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Buironfosse : Monographie 1914-1920 Ecole des filles

Thème : Communes | Catégorie : Monographies, Première guerre mondiale 1914-1918 | Commune(s) : BUIRONFOSSE | Auteur : Mme Mathias institutruce


Département

de l’Aisne

____ Ecole de Filles de Buironfosse

Arrondissement

de Vervins

______

Questionnaire sur l’occupation allemande

Guerre de 1914/ 1918

_____

Commune de Ecole de Filles de Buironfosse

Buironfosse ————————-

________ Canton de la

Capelle

Arrondissement

de Vervins

________

A.- Territoire occupé par les armées allemandes

I.- Généralités

a).- A quelle date les Allemands ont-ils pris possession de votre village ?

Les Allemands sont arrivés à Buironfosse le 27 août 1914 vers 10 heures du matin.

b).- La prise de possession s’est-elle effectuée à la suite d’escarmouches, à la suite de combats sanglants, ou sans coup férir ?

La prise de possession du village s’est effectuée sans coup férir mais les Allemands ont tué quatre personnes. Ils ont brisé les portes et les fenêtres du bureau des postes, ils ont incendié la banque et trois maisons voisines. Un enfant ayant fait éclater un pétard, ils ont prétendu qu’on avait tiré sur eux.

c).- Quelle a été l’attitude de l’autorité militaire à l’égard de la population pendant les premiers jours? Dans la suite de l’occupation ?

Pendant les premiers jours de l’occupation allemande, l’autorité militaire s’est désintéressée de la population civile. La circulation des habitants est restée complètement libre. Le ravitaillement de la commune s’est faite presque sans difficultés. Des voitures chargées de viande partaient chaque semaine pour Saint-Quentin.

Mais en décembre 1914, les Commandantures ont été créées. C’est alors que la population civile a connu les gendarmes et les policiers, les réquisitions, les perquisitions, les passeports et l’emprisonnement.

Au début, les réquisitions laissaient à la population civile assez pour se nourrir mais plus tard l’autorité allemande s’est montrée plus exigeante.

Le lait et les œufs ont été réquisitionnés, les habitants ont été privés totalement de viande et n’ont eu à leur disposition que les produits de leurs jardins et les ressources de la CRB diminuées des prélèvements faits par l’ennemi.

Toutes les personnes valides au-dessus de quatorze ans ont été obligées de travailler à la culture des champs et à la fenaison. Beaucoup de jeunes gens et de jeunes filles ont été enlevés pour travailler au dehors. Plusieurs ont été envoyés en Allemagne comme prisonniers civils.

c).- Pouvez-vous citer quelques ordres ou prescriptions émanant de l’autorité ennemie où se manifestait plus spécialement son système de « guerre aux civils » ?

Les habitants ne pouvaient quitter l’agglomération du village sans un permis spécial leur permettant de travailler aux champs. Les passeports délivrés pour une autre commune étaient bien difficiles à obtenir. Au début, ils coûtaient 3 centimes. Plus tard, ceux permettant de se rendre dans une commandanture voisine ont été payés un mark. Enfin, en dernier lieu pour obtenir un passeport quelconque, il fallait échanger 10 marks ou 10 francs en argent français contre des bons régionaux et payer en outre un mark.

Les heures de circulation et les heures de travail étaient fixées par la Commandanture.

Des postes établis dans chaque commune étaient chargés de veiller à l’exécution des ordres donnés, de faire, matin et soir, l’appel des travailleurs, de surveiller le travail et de renseigner les gendarmes et les policiers. Ces soldats du poste étaient tout puissants. Ceux qui ne leur offraient pas à boire et à manger étaient bien vite victimes de dénonciations. Chaque semaine les personnes coupables étaient punies de l’amende et de la prison. Ces condamnés étaient jetés dans des cellules obscures, puantes, sans air, sans lumière, sans feu. Ils recevaient une nourriture insuffisante et détestable. Les grands coupables étaient envoyés à Avesnes ou au bagne de Sedan. Les femmes pouvaient être transportées à la maison de correction du Pied du Terne (Rocquigny) ou à la maison d’arrêt de Valenciennes.

d).- Pouvez-vous rapporter quelques propos authentiques tenus par des officiers ou des soldats, et qui soient caractéristiques de leur état d’esprit ou de l’opinion publique en Allemagne à cette époque?

Les officiers et les soldats allemands étaient tous convaincus que la France et l’Angleterre étaient responsables de la guerre, que la France qui convoitait l’Alsace-Lorraine avait profité de la jalousie de l’Angleterre contre l’Allemagne et avait écouté les conseils de Delcassé et de Poincaré pour déclarer la guerre. Ils annonçaient que la France paierait une énorme indemnité de guerre et que l’Allemagne annexerait la Belgique et les territoires occupés, le bassin de Briey et d’Algérie. Beaucoup d’Alsaciens Lorrains partageraient en idée. On sait que le policier Thomas était lorrain.

f).- Si possible, prière de joindre quelque spécimens d’affiches apposées par les soins ou sur l’ordre de l’ennemi, ou quelque document authentique digne d’intérêt, (ces documents seront exposés et renvoyés par la suite à leurs possesseurs, s’ils les réclament).

Les affiches envoyées aux maires par ordre de l’inspecteur de Vervins étaient placardées immédiatement. Les maires responsables devaient rendre compte immédiatement de l’affichage.

Ces affichages menaçaient les habitants de la peine de mort s’ils touchaient une voie ferrée ou aux lignes télégraphiques, s’ils cachaient des soldats français ou alliés, s’ils se livraient à un acte d’espionnage contre l’Allemagne. Elles ordonnaient la livraison de tous les métaux, des laines pour matelas, des armes, des bicyclettes, et l’échange des monnaies d’or contre des bons régionaux.

Les ordres de réquisition envoyés aux communes étaient au début apportés par des soldats. La Commandanture a exigé ensuite que des courriers civils rétribués par les communes iraient chaque jour chercher des ordres et porter les réponses à ces ordres.

L’interprète de la Commandanture était chargé de recevoir les courriers et de donner les explications nécessaires.

Je n’ai aucune affiche, aucun ordre à ma disposition. Les ordres étaient libellés dans le genre de celui-ci :

Etappen Kommandantur N° – Aux communes

La Commune de Buironfosse livrera le à heures du , 15 jeunes bêtes en bon état. Si ces bêtes ne sont pas en bon état, elles seront remplacées par d’autres sans bons et la commune paiera une forte amende

Signé: Stimieke

Major und Kommandant.

II.- Des rapports de l’Autorité ennemie avec la population scolaire

a).- Les établissements d’instruction (écoles, etc.) ont-ils été ouverts pendant toute la durée de l’occupation ? Ou momentanément fermés, ou ont-ils été fermés pendant toute la guerre ?

Les Instituteurs ayant été mobilisés en 1914, la Directrice de l’Ecole des filles a assuré le service scolaire pendant toute la durée de la guerre aidée d’adjointes improvisées.

Elle a réuni les garçons et les filles. En octobre 1914, trois classes mixtes ont été crées. Elles comptaient 189 élèves ainsi répartis

1ère classe : 50 élèves

2e classe: 63 élèves

3e classe: 76 élèves

En janvier 1916, l’arrivée de nombreuses familles chassées du front par les Allemands porta l’effectif des écoles à 212 élèves. Une quatrième classe fut organisée.

Le 13 février 1917, les Ecoles furent fermées sous prétexte d’économie de chauffage et transformées en casernes. Les classes ne purent être reprises que le 11 mai suivant dans quatre locaux séparés mais assez rapprochés pour permettre à la Directrice de surveiller l’enseignement.

Une garderie fut créée. A cette date, les 307 élèves fréquentant régulièrement l’école furent ainsi répartis:

1ère classe : 40 élèves

2e classe : 47 élèves

3e classe: 68 élèves

4e classe: 75 élèves

Malheureusement du 16 mai 1917 au 4 juin, une épidémie de croup sévit dans la Commandanture, les classes furent fermées, l’ordre suivant étant parvenu à la mairie :

La Capelle 16 mai 1917

A la mairie de Buironfosse

Pour empêcher une propagation de la diphtérie, vous devez fermer immédiatement les Ecoles jusqu’à nouvel ordre. On ordonne de plus que seulement les parents les plus proches et adultes prennent part à l’enterrement. Il est défendu d’arranger des funérailles dans les maisons. Tous les cas de diphtérie qui arriveront encore doivent être annoncés tout de suite à la Commandanture.

La Gendarmerie et les postes du village ont l’ordre de surveiller l’exécution de cette ordonnance et rapporter les personnes qui seront prises en défaut.

Signé: von Schenk

Major und Kommandant

Le 9 juin 1917, la Commandanture envoya un nouvel ordre ainsi conçu:

Vous devez faire la classe tous les jours pendant tous les jours de la semaine aussi le dimanche et le jeudi.

Signé: A.B. Ahle Lieutenant und Adjudant.

Les écoles furent donc ouvertes de nouveau mais le 11 novembre 1917, la Directrice fut, à la suite d’une dénonciation et d’une perquisition, accusée d’espionnage, traduite devant un conseil de guerre, condamnée à 2 350 marks d’amende et jetée en cellule pendant 68 jours. Pendant son absence, les aides assurèrent le service. A son retour, en janvier 1918, elle se trouva sans logement, sans mobilier. Elle put trouver une chambre et réorganisa son école.

Le 1 janvier 1918 un convoi de rapatriés pour la France non envahie enleva 26 élèves. Le 1er février un second convoi en enleva 33. L’Ecole fut réduite à trois classes.

Le 19 juillet 1918, M. l’inspecteur primaire d’Avesnes convoqua les enfants au Nouvion en Thiérache pour un examen du Certificat d’Etude primaires. Vingt-trois élèves de Buironfosse furent admis et le vingt-trois juillet suivant devant une Commission siégeant à Landrecies.

Les vacances scolaires furent fixées pas M. L’Inspecteur primaire d’Avesnes du 31 juillet au 2 septembre 1918 ainsi que l’atteste la note ci dessous:

Note:

Les vacances pour 1918 sont fixées par M. l’Inspecteur du mercredi soir 31 juillet au lundi matin 2 septembre;

L’Inspecteur

Signé: Bayasse

Mais le 23 août les Allemands donnaient l’ordre de reprendre les classes qui furent ouvertes jusqu’au 11 octobre avec un effectif de 199 élèves répartis en 3 classes.

Guise, Etreux étaient évacués. Les Allemands reculaient, les français rapprochaient.

L’évacuation que l’on craignait n’eut pas lieu. La délivrance arriva et le 11 novembre 1918, l’Ecole réinstallée dans son ancien local fut de nouveau ouverte définitivement.

b).- Quelles ont été les prescriptions particulières édictées par les Allemands à l’égard des établissements d’instruction ? (Prière de joindre, si possible, des documents à l’appui).

Les Allemands ont fixé la durée des vacances, ils ont donné des ordres concernant les maladies contagieuses et la fréquentation scolaire. Les absences devaient être signalées à la Commandanture. Cette dernière prescription n’a pas été exécutée, aucune punition n’a été infligée.

c).- Le commandant de place s’est-il immiscé dans les services d’enseignement ?

Le Commandant de place ne s’est nullement occupé des écoles.

d).- des officiers délégués ou inspecteurs allemands ont-ils émis la prétention de contrôler l’enseignement ? Ont-ils pénétré dans l’école ? Ont-ils interrogé les élèves ? Pouvez-vous citer, à cette occasion, des réponses d’élèves méritant d’être mentionnées ?

En 1916, un aumônier catholique allemand a visité les écoles et a ordonné de placer le Christ dans les classes. L’ordre n’a pas été exécuté.

Au début de 1918, le Directeur de l’Ecole libre de La Capelle accompagné d’un aumônier catholique a visité toutes les classes. Il s’est fait présenter les registres d’appel. Il a demandé si la prière était faite chaque jour. La Directrice a répondu qu’elle se conformait au règlement scolaire français.

J’ajoute que l’aumônier catholique a été émerveillé de la tenue des classes.

Un employé de la Commandanture est venu à plusieurs reprises vérifie le nombre d’élèves.

Ces visites n’ont causé aucun ennui. Les enfants n’ont pas été interrogés.

e).- Les élèves des établissements (écoles, etc.) ont-ils été contraints à quelques travaux manuels? Quelle a été l’attitude des élèves dans ces circonstances ? Particularité, réponses, réflexions dignes de remarque.

Les enfants des Ecoles, tous âgés de moins de 14 ans, étaient astreints sous la conduite de leurs maîtresses à ramasser le feuillage des arbres et des haies ainsi que les plantes médicinales, à cueillir les mûres et autres fruits sauvages. Ces travaux se firent d’abord chaque après-midi puis deux ou trois fois la semaine. Bientôt ils cessèrent totalement.

Les enfants considéraient ces travaux comme un amusement. Ils disaient : “Nous en faisons toujours trop pour les Allemands”.

Des soldats allemands surveillaient sans aucune sévérité. Ils donnaient des bonbons, des friandises aux enfants.

f).- Quelle a été, en général, l’attitude des soldats à l’égard des enfants ? L’attitude des enfants à l’égard des troupes?

L’attitude des enfants à l’égard des troupes a été froide mais correcte. Les soldats allemands n’ont fait aucun mal aux enfants, bien souvent ils leur donnaient du chocolat ou d’autres friandises.

g).- Le séjour des troupes allemandes a-t-il influé en quelque mesure sur le parler local ? Quelques mots allemands, plus ou moins déformés, y ont-ils pénétré, et paraissent-ils devoir persister ? (Donner une liste de ces mots, et leur sens.)

Le séjour des troupes allemandes n’a eu que très peu d’influence sur le parler local. Aucun mot allemand n’a persisté. Seuls les mots Bisof et aéroplane signifiant ivre, les hâtez-vous, Prosit (à votre santé) arbeit (travailler) flesh (viande) brot (pain) ont été employés pendant l’occupation. La langue allemande n’a fait aucun progrès.

En général, nos populations n’ont eu à se plaindre que des Commandantures, des gendarmes et des policiers. Les troupes combattantes sauf de rares exceptions ont été correctes. Les classes ont été régulièrement tenues. Les enfants ont toujours écrit sur des cahiers. Le mobilier a été sauvé.

Fait à Buironfosse le 29 mai 1920

La Directrice de l’Ecole de filles

Mme Mathias née Dupont

Source: BDIC La Guerre dans le ressort de l’Académie de Lille. 1914-1920