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Emmanuel Félix de Wimpffen (1811-1884)Histoire locale / Articles

Thème : Armée, Personnalités | Commune(s) : LAON | Auteur : Jean-Pierre Allart


Né le 13 septembre 1811 à Laon, dans la demeure du docteur Cousin, rue Saint-Martin, il est le fils de Félix Emmanuel Charles de Wimpffen, colonel et baron d’Empire, descendant d’une des plus anciennes familles de l’aristocratie européenne et de Cornélie Bréda d’origine hollandaise. Ses parents n’étant pas mariés et son père étant mort en 1813 des suites des fatigues endurées durant la campagne de Russie, c’est sa tante, Adélaïde de Wimpffen, épouse de François Guillaume Marquette de la Viéville, qui l’élève. En 1821, à 9 ans, il entre à l’école royale militaire de La Flèche puis, en novembre 1829, à l’école de Saint-Cyr. Il en sort en 1832, à la 102e place sur 122 élèves, pour intégrer le 49e régiment d’infanterie avec le grade de sous-lieutenant.

Il rejoint son régiment à Strasbourg et ne tarde pas à avoir des démêlés avec les autorités civiles car il est accusé de faire partie d’une association, la Société des droits de l’homme, opposée au régime en place. Se disculpant maladroitement, il permute avec un sous-lieutenant du 67e régiment et s’embarque pour l’Afrique en 1834. C’est le point de départ de 17 années, en plusieurs séjours, passées dans ce pays nouvellement conquis par la France. Il participe ainsi à la colonisation de ces territoires et reçoit son baptême du feu. En 1835, il rentre en France, à Toulon d’abord où le choléra sévit durement, puis dans d’autres garnisons : Grenoble, Dunkerque avant de se retrouver en 1839 à Rueil. C’est dans cette commune que le lieutenant de Wimpffen fait la connaissance d’Adèle Euphrosine Quesnel qu’il épouse le 3 août de la même année en la mairie de Paris. L’année suivante, il est fait capitaine, toujours au 67e de ligne.

En 1842, il est affecté au bataillon des tirailleurs d’Alger et de Titteri. Il rejoint ainsi l’Afrique ; il y restera 11 ans et y démontera de réelles qualités de chef. C’est l’époque de l’affrontement entre les troupes françaises du général Bugeaud et celles de l’émir de Mascara, Abd el-Kader. Au cours des combats, Wimpffen montre beaucoup de courage et se fait remarquer à plusieurs reprises de ses chefs. Fait chevalier de la Légion d’honneur en juin 1843, il reçoit des appréciations élogieuses de la part de ses supérieurs : c’est dit le général Magnan un « officier de beaucoup d’avenir, instruit et capable » qui « aime le métier » et qui « a le feu sacré », il « veut parvenir et il parviendra par sa bonne manière de servir et sa bravoure. » Chef de bataillon au 44e régiment d’infanterie de ligne en 1847, il participe à l’expédition sur la frontière marocaine qui verra la prise d’Abd el-Kader. Le 18 juillet 1848, il est nommé au commandement du bataillon des tirailleurs indigènes d’Alger. Il va faire de ses hommes, appelés turcos, l’équivalent des zouaves qui passaient pour être dans l’armée des soldats d’élite. Les expéditions contre les tribus arabes, qui acceptent mal, ou pas du tout, la domination française se multiplient, surtout en Kabylie, et Wimpffen continue à faire preuve d’une grande compétence et d’une bravoure reconnut de tous. En septembre 1851, il est nommé lieutenant-colonel au 68e de ligne toujours en Algérie. Deux ans plus tard, il se fait encore remarquer lors d’un affrontement près de la frontière tunisienne et est promu colonel au 13e de ligne en garnison à Paris. C’est le retour en France.

1853, c’est le début de la guerre de Crimée. Après avoir convaincu ses supérieurs que les turcos peuvent prendre part à des guerres européennes, il constitue un régiment de 2 000 hommes dont il prend le commandement en mars 1854. Il débarque devant Gallipoli et attend comme l’ensemble du corps expéditionnaire français et anglais. En septembre, la décision est prise de s’emparer de la base navale russe de Sébastopol et les alliés débarquent alors dans la baie d’Eupatoria au nord de la ville. Les tirailleurs algériens font bonne contenance à la bataille de l’Alma et prouvent qu’ils sont des soldats de valeur et se comportent de belle façon à la bataille d’Inkerman ce qui vaut le grade de général de brigade à Wimpffen le 17 mars 1755. Sébastopol tombe avec la prise de la tour Malakoff le 8 septembre à laquelle participe avec impétuosité Wimpffen et ses tirailleurs. Après le traité de Paris, il regagne la France courant mai 1856.

Le général de Wimpffen qui commande une brigade de la Garde impériale, y reste jusqu’au moment où la guerre d’Italie éclate. La France s’engage en effet, en 1859, aux cotés des Sardes contre l’empire d’Autriche. Au petit village de Magenta, les belligérants s’affrontent. Les Français sont en infériorité numérique et Napoléon III fait donner la Garde : les grenadiers du général de Wimpffen et les zouaves du général Cler. La garde se fait décimer, Wimpffen est blessé à la joue, Cler est tué, les pertes sont importantes, mais la bataille est gagnée grâce à l’arrivée de renforts. L’énergie qu’il a déployée dans cette action, la bravoure coutumière dont il a fait preuve lui valent le grade de général de division.

Avec la fin de la guerre, il reste encore quelques années en France à la tête de différentes divisions militaires (Lyon, Paris) avec des missions d’inspection générale. Ce n’est que le 28 mars 1865 qu’il est nommé, sur sa demande, au commandement de la province d’Alger. Si la pacification est terminée, il reste encore, çà et là, quelques tribus rebelles qu’il est difficile de mettre au pas. En 1869, il accède au commandement de la province d’Oran où il va conduire une expédition dans des contrées jusqu’alors inexplorées par des Européens, l’expédition de l’oued Guir. Elle permet de frapper les tribus marocaines hostiles et les dissidents algériens qui menaçaient de razzier les populations du sud de la colonie française. Du fait de cette action, la région ne bougera pas lors des insurrections arabes de 1871.

Alors que la guerre franco-allemande sévit en Europe, Wimpffen est toujours à Oran. On n’a pas fait appel à lui et il est amer. Avec les premiers revers, il demande à servir en France. Le ministre de la Guerre le rappelle et le 28 août il est à Paris. Il doit remplacer le général de Failly à la tête du 5e corps et le 29 il se met en route vers l’Est à la recherche de son corps d’armée. Le 31, vers 1 h du matin, il est à Sedan. Le lendemain, au cours d’une inspection en première ligne, le général en chef Mac-Mahon est blessé, il ne peut plus assurer son commandement qui passe au général Ducrot. Celui-ci amorce la retraite de l’armée quand Wimpffen réclame le commandement sur ordre du ministre de la Guerre. Il fait arrêter la retraite, repart à l’assaut du coté de Bazeilles où les troupes de marine résistent face aux Bavarois, mais l’espoir est vain, on ne peut percer les lignes ennemies. Sur ordre de l’empereur, le général de Wimpffen signe la capitulation de la place de Sedan le 2 septembre 1870. Il est ensuite interné en Allemagne.

A son retour en France, il devient un chaud partisan de la République et a des démêlés avec les bonapartistes notamment au sujet du commandement qu’il a exercé à Sedan. Cette affaire va empoisonner la fin de sa vie. Il meurt à Paris le 25 février 1884 et son corps repose au cimetière du père Lachaise.

                                                                                                                                          Jean Pierre Allart

Nb : son épouse, ses beaux-parents, et d’autres membres de la famille reposent dans le cimetière de Vorges.