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Bucy-les-Pierrepont : Monographie 1914-1920

Thème : Communes | Catégorie : Monographies, Première guerre mondiale 1914-1918 | Commune(s) : BUCY-LES-PIERREPONT | Auteur : E.Durin instituteur


Questionnaire

A.- Territoire occupé par les armées allemandes

I.- Généralités

a).- A quelle date les Allemands ont-ils pris possession de votre village ?

Les Allemands sont arrivés à Bucy le 1 er septembre à midi.

b).- La prise de possession s’est-elle effectuée à la suite d’escarmouches, à la suite de combats sanglants, ou sans coup férir ?

Des uhlans servaient d’éclaireurs et dès 8h30 le matin, étaient autour du village occupé par une trentaine de dragons français conduisant 60 chevaux fatigués ou malades. Ces dragons commandés par un brigadier, commencèrent à tirer sur les uhlans isolés et firent prisonnier, un de ces éclaireurs (lequel fut ramené à l’école).

Aussitôt, le gros de l’armée ennemie arriva sur les hauteurs, entre Ebouleau et Bucy et lança 16 shrapnels, qui ne firent aucun dégât. Cependant, nos dragons tirèrent du village, du clocher, mais se retirèrent peu après, laissant 2 morts (enterrés au cimetière).

c).- Quelle a été l’attitude de l’autorité militaire à l’égard de la population pendant les premiers jours?

Dans la suite de l’occupation ?

Les ennemis prirent les jeunes gens et les hommes de la rue par laquelle ils entraient et les placèrent au-devant d’eux pour protéger leur avancée. L’autorité se livra à une enquête sommaire sur la résistance qui avait été faite, cherchant le rôle joué par la population, demandant qui avait procuré la clé du clocher, visitant prudemment les locaux.

Pendant le reste de l’occupation, c’est-à-dire 4 ans et 2 mois, l’autorité allemande fut sévère, appliquant toutes les instructions qui lui étaient données par l’autorité supérieure.

Bon nombre d’habitants furent condamnés à des amendes pour infractions aux règlements-prescriptions. Quelques-uns, payèrent par un temps de prison.

d).- Pouvez-vous rapporter quelques propos authentiques tenus par des officiers ou des soldats, et qui soient caractéristiques de leur état d’esprit ou de l’opinion publique en Allemagne à cette époque ?

Les Allemands avaient une haine ardente contre la France et la plupart m’ont dit que les Instituteurs français étaient les propagateurs des idées de revanche. Ils pensaient aussi que la France était aveulie, désorganisée, facile à abattre.

e).- Pouvez-vous citer quelques ordres ou prescriptions émanant de l’autorité ennemie où se manifestait plus spécialement son système de « guerre aux civils » ?

f).- Si possible, prière de joindre quelque spécimens d’affiches apposées par les soins ou sur l’ordre de l’ennemi, ou quelque document authentique digne d’intérêt, (ces documents seront exposés et renvoyés par la suite à leurs possesseurs, s’ils les réclament).

Les ordres furent nombreux, l’Instituteur avait tout conservé jusqu’en octobre 1918 aux archives de la commune et en double dans ses papiers personnels. L’évacuation a tout détruit.

II.- Des rapports de l’Autorité ennemie avec la population scolaire

a).- Les établissements d’instruction (écoles, etc.) ont-ils été ouverts pendant toute la durée de l’occupation? Ou momentanément fermés, ou ont-ils été fermés pendant toute la guerre ?

Les écoles ont été ouvertes presque pendant toute la durée de l’occupation, mais sous différentes formes et momentanément fermées pour un lazaret d’arrière comprenant 300 lits.

b).- Quelles ont été les prescriptions particulières édictées par les Allemands à l’égard des établissements d’instruction ? (Prière de joindre, si possible, des documents à l’appui)

A Bucy, la Commandanture n’a pas tracassé les maître et maîtresse. Cependant, elle a défendu par circulaire, de faire classe en février, mars 1917 et dans toute la région, pour ménager le charbon. L’Instituteur s’est rendu à la Commandanture de Liesse et a obtenu de maintenir les écoles ouvertes mais chauffées au bois.

c).- Le commandant de place s’est-il immiscé dans les services d’enseignement ?

Le Commandant ne s’est pas immiscé dans les services d’enseignement. Cependant, l’Instituteur n’aurait pas pu refuser de s’occuper parfois du secrétariat de la mairie. La commandanture organisa un jardin d’enfants et en confia la direction à l’Institutrice.

d).- des officiers délégués ou inspecteurs allemands ont-ils émis la prétention de contrôler l’enseignement ? Ont-ils pénétré dans l’école ? Ont-ils interrogé les élèves ? Pouvez-vous citer, à cette occasion, des réponses d’élèves méritant d’être mentionnées ?

Un sous-officier (un embusqué) se disant inspecteur de nos écoles est venu, un jeudi : la classe était fermée (règlement français). Il ne fit aucune réflexion et n’a pas pénétré dans les classes.

e).- Les élèves des établissements (écoles, etc.) ont-ils été contraints à quelques travaux manuels ?

Quelle a été l’attitude des élèves dans ces circonstances ? Particularité, réponses, réflexions dignes de remarque.

Les élèves des écoles ont été obligés, pendant les 4 années d’occupation, d ‘aller aux chardons, arracher les sénés, glaner pour les pauvres, ramasser des pommes de terre pour les évacués, couper, effeuiller et sécher les orties, le tout sous la direction de l’Instituteur responsable. Celui-ci n’a pas été inquiété à ce sujet, quoiqu’il n’ait fourni, la dernière année, qu’une partie des orties bottelées et séchées qui lui était réclamée.

Les élèves ont été parfois, bien fatigués, surtout par suite des mauvaises chaussures, mais ils savaient qu’on ne pouvait se soustraire à l’obligation et se sentaient soutenus par leur maître.

Quand cela était possible, ils fredonnaient des chansons antiallemandes.

f).- Quelle a été, en général, l’attitude des soldats à l’égard des enfants ? L’attitude des enfants à l’égard des troupes ?

Le soldat allemand, en général, paraissait beaucoup aimer les enfants, surtout les garçons. Aucun d’eux n’a été molesté. Le Teuton parlait souvent des siens, en montrant leur photographie. Les enfants, de leur côté, s’approchaient facilement des Allemands et recevaient du café, quelques petits biscuits, du chocolat, quand les conserves étaient abondantes.

).- Le séjour des troupes allemandes a-t-il influé en quelque mesure sur le parler local ? Quelques mots allemands, plus ou moins déformés, y ont-ils pénétré, et paraissent-ils devoir persister ?

L’occupation par les troupes n’a eu aucune influence sur le parler local. Les mots et les phrases estropiés, employés si couramment pendant le séjour des ennemis, n’ont pas substitué et aujourd’hui, on n’entend plus jamais un mot étranger.

B.- Territoire occupé par les Armées françaises et alliées

I et II.- Généralités et rapports des troupes avec la population scolaire

a).- Quelles sont les troupes (alliées) qui ont occupé votre village ?

b).- S’est-on battu dans votre région ? A quelle date ?

c).- Voyez-vous quelques particularités à noter touchant l’attitude des soldats alliés à l’égard des enfants ? Des enfants à l’égard des troupes ?

Les habitants de Bucy, ayant été évacués le 10 octobre 1918 au moment de la reprise de Laon, jusqu’à l’armistice, n’ont pas été témoins du départ des troupes allemandes, ni des combats insignifiants qui se sont produits à cette occasion. C’est le 4 novembre que les Italiens occupèrent Bucy : deux tombes en font foi. La population n’a donc eu que peu de rapports avec les armées françaises et alliées qui poursuivaient l’ennemi pour le rejeter au-delà des frontières.

Bucy-les Pierrepont, le 31 mai 1920

L’Instituteur,

Durin E.

Source: BDIC La Guerre dans le ressort de l’Académie de Lille. 1914-1920

©Genealogie-Aisne – 2015