûter un repos qu’ils n’avaient pas toujours dans les villes.
Propriétaires avant la Révolution.
1.Philibert DE RENTY
Les premiers possesseurs connus de la maison de Vaux sont les époux DE RENTY, qui se firent donation mutuelle de tous leurs biens, meubles et immeubles, pardevant Jacques ALLAR et Claude CARRIIERE, notaires à Compiègne, le 5 décembre 1569.
Philibert DE RENTY, écuyer, qui avait épousé Louise DE MARQUEMONT, était le frère de Charles DE RENTY, écuyer, seigneur du fief champêtre à Fontenoy.[1]
Philibert DE RENTY fut un ardent ligueur et se créa en guerroyant pour la « sainte cause » des embarras surtout financiers, comme on le verra par la suite, et qui causèrent plus tard la ruine de sa femme devenue veuve. Il était aussi un noble cultivateur possédant bestiaux en son étable ; en effet, on voit un habitant de Port, Nicolas GRUGIE le jeune, lui passer, le 25 novembre 1579 une reconnaissance de 15 livres tournois pour la location d’une vache pendant trois années. D’autres preuves surgissent de l’acte suivant.
Louise DE MARQUEMONT étant tombée gravement malade, fit appeler le notaire de Vic-sur-Aisne, Jean PICART, et lui dicta son testament, le vendredi 14 décembre 1582.
Les ordres de dernière volonté renfermés dans ce testament sont assez curieux pour que nous nous permettions d’en extraire quelques passages pour nos lecteurs, en conservant la forme et l’orthographe du temps. Les voici :
« Premièrement, a recommandé son âme à Dieu, à la vierge Marye, monsieur sainct Martin son patron et à toute la saincte trinitté de paradis, veult et ordonne sitost après sa mort son corps estre inhumé dans l’église en sa paroisse de Berny, au lieu et endroit ou a esté inhumé sa feue nièce et veult sondit corps y estre porté par huict hommes des plus pauvres indigens de la dite paroisse à chacun desquels elle donne pour leur sallaire deux essins blé méteil.
« Item, à ordonné pour ses services, en nombre quatre, estre chanté et cellébré en ladite église 72 messes hautes et basses en l’honneur de Dieu et des 72 disciples qui sera à chacun faict 18 messes aveq vigilles et dommandasses en la manière acoustumée.
« Pour son lumynaire elle a ordonné 12 torches chacune de deulx livres de cire qu’elle veut estre portées ardentes par 12 enffans orphelins, à chacun desquels elle donne ung habit de drap noyr pour son doeuil.
[1] Les DE RENTY, qui plus tard firent preuve de noblesse depuis 1495, portaient pour armes « d’argent à trois doloirs de gueules, deux et une, les deux du chef adossées. »



[Partie 15]

“Aveq un ténébreux et quatre autres cierges pour tenir ordant à costé de sondit corps tant durant le convoy que dedans ladite église, le tout pesant 12 livres de cire.
” Done à laD. église pour estre posé en la place du sierge bénit un gros sierge pesant 40 livres et pour et encore 12 oultres sierges chacun deulx livres de cire pour poser et tenir ardant signament durant lesditss services devant l’hostel Notre-Dame , le tout de cire vierge syl sen peult tant recouvrer.
“Donne aussy à ladite église ung drap des morts d’étouppe de velour nor frangé de soye, la paincture en crois dessus de satin de bour blancq sur lequel seront despraint ses armoirys et sera ung an entier du jour de son tespas sur sa tombe avant que destre apliqué à lad. église.
“…a fondé quatreobits solempnels…pour lesquels elle a donné à l’église quatre essins de terre et quatre setiers de vigne…
“…adonné à Blanche Poquelin femme de Siméon Levasseur , de Beauvais, une maison à elle appartenant audit Beauvais, el la rue du Puits Ocliane…
“…A aussy donné et veult estre délivré à Catherine de Gorgias, femme de Antoine Barat, demeurant à Suessons, une robe, une cotte et ung chapperon des habits de la. Demoiselle testateresse aveq vingt livre tournois argent pour une foys.
“Item en oeuvres méritoires elle adonné et donne à chacun des pauvres habitans de lad. paroisse de Berny qui ont cy devant vendu aud. escuier son mary et à elle des héritaiges, et qui aujourd’huy sont indigents et necessiteux , veult qu’il leur soit rendu et remys sa part et moityé desdits acquets pour en joyr par eulx comme auparavant lesd.venditions affin qu’ils prient Dieu pour l’âme de lad. damoiselle testateresse.
“Pour semblables causes, elle a aussy donné et veult estre délivré et departy aux pauvres indigens et mendians de ladite paroisse toutes les dettes actives qui peuvent estre deues à lad. testateresse pour une foys tant par obligations, cédules que autrement, partissant contre ledit escuier son mary.
“Pareillement a donné à Jehanne Horville, femme et vefve de feu Guy !barbier, ung corset de drap noir et une vache ; et encore ung corset de drap nour à Anthoinette Barbier, sa fille, pour porter son deul.
” a aussy donné à Jehanne Myonnier, vefve de Claude bouzy, sa chambrière servante outre ses loyers, une autre vache.
“A Loys Wiart, donne pareillement oultre ses loyers et peinnes, 10 livres tournois , et à Gervaise Wiart, sa soeur, 6 livres tournois pour une foys.
” Et à chacun de ses fillieux et filloles de lad. paroisse de Berny, a donné et donne 8 livres tournois pour une foys, à la charge de prier Dieu pour son âme et assister à son enterrement et services.
“Enfin elle a donné à François de Martineau, escuier seigneur de Ravias et de Bitry en partie, la cinquième partie de tous ses biens immeubles, sans vouloir préjudicier autrement à la donation faite à son mari , le 5 décembre 1569….”
Philibert de Tenty et Louise de Marquemont signaient aux actes : le mari ; Phylbert de Renty ; et sa femme Loyse de Marquemont.
Pendant les troubles de la ligue, le siegneur de Renty, fougueux ligueur, était sans cesse par voie et par chemin, escarmouchant de droite et de gauche aux alentours de son “château”. Avec sa femme, en compagnie de deux seigneurs des envirions, Georges de Vidal, escuyer, sieur de Fleury, demeurant à erry, et Noël Labouret , receveur du domaine au comté de Soissons, sieur de Rollande, -ferme de Saint-Pierre -les-Bitry-ils envahirent en 1588 l’hôtel de Georges de laffrenée, seigneur de Brucy à Vic-sur-Aisne, et lui enlevèrent ou saccagèrent ses meubles.
Ceci se passait en l’absence du seigneur de Brucy qui suivait le parti du roi ; mais son frère Josias de Leffrenée, prenant ses intérêts intenta contre les auteurs une instance extraordinaire pardevant le lieutenant de l’exemption de Compiègne, dans laquelle intervint, le 5 octobre 1588, Siméon Dumont marchand en cette ville , qui se constitua pleigne et caution pour les coupables.
L’année suivante Henri III ayant été assassiné par Jacques Clément, Georges de Laffrenée suivit son successeur, Henri IV , et prit part au siège de Vic-sur-Aisne en 1590.
Arrété par les ordres de l’abbé de Saint-Médard, il fut condamné pour crime de forfaiture et décapité en 1591. Alors, son frère Josias rouvrit l’instance de 1588 et appela Siméon Dumont , caution des auteurs de la cause. Dumont voulut se soustraire à l’appel, mais il fut condamné à payer 2000 écus à Josias de Laffrénel , par sentence du 25 juin 1592, et pour échapper à la contrainte par corps, qu’on voulait exercer contre lui, il dut emprunter cette somme à de hauts intérêts. Il engageait lui-même des poursuites contre les cautionnés lorsque Philibert de Renty mourut à Soissons, en 1593, laissant tous ses biens à ses héritiers et à sa veuve qui fit revenir son corps à Berny-Rivière.

2.Louise de Marquemont, Ve de Renty
Les poursuites de dumont aboutirent à la condamnation de la veuve de Renty, du seigneur de Vidal et de Noël Labouret. La sentence prononcée par les juges du baillage de Compiègne, les obligeait au paiement d’une somme de 9000 livres, capital et intérêts, envers leur caution . Les condamnés interjetèrent appel du jugement à la cour du parlement de Paris et attendirent les évènements.

[Partie 16]

Tombée malade à nouveau, Louise DE MARQUEMONT fit un autre testament, le 18 septembre de l’année 1600, où toutes les dispositions précédentes sont changées. 
Elle ordonne être inhumée dans l’église de Berny-Rivière, sous le même tombeau où est enterré son mari, et veut y être portée par quatre cordeliers.
Ordonne encore pour le salut de son âme trois services solennels, à chacun d’eux 18 messes, savoir : 12 hautes et 6 basses. 
Veut un luminaire de 12 livres de cire converties en 12 torches, 2 cierges et un ténébreux.
Remet à l’église de Berny, la pièce d’héritage qu’elle et son mari ont acquis des marguilliers de celle-ci dans un moment de nécessité.
Donne encore à l’église un setier de vigne pour le vin de communion servant aux paroissiens le jour de Pâques ; et trois pichets de terre pour un obit le jour anniversaire de sa mort.
Remet et donne à ses débiteurs tout-ce qu’ils lui doivent soit par obligations, cédules ou autrement, excepté eux qui lui ont emprunté pour la cloche de l’église, lesquels seront tenus de verser leurs deniers lorsque les habitants de Berny auront décidé de refondre celle-ci. Et lorsqu’on la refondra, elle veut encore que ses exécuteurs testamentaires ou ses héritiers « baillent 5 écus sols » à l’église pour aider aux frais.
Remet encore à Georges DE VIDAL, écuyer, seigneur de Fleury et de Villers-sur-Authie, la moitié des arrérages qu’il lui doit pour argent prêté. 
Donné à David DE VIDAL, fils de Jean DE VIDAL, la somme de 20 écus sol pour l’achat d’un cheval qui lui servira de monture lorsqu’il sera en âge. 
A Catherin DE RENTY, fils de Michel DE RENTY, écuyer à Fontenoy, 30 écus sol, aussi pour l’achat d’un cheval quand il sera dans l’âge. 
A Charles DE CHRETIEN, fils d’Isaac DE CHRETIEN, écuyer, 20 écus sol pour la même cause.  
Donne tous ses immeubles à Antoine DE DAUSSE, écuyer, seigneur de Dominois, son cousin germain, et à Charles DESTOURMEL, écuyer, seigneur d’Herville et de Thieux et Antoinette DE LIEUVIN, sa femme et sa cousine germaine, pour les bons services qu’ils lui ont rendus en ses affaires au pays de Beauvoisis.
Donne au fils de Pierre MARQUEMONT, de Vic-sur-Aisne, 5 écus sols, afin qu’il prie Dieu pour son âme.
A Louise DEFENTE, sa filleule, une pièce de terre de quatre essins, en Drunel.
A Mathieu DESMAREST, son serviteur, deux écus sols au par-dessus de ses loyers. 
 A Florence ROLLART, sa servante une génisse sous poil rouge et blanc.               A Rachelle CREPIN, sa petite servante, un écu sol outre ses services.  
A ARNOULT, son petit valet et à Adrien HORVILLE, à chacun d’eux 40 sols. 
Par un codicile du 15 mars 1601, elle a ajouté les dons suivants : 
A Louise DEFENTE, sa filleule, une génisse de l’âge d’un an.
A Georges DE VIDAL, l’autre moitié des arrérages dus.
A Guillemettre DE RENTY, sa filleule, fille de Michel DE RENTY, 30 écus sol, etc., etc… 
La veuve DE RENTY revint à la santé et fut marraine en 1602, de la cloche de l’église de Berny-Rivière, dont elle parle dans son dernier testament. Le 20 décembre de cette année, changeant une fois de plus ses dispositions, elle fit donation pleine et entière de ses meubles et immeubles à Antoine DE DAUSSE, écuyer, sieur de Dominois, pays de Ponthieu, son parent. L’acte fut passé devant un notaire de Soissons. 
Trois jours après, le 23 décembre 1602, le seigneur de Dominois donna à bail pour trois ans, la maison de Vaux avec les terres en dépendant, à Jean DE ROCHEBARON, écuyer à Berry-sur-Aisne (Berry-au-Bac), à la redevance de 200 livres tournois par an.
Mais Simon DUMONT, de Compiègne, n’était pas désintéressé des 9,000 livres que lui avait obtenues le jugement prononcé contre la veuve DE RENTY et consors ; il n’approuva pas la donation, et sans attendre l’issue de l’appel interjeté en la cour de Parlement de Paris, resté indécis, il exigea le paiement immédiat de la somme et reprit d’actives poursuites. Devant celles-ci le sieur DE DAUSSE s’inclina et le 18 octobre 1604, renonça purement et simplement au bénéfice de la donation à lui faite deux ans auparavant par la veuve DE RENTY.
Louise DE MARQUEMONT prit alors un parti extrême. Pour demeurer quitte envers DUMONT, elle lui fit donation, le 11 novembre 1604 « de la maison, corps d’hôtel, couverte de tuiles, grange, colombier, étable, jardin, séant à Vaux, avec onze muids de terre, prés, bois, taillis, etc. sis audit Vaux, à Rivière et à Fontenoy ; de ses meubles, rentres, dettes actives, etc… » A la charge de lui livrer sa vie durant, tous les ans le jour de Saint-Martin, deux muids de vin clairet, jauge du Soissonnais, 24 essins de blé, mesure d’Attichy, 30 livres tournois d’argent et six sommiers de bois. Par exception, le premier paiement devait se faire au Noël suivant. La donatrice réservait à son profit deux lits garnis et deux vaches, l’une à son choix, l’autre à celui de DUMONT, tous les meubles qu’elle avait en une petite chambre où elle habitait dans la maison donnée, et les habits à son usage. Sur les meubles elle pouvait tester jusqu’à concurrence de 60 livres tournois seulement, le reste retournait au sieur DUMONT, après son décès.

[Partie17]

III. – Siméon Dumont

La veuve de Renty mourut peu de temps après la donation, et Siméon Dumont vint habiter le domaine de Vaux.
Le 8 janvier 1607, il parvint à recouvrer sur Georges de Vidal, écuyer, demeurant à Berry, la somme de 3,000 livres pour son tiers en l’affaire des meubles Laffrenée. Nous n’avons pu savoir s’il put se faire rembourser par Noël Labouret ou ses héritiers, du dernier tiers, Dumont était veuf de Marie Lepescheur qui lui avait laissé trois enfants :
1° Anne Dumont, mariée à Antoine Leclercq, marchand à Compiègne, morte après lui avoir donné une fille, Marie Leclercq, qui fut élevée chez son grand-père à Vaux. Elle épousa à Berny-Rivière, le 20 décembre 1618, François Leroy, laboureur à Saint-Aubin.
2° Charles Dumont, qui fut marchand à Soissons.
3° Et Antoinette Dumont, qui eut pour mari, le 4 février 1614, Pierre Morant, marchand à Soissons, fils d’Antoine Morant, marchand en la même ville.
Siméon Dumont donna à sa fille Antoinette par contrat de mariage, 50 livres tournois de rente, et 24 esseins de blé, gros méteil, mesure de Compiègne, aussi de rente annuelle payables à la Saint-Martin ; avec 1,000 livres tournois qui devaient entrer dans la communauté le jour de la célébration du mariage.
En 1619, Dumont vendit la maison de Vaux et ses dépendances au seigneur d’Annel.

IV. – Nicaise de Billy

Nicaise de Billy, seigneur d’Annel, fit occuper son nouveau domaine par Charles Mullet, écuyer, puis en 1621 l’échangea avec François de Péhu, aussi écuyer, demeurant à Thourotte. Charles Mullet quitta Vaux, pour faire place au nouveau propriétaire : il alla habiter le château de la Quincy, à Nanteuil-la-Fosse, où il était en 1624. En 1631, il demeurait à Vauxrezis. Nous ne savons pas ce qu’il devint par la suite.

V. – François de Péhu

François de Péhu, vint habiter la maison de Vaux, dans le cours de l’année 1623, avec sa femme, Catherine de Lubray, laquelle avait une sœur, ou une parente, Jeanne de Lubray, mariée à Bernard Saullon, vigneron à Berny-Rivière.
Les époux de Péhu, qui furent sans enfants, s’étaient mariés par contrat passé devant Guillaume Maroteau, notaire au baillage et comté de Chaumont, le 16 janvier 1596.
François de Péhu avait deux sœurs : Charlotte, aveugle de naissance, qui résidait avec lui, et Marguerite, mariée à François Dupré, écuyer, demeurant à Bienville, mort laissant quatre enfants, deux garçons, Jean et Laurent, et deux filles, Marguerite et Anne. Marguerite Dupré, épousa à Berny-Rivière, le 17 octobre 1623, Charles d’Agincourt, écuyer, fils de Jacques d’Agincourt, décédé, et de Rachelle de Vidal, remariée avec Claude de Mailly, écuyer, sieur de Signy, demeurant à Vauxrezis. François de Péhu, son oncle, lui donna en mariage « six esseins de blé, méteil et un habit à son usage. »
Marguerite de Péhu étant morte en 1626, Anne Dupré, sa seconde fille, se retira chez son oncle à Vaux et y épousa, le 18 mars 1636, à l’âge de 28 ans, Pierre Méresse, d’Audignicourt, âgé seulement de 26 ans.
Charlotte de Péhu, sœur de François, mourut aussi en 1626, après avoir fait son testament le 27 janvier de cette année, par lequel elle instituait pour légataires, ses frère et sœur, neveux, filleule et serviteurs dans les termes suivants :
« Pour récompenser, rémunération et bons plaisirs qu’elle a reçus de François de Péhu, écuyer, son frère, et de Catherine de Lubray, son épouse, depuis vingt-cinq ans entiers qu’elle s’est retirée avec eux, et qui sans discontinuation lui ont administré ses vivres, ses aliments et autres entretiens, subvenu à toutes ses affaires et nécessités et spécialement à sa conduite pour ce que de tout temps elle est privée de la vue… donne auxd. sr et de de Péhu tous ses biens immeubles pour en jouir leur vie durant seulement. Et quant à ses biens meubles, habits et vêtements qu’elle peut avoir en l’hôtel du sr de Péhu, son frère veut et entend qu’il en dispose soit pour subvenir à ses frais de funérailles ou autrement, sauf et réservé sa robe de serge ‟dacost” une cotte déteinte et vieille, une paire de brassière de ”futesne‟ blanche, ses collets et coiffures qu’elle donne à Marie Mullet, sa filleule, fille de Charles Mullet, écuyer, demeurant à la Quincy ; – deux chemises, un devanteau de serge drapé, un autre de toile de lin, et une paire de brassière en violet, à Marguerite de Péhu, sa sœur ; – et encore une chemise, un bonnet de laine, à Marie Vellue, servante du sieur de Péhu.
A aussi donné à Jean et Laurent Dupré, ses neveux, à chacun 32 sols pour une fois.
A Pierre Pillet, serviteur domestique dudit sieur de Péhu, 16 sols aussi pour une fois.
Et à Madeleine Poittevin, aussi servante du sieur de Péhu, 16 sols et une chemise, afin que tous les susnommés aient l’occasion de prier Dieu pour son âme. »…
Catherine de Lubray fit donation de ses biens, le 30 décembre 1633, à son mari et décéda quelque temps après.
François de Péhu devenu veuf resta deux ans en la compagnie d’Anne Dupré, sa nièce, mais une fois qu’il l’eut mariée à Pierre Méresse, il pensa à vendre son domaine de Vaux. Et de fait il le vendit le 23 septembre 1637, à François de Crécy, seigneur de Pargnan.

VI. – François de Crécy

François de Crécy acheta la maison de Vaux et toutes les terres en dépendant, montant à environ 400 esseins (76 hect. 56 ares) avec un pressoir assis à Rivière, des rentes et surcens tant en argent que poules, etc., moyennant la somme de 13,500 livres tournois, savoir : 12,000 livres pour les propriétés, et 1,500 livres pour les labours et amendements, et les ustensiles de culture. Sur cette somme le seigneur de Pargnan paya 4,500 livres le 15 décembre suivant ; quant aux 9,000 livres tournois restant, il dut en servir une rente annuelle de 500 livres jusqu’au parfait remboursement, qui n’avait pas encore eu lieu en 1645, année de la mort du seigneur de Péhu. Ses héritiers, Pierre Méresse, d’Audignicourt et sa femme, Anne Dupré, furent autorisés le 2 mai 1645, à lever une seconde grosse du contrat de vente – la première étant égarée – pour poursuivre le recouvrement.
François de Crécy avait un frère, Antoine de Crécy, écuyer à Oeuilly ; ces deux seigneurs, dont la noblesse de famille remontait à 1506, portaient pour armes : « d’argent à un lion de sable armé et lampassé de gueules et couronné d’or. »
Dès le début de son acquisition, François de Crécy habita Vaux avec son épouse Isabelle de Hédouville de laquelle il eut à Berny-Rivière, Marie de Crécy, dont le parrain fut Pierre de Crécy, et la marraine Françoise de Lafons, le 3 juillet 1638.
Plus tard il loua le domaine à un fermier, et c’est en cette qualité qu’Antoine Perronneau l’habitait en 1650.
Enfin il le vendit à Claude Cuiret vers 1660.


[Partie 18]

VII. – Claude Cuiret

Claude Cuiret, conseiller du roi, était receveur de tailles de la généralité de Soissons. Il portait pour armes : « de vair à un chef de gueules chargé d’un lion naissant d’or. »
Celui-ci apporta de grandes améliorations à la propriété en faisant reconstruire la maison, à son usage particulier, en l’année 1661, date qui se voit encore au-dessous d’une corniche dans le pignon faisant face au sud. Plus tard il fit élever à la suite, plus bas, vers le nord, une demeure à l’usage de ses fermiers.
Les deux habitations existent toujours avec les modifications qui y ont été apportées depuis.
Claude Cuiret fut parrain de la petite cloche de l’église de Berny-Rivière au 5 juillet 1669.
Claude Cuiret qui habitait à Soissons, sur la paroisse de Notre-Dame-des-Vignes, avait épousé Barbe Bertherand, décédée avant lui, laissant une fille, Jeanne-Françoise Cuiret, comme seule et unique héritière.
Celle-ci épousa Jean-Baptiste Bouchel, écuyer, conseiller du roi en la ville de Soissons et avocat au bureau des finances, fils du feu Claude Bouchel, seigneur de Virly, officier du duc d’Orléans, et d’Elisabeth de Neuville.
La bénédiction nuptiale fut donnée aux deux époux, dans l’église de Berny-Rivière, le 22 février 1700, par Pierre Cuiret, docteur de Sorbonne, chanoine de la cathédrale de Soissons.
Le 13 mai 1704, devant Calais, notaire à Soissons, Claude Cuiret donna la ferme nouvellement bâtie, à loyer avec les terres y attachées, à Jean Dubourcq, laboureur et à Marie Deflenne, sa femme.
Il mourut quelque temps après, laissant ses biens à sa fille, qui, au commencement du 18è siècle, lors du recensement des armoiries, déclarait porter : « d’azur à 14 pièces de vair d’argent, posées 5, 4, 3 et 2, et un chef de gueules chargé d’un lion naissant d’or accosté de deux étoiles de même. »

VIII. – Jean-Baptiste Bouchel

Jean-Baptiste Bouchel, écuyer, seigneur de Virly et de Jouaignes en partie, devenu possesseur du domaine de Vaux par sa femme, Jeanne-Françoise Cuiret, demeurait aussi à Soissons. Comme à son beau-père, la nouvelle propriété ne lui servit que de résidence passagère.
Le 13 janvier 1717, il renouvela le bail de la ferme de Vaux aux époux Dubourcq et aux conditions suivantes : Dans le jardin de la maison, appelé jardin de devant, compris au bail, le bailleur se réserve la terrasse et huit hottées de fruits provenant des arbres fruitiers. – Les preneurs devront fournir 100 bottes d’échalas tous les ans à 50 par botte et la paille nécessaire pour la vigne du bailleur ; 30 paires de pigeonneaux rendus à Soissons ou pris à Vaux, au choix du bailleur ; et 100 gerbées à prendre sur les lieux. – Annuellement ils viendront à Soissons avant la vendange « quérir » les futailles du bailleur et lui feront garder une vache aux champs pour ses besoins personnels.
La redevance fut fixée à 500 livres de loyer.
Jean-Baptiste Bouchel de Virly portait : « d’azur à un chevron d’or, accompagné de trois étoiles de même. » Il mourut vers 1720, et sa veuve après 1730. Les propriétés qu’ils possédaient passèrent à leurs enfants : Claude-Joseph et Claude Bouchel de Virly.

IX. – Claude Bouchel

Claude-Joseph Bouchel qui se faisait appeler « de Sancy », fut officier à Soissons, en 1735, bourgeois de Paris en 1740, et enfin officier « de chez le roi » en 1747. Il épousa Marie-Anne Pottier, et en dernier lieu habitait Goussancourt.
Claude Bouchel qui ajoutait à son nom celui de « Destournelles » était conseiller du roi et lieutenant de l’élection de Soissons en 1732. C’est à lui qu’échut le domaine de Vaux.
En 1740 et en 1746 il prenait le titre de capitaine de milice au bataillon du Soissonnais.
Dans une visite que lui fit son frère, Joseph Bouchel de Sancy, alors veuf, en sa résidence de Vaux, celui-ci y mourut subitement le 14 octobre 1747, à 7 heures du matin. Le lendemain, on l’inhuma au cimetière de Berny-Rivière.
Dans la ferme de Vaux, aux époux Dubourcq, avait succédé Lambert Ledent. Le 24 avril 1748, Claude Bouchel Destournelles assista au contrat de mariage de Marie-Marguerite Ledent, fille de son fermier.
En 1756, c’est François Dupré qui était fermier de Vaux. Claude Bouchel mourut vers cette époque laissant ses biens à son fils.

X. – Claude-Joseph Bouchel

Claude-Joseph Bouchel de Virly, écuyer, conseiller du roi, avocat au bureau des finances de la généralité de Soissons, avait épousé Marie-Madeleine Herbin, fille unique de Claude-Jean-Toussaint Herbin, décédé bourgeois de Soissons.
Ces deux époux furent parrain et marraine le 1er juin 1761, de la cloche nommée Marie-Josèphe, en l’église de Berny-Rivière.
Le mardi 13 mai 1766, Claude-Joseph Bouchel assista au mariage de Pierre Lambin, de Jaulzy, avec Marguerite Dupré, fille de François Dupré et de Françoise Jacquin, ses fermiers, tous deux décédés.
Lambin entra à la ferme de Vaux avec sa femme et continua l’exploitation des époux Dupré, ses beaux-parents. M. Bouchel de Virly consentit un bail de 9 ans aux nouveaux mariés, le 19 octobre 1766, de la même ferme avec 93 pièces de terre, prés, bois et héritages divers, sis aux terroirs de Rivière et de Fontenoy, moyennant une redevance de 750 livres en argent, 20 paires de pigeons, 4 chapons, 100 bottes d’échalas, moitié grands et moitié petits, la paille nécessaire pour lier et relier les vignes du bailleur et six esseins de blé méteil, mesure de Soissons.
En outre du loyer, les époux Lambin eurent des charges assez curieuses : ils devaient aller chercher le sieur bailleur et sa dame à Soissons, les amener à Vaux avec leur voiture, et les reconduire chaque fois que M. et Mme Bouchel le jugeraient à propos pour le besoin de leurs affaires. Pendant leur séjour à Vaux ils devaient aussi les mener à la messe à Berny-Rivière les jours de fête et les dimanches. Dans tous ces voyages ils livraient leurs chevaux. Ils les fournissaient encore avec les charrettes, tous les ans, pour aller prendre à Soissons les tonneaux et autres ustensiles à l’époque des vendanges, après lesquelles ils devaient mener trois muids de vin de la résidence de Vaux au domicile du bailleur, à Soissons.
Au moment de la Révolution, Lambin et sa femme étaient encore à la ferme de Vaux.
Claude-Joseph Bouchel de Virly est mort en sa maison de Vaux, le 30 mai 1776, à l’âge de 78 ans, et le lendemain inhumé dans l’église de Berny-Rivière, en présence MM. de Gaulier de Couvron, ses cousins issus de germains.
Après lui, Vaux fut habité par l’abbé de Montlinot.

[Partie 19]

XI. – Charles-Antoine-Joseph LECLERE DE MONTLINOT

Charles-Antoine-Joseph LECLERE DE MONTLINOT dont le nom nous est révélé par un acte du 11 septembre 1781, ne nous est pas autrement connu.               En 1784, Antoine JUDAS, plus tard vigneron à Vaux, se donnait comme domestique au service de l’abbé DE MONTLINOT, en sa campagne de Vaux. 
Le nom de M. DE MONTLINOT se voit au procès-verbal de réception d’une parcelle du bois de la vraie croix, envoyée de Rome, en date du 17 octobre 1785, conservé aux registres paroissiaux de Berny-Rivière. 
Il dut quitter Vaux dans le cours de l’année 1786. 
Selon toutes probabilités, M. LECLERE DE MONTLINOT n’était à Vaux que comme locataire, M. BOUCHEL DE VIRLY, mort sans postérité, avait dû laisser ses biens à ses cousins, le chevalier DE GAULIER DE COUVRON et Nicolas DE GAULIER DE COUVRON qui les vendirent au suivant, comme on en verra la preuve ci-après.

XII. – Antoine-Marc-Marie LEDUC DE LATOURNELLE

Antoine-Marc-Marie LEDUC DE LATOURNELLE, qui se faisait simplement appeler LEDUC-LATOURNELLE sous la Révolution, apparaît à Vaux dès le 5 février 1787. Il demeurait à Soissons où il était trésorier de France au bureau des finances, et avait épousé Marie-Thérèse MAUROY de Valenciennes. 
La preuve que l’acquisition du domaine de Vaux a été faite par M. DE LATOURNELLE des héritiers DE VIRLY, et non de M. DE MONTLINOT, comme on le pourrait croire, est titrée de deux actes d’échange passés avec Antoine JUDAS, vigneron à Vaux, et Geneviève PERRIER, sa femme, le 8 frimaire an II (28 novembre 1793) et 21 ventose an VI (11 mars 1798).
Dans le premier M. LEDUC-LATOURNELLE dit que ses biens lui proviennent des héritiers « VIRLY DE SOISSONS ». Dans le second il déclare les avoir acquis d’un « citoyen COUVRON ». 
Il faut tenir compte que la Révolution avait ôté la particule « de ».  Le sieur DE LATOURNELLE retiré à Versailles, y mourut en 1805. Sa veuve décéda à Vic-sur-Aisne, chez M.CLOUET, en son château, le 4 août 1807, à l’âge de 61 ans. La déclaration de son décès fut faite à la mairie le lendemain, par MM Garbiel-Henri DESFORGES DE VASSENS, propriétaire à Paris, son beau-neveu ; et Louis-Christophe GODART DE RIVOCET, propriétaire au Mont-Saint-Martin, son gendre par sa première femme décédée.

PROPRIETAIRES DEPUIS LA REVOLUTION

               A la mort de M. LEDUC DE LATOURNELLE, la succession fut recueillie par son fils, Antoine LEDUC DEPTESSON, propriétaire à Paris. Celui-ci avait changé le nom de LATOURNELLE en celui de DEPTESSON. Nous ne savons pour qu’elle cause.
LEDUC DEPTESSON vendit Vaux, le 17 avril 1830, à Charlemagne-Adrien BUCAILLE, propriétaire et cultivateur à Pernant. 
BUCAILLE, avec sa femme Eléonore FLOBERT, la revendit à Joseph-Anatole DUPIRE, médecin-dentiste à Paris, et à Clotilde-Ursule HAUDOIN, son épouse, le 24 décembre 1847.  
Les époux DUPIRE ayant été saisis dans leurs biens à la requête de Mme Adrienne-Alexandrine RINGUIER, épouse séparée de biens de M. Jean-Baptiste-Victor PERIER, ancien notaire avec lequel elle était domiciliée à Argenteuil, la maison de Vaux fut mise en vente à l’audience des criées du tribunal civil de Soissons, le 7 février 1855, et rachetée par M. Louis-Crépin DUDON, marchand de vins à Vic-sur-Aisne. 
Ce dernier avec Espérance-Adélaïde PARMANTIER, sa femme, et ses enfants, la vendit à son tour, le 1er mars 1865, à Vincent-Denis PERRIER, jardinier, et à Louise LAVIOLETTE, son épouse, de Berny-Rivière. 
A cette époque, Vaux était ainsi composé :
1° D’une maison, corps de logis couvert en tuiles et ardoises, divisé en quatre pièces à feu avec trois greniers et quatre mansardes dessus et cinq voûtes dessous ; deux de ces voûtes servant de cuisine et de cellier et les trois autres caves et aussi de cellier ; autres caves au-dessous de ces voûtes ; 
2° D’une Basse-cour dans laquelle étaient une écurie, une halle, un poulailler, des tecqs à porcs et des niches à lapins, le tout couvert de chaume ; 
3° D’un jardin, dit parterre, avec espaliers et arbres fruitiers situé au devant du principal corps de logis ;  
4° Et d’une prairie défrichée et drainée avec étang et canal au milieu, et bois au bout de la prairie.
Le tout, entouré en partie de murs, d’une contenance de 2 hectares 72 ares 35 centiares. 
M. PERRIER a apporté quelques changements à sa nouvelle propriété en faisant dessécher l’étang pour le livrer à la culture maraîchère, et relever le pignon sud du corps de logis à l’endroit où est située la corniche portant la date de 1661, qu’il a soigneusement respecté. Au-dessus de celle-ci est gravé le millésime de 1881, année de la modification subie par l’immeuble. 
M. Vincent-Denis PERRIER est mort le 1er septembre 1888, laissant quatre enfants, ses héritiers. La maison de Vaux est aujourd’hui habitée par sa veuve et son fils aîné. 
La ferme de Vaux que nous avons vu occupée par les époux LAMBIEN, au moment de la Révolution, est venue plus tard à la famille BRAILLE. 
C’est un locataire, M. DELANDHUI qui l’exploite de nos jours.

[Partie 20 ]

10. – LA FERME DE CONFRÉCOURT

Corbonificurtis en 893 ; – Gunfrecourt en 1203 ; – Gonfroucort en 1226 ; –  Gonfroicourt en 1236 ; – Confraucort en 1560.

La ferme fortifiée de Confrécourt faisait partie des nombreuses possessions de l’abbaye de Saint-Médard, quoique les anciens bâtiments d’habitation et d’exploitation n’existent plus, on peut juger par ce qui reste de ce qu’étaient au Moyen Âge ces grandes fermes fortifiées, exploitées par les moines eux-mêmes.
A l’extérieur l’enceinte est encore complète. Les hautes murailles avec leurs tours rondes et carrées, souvenir du XIIIè siècle, montrent des vestiges imposants.
A l’intérieur on visite avec curiosité une splendide grange à arcades ogivales de la même époque qui est une œuvre d’architecture gigantesque.
Un souterrain de sortie partant autrefois de l’ancien corps de logis aboutissait au milieu d’une carrière située à l’est de la ferme lieudit les Brise-Têtes, l’entrée en a été bouchée en 1875 lors de la reconstruction de Confrécourt. Il se trouve maintenant dans les fondations des bâtiments neufs à gauche, en entrant par la grande porte, du corps de logis actuel.
Au début les fermes de Saint-Médard étaient exploitées par des frères convers qui avaient une chapelle où un religieux prêtre faisait l’office. Celle de Confrécourt, établie dans la grange monumentale était dédiée à Sainte-Sophie, comme la collégiale de ce nom en l’abbaye. Au moment de la Révolution elle était encore chargée de deux messes par semaine.
Il est fait pour la première fois mention de Confrécourt en l’année 893, où le roi Eudes confirme à l’abbaye de Saint-Médard, l’an cinq de son règne, la possession de Corbonificurtem donnée par ses prédécesseurs. (Annales du diocèse de Soissons, t. I, page 504, par l’abbé Pécheur).
Au commencement du XIIIè siècle, l’abbaye de Saint-Médard avait besoin d’être retrempée dans la rigueur primitive de la discipline monastique, Odon, évêque de Paris, fut délégué au mois de mai 1204 pour la réformer « tant dans son chef que dans ses membres », par le Pape Innocent III, qui lui adjoignit Jovin, écolâtre d’Orléans.
Celui-ci s’étant fait excuser, Odon ne se rendit pas moins à Saint-Médard pour exécuter les ordres du Pape. Après voir pris tous les renseignements nécessaires près de l’abbé Roger et de la communauté réunie en la salle du Chapitre, il constata que d’antiquité tels étaient les revenus de chaque office ou obédience : l’obédience de l’aumône (aumônerie) était composée des revenus du village de Violaine, de la grange et rentes de Champs, du four du bourg d’Aisne (faubourg Saint-Vaast), des cens du Champ-Bouillant, des vignes dites de l’Aumônerie, des vinages et dimes de la Perrière, de Confrécourt, de Moufflaye, de Forêts, de Touvent, de Couvrelles, toutes fermes appartenant à l’abbaye… Passant à l’infirmerie, Odon trouva qu’on lui avait toujours attribué les chapons des assises de Rivière. (Mêmes annales, t. III, p. 114.)
Gérard V, abbé de Saint-Médard, se fit attribuer par le couvent, après débats, des vinages dans l’enceinte des murs de Confrécourt et de Forest, droits litigieux entre l’abbé et les moines.  (Mêmes annales, t. III, p. 414.)
Aux frères convers, avaient succédé les fermiers, et au XVIè siècle, comme toutes les fermes de l’abbaye, celle de Confrécourt avait deux laboureurs qui se partageaient l’exploitation. Cette division dura jusque vers 1635, année où Pierre Rogelet réunit en sa personne l’intégralité du domaine.

Voilà la liste des fermiers depuis 1561 :
Fermiers de Confrécourt
I.- 1561. François Lahennier, fermier pour moitié. Le 3 janvier 1561, Pierre Lahennier, son frère, âgé de 21 ans, demeurant à Ambleny, en la présence et du consentement de Raoul Mahon, son beau-père, homme d’armes des ordonnances du roi sous la charge du seigneur d’Estrées, lui délaissa sa part en la « Cense de Confraucort », par acte passé devant le notaire de Vic-sur-Aisne.
François Lehennier marié à Barbe Pâques mourut jeune laissant plusieurs enfants. Sa veuve se remaria à Jean Picquet et continua avec lui l’exploitation.
II.- 1571. Au 7 novembre de cette année, Antoine Delabruyère était fermier de l’autre moitié de « Confraucort ».
III.- En 1580, Adam Turpin et la veuve Jean Picquet étaient fermiers chacun pour moitié de la ferme de Confrécourt.
Le 10 novembre 1580, Jacques Lahennier, fils aîné de Barbe Pâques, comparait dans un acte. Ce garçon mourut avant sa mère.
Au 3 juillet 1583, celle-ci passa le contrat de mariage de sa fille Nicole Lahennier, avec Antoine Leboeuf, fermier de Forêts. Elle lui donna en dot 200 écus sol et deux muids de blé, et en outre lui promit des habits nuptiaux comme il appartenait à son état, « un lit travers » garni de plumes avec une couverture, et de faire les frais du banquet des « épouzailles jusque à six plats de nopces ».
En 1591, Mathurin Vincent, abbé de Saint-Médard, fit bail de la ferme de Confrécourt et dépendances consistant en 40 muids de terre et prés ou environ, situés aux terroirs et montagne de Berny-Rivière, Fontenoy et alentours, à Adam Turpin et à Barbe Pâques, veuve de Jean Picquet, preneurs chacun par moitié, pour le terme de 36 ans, à la redevance de 34 muids de grains ; deux tiers froment l’autre tiers avoine, mesure de Saint-Médard ; 11 livres 10 sols tournois d’argent, deux porcs, deux moutons, 6 cochons, 12 chapons, 6 esseins de pois et 6 esseins de fèves. Et à la charge, entre autres, « de faire réédifier et réparer les ruynes et desmolitions qui y estoient lors pour estre rendues en fin du bail en bon et suffisant estat… »
Barbe Pâques étant tombée malade fit son testament le 19 juillet 1595.
Dans celui-ci elle exprime le désir d’être inhumée dans l’église de Berny-Rivière, au devant du crucifix proche et attenant défunt Jean Picquet, son second mari.
Ordonne trois services solennels à son enterrement, et à chacun d’eux treize messes, savoir : quatre hautes et le reste basses.
Veut qu’il soit donné le jour du principal service à dîner aux gens d’église qui y assisteront avec ses plus proches parents, voisins et amis.
Veut aussi qu’il soit distribué le jour de son principal service aux pauvres de la paroisse de Berny et de tous autres lieux qui se présenteront, la quantité de 12 esseins de blé qui seront convertis en petits pains afin de faire à chacun une part égale.
A donné et veut qu’il soit distribué à chacun de ses serviteurs et servantes tant petits que grands, 15 sols tournois au pardessus de leurs loyers et services…
Donne encore à l’église de Berny, une pièce de terre à la rue des Guennarts contenant un essein, et un autre essein au-dessus du bois du Fief, pour un obit annuel et solennel à célébrer le jour anniversaire de son décès…
La testatrice, veuve en premières noces de François Lahennier, aurait donné aux enfants du premier lit « gros deniers et faict grands fraictz beaucoup plus qu’il ne leur appartenait de la succession de leur père », elle entend qu’ils rapportent le plus donné…

[Partie 21 ]

Et en considération des services que lui ont rendus Antoine et Pierre LAHENNIER, ses fils, aussi pour les récompenser de la dépense qu’ils ont faite en se retirant l’un à Compiègne, l’autre à Soissons, à la suite du sieur DE HUMIERES et du gouverneur de Soissons, pour maintenir leur mère en la ferme de Confrécourt et lui conserver par ce moyen ses bien, meubles et bestiaux, pendant les troubles sans quoi elle eût été totalement ruinée et obligée d’abandonner la ferme ; à cette cause elle transporte à ses fils Antoine et Pierre, la moitié de la ferme de Confrécourt pour en jouir après son décès…
On voit par la lecture de ce testament à quelles extrémités furent réduits les fils LAHENNIER pour sauvegarder la ferme de Confrécourt, au moment de la Ligue ; à côté d’eux MOUFFLAYE venait d’être ruiné, et pour ne pas subir le même sort, les deux frères durent prendre un moyen terme, ils adoptèrent un parti chacun : l’un suivit le maréchal D’HUMIERES qui guerroyait pour Henri IV, et l’autre marcha avec MAYENNE, gouverneur de Soissons, qui défendait la Ligue. C’est à ce prix qu’ils purent sauver d’une dévastation certaine la « Cense de Confrécourt et ses labeurs », comme le dit naïvement la testatrice.
Barbe PAQUES mourut quelques jours après avoir donné ses ordres de dernière volonté, laissant pour héritiers : Antoine et Pierre LAHENNIER ; Marguerite LAHENNIER, femme de Nicolas WOIDET ; Nicole LAHENNIER, femme d’Antoine LEBOEUF ; Pierre, Antoine et Marguerite DUPRESSOIR, enfants d’un premier mariage de feu Antoine LAHENNIER ; et Marie DUFOUR, fille de Calixte DUFOUR, second mari d’Antoinette.
  IV. – Suivant la volonté de leur mère, les frères Antoine et Pierre LAHENNIER, eurent la suite du bail de moitié de la ferme de Confrécourt ; mais Pierre ayant repris l’une des censes de l’abbaye de Notre-Dame, à la montagne de Ressons-le-Long, céda ses droits à Antoine, par acte du 4 mars 1596.
 Antoine LAHENNIER continua l’exploitation avec sa femme Marthe DEFLEINE jusqu’à sa mort arrivée en 1614. Il laissait une situation difficile causée surtout par les troubles continuels dans lesquels on vivait à cette époque.
A côté de lui, Adam TURPIN n’était pas plus heureux. N’arrivant pas à payer ses redevances il fut saisi dans ses récoltes et ne put se sauver que grâce au cautionnement que lui fournit Louis TURPIN laboureur à Port, l’un de ses parents, le 14 juillet 1604. 

V.- Adam TURPIN transporta son bail à Daniel TACHERON, son gendre, qui ne parait pas avoir beaucoup mieux réussi que lui. Nous le voyons passer une obligation, le 2 janvier 1610, au profit de Pierre LEFEBVRE, sergent royal à Vic-sur-Aisne, d’une somme de 702 livres tournois, dont 156 livres pour vente et livraison de deux chevaux rouges ; 29 livres 10 sols pour fournitures de vin et autre…. Le reste pour argent prêté et « dépenses de bouche faites en l’hôtel dudit LEFEBVRE ».
En 1613, Daniel TACHERON, du consentement de TURPIN, son beau-père, céda ses droits aux suivants :

VI. – Georges LEFEBVE et Suzanne FLOBERT, sa femme. Celle-ci était fille de Louis FLOBERT, et avait hérité de lui les hôtels de Saint-Julien et du Lion d’Or à Vic-sur-Aisne. 
Georges LEFEBVRE mourut en 1617, laissant trois enfants : Vincent LEFEBVE, qui fut vicaire de Vic-sur-Aisne en 1638 et plus tard prêtre à Paris ; Blanche LEFEBVRE mariée à Arnould LEMERCIER, laboureur à Nouvron, puis à Attichy ; et Louise LEFEBVRE qui épousa le 16 février 1529 Augustin DUFOUR, fermier à Saint-Crépin-en-Chaye. 
Suzanne FLOBERT resta avec ses enfants, alors mineurs, en la ferme de Confrécourt.  
Antoine LAHENNIER en mourant, en 1614, avait aussi laissé plusieurs enfants et héritiers : Charles LAHENNIER, laboureur à Hautegrue, paroisse d’Ostel ; César LAHENNIER, laboureur à Chazelle, paroisse de Berzy-Le-Sec, puis à Cutry et enfin à Confrécourt ; Jean LAHENNIER, prêtre vicaire à Berny-Rivière, ses enfants ; et Antoinette CHEVALLET, fille des défunts François CHEVALLET et Jeanne LAHENNIER, sa petite-fille. Cette dernière fut mariée en 1617 à Nicolas LADMIRAL, cultivateur.  
Marthe DEFLEINE continua la gestion de sa part dans la ferme de Confrécourt jusqu’en 1618, année où le bail de 1591 fut résolu par l’abbé HOTMAN.

VII. – Pendant les quatre années qui séparent la mort de son mari de la résolution de bail de Confrécourt, Marthe DEFLEINE fut préoccupée par le règlement de deux comptes de tutelle qui ne laissèrent pas de l’inquiéter.
Voici l’historique du premier, fort intéressant pour l’histoire locale[1] : « Barbe PAQUES, veuve de Jean PICQUET, était décédée au mois de juillet 1595, alors que le siège était devant la ville de La Fère, laissant pour héritiers Antoine, Pierre, Marguerite et Nicole LAHENNIER, ses enfants ; Pierre, Antoinette, Marguerite DUPRESSOIR et Marie DUFOUR, ses petits-enfants, issus de sa fille Antoinette LAHENNIER, décédée. Marie DUFOUR, héritait d’un quart dans le cinquième de la succession de sa grand’mère, mais comme elle n’avait, à la mort de celle-ci, d’autre tuteur que son père, fort pauvre, même indigent, et insolvable pour lui rendre aucun compte de ses biens, le procureur fiscal de la châtellenie de Vic-sur-Aisne lui fit nommer, le 4 août 1595, comme tuteurs ses oncles Antoine et Pierre LAHENNIER. 
Pour la satisfaction de leur charge, ceux-ci firent procéder au partage des biens de la succession de leur mère entre les héritiers qui étaient tous majeurs, hormis ladite DUFOUR et les DUPRESSOIR. Inventaire même aurait été fait des biens meubles échus en la part des mineurs par Antoine LEBOEUF, leur oncle, Louis LEQUEUX et Pierre DELACHAPELLE, pris et nommés par les héritiers pour faire le partage ; l’inventaire, toutefois ne put être « solennisé » parce qu’à cette époque aucun exercice de justice ne se faisait à Vic-sur-Aisne, à cause du siège de La Fère, les officiers de la châtellenie s’étant retirés en divers lieux pour leur conservation. La gendarmerie était alors dans le pays à piller et à ravager, ce qui contraignit les tuteurs à vendre à la main, aussi « sans solennité » la plus part des meubles échus aux mineurs ; le reste fut perdu, comme la majeure partie de ceux appartenant aux tuteurs qui ne purent résister à la force. 
Marie DUFOUR se maria à Nicolas FONTAINE ; laboureur à Osly, et demanda, en 1607, le compte de sa tutelle à Antoine LAHENNIER qui le présenta aux deux époux, lesquels voyat qu’il n’y avait pas eu d’inventaire « solennisé » selon les formes requises, voulurent entrer en procès sur la prétention que la part des quatre mineurs (DUPRESSOIR et DUFOUR) évaluée à 242 livres 16 sols tournois et 27 esseins de blé provenant de la dépouille faite sur les terres de Confrécourt en 1595, n’était pas assez élevée comparativement à la valeur totale des meubles, voire même de la recette que faisait Antoine LAHENNIER du revenu annuel des héritages de Marie DUFOUR. » 
Sur ces entrefaites, Antoine LAHENNIER vint à mourir et l’affaire se poursuivait contre la veuve et les héritiers, lorsque le 11 décembre 1614 un arrangement intervint. FONTAINE et sa femme, consentant enfin à tenir compte des pertes subies pendant « les troubles » voulurent bien recevoir 90 livres tournois pour tout règlement de compte.


[1] Tiré d’un acte de règlement de compte passé devant Adrien PICART, notaire à Vic-sur-Aisne, le 11 décembre 1614.

[Partie 22]

Le second compte de tutelle concerne la petite-fille de Marthe DEFLEINE, Antoinette CHEVALLET.
Nicolas LADMIRAL l’ayant épousée vers la fin de l’année 1617, demanda le 15 janvier 1618, le compte de la tutelle de sa femme à César LAHENNIER, son oncle, alors laboureur à Cutry. César fit intervenir Marthe DEFLEINE, sa mère qui, seule, avait géré et administré les biens de sa petite-fille et les parties arrivèrent à l’arrangement suivant :
Nicolas LADMIRAL voulant tenir compte des pertes ruines souffertes par la veuve LAHENNIER aussitôt après le décès de son mari, qui laissait déjà des affaires embrouillées, « à cause des mouvements et troubles survenus » désirant aussi éviter des frais et donner occasion à l’aïeule de vivre le reste de ses jours, paisiblement et avec plus de liberté d’esprit a accepté la somme de 700 livres tournois payables à terme… ».
Nicolas LADMIRAL était en 1622, maître d’hôtel à la suite du seigneur DE BOLAGNY : sa femme demeurait à Vingré ; en 1623 elle comparait dans un acte, autorisée par justice, au refus de son mari. 
Le bail fait, en 1591, à la veuve PICQUET et à Adam TURPIN, chargeait spécialement les preneurs en réparations à faire à Confrécourt déjà quelque peu en ruines. Depuis cette époque les fermiers s’y étaient succédé sans jamais satisfaire à cette clause importante du bail, et la ferme devint tellement décadente qu’en l’année 1617 l’abbé HOTMAN voulut poursuivre les fermiers et les contraindre à remplir leur traité. Mais les veuves LAHENNIER et LEFEBVRE n’ayant aucun moyen de le faire supplièrent l’abbé d’accepter la résolution de leur bail et de les décharger des réparations : ce qu’il consentit le 6 janvier 1618, mais à la condition que les fermiers actuels referaient un nouveau bail de neuf ans avec une augmentation de 12 muids de grains, soit 6 à chacun d’eux.
Donc, le 24 septembre 1618, l’abbé HOTMAN, préférant le fils à la mère, loua, pour 9 ans, la moitié de la ferme de Confrécourt avec les terres, prés et autres, à César LAHENNIER, laboureur, déjà en ladite ferme, avec jouissance du jour de Saint-Martin 1617, et à la redevance de 23 muids de grains, savoir : 2/3 blé froment et 1/3 avoine, mesure de Saint-Médard, un mouton, un porc gras, 6 chapons, 3 cochons, 3 essins de pois, 3 essins de fèves, 2 livres et demie de cire en nature et 111 sols 3 deniers tournois d’argent, le tout rendu et porté au château de Vic-sur-Aisne. Marthe DEFLEINE s’est portée « pleige et caution » pour son fils, et l’acte fut passé en présence de Jean LAHENNIER, prêtre vicaire en l’église de Berny. 
Le lendemain 25 septembre, Suzanne FLOBERT, veuve de Georges LEFEBVRE, prit pour le même terme et à la même redevance, l’autre moitié de la ferme de Confrécourt, en ce compris 46 essins de terres labourables, tenues par Jean DEGAIGE, laboureur à Nouvron, et 18 essins d’autres terres situés à Osly, détenus par Etienne BOULET. 
Marthe DEFLEINE demeura avec son fils en la ferme de Confrécourt, où il s’était engagé à loger sa mère aussi longtemps qu’elle résiderait en celle-ci. Elle parut au contrat de mariage de sa petite-fille Madeleine LAHENNIER, le 15 décembre 1623, et mourut peu de temps après. 


VIII – César LAHENNIER en entrant à la ferme de Confrécourt était veuf de Nicolas SALMON avec une fille, Madeleine, qu’il maria le 15 décembre 1623, à Samuel LEFEBVRE, de Chevillecourt. Le père et la fille étaient des illettrés qui ne savaient pas signer leurs noms.
César LAHENNIER se remaria le 4 février 1619 avec Suzanne FLOBERT, fermière de l’autre partie de Confrécourt, et réunit momentanément la ferme dans une seule et même main. Mais le 16 novembre 1623, il en céda la moitié à Martin DARAGON, laboureur à Hautebraye et à Marie DESQUIRE, sa femme, pour les trois années qui restaient à finir du bail de 1618. 
Le même jour, l’intendant de l’abbé HOTMAN, Jean LEVESQUE, assura le bail de cette moitié, pour 9 ans, de la Saint-Martin 1626, ax époux DARAGON, à la même redevance qu’au bail précédent. 
La part des DARAGON en la ferme de Confrécourt, consistait en une maison, chambre, étables et la moitié de la grange chapelle.

IX. – Ni César LAHENNIER, ni Martin DARAGON ne réussirent en la ferme de Confrécourt, et après avoir été l’objet de poursuites successives, ils passèrent d’abord une obligation de 4,384 livres 7 sols 6 deniers, envers l’intendant de l’abbé de Saint-Médard, puis abandonnèrent toute la récolte en grains pour éviter la saisie, le 31 juillet 1626. 
César LAHENNIER quitta la ferme au 11 novembre de cette année et vint se fixer à Vic-sur-Aisne, où il était encore en 1633. Il fut remplacé par Pierre ROGELET auquel il vendit le 24 janvier 1633, un jardin en riez de 3 pogneux, fermé de murailles, sis au-dessus de Confrécourt, lieudit le marais de Vaux. Sa femme Suzanne FLOBERRT, séparée de biens d’avec lui, alla habiter Vingré, et plus tard revint aussi à Vic-sur-Aisne, où elle paraît dans un acte le 25 novembre 1640. 
Quant à Martin DARAGON, il disparut de la ferme vers 1636, et Pierre ROGELET resta seul fermier de Confrécourt, où il n’y eu plus désormais qu’un tenancier.


X. – Pierre ROGELET qui était natif de Vic-sur-Aisne, avait épousé Sébastienne DURIEZ.
Il resta seul fermier de Confrécourt, comme nous venons de le dire, après le départ de DARAGON. 
C’est cette ferme qui fut le lieu choisi, le 9 août 1637, pour y vider un différent de chasse entre Michel DE RENTY, DE FONTENOY, et ses enfants, et David DE VIDAL, de Nouvron.
Nous avons rapporté les termes de l’arbitrage en l’article sur le fief du Four, au début de cette notice. 
ROGELET et sa femme ne prospérèrent pas non plus à Confrécourt, et le 21 septembre 1651 ils durent constituer une rente de 500 livres tournois à Antoine ROUSSEAU, receveur de la chatellenie de Vic-sur-Aisne pour l’abbé de Saint-Médard, parce qu’ils étaient en retard de 9,000 livres dans leurs redevances. Deux ans après ils durent encore passer une transaction pour un différent au sujet du loyer de l’année 1652. 
Enfin ils quittèrent la ferme en 1655, Pierre ROGELET avait un frère nommé Jean, greffier de chatellenie de Vic-sur-Aisne qui par un testament du 12 octobre 1651, avait légué quelques rentes et biens aux enfants de Pierre ; mais devant les mauvais traitements et les menaces dont l’accablèrent son frère, sa femme et ses enfants, Jean ROGELET dut casser la donation le 1er juillet 1652.

XI. – Aux époux ROGELET succédèrent Toussaint BRASSEUR et Claire LEMAIRE, sa femme, qui marièrent leur fille Hélène, âgée seulement de 17 ans, le 21 juin 1660, à Jean FLOBERT, laboureur à Sacy. 
Le 22 janvier 1663, ils reçurent de l’abbé de Saint-Médard, un bail de 9 ans, pour la ferme de Confrécourt et ses dépendances, moyennant un loyer annuel de 23 muids de blé froment et 12 muids de blé d’avoine, mesure d’Oulchy. 
En 1667, des réparations furent faites à la ferme par Marcel et Jean CADET, maçons à Fontenoy, François, Nicolas et Jean BOULLENOIS, charpentiers à Condun. Les travaux s’élevèrent à la somme de 624 livres.
En 1674, un redressement fait à la relesse du grand corps de logis, du côté de Vaux, coûta 54 livres.

[Partie 23]

Toussaint BRASSEUR mourut en 1688, laissant la direction de la ferme à sa veuve.
De son mariage il avait eu plusieurs enfants :
            Hélène, mariée à Jean FLOBERT, fermier à la Loge-Tristan, paroisse de Chouy, mort en 1687 ;
            Pierre, fermier du seigneur de Franck, à Nouvron, en 1676 ;
            Charles, fermier de la Carrière Lévêque, à Septmonts ;
            François, fermier de Forest, à Morsain ;
            Claude, fermier de la Siège, à Couvrelles ;
            Et Marguerite, née le 18 octobre 1665.

XII – Claire LEMAIRE géra de 1688 à 1691, puis céda à son fils Claude pour les couvraines de cette année. 
C’est en 1691 qu’eurent lieu d’importants travaux à la ferme de Confrécourt, travaux qui furent entrepris par Pierre CLAVIER, couvreur en tuiles et ardoises à Dommiers, et Gilles SOUTTILLIET, maître charpentier à Ressons-le-Long.
Il fallut faire des réparations à la maison, aux greniers, fournil, étables, écuries et à la vieille maison ; reboucher deux brèches aux murs de cloture ; reconstruire la grange à blé qui était en partie fondue : deux arcades en pierre de taille étaient à terre, les bas-côtés seuls résistaient ; et refaire un hangar près de la porte, entièrement démoli. 
Le devis monta à 1860 livres et 10 sols, et fut accepté par Charles DE BIENVENU, chevalier, seigneur d’Arcy, la Motte, Bonnevault, intendant du prince de Savoie, abbé de Saint-Médard, le 18 novembre 1691.

XIII. – Claude BRASSEUR avait cédé la ferme de la Siège, le 27 avril 1691, à Henri COUSSIN, avant de revenir à Confrécourt où il entra le 11 novembre de cette année avec Nicole CHATELAIN, sa femme. 
Le 30 avril 1694, il prit le bail pour 9 ans de la ferme avec les terres, et celles de la petite ferme de Nouvron unie et incorporée à Confrécourt, avec 10 arpents de pré à prendre dans une plus grande pièce nommée le pré du Château, derrière l’église de Vic-sur-Aisne, moyennant 41 muids de blé froment, 9 muids d’avoine, mesure d’Oulchy, et 320 livres d’argent.
Jusqu’à la Révolution, la petite ferme de Nouvron, moins les bâtiments, fit partie de tous les baux de Confrécourt, ainsi que le pré sis à Vic-sur-Aisne
.Le bail fut renouvelé à Claude BRASSEUR les 10 juin 1701, 27 octobre 1710 et 9 mai 1718. Pour les deux derniers termes la redevance est quelque peu changée, la voici : 39 muids de blé froment, 9 muids d’avoine, 800 gerbées, 6 chapons, 4 paires de poulets, 2 dindons vifs plus deux journées avec deux charriots attelés de chevaux pour charrier au seigneur abbé ce dont il aura besoin.
Claude BRASSEUR mourut pendant le cours de son dernier bail, laissant plusieurs enfants, entre autres : Marguerite BRASSEUR, mariée une première fois à Jean-Baptiste DEQUAY, le 8 juin 1717, décédé fermier de Valpriez ; et en secondes noces, à Antoine CAILLART, laboureur à Montigny, le 17 juin 1733 ; – Marie-Anne BRASSEUR, femme d’Antoine MOINET, fermier de la Gorge à Montigny, et Claire BRASSEUR qui suit.

XIV. – Claire BRASSEUR épousa Pierre REGALE, et continua avec son mari l’exploitation de la ferme de Confrécourt, dont le bail leur fut assuré le 23 mars 1727, moyennant le loyer suivant : 40 muids de blé froment, 9 muids d’avoine, 2 essins de vesce, 240 livres en argent, 6 chapons, 2 dindons, 4 paires de poulets vifs, 800 gerbées et deux journées avec deux charriots attelés de 4 chevaux chacun pour voiturer ce dont aura besoin le seigneur abbé.
Un nouveau bail leur fut consenti le 14 décembre 1736 avec un petit changement dans la redevance : les muids d’avoine furent réduits au nombre 7, les essins de vesce portés à 3, et les espèces à 420 livres. 
Il leur fut renouvelé aux mêmes conditions les 6 mai 1747 et 1er avril 1754. 
Mais à la mort de l’abbé de POMPONNE arrivée en 1756, son successeur le cardinal de Bernis, dernier abbé de Saint-Médard, loua Confrécourt à Antoine FERTE, fermier à Aiguisy et à Marie-Jeanne BUCAILLE, sa femme.
Le bail fut passé le 9 décembre 1756, pour un terme de 9 ans, au loyer annuel de 5,200 livres, 6 muids de blé froment, 3 essins de vesce, 6 chapons, 2 dindons et 4 paires de poulets. Les époux FERTE ne vinrent pas à Confrécourt, ils cédèrent leur bail aux sieur et dame REGALE, le 28 mars 1757. Pierre REGALE mourut l’année suivante laissant cinq enfants : Simon-Pierre REGALE, qui la procuration de sa mère, le 19 novembre 1758, pour gérer ses biens ; Marie-Claire REGALE, mariée à Jean-François TASSART, fils du fermier de Sept-Voies, près Compiègne, le 15 juillet 1749 ;            Geneviève REGALE, qui épousa le 6 août 1765. Thomas-Louis-Pierre LESGUILLIER, de la Croix-Saint-Ouen, lequel mourut épicier à Paris ; 
Hubert REGALE qui devint fermier à Marolles ; 
Et Marie-Françoise REGALE, morte avant 1783, femme de Jean-Baptiste DORCHY, fermier de Puisieux à Moulin.

XV. – La veuve de Pierre REGALE continue les baux de Confrécourt jusqu’en 1783. Elle les renouvela le 11 juillet 1764 et le 30 novembre 1771. Au premier comme au second elle eut un loyer de 5,500 livres, 7 muids de blé, 2 muids d’avoine, 6 chapons, 2 dindons et 8 poulets ; mais par acte du 7 avril 1774 la redevance en argent fut portée à 6,800 livres.
A Claire BRASSEUR succéda Jean-François TASSART, son gendre, qui n’entra dans la ferme qu’après un inventaire fait les 8 et 17 février 1783. Cette dame continua d’habiter Confrécourt où elle décéda le 23 janvier 1789, dans un âgé très avancé ; son contrat de mariage avec Pierre REGALE datait du 24 avril 1726.

  XVI. – Lorsque Jean-François TASSART et sa femme Marie-Claire REGALE avaient pris le bail de Confrécourt, au 20 septembre 1781, ils étaient « laboureurs » à Mercin. Comme pour les autres baux ils eurent un terme de 9 ans qui devait commencer par les semences de 1783.
A cette époque, la ferme se composait : de la maison principale d’habitation consistant en cuisine, chambre, fournil à côté, grenier dessus, et une écurie attenant à la chambre, le tout couvert en tuiles ; d’une autre maison, grande grange, autres écuries, bergerie, étable à vaches, toits à porcs, le tout couvert de chaume ; colombier couvert de tuiles et cave. Clôture de murailles faisant l’enceinte de la ferme, jardin potager au-dedans, grande porte cochère, petite porte y attenant.
 La redevance, pour ce dernier bail de l’abbé de Saint-Médard, fut plus élevée que pour aucun autre locataire. Elle fut de 9,240 livres 6 muids de blé, mesure de Soissons ; 2 muids d’avoine, ou 100 livres à la place ; 600 gerbées ou 60 livres ; 6 chapons, 2 dindons, 8 poulets et deux journées de corvée avec deux charriots attelés de chacun 4 chevaux pour voiturer ce qu’il plairait au bailleur.
 En 1788, la ferme de Confrécourt qui comptait cinq charrues, payait 214 livres en impositions, corvées comprises.
Elle fut vendue, comme bien national le 11 mars 1791 à M. Aimard-Charles-Marie DE NICOLAY, de Paris pour 300,000 livres.
Dans l’acquisition furent compris le domaine de la petite ferme de Nouvron, et la pièce de pré de Vic-sur- Aisne.

Ruines de Confrécourt en 1923 – Ici concurrents d’une course canine – Le sport universel 1923-Gallica

[PARTIE 24]

Quinze jours après, c’est-à-dire le 26 mars 1791, la ferme de Confrécourt était louée pour neuf ans, des couvraines de l’année 1792, à Jean-François Tassart, fermier, à Antoine Tassart, laboureur à Tartiers et à Thérèse-Françoise Gagnage, son épouse, moyennant une redevance de 6,000 livres en argent et 36 muids de blé, mesure de Soissons. – Il est dit dans l’acte que, sur le précédent loyer, 6 muids de blé étaient affectés au ci-devant chapitre de Sainte-Sophie. – Le bail fut consenti par un homme de loi nommé Charles Delizy, qui agissait comme mandataire de Jean-Baptiste-Louis Lesage, bourgeois de Paris, y demeurant, rue Sainte-Croix-de-la-Bretonnerie.
M. de Nicolay, ex-premier président de la Chambre des comptes, à Paris, fut condamné à mort comme émigré, et ses biens mis sous séquestre en 1795. Mais ils ne furent probablement pas vendus, ou bien ils ont été rachetés par un tiers qui les lui remit, – peut-être bien ce M. Lesage, – car la ferme de Confrécourt n’a pas cessé d’appartenir aux de Nicolay.
Les de Nicolay portent pour armoiries : « d’azur au lévrier courant d’argent, colleté d’un collier de gueules ; bouclé, bordé et cloué d’or. »

XVII. – Le bail de Confrécourt fut transporté le 12 prairial an III (31 mai 1795), à Antoine Evrard, cultivateur à La Croix, près Breny, et à Marie-Jeanne-Michelle Tassart, sa femme, par Jean-François Tassart, leur père et beau-père, et par leurs frères et sœurs dont les noms suivent, savoir :
Pierre Tassart, fermier de la Glaux, à Dommiers ; Jean-François Duflos, maître d’hôtel à La Ferté-Milon, et Marie-Marthe Tassart, sa femme ; Joseph Risbecq, marchand à Villers-Cotterêts, et Simone-Victoire Tassart, sa femme ; Antoine Tassart, cultivateur à Tartiers ; Charles-Pierre Binet, cultivateur à Bassoles, et Marie-Geneviève Tassart, sa femme ; Marie-Claire Tassart, veuve de Marc-Antoine Martin, cultivateur au Plessier-Huleu ; Charles-Antoine Bailly, cultivateur à Poulandon, à Ressons-le-Long, et Marie-Agathe Tassart, sa femme ; et Marie-Anne Tassart, fille majeure demeurant à Confrécourt.
M. Antoine Evrard fut nommé maire de Berny-Rivière en 1800, et conserva ses fonctions jusqu’en 1814, année où des raisons de santé le forcèrent à les abandonner. Il mourut quelque temps après, laissant deux fils : Antoine-Jean-Marie Evrard, né en 1784, fermier à Nouvron, marié en août 1814 avec Marie-Charlotte-Philippine Périn, de cette commune ; et Louis-Laurent Evrard qui lui succéda à Confrécourt.

XVIII. – Louis-Laurent Evrard, fils puiné, était né à La Croix, canton de Neuilly-Saint-Front, le 3 novembre 1791. Son père l’avait fait remplacer au service militaire, le 6 février 1813, par un nommé Amand-Constant Bécret, tisserand à Selens, marié et père de famille, qui lui fit des conditions onéreuses. Il exigea la somme de 10,000 fr. dont on devait lui servir la rente à cinq pour cent jusqu’à parfait paiement ; 1,000 francs payables pour partie le jour du départ et le reste le 15 mars suivant ; 12 muids de blé à fournir à sa famille ; et 150 francs qu’il reçut le jour même de l’engagement.

Laurent Evrard épousa à Vic-sur-Aisne, le 24 août 1818, Sophie-Augustine-Fanny Defienne, fille de Pierre Defienne, maire, et d’Angélique Cléret, née le 5 janvier 1796.

Il fut nommé au conseil municipal de Berny-Rivière, le 1er avril 1821, et installé comme maire une première fois de 1830 à 1837, et une seconde fois de 1848 à 1860.

Vers 1864, il quitta la ferme de Confrécourt, dont le bail fut repris par M.

XIX. – Auguste Ferté, cultivateur très distingué qui l’occupe encore aujourd’hui avec sa nombreuse et honorable famille.

La propriété de Confrécourt est passée de M. Aimard-Charles-Marie de Nicolay à son fils, M. le marquis Aimard-Charles-Théodore de Nicolay, mort à Genève, le 7 juin 1871, laissant 7 enfants. Depuis peu la ferme appartient à l’un de ses petits-fils, M. Charles-Marie-Philippe, marquis de Croix.

LA LEGENDE DE CONFRECOURT

Il existe sur Confrécourt une légende assez curieuse pour mériter d’être racontée ici. La voici :
Lorsque l’abbé de Saint-Médard voulut faire édifier la grange monumentale, il en confia le soin à un architecte qui devait élever l’édifice dans un court et rapide délai. Voyant qu’il n’y pourrait parvenir il invoqua Satan pour lui venir en aide. Satan y consentit, mais à la condition suivante : dans une nuit il élèverait la grange, et en échange l’architecte donnerait son âme au diable, avec cette restriction pourtant que si le coq chantait avant l’aube le marché deviendrait nul. Dès la nuit suivante, le diable aidé de diablotins, se mit à l’œuvre et fit si bien qu’au point du jour la grange était pour ainsi dire terminée, il ne restait plus que la pierre du dernier créneau à mettre. Effrayé pour son salut, l’architecte courut au poulailler y réveiller les hôtes, et heureusement pour lui, au milieu de l’effarouchement le coq chanta. Aussitôt et comme par enchantement le diable et son engeance disparurent laissant la construction inachevée, mais l’âme de l’architecte était sauvée. Depuis on a tenté vainement, paraît-il, de poser la dernière pierre à la grange de Confrécourt, elle s’est toujours refusé de tenir en place. Et en effet le dernier créneau manque au faîte de l’édifice.

11. – LE MOULIN DU PATARD

Le moulin du Patard, élevé lieudit le Grand Marais, sur le rû d’Hozier, a été construit par un sieur Moutonnet, charpentier à Hautebruge commune d’Autrêches, qui en fit préalablement la demande à la municipalité de Berny-Rivière, le 29 novembre 1814. Par une délibération, le Conseil municipal jugeant qu’il n’y avait qu’un riverain susceptible de former opposition à cette demande, a donné l’autorisation à Moutonnet, en lui observant de ne pas changer le niveau d’eau, afin de prévenir les inondations.
En 1828 le meunier du Patard s’appelait Louis Postel.
Le moulin est venu plus tard à la famille Chauveaux, qui l’a revendu à M. Déhu-Cavé, grainetier à Vic-sur-Aisne.
C’est ce dernier qui l’exploite aujourd’hui comme meunerie et boulangerie.



[Partie 25]

EGLISE

L’église de Berny-Rivière (1), dédiée à Saint-Martin, comprend une nef précédée d’un clocher porche, deux bas-côtés terminés par des absidioles dans leur état primitif et un chœur en hémicycle.
A XIè siècle, la nef était recouverte d’un lambris ; mais en 1552, on établit sous le clocher et sur la dernière travée deux croisées d’ogives remplacées par des voûtes modernes.
Voici les principales dimensions de l’église : longueur totale 24 mètres 05 cent. ; longueur de la nef, 17 mètres ; largeur totale 13 mètres 30 cent. ; largeur de la nef, 5 mètres 50 cents. ; hauteur de la voûte du chœur : 7 mètres 25 centimètres.
Les arcs en plein-cintre des trois travées sont formés d’un double rang de claveaux et s’appuient sur des piliers carrés cantonnés de quatre grosses colonnes.
Les deux futs engagés dans les faces latérales supportent l’arc inférieur des travées, et la colonne adossée à la nef s’élève jusqu’au sommet du mur pour recevoir l’extrémité d’un entrait, suivant une méthode adoptée à la même époque par le constructeur de l’église de Morienval (Oise).
Les chapiteaux des colonnes, mutilées au XVIIè siècle, ne portent plus aucune trace de sculpture, mais deux corbeilles sont encore garnies de grappes de raisin et de feuilles de vigne. Les tailloirs primitifs présentent une arrête abattue en biseau, et les bases ornées d’une gorge entre deux gros tores, sont flanquées de lourdes griffes. On remarque dans l’axe de chaque travée une fenêtre en plein-cintre bouchée à l’époque moderne.
Cette nef qui remonte aux dernières années du XIè siècle, mérite encore d’attirer l’attention des archéologues, malgré les remaniements qu’elle a subis.
Le bas-côté nord, dont le mur extérieur est en partie moderne, n’a jamais été voûté.
Au XIè siècle, la colonne engagée dans chaque pile, en face des collatéraux, ne recevait pas la retombée d’un arc destinée à soutenir la charpente des bas-côtés, comme à Morienval. En effet, cette colonne se continue d’un seul jet jusqu’au-dessous de la corniche et remplit le rôle d’un contrefort cylindrique. Au chevet du bas-côté nord, l’ancienne absidiole surmontée d’une voûte en berceau et d’une voûte en cul de four s’est conservée intacte. L’archivolte en plein-cintre de sa fenêtre retombe sur une moulure en biseau qui contourne les pieds droits.
Cette chapelle est séparée du collatéral par un mur moderne dont la décoration est une œuvre de fantaisie. Le bas-côté sud, complètement remanié, se termine par un mur droit, et la sacristie s’élève sur les fondations de l’absidiole primitive.
Le chœur fut beaucoup trop restauré en 1864. Sa voûte en berceau s’arrondit en cul de four, au-dessus de l’abside, et l‘arc triomphal en plein-cintre se compose d’un double rang de claveaux, soutenu par deux grosses colonnes engagées.
Les chapiteaux sont décorés de feuillages rudimentaires et d’une croix ajoutée après coup ; les tailloirs en biseau présentent des oves creusés dans la pierre suivant une ligne brisée. Trois fenêtres en plein-cintre, remaniées au XIIè siècle et à l’époque moderne, s’ouvrent autour de l’hémicycle entre deux colonnettes. Leur archivolte ornée d’un boudin et d’une gorge, retombe sur un large bandeau garni d’une tige ondulée qui se déroule autour du chœur. Les arcatures neuves incrustées dans le soubassement existaient à l’origine, mais leur décoration primitive ne devait pas offrir le même caractère.
On peut attribuer la construction du chœur à la fin du XIè siècle ou même au commencement du XIIè siècle, parce que la voûte en cul de four est précédée d’un gros boudin.
A l’extérieur, le portail en plein-cintre de la façade est couronné par un pignon trapu, comme la porte de l’église de Vic-sur-Aisne.
Ses trois voussures mutilées retombent sur six colonnes. Le double tore des bases, les tailloirs en biseau qui couronnent les chapiteaux grattés par un maçon maladroit et le profil de l’archivolte portent l’empreinte du style en usage vers la fin du XIè siècle. La fenêtre en plein-cintre percée dans l’axe de la nef remonte à la même époque. L’une de ses colonnettes est garnie de petits trous qui forment des lignes brisées, et l’autre est cannelée en hélice. Leurs chapiteaux décorés d’entrelacs supportent une archivolte revêtue d’un ruban plissé et d’un cordon de billettes. La tour qui s’élève au-dessus du portail est une lourde construction du commencement du XVIIè siècle qui a remplacé le clocher primitif.
En pénétrant sous les combles latéraux, on aperçoit les contreforts cylindriques qui épaulent les murs de la nef, suivant la disposition adoptée par l’architecte de Saint-Rémy de Reims.
Les fenêtres de la nef sont dépourvues d‘ornements, et la corniche se compose de petites arcades en plein-cintre. Le mur extérieur du bas-côté nord, épaulé par des contreforts peu saillants, renferme un portail roman dont l’archivolte en plein-cintre est ornée d’une gorge entre deux boudins. Le linteau appareillé forme un triangle qui se détache sur le tympan.
Des fenêtres modernes ont remplacé les oculi primitifs, comme l’indiquent quelques claveaux encore intacts. A l’angle de la façade, on voit un contrefort surmonté d’un bœuf couché ; mais cette sculpture n’est pas antérieure au XIIè siècle. Une porte moderne s’ouvre dans l’axe de l’absidiole et l’élévation méridionale de l’édifice ne présente aucun intérêt.
L’abside conserve encore les trois anciens contreforts au-dessus de ses baies en plein-cintre. L’une de ces fenêtres fut encadrée par deux colonnettes et surmontée d’un gâble massif à la fin du XIIè siècle.

Travaux exécutés à l’église

L’église de Berny-Rivière, comme celles des environs, fut abimée par les Huguenots en 1567 et durant les troubles qui suivirent.
Elle eut sa couverture enlevée, son clocher démoli. Pour réparer ces malheurs, la fabrique n’avait aucune ressource ; elle dut vendre, en 1587, du consentement des habitants, diverses rentes lui appartenant.
Mais les guerres de l’avènement de Henri IV retardèrent les travaux qui ne furent terminés qu’après la refonte de la cloche en 1602.
Le 20 janvier 1604, la restauration des couvertures des combles de l’église et celle du clocher fut confiée à Jean Gobbe, maître ardoisier et couvreur en tuiles à Soissons, qui en laissa le soin à Nicolas Bourdon, de Cuise et Pierre Lemaire, d’Attichy, lesquels exécutèrent les travaux dans le cours de l’année 1605.
En 1622, les boiseries furent posées dans le chœur par Laurent Gadry, menuisier à Attichy, qui toucha pour ses travaux la somme de 66 livres tournois.
En 1629, un remboursement de 35 livres fait à la fabrique par Claude Hébert, servit aux réparations de l’église et du presbytère « abimés par les grands vents et injures du temps. »

[Partie 26]
Pendant le cours espace de temps qu’il occupa la cure – à peine 14 mois – Charles MOUTARDIER, curé, voulut apporter une grande modification à l’église. A cet effet, il fit ôter les autels, dépaver le sol et amener dans l’intérieur une grande quantité de sable et de terre pour poser un nouveau carrelage ; mais la mort le surprit au mois d’avril 1682, avant qu’il ait pu terminer son œuvre.
Les habitants de Berny-Rivière s’en prirent à Gilles MOUTARDIER, son héritier, marchand à Attichy, et le 7 mai 1682 deux arbitres furent nommés pour estimer les dommages causés par le curé. Le 20 du même mois ils rendirent le jugement suivant : Gilles MOUTARDIER ferait ôter, à ses frais et dépens, deux pieds de terre et sable dans toute l’étendue de l’église afin de mettre le sol à niveau, et ce dans les quinze jours, et en outre il paierait aux habitants de Berny, la somme de 80 livres, pour la réparation des pavés, des autels et pour toutes autres dégradations.
Mais au bout des quinze jours MOUTARDIER n’avait encore rien fait ; c’est alors que les habitants lui firent commandement par voie d’huissier le 9 juin suivant, ce qui amena le nouvel et dernier traité qui suit :
MOUTARDIER livrerait sur le port du Gué Pierret, ou sur celui de Vic-sur-Aisne, au choix des habitants, dix mille carreaux achetés par lui à un marchand de Compiègne, pour être employés à paver l’église et de plus paierait 20 livres au profit des réparations. La convention, acceptée de part et d’autre, le 15 juin 1682, déchargea Gilles MOUTARDIER du paiement des 80 livres et du déblaiement de l’église. Le carrelage se fit sur les terres rapportées et celles-ci ne furent extraites de l’église qu’en l’année 1864, comme on va le voir ci-après :
Pendant le cours de l’année 1863[1], M. le curé de Berny-Rivière ayant à cœur de restituer à son église son caractère primitif et surtout de la consolider, fit appel à la générosité du Conseil de fabrique, du Conseil municipal et de toutes les personnes bienfaisantes de la localité et des environs. Tous allouèrent à cet effet des sommes relativement importantes. On se mit à l’œuvre ; on démasqua d’abord l’antique abside demi-circulaire qui était cachée sous d’énormes boiseries s’élançant jusqu’à sa voûte, et qu’elle ne fut pas la surprise de retrouver derrière ces boiseries une charmante arcature abritant huit stalles, comme dans les premières basiliques chrétiennes !
Mais la résurrection n’était pas complète ; il fallait encore déblayer, dans toute son étendue, le sol de l’église qui avait été exhaussé d’un mètre –en 1682- et de manière à cacher à la base de tous les piliers ornés de boudins et de pattes, et aussi pour rendre à l’édifice toute sa hauteur et ses proportions. C’est alors que M. le curé plein de confiance dans le zèle de ses paroissiens, et profitant de la fête de Saint-Vincent (22 juin 1864), patron des vignerons, appela tous les hommes de bonne volonté pour opérer cet énorme déblai. A la voix de ce digne pasteur, tous les hommes spontanément embrigadés se relaient par escouade de dix à douze ; les femmes mêmes offrent leurs services pour ce travail gratuit. Un travailleur empêché envoie vingt francs et un propriétaire, M. le marquis DE NICOLAY envoie 500 fr. Enfin le travail est terminé au bout du huit jours…
Les derniers travaux urgents faits à l’église, exécutés dans le cours de l’année 1884, ont coûté 643 fr.36. (Archives de Berny-Rivière).
[1] Tiré de l’Argus soissonnais du 31 janvier 1864

Noms des personnes enterrées dans l’église d’après les registres paroissiaux et d’autres documents divers 
Avant 1580, Jean PICQUET, fermier pour moitié de la ferme de Confrécourt.
1593. – Philibert DE RENTY, écuyer, propriétaire de la maison de Vaux.
Août 1594. – Toussaint CAUFOURIER, curé, inhumé au devant du grand autel.
Juillet 1595. – Barbe PAQUES, fermière de Confrécourt.
1597. – Pierre ANDRU, vigneron à Rivière, lequel, par testament du 15 novembre de cette année a ordonné être inhumé dans l’église de Berny à la place où Geneviève GRUGIE et Claudine ANDRU ont coutume de se mettre, en payant les droits accoutumés. Il a donné deux essins de terre à l’église pour la fondation d’un obit.
1607. – Louise DE MARQUEMONT veuve de Philibert DE RENTY.
1616. – Gaspart BRASSART, vigneron à Berny. Par une disposition testamentaire du 14 février 1616, il veut être inhumé dans l’église, au milieu de la nef, en rémunération de quoi il sera payé à ladite église et au curé 60 sols tournois, outre le testament de 5 sols que doit tout fidèle chrétien…
1624. – Madeleine CHERON, veuve d’Antoine LEROY, servante du curé Pierre DEFAUMONT.
1625. – Sébastienne DU PEAGE, veuve de Régnier SAULLON, laquelle aussi par testament du 28 novembre, désire être inhumée dans l’église, proche et ou repose SAULLON son défunt mari.
1626. – Charlotte DE PEHU, sœur de François DE PEHU, de Vaux.
1637. – Sébastien DUSIGNON, vigneron à Berny, qui par son testament du 11 janvier veut être inhumé dans l’église en laquelle il a fondé un droit de 30 sols de rente.
1642. – Louise DEFENTE, femme de Charles DESMAREST, laboureur à Ors, qui le 5 mai 1642 demanda à être enterrée dans l’église proche la sépulture de ses père et mère.
9 novembre 1660. – Dom Pierre HUYART, prêtre religieux de l’abbaye de Saint-Jean de Laon, de la congrégation de Saint-Benoît.
28 janvier 1662. – Nicolas BERTHAULT, père du curé de Berny-Rivière, Philippe BERTHAULT.
9 novembre 1665. – Marc FAUMONT, marguillier de l’église de Berny.
6 décembre 1669. – Simon GREGEOIS, laboureur à Ors, âgé de 70 ans. –  Par un testament du 23 novembre précédent, il veut être inhumé dans l’église « au-dessous du balustre le long du chemin allant à la procession qui est au-dessous du crucifix » ; – veut aussi qu’il soit donné cent pierres de taille à l’église pour refaire le pavé à la volonté du curé ou des marguilliers.
6 janvier 1672. – Jean LEFEBVRE, bourgeois de Soissons. 1682. – Anne CHARPENTIER, femme de Louis COURCY, vigneron à Vaux ; dans un testament du 16 avril, elle ordonne être enterrée dans l’église, proche de Françoise DEFENTE, sa mère.
23 janvier 1684. – Nicolas TRAHAY, curé de Berny-Rivière, enterré proche le pupitre du côté gauche.
30 août 1686. – Mathieu LECLERC, marguillier de la fabrique.
21 avril 1730. – Philippe LEPLAT, curé de la paroisse, âgé de 33 ans, enterré dans la nef de l’église au pied du pilier du chœur du côté de la chapelle de la Vierge.
6 juin 1732. – Barbe MIGNOT, âgée de 60 ans, mère du curé Samson DELAFOSSE ; inhumée dans le milieu de la nef.
4 mars 1758. – Charles LEVEQUE, âgé de 71 ans, père du curé de Berny-Rivière.
1er avril 1776. – Charles LEVEQUE, curé, âgé de 69 ans ; inhumé dans la chapelle de la Vierge.
31 mai 1776. – Claude-Joseph BOUCHEL DE VIRLY, écuyer et conseiller du roi, âgé de 70 ans.


[Partie 27]

Cloches
Primitivement, le clocher de Berny-Rivière renfermait deux cloches appelées la moyenne et la grosse ; le 5 juillet 1666 on en adjoignit une troisième nommée la petite. De celle-ci fut parrain Claude CUIRET, receveur des tailles en la généralité de Soissons et marraine Marie DELACOURT, femme de M. BONZERE, gentilhomme de chez la reine-mère. Après lui avoir donné le nom de Marie, on la mit au clocher, où, dit le registre paroissial, « auparavant il n’y en avait jamais eu que deux ».
Le 24 mai 1761, la petite cloche fut refondue et coulée à Saint-Bandry par Nicolas RENAULT, fondeur de cloches lorrain, puis bénie à nouveau le 1er juin suivant et nommée Marie-Josèphe par Claude Joseph BOUCHEL DE VIRLY, écuyer, conseiller du roi, et son avocat au bureau des finances de Soissons et par dame Marie-Madeleine HERBIN, son épouse.
Probablement cassée, elle fut encore une fois retondue à Ressons-Le-Long par Joseph Antoine, fondeur de cloches de la paroisse d’Herville en Lorraine et bénie le 16 juillet 1771 par Jean-Baptiste FRANCOIS, curé de Saint-Christophe. Elle eut pour parrain Louis LANGLOIS, marchand orfèvre, ancien juge consul de la ville de Soissons, et pour marraine Claire BRASSEUR, fermière de Confrécourt, qui lui donnèrent le nom de Marie-Louise-Claire.
La sonnerie des cloches de Berny-Rivière se louait au profit de la fabrique de l’église. Un bail fait le 31 octobre 1728, pour un terme de six ans à Louis LEPAGE, Antoine JOLLY et Jean DECIRY, vignerons, rapporta un loyer annuel de quatre livres.
Les preneurs jouissaient de la sonnerie – suivant les règlements et ordonnances prescrits par Monseigneur l’évêque de Soissons ; ils devaient être exacts à sonner les jours notaux ; bonnes fêtes et dimanches. Les angelus et services divins, conformément à l’usage ; sans pouvoir exagérer la rétribution des enterrements pour lesquels ils étaient aussi tenus de sonner en temps utile et sans retard ; et enfin si bien servir les sonneries qu’il n’en arrive aucun inconvénient ni reproche.
En 1792, ont fut obligé de descendre la grosse et la moyenne cloche parce que les plainards et les fontaines de celles-ci, usés et cassés, présentaient un danger sérieux pour la sécurité des sonneurs.
En outre, le mouton de la grosse cloche avait besoin d’être remplacé. Par une délibération du 6 mai de cette année, le conseil municipal déclare l’urgence des réparations et décida que la dépense en serait prise provisoirement sur les revenus de la fabrique.
Mais l’année suivante, en 1793, il fallut pour obéir à la loi du 23 juillet, sortir du clocher, la moyenne et la petite cloche, et les conduire à Soissons pour en faire des canons. La seule qui resta, coulée en 1602, portait l’inscription suivante : « M. François HOTMAN, conseiller du roy en la cour de parlement à Paris, abbé commandataire de Saint Mard, sieur de Mortefontaine l’an 1602, François DE GONNELIEU, escuyer Sr de Poulendum delle Loise DE MARQUEMONT, Vve de feu Philibert DE RENTY escr. »
Cassée vers 1882, elle jeta longtemps sa note discordante dans la commune et enfin fut descendue à son tour pour être refondue. La bénédiction de la nouvelle cloche eut lieu le 17 mai 1885, et les parrain et marraine furent : M. Gabriel DUVAL, cultivateur et maire et Mme Blanche FERTE, femme de M. Auguste FERTE, fermier à Confrécourt.

PRESBYTERE
Le presbytère, à part les améliorations successives qu’il a subies, a toujours occupé l’emplacement où on le voit aujourd’hui. En 1594, le curé CAUFOURIER qui l’habitait, miné par une maladie épidémique, dicta de sa chambre, le 25 août, son testament au notaire et aux témoins placés dans le cimetière au devant du presbytère, où ils n’avaient pas pénétré par crainte de la « contagion ».
Les habitants étaient chargés de l’entretien du presbytère, mais au XVII° siècle ils en avaient tellement négligé les réparations qu’un autre curé nommé GUERIN voulut les contraindre par des poursuites à améliorer l’édifice qui menaçait ruines. Ils n’attendirent pas plus longtemps et le 17 novembre 1686, consentirent à verser au curé la somme de 150 livres pour être employées aux plus urgentes réparations. On ne voit pas que pareille contrainte leur eut été imposée par la suite, ce qui donne à penser qu’ils mirent plus d’empressement à remplir leurs engagements.
Après 1789 et tant qu’il ne fut pas déclaré bien national, le presbytère dont le revenu était estimé 34 livres, fut imposé à la côte de M. DELETTRE « ci-devant curé » pour une somme de 23 livres 18 sols 6 deniers, sous additionnels compris.
Le 26 novembre 1792, l’assemblée municipale de Berny-Rivière décida de se servir du presbytère comme maison commune pour tout ce qui regardait les fonctions de l’officier public (celui-ci n’était autre que le curé jureur ROBERT) afin de ne pas déranger les séances qui se tenaient dans la maison d’école.
Le 23 floréal an IV (12 mai 1796) Antoine BAUTE-ABEL, préposé au dépôt national de la commune de Sèvres (Seine-et-Oise) offrit à l’administration du département de l’Aisne, à Laon, d’acquérir de la République française, conformément à la loi du 28 ventose précédent (18 mars), la maison presbytérale, le jardin et dépendances de la commune de Berny-Rivière, au prix de l’estimation qui en serait faite toujours suivant l’esprit de la loi.
Le 17 prairial suivant (5 juin), les administrateurs du canton de Vic-sur-Aisne ont certifié que le presbytère ne supportait aucuns droits féodaux, cens, prestations, champarts, terrages ni dimes ; que cette nature de bien était tenue en franche aumône et n’était point affermée en 1790.
Le 24 du même mois, BOUTE-ABEL comparut devant l’administration municipale de Vic-sur-Aisne, et y déclara faire choix de Louis POTTIER, maçon à Autrèches, pour son expert à l’effet de visiter le presbytère et ses dépendances concurremment avec Nicolas LOLLIOT, propriétaire à Vic-sur-Aisne, expert nommé par le département.
Et le 28 prairial (20 juin 1796) la visite et l’estimation furent faites par les deux experts accompagnés du citoyen ROGUIN, commissaire du directoire exécutif près l’administration municipale de Vic-sur-Aisne et du citoyen NANTEUIL, receveur des domaines nationaux, stipulants les intérêts de la République.


[Partie 28]

Les bâtiments du presbytère furent trouvés en mauvais état, sauf les deux relesses du principal corps de logis. L’immeuble se composait alors : d’une porte charrière d’entrée principale, fort défectueuse, au midi et au devant du chemin ; d’une cour de la contenance de 5 verges (1 are 75 centiares), d’une grange, cave au-dessous ; salle avec une croisée vers ouest que le propriétaire voisin a le droit de faire boucher ; vestibule ensuite avec escalier en bois et en plâtre ; cuisine avec four et petite dépense sous l’escalier ; en retour, autre cave dont l’entrée est au midi ; au-dessus, des salle, vestibule et cuisine, à gauche, une chambre sans cheminée où se trouve l’escalier du grenier, couvert de tuiles et régnant sur le tout ; à droite, une chambre avec cheminée, et deux petits cabinets dont un saillant. A droite, en entrant dans la cour, une écurie et une petite grange bâties en terre et couvertes en chaume, ainsi que la grande grange située à gauche ; toutes les couvertures de chaume dans le plus mauvais état ; toujours à droite, et en retour, une basse-cour d’environ 4 verges (1 are 35 centiares), dans laquelle existe un colombier dépeuplé, un bûcher attenant à l’école et un poulailler. Au devant de la grande cour, où se trouve le puits muni d’une potence en fer, est le jardin de la contenance d’un arpent (38 ares 28 centiares) fermé de haies vives en dépendant, séparé de la cour par un mur d’appui sur lequel est une grille de bois peinte en gris. Dans le jardin il existe 170 pieds d’arbres à fruits de différentes espèces.
Les experts sont demeurés d’accord que le corps de logis, cour, basse-cour, bâtiments, caves et lieux en dépendant, valaient en 1790, comme revenu annuel, la somme de 150 livres, lequel revenu multiplié par 18, d’après la loi, donne un capital de ….. 2,700 livres.
Et que le jardin, qui valait en revenu, dans la même année 1790, 230 livres, laquelle somme multipliée par 22, aussi d’après la loi, donne un capital de ….. 5,060 livres.
Ce qui fait au total une somme de ….. 7,760 livres.
Le 14 thermidor, an IX (1er août 1796), l’administration du département de l’Aisne, à Laon, sur le vu de l’état estimatif, consentit l’aliénation du presbytère de Berny-Rivière, au profit de M. Baute-Abel, moyennant 7,760 livres, somme que celui-ci versa en cinq paiements distincts. Le dernier eut lieu le 24 germinal an V (13 avril 1797).
Antoine Baute-Abel vint habiter le presbytère avec sa famille à la fin de l’année 1796. Nommé adjoint au maire de Berny-Rivière en 1800, il offrit à la commune la principale salle de son habitation pour y tenir les délibérations du Conseil municipal, jusqu’à sa mort arrivée le 12 septembre 1800. Sa veuve lui survécut jusqu’au 20 décembre 1812.
Les époux laissaient deux enfants, leurs héritiers, Marie-Antoinette-Adélaïde Baute-Abel, épouse de Jean-Noël Tricqueneaux, marchand tapissier à Rieux (Haute-Garonne) ; et Marie-Henriette Baute-Abel, femme de Michel Goze, pharmacien à Amiens.
M. et Mme Tricqueneaux vendirent le 10 juin 1813, leurs droits successifs mobiliers et immobiliers, moyennant 2,000 francs payés comptant, à M. et Mme Goze et ceux-ci demeurèrent seuls propriétaires du presbytère de Berny-Rivière.
Le 25 juillet 1814, ils le louèrent à M. Antoine-Eustache Caillet, prêtre curé desservant de Saint-Christophe et de Berny-Rivière, au loyer annuel de 200 francs ; et enfin le 17 novembre 1823 le vendirent à M. Aymard-Charles-Marie-Théodore, marquis de Nicolay, pair de France, demeurant à Paris, rue de Sèvres, n°83, moyennant 4,200 francs payés comptant.
M. le marquis de Nicolay n’avait fait cette acquisition que dans le but d’en faire donation à la cure de Berny-Rivière, et de lui assurer ainsi la propriété perpétuelle du presbytère qu’il voulait soustraire à l’idée d’une nouvelle vente à des mains profanes qui l’auraient détourné du caractère sacré de sa première et seule louable destination.
A cet effet, il apporta de grandes améliorations à l’immeuble et continua d’y loger le desservant de la cure, mais il mourut, le 7 juin 1871, sans avoir pu remplir son intention.
Ses enfants et héritiers reprirent l’idée, et le 23 mai 1872, devant Goupil, notaire à Paris : 1e Aimard-Charles-Marie-Gaston, marquis de Nicolay ; 2e Aimard-Marie-Joseph-Barthélemy, comte de Nicolay, tous deux demeurant à Genève, route de Carouge, n°12 ; Aimard-Marie-Gabriel-Raymond, comte de Nicolay, propriétaire à Paris, rue de l’Université, n°89 ; 4e demoiselle Gabrielle-Léontine-Marie-Aimardine de Nicolay, religieuse du Sacré-Cœur, demeurant à Chambéry ; 5e demoiselle Aimardine-Marie de Nicolay, religieuse du Sacré-Cœur, demeurant à Montfleury près Grenoble ; 6e demoiselle Jeanne-Marie-Aimardine de Nicolay, propriétaire à Genève ; 7e et Aimard-Charles-Louis-Marie de Nicolay, propriétaire à Versailles, rue Saint-Louis, n°1, ont fait donation de la cure de Berny-Rivière :
« D’une maison située sur la place de Berny-Rivière avec toutes ses dépendances et le jardin y attenant, contenant, d’après le cadastre, 54 ares. Laquelle maison a depuis longtemps été occupée par le curé de la paroisse et servait de presbytère.
Cette destination de presbytère devra lui être conservée à perpétuité, et aucune autre, quelle qu’elle soit, ne pourra lui être donnée, lors même que le changement aurait pour but une œuvre de bienfaisance. »
Le 29 décembre 1873, MM. Edmond Ratel, curé, et Gabriel Duval, maire, ont accepté la donation, après y avoir été autorisés par un décret présidentiel, donné à Versailles le 13 octobre 1873.
Et le 14 mars 1874, les enfants et héritiers de Nicolay ont dispensé la commune donataire de la signification de l’acceptation de leur donation.

A suivre
Emile Gailliard – L’argus Soissonai