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Comment soigner un panaris, remèdes au fil du temps

Thème : | Catégorie : Remèdes | Auteur : Marie-Agnès Schioppa


Au cours de ces périodes de confinement propices aux rangements, j’ai retrouvé divers vieux livres traitant de la médecine de famille, et, en les feuilletant, je me suis amusée à retracer la petite histoire des soins à apporter au panaris. Je vous livre ainsi cinq extraits choisis du 17ème au 20ème siècle, qui permettent d’apprécier à quel point l’évolution de la médecine est rassurante !

  1. Remèdes de Fouquet vers 1696

Recueil de remèdes choisis expérimentés et approuvés, tome 1 par Madame Fouquet (1590-1681). Edition inconnue, vers 1696.

Marie de Maurepou, née en 1590, est l’épouse de François Fouquet, collaborateur du cardinal de Richelieu. Des quinze enfants du couple, le plus célèbre est certainement Nicolas Fouquet, surintendant des Finances. C’est une dame très charitable qui figure parmi les premières collaboratrices de Vincent de Paul au sein de l’œuvre des Dames de Charité. C’est à l’initiative de son fils Louis, évêque d’Agde, que les remèdes utilisés par Madame Fouquet sont publiés par le docteur Delescure dès 1675.

Remède :

Comme le panaris est un mal très commun et cruel, voici aussi son remède fort familier et très assuré : bien qu’il semble surprenant, il est pourtant, véritable ; et qui a été ordonné et éprouvé par un célèbre Médecin de ce siècle, pour des personnes de qualité, qui en furent guéries dans très peu de temps. Voici donc le remède.

Il faut mettre le doigt dans l’oreille d’un chat, et l’y laisser jusqu’à ce que la douleur cesse, on en retirera le doigt qui semble suppurer, que l’on traitera avec le seul Diapalma.

On avertit qu’il faut faire tenir le chat par des personnes, parce qu’il attire le venin du panaris qui est une tumeur vénéneuse, ce qui lui cause de la douleur, le fait crier et remuer violemment.

Emplâtre diapalma ou diapalmeum ou diacalciteos : préparation dermique à base de litharge dorée, d’huile d’olive, d’axonge et de vitriol. Utilisé comme résolutif pour les plaies avec hématome et les apostumes de la peste. Figure dans les pharmacopées médiévales usuelles. Il est recommandé par Mésué et Arnaud de Villeneuve.

Source : Persée, L’apothicairerie de l’abbaye de Lérins au XVIIème siècle par Jean-Pierre Bénézet.

  1. La médecine Nouvelle par le docteur O. Dubois, 17ème édition (vers 1880)

Il s’agit probablement du Docteur Octave Dubois né en 1843 et décédé en juin 1919 dont l’ouvrage comporte de nombreuses rééditions.

Panaris : Inflammation du doigt

L’inflammation est superficielle ou profonde ; dans le premier cas, elle n’intéresse que la peau et est peu grave ; on la nomme Tournure, Tourniole ; dans le second, elle peut détruire les tendons, les os et faire perdre une ou plusieurs phalanges. Les causes ordinaires sont des malpropretés qui s’introduisent dans la peau ; mais il y a des prédispositions individuelles dont il faut chercher la cause dans le tempérament lymphatique ou scrofuleux.

Généralement, les Panaris deviennent graves par la négligence du malade ; on attend on ne va trouver le médecin que lorsque la maladie ne guérit pas, c’est à dire lorsque les tendons et les os sont détruits, on perd le doigt et on dit que les médecins ne savent pas guérir les panaris ; aussi beaucoup de personnes préfèrent-elles s’adresser à des serruriers, marchands de vins ou autres individus qui ont la réputation de guérir ces maladies et réussissent souvent, en effet, parce qu’ils voient les malades dès le début de la maladie. Quoi qu’il en soit le traitement doit commencer par des onctions d’Onguent Napolitain ou des applications de Phénol Babeuf qui réussissent souvent à faire avorter le mal ; si l’inflammation est violente, il faut appliquer tout de suite quelques sangsues, et, si le panaris résiste à ces moyens, le faire ouvrir largement ; mais surtout ne pas attendre. Dans le même temps, on fera chaque jour une dérivation sur l’intestin au moyen des pilules Boissy.

  1. Almanach Porte Bonheur pour 1904- Pharmacie de la gare, Géraut, Laon

Pour guérir les panaris

Ecrasez des escargots avec leur coquille, en une bouillie bien homogène avec laquelle on enveloppe le doigt, un linge sec sert à la retenir.

Trois heures après, au plus tard, la douleur a complétement cessé. La pâte se dessèche aussitôt. On l’enlève vingt-quatre heures après en plongeant le doigt dans l’eau chaude, et on la remplace par une nouvelle application.

On continue ainsi pendant quatre ou cinq jours, au bout desquels le panaris a complétement disparu.

  1. Petit guide de la santé à l’usage des familles-Syndicat des grandes pharmacies françaises (Guide de la santé de la pharmacie Saint-André de Saint-Quentin) vers 1924

Panaris : pulvérisation d’acide phénique, de phénol sodique, cataplasmes de farine de lin, lavages à l’eau boriquée.

  1. La véritable médecine de famille de l’oncle Paul par le Docteur L. Illustrations de M. Dessertenne, Librairie A. Taride, Paris (Vers 1928)

Panaris :

On se contentera d’appliquer des compresses de gaze imbibées d’eau bouillie ou d’eau boriquée chaude et recouvertes de taffetas imperméable.

L’ouverture au bistouri ne peut être appliquée que par le médecin.

Nous passons ainsi du pauvre chat aux fragiles escargots avec un détour éventuel par les sangsues, sans parler des serruriers et marchands de vins, encore moins de l’acide phénique qui devait brûler plus que guérir, à l’eau boriquée et au recours du médecin, comportement plus actuel !

M-A. Schioppa