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Bohain : L’histoire des églises

Thème : | Catégorie : Églises | Commune(s) : BOHAIN-EN-VERMANDOIS | Auteur : V.Gomez d'après association Autrefois Bohain


L’HISTOIRE DES EGLISES DE BOHAIN

En 1910, la démolition de l’église présente a lieu pour permettre la construction de l’église actuelle, dédiée à Notre-Dame-de-Lourdes. C’est la troisième église construite sur ce site.

La première église fut édifiée vers 1251 par un certain Jean de Châtillon seigneur de Guise et de Bohain.

La Chapelle faisait 10 m de large sur 15 m de long, ce qui était assez vaste. Elle fut retrouvé en creusant les fondations de la deuxième église.

La deuxième église fut donc construite sur les vestiges de la première et les débris du château incendié en 1670.

Elle fut faite par le maire de Bohain Pierre GALLOIS (conseiller du roi, garde marteau), selon les plans de Pierre LESCOT, architecte en 1674. Une plaque noire scellée sur un pilier indiquait la mort de son fils François le 16 août 1674.

 

 

Architecture de la deuxième église :

Le choeur paraissait appartenir au commencement du XVIIème siècle, il était percé de plusieurs croisées formées d’ogives germinées, couronnées de rosaces.

La nef avait été construite bien après.

La voûte était soutenue par six larges piliers de forme carrée.

Le portail était en plein cintre formé d’un boudin en saillie appuyé sur deux colonnettes. Les fonds baptismaux et le portail était du XIIème siècle.

A l’intérieur, on remarquait des vitraux modernes et un chemin de croix en relief. L’église avait été édifiée sur trois plans à la mode italienne, au milieu il y avait trois pas, au choeur un, de sorte que dès l’entrée on voyait le prêtre à l’autel.

Au moment de la révolution il y avait une statue au-dessus du portail et longtemps encore avant, deux lions en pierre de chaque côté de la porte, c’est là qu’on rendait la justice  » inter leones  » (entre les lions). Il y eut aussi un cadran solaire, côté sud.

Parmi les dalles de l’église, on remarquait une pierre tumulaire, en deux fragments, provenant de la chapelle de l’ermitage du Riez, elle portait cette inscription :  » Ci-gît Pierre Boucher qui a été 13 ans ermite en ce lieu, natif de Montdidier, âgé de … qui décéda le 20 octobre 1689, Priez Dieu pour lui. »

Il y avait aussi une chapelle de style flamboyant.

Baptêmes des cloches de la deuxième église :

– Le 9 avril 1716 : Baptême d’une cloche.

– Le 18 janvier 1722 : Baptême de la grosse cloche nommée Félise-Alexandrine. Parrain : Messire Louis de MAILLY, prince souverain d’Orange, marquis de NELLE, comte de Bohain, Beaurevoir et Bernot. Marraine : Félise-Alexandrine de MAZARIN, épouse dudit seigneur.

– Le 29 juin 1733 : Baptême de deux cloches.

– Le 21 novembre 1759 : Baptême de la cloche qui doit servir de troisième.

– Le 29 août 1745 : Bénédiction d’une grande croix, d’un crucifix et de deux bannières, une du Saint-Sacrement et l’autre de Saint Sébastien pour la confrérie des archers.

– En 1838 : Baptême d’une cloche.

– Enfin en 1838 : Baptême de trois cloches par M. Pierre Alexandre MARECHAL, curé doyen.

La grosse a été nommée : Marie Flore, ses parrains et marraines ont été Louis Damas TOFFIN, maire de la ville, commandant de la Garde Nationale et dame VATIN, née Flore LANTHIER ; RICARD Robert, premier adjoint et dame ALLAIN, née Anaïs GROUSSELLE ; Calixte Joseph VASSAUX et dame FLAMANT, née Béatrice Appolinnie FOURNIER.

La moyenne a été nommée Alexandrine, ses parrains et marraines : M. FAGARD et dame FAGARD, née Alexandrine COLLIGNON ; Louis Édouard DAUTHUILE et dame GEORGE, née Angéline DELOFFE et Henri LEFEVRE-BEAUVAIS et dame ROBERT, née Désirée ROBERT. Cette cloche remplace celle de 1838.

La petite a été nommée Catherine, ses parrains et marraines ont été Joseph Denis ROBERT et dame FOIGNE, née Victoire VIRGINIE et Louis Joseph Casimir FREMEAUX et dame LONGUET, née Eléonore DUBOIS.

Ces cloches portent l’inscription : « refondu en 1874 par DROUOT, fondeur à DOUAI. »

Ces cloches furent enlevées par les allemands en 1917.

Le clocher de l’Église St Martin a subi divers incidents :

A la Révolution, le clocher devait être démoli, car selon l’art.13 de la loi du 7 vendémiaire an 4è de la République une et indivisible « aucun signe particulier à un culte ne peut être placé dans un lieu public ». Les personnes venues pour démolir le clocher ont prétendues n’avoir ni les compétences ni le matériel pour une telle opération et donc le clocher fut sauvé.

Le 20 août 1857 : incendie du clocher . Une inscription sur plaque de marbre, scellée dans l’un des piliers de Église St Martin rappelle l’évènement : « L’an de grâce MDCCLVII, la nuit du XX au XXI août, cette église menacée par l’incendie qui venait de se communiquer au bout de la flèche du clocher fut, avec l’aide de Dieu et sous l’intelligente direction du capitaine LEMAIRE, sauvée d’une ruine imminente. Par la conduite intrépide et courageuse du sergent Auguste LEFEVRE, du sapeur SAVIGNY, du sergent Thimotée DEFRANCE, tous trois de la compagnie des sapeurs-pompiers de cette ville et celle du sieur ARNAL, artiste dramatique de passage ». Cette plaque fut placée par le conseil de fabrique reconnaissant. Par la suite le clocher fut réparé.

L’ancien cimetière entourant l’église a été abandonné en 1861.

L’église n’a pas subi de siège en raison du château de fort de Église, mais elle avait reçu près du pilier gauche de la façade un obus lancé par les allemands le 2 janvier 1871, avant leur entrée en ville.

Le 12 mars 1875, une tempête arracha la flèche du clocher, haut d’environ 40 mètres ; celle-ci, entraînée suivant l’axe de l’édifice et soulevée par le vent qui s’engouffrait à l’intérieur, après avoir décrit un angle de 180°, a parcouru une distance de 20 mètres, vint crever la toiture de la nef et tomber verticalement, tout d’une pièce, la pointe en bas sur la chaire, quelle réduisit en morceaux. Les fidèles avaient quitté l’église quelques minutes auparavant. Après cet incident le haut clocher n’a pas été reconstruit.

Église Notre Dame de Lourdes (église actuelle) :

C’est vers 1887, avec le legs de cent milles francs fait à la Fabrique, que l’on commença à parler à Église de construire une nouvelle église.

En 1893, Mme SAURET-ROBERT, léguait cinquante milles francs pour la reconstruction de l’église.

C’est à cette époque que M. le Doyen ROCHARD entreprit de mettre l’œuvre en train. Par des quêtes et des souscriptions, il obtint près de cinquante milles francs. Espérant que le commencement des travaux amènerait de nouveaux dons, il fit établir un plan et le soumit au conseil municipal. Son but ne fut pas compris, et le projet fut rejeté. Un deuxième plan modifié n’eut pas plus de succès et fut également refusé. Le prêtre s’inclina. Il mourut en 1900, sans avoir réaliser son projet.

Pendant une dizaine d’années, on ne parla plus de la nouvelles église ; la séparation de l’église et de l’état s’est accompli, l’État s’empara de l’argent de la Fabrique et on perdit l’espoir de voir un jour une église neuve.

En 1908, des réparations importantes étaient devenues nécessaires ; une somme de 15 000 francs était indispensable pour les travaux les plus urgents. C’est alors que le Conseil Municipal se souvint que plus de 200 000 francs avaient été légués ou souscrit pour la reconstruction de l’église, et présumant que les héritiers des donateurs pouvaient réclamer ces sommes, décida de demander à l’état, la dévolution des biens de la Fabrique à la ville de Église, à charge pour elle de faire bâtir une église.

Les 200 000 francs avaient produits des intérêts, la somme disponible était alors de 270 000 francs environ.

La municipalité, d’accord avec M. le Doyen DEBIONNE fit établir un plan par M. MALGRAS, architecte à St Quentin ; le conseil municipal l’adopta le 29 octobre 1909, et l’adjudication des travaux eut lieu le 1ermars 1910. Le 5 mars, la préfecture donnait son approbation et les travaux de démolition commencèrent aussitôt.

La pose de la première pierre eut lieu le 13 novembre 1910.

Le dimanche 25 mai 1913, à l’issue de la procession de la Fête Dieu eut lieu l’entrée dans une nouvelle église non encore terminée.

Malheureusement, on a eu à déplorer le décès de deux ouvriers, MM. LEMAIRE et CADOT, qui périrent au cours de la construction de l’église.

Architecture :

L’architecte a adopté le style ogival français, plutôt celui du XIVèmesiècle que celui du XIIIème. L’édifice est en briques.

L’église à la forme d’une croix dont la grande nef est le pied, le sanctuaire la tête, et les transepts les bras, d’une longueur intérieure de 48 mètres dont 15,40 de chœur et 8 mètres de transept, d’une largeur de 22,80 mètres dont 12 mètres de grande nef.

Le clocher mesure 50 mètres dont 31 mètres de maçonneries, 16 mètres de toit et 3 mètres de croix.

L’architecte a planté, le cloché sur le coté, au dessus de la porte d’entrée.

De coté de la nef, toujours à l’extérieur, sont des contreforts qui lancent vers le mur supérieur, un arc de briques ; c’est l’arc boutant qui reçoit à l’intérieur toute la poussée des arcs.

Les fenêtres semblent appartenir à l’ogival pur, tandis que l’ensemble de l’église se réclamerait plutôt du gothique. Les fenêtres sont divisées en deux par une colonnette de pierre : c’est le meneau ; celui-ci fait qu’il y a deux ogives, d’où le nom de géminée (double). Si ces fenêtres étaient simples, elles seraient beaucoup trop larges pour la hauteur. Entre les arcs et les ogives, au-dessus du meneau, l’espace laissé libre forme une rosace et pour en diminuer les proportions, des lignes de pierre soulignent les feuilles entre-elles comme les rayons d’une roue ; d’où le nom de rayonnant donné au style de l’époque, soit fin château, début XIVème siècle.

Dans les fenêtres, la rosace ressemble à une églantine à quatre pétales. Celles du transept, bien que plus compliquées du fait de la largeur des fenêtres, n’en sont pas moins d’une élégante simplicité.

La déambulatoire ne fait pas le tour complet de l’église, c’est-à-dire que les bas-côtés ne se prolongent pas derrière le choeur.

L’église est dédiée à Notre Dame de Lourdes tout en ayant comme patron séculaire St Martin.

Les vitraux du choeur, retracent la vie de la sainte vierge.

Les autels secondaires sont celui de ST Martin à gauche, et celui du Sacré-Coeur à droite du maître autel ; celui de Notre Dame de Lourdes dans le transept de gauche, et celui de St Joseph dans le transept de droite.

L’autel majeur est fort élégant avec ses trois flèches effilées, ses ogives, ses rosaces, et ses sculptures. On y voit, finement sculptés, le sacrifice d’Abraham dans le retable de gauche et celui de Melchisédech dans la retable de droite, Abraham immolant Isaac est on le sait l’image de Dieu le père immolant son divin fils sur la croix. Melchisédech offrant le pain et le vin est la figure du sacrifice de la Messe, renouvelant celui du Calvaire. Deux anges en adoration devant Jésus rappellent aux fidèles qu’ils doivent venir souvent converser avec le divin prisonnier du tabernacle. La Cène trouve sa place sur le devant de l’autel. St Pierre, le chef de l’église et St Paul l’apôtre des gentils ont leur place marquée de chaque coté de la Cène.

Un certain nombre d’objets mobiliers de l’ancienne église ont retrouvés une place dans la nouvelle église : la chaire, le Christ avec ses grands bras étendus, un lustre, des appliques, la lampe du sanctuaire qui porte l’inscription suivante : « donnée par Mme LEROY-LEMAIRE de Mézières, à l’église de Église en 1851″, l’ancien maître autel placé près du grand portail, l’autel St Martin, l’autel du Sacré-Coeur, l’autel de la Vierge sur lequel on a retrouvé une plaque portant ces mots  » donné en 1873 par Denis ROBERT ». Quant aux anciens fonts baptismaux qui semblent être un chapiteau du XVème siècle, furent creusé pour en faire un bénitier.

Baptêmes des Cloches :

Le 16 mai 1921, eut lieu dans l’église de Notre Dame de Lourdes, la bénédiction de la cloche de la Reconnaissance offerte par la paroisse.

Le 7 septembre 1930, eut lieu, sous la présidence de MGR MENNECHET, évêque de Soissons, la bénédiction de 2 cloches :

– la première de 830 kg, donne le FA, son nom est LEONIE-GEORGETTE-MARIE-MICHELLE ; ses parrains et marraines furent : Mr Georges FAUVILLE et Mme Léonie GEORGE-BONDIGUET ; M. Michel LOTTEAU et Mme Marie DUBOIS-FEUILLETE

– la deuxième de 640 kg donne le SOL : son nom est CAROLINE-CHARLOTTE-MARIE-THERESE-HENRIETTE ; ses parrains et marraines furent Mr l’abbé Charles DOUBLET et Mr Henri LONGUET ; Mlle Caroline HONORE et Melle Marie-Thérèse SOLLIER.

En 1934, le clocher en bois recouvert d’ardoises de 16 mètres de haut, fut démonté et remplacé par un clocher, beaucoup moins haut en béton.

Dégâts occasionnés par les guerres :

En 1918 -sur le pignon occidental :

1 obus au dessus du portail principal. La balustrade gothique fut renversée, la rosace ébranlée et lézardée.

1 obus non éclaté sur le bras nord du transept, tombé au pied de Notre Dame de Lourdes.

-sur le clocher :

1 obus, à la base droite du soubassement près des marches.

1 obus,à l’angle nord de l’entablement en pierre (refait sur deux mètres de hauteur).

1 obus, au dessus de la lucarne de la flèche. La lucarne fut renversée

-bras sud du transept :

1 obus a traversé la toiture et écarté une pierre du rampant en maçonnerie, crevé la toiture et détruit le groupe Notre Dame des suffrages dans l’encoignure, près de la chapelle St Joseph

1 autre obus non éclaté, se serait encastré plus bas dans la maçonnerie. Les artificiers auraient éprouvé beaucoup de peine à l’en sortir.

Sans compter ceux d’alentours qui ont brisés tous les « verres cathédrales » de l’église, plus des éclats multiples provenant tous des obus alliers, en général des obus de 105 (venant de l’ouest : front français et alliés)

En 1940 – obus allemands

1 obus sur la galerie des sonneurs, au dessus du portail.

1 obus sur la toiture même coté au dessus de la grande nef ( 2è travée).

1 obus sur la corniche de la chapelle St Joseph.

1 obus trouant le mur sous la rosace du transept et du sanctuaire.

1 obus au dessus, endommageant la toiture

Principales dates marquantes :

1927 – pose d’une plaque de reconnaissance :

« Bohainnois – N’oubliez jamais que la paroisse de Église a été préservée miraculeusement de l’évacuation, de la destruction et que pour cette insigne faveur, vous devez au Sacré-Coeur et à Notre Dame de Lourdes une très humble et éternelle reconnaissance, que par vos perpétuelles actions de grâce vous attirerez sur la paroisse la bénédiction de Dieu. »

1928 – projet de jardin autour de l’église. Il sera réalisé en 1930 par la pose de bordures avec arceaux , du gazon et des tilleuls. La fontaine de la place Thiers (Place Michel PEZIN) y est installée par le service des eaux de la ville.

1929 – achat d’un orgue : l’orgue de l’ancienne église était une splendide pièce datant vraisemblablement du XVème siècle. Il fut démonté lors de la démolition de l’église en 1910 et envoyé à Reims pour réparations. Malheureusement il fut détruit durant un bombardement de Reims pendant la guerre 14/18. Il fut remplacé par un orgue plus moderne qui comprenait 15 jeux entièrement remis à neuf – buffet en chêne – tuyaux de façade en étain – soufflerie électrique. Il fut inauguré le 1er décembre 1929.

1933 – réparation du clocher et reconstruction en 1934

1934 – achat d’une horloge, sonnant et répétant les heures, sonnant les 1/2 heures sur l’une des cloches existantes.

1940 – bombardement

1953 – électrification des cloches, avec commandes électriques. Les parrains et marraines furent M. l’abbé Charles, M. Henri LONGUET, Melle Caroline HONORE, et Mlle Marie- Thérèse SOLLIER.

1965 – square de l’église supprimé afin d’y faire un parking. Il reste une petite bordure fleurie et des troènes des tilleuls squelettiques entourent celle place.

1966 – installation du chauffage dans l’église.

1976 – installation d’un paratonnerre.

1999/2000 – réaménagement du parking et illumination de l’église.

Les donateurs de l’église :

Mme MABILLE-MALEZIEUX : legs de 100 000 francs vers 1885. Mme SAURET-ROBERT : legs de 50 000 francs en 1893. Quêtes et souscriptions faites par M. l’abbé ROCHARD : 44 000 francs (capital et intérêts) en 1901. François HUVET : legs de 2000 francs en 1887.

En 1909, une souscription fut lancée pour la reconstruction de l’église, par M l’abbé DEBIONNE, qui rapporta environ 12000 francs. Les donateurs furent : MM H. DEBIONNE, curé doyen, FEUILLETTE, TOUSSAINT, J. REICH-ROHNEY, BEGHIN-LEMAIRE, L’HOTTE, SELLIER, ALBINET-VATIN, LEFEVRE-GAUCHET, DEZOTEUX, DURANT-MACAIGNE, Charles DOUBLET, Georges DOUBLET, DEBRUILE, J. DESJARDINS, député, F. LELU, A. RADIN, Henri GARNIER, M. MICHON, GODET, ROBERT, PIAT, BRUNSCHWIG & WEIL, ALLIOT-ROLL, LONGUET fils, Mme Vve DOLLEZ, MM. SENART, RODIER, SIMON, MALBET, DEGRAEVE, de la PANOUSSE, DELAHAYE, Melle de BOULOGNE, MM; LEMAIRE-DELABY, Marcel BOSSUAT, E. DUBOIS, TESTERI, LORTHIOIS, FOURNIER et divers anonymes.

Diverses pièces de mobilier, dont le superbe autel, la table de communion, l’autel de Notre Dame de Lourdes, etc. … sont dues également à la générosité de plusieurs anonymes

Les donateurs des vitraux :

-dans le sanctuaire : un vitrail offert par Mme HONORE, un par M. FAUVILLE, un par Mme DURAND, deux achetés par M. le Doyen avec des dons divers et trois de même provenance dans le triforium.

– la rosace de la Chapelle de Notre Dame de Lourdes offerte par M. BOSSUAT, celle de la Chapelle de St Joseph offerte par M. FEUILLETTE, celle au dessus du portail offerte par M GEORGE

– dans la Chapelle de Notre Dame de Lourdes : vitraux offerts par la famille ALBINET-VATIN, ceux de la Chapelle St Joseph offerts par M MARCHAND-MILLOT, ceux de la Chapelle de St Martin et du bas coté offerts par les membres du conseil de contrôle, un vitrail offert par la famille DOUBLET, un vitrail offert par M LONCLE-PETEAU, un vitrail offert par M LEMAIRE-STOURBE, un vitrail offert à la mémoire des doyens ROCHARD et DEBIONNE par une anonyme, un vitrail offert par Mme LEFEVRE-GAUCHET, un vitrail offert par M CARON-PRUVOT ( à droite du portail), dans la Chapelle du Sacré-Coeur et bas coté quatre vitraux offerts par un anonyme, deux vitraux offerts par la famille CAZE-BOBOEUF, un vitrail offert par les familles GUILLOT-RUFFIN et MONFOURNY-GUILLOT, un vitrail offert par M Henri LEFEVRE et M LEFEVRE-BETHUNE, un vitrail offert par M CHOAIN-VILTARD.

Suite à la loi de séparation de l’église et de l’état, l’église a été légalement spoliée des biens légués par des fidèles avec des affectations particulières. Ces biens ont été attribués au Bureau de Bienfaisance : 1 269 francs de rente sur l’état français légués par les familles : SAURET-ROBERT, 1893, 1899. SUEUR : 1886, 1895. HUVET : 1897. MACAIGNE : 1899. FAGARD : 1888. BECQUE : 1890. LEROUX : 1889. LANGLET :1893. MONT : 1884. HAVARD : 1869. DUMOUTIER : 1886 et de quatre pièces de terre d’une superficie de 4 hectares, 10 ares.

 

Et les protestants ?

Il y avait certainement des protestants à Bohain à la fin du XVIIème siècle. La révocation de l’Édit de Nantes (22 Octobre 1685) défendait aux adhérents de la  » Religion Prétendue Réformée  » de s’assembler, même dans les maisons particulières, pour l’exercice de leur culte, ordonnait à tous les ministres de se convertir ou de sortie du royaume, et ordonnait enfin de baptiser dans la religion catholique tous les enfants qui naîtraient à l’avenir de parents protestants.

Plutôt que de subir des conditions aussi dures, et aussi humiliantes, plus de 300 000 Français préférèrent quitter leur pays ; malgré la police qui les surveillait, ils réussirent à passer à l’étranger, notamment en Allemagne.

Bien évidement des persécutions eurent lieu. Mais il restaient encore à Église des protestants qui, refusant de faire baptiser leurs enfants par l’Église et ne faisant pas bénir par elle leurs mariages, n’avaient pas d’état civil. Dans ce cas aux yeux de la loi, ils vivaient en concubinage et leurs enfants étaient bâtards.

En novembre 1787, Louis XVI décida enfin que les Protestants auraient un état civil légal, comme les catholiques. Il existait à l’Hôtel de Ville un registre en tête duquel on lisait : « Registre spécial en papier commun pour inscrire et recevoir les déclarations de mariages, naissances et baptêmes de ceux qui ne font pas profession de la religion catholique. » Ce registre va du 1er Octobre 1788 au 15 Octobre 1789.

Une ordonnance de police du 3 juillet 1753, faisait défense aux protestants de s’établir et de fixer leur domicile dans la ville de Église et dans l’étendue de la juridiction du Bailly sous peine d’être chassés, même de confiscation de leurs marchandises ou effets. Défense aux habitants de la ville de les recevoir chez eux, de leur louer ou affermer leurs maison, héritages, sous peine de 20 livres d’amende la 1ère fois et sous plus grande peine en cas de récidive. Il était aussi défendu de travailler ou faire travailler les dimanches et fêtes.

En vertu d’un édit de tolérance de 1787 qui n’accordait aux protestants que l’état civil, tous les mariages antérieurs et les enfants qui en étaient issus furent réhabilités à St Quentin le 23 mars 1788.

L’église St Martin et la Révolution :

La figure la plus originale du clergé de Église sous l’ancien régime paraît avoir été le curé GAMBIER. Il fut nommé à la cure de Église en 1765. Il était connu comme un prêtre généreux, très soucieux d’apporter son aide aux plus éprouvés.

A cette époque, Église, ville frontière, est en quelque sorte l’un des boucliers qui protège St Quentin et elle subira durement des conséquences. C’est une des raisons pour laquelle, curieusement, les protestants n’ont pas le droit d’y séjourner, à moins d’y faire abjuration devant notaire.

La devise de la Monarchie étant, en effet : « un Roi, une Foi, une Loi », tous ceux qui abandonnent la foi catholique sont considérés comme hors la loi et de ce fait, ne peuvent plus s’établir dans les villes frontières. Cela n’était pas de nature à favoriser le commerce et les affaires dans une ville à l’industrie naissante, mais déjà bien éprouvée. Située sur le chemin des invasions, la commune de Église était trop souvent ravagée par le passage des bandes armées pour parvenir à une grande prospérité.

Peu à peu, la Révolution s’installe et après des évènements, comme la nuit du 4 août, elle s’engage sur des chemins où vont se côtoyer le meilleur et le pire. Le clergé se voit bientôt dépouillé de ses biens matériels. Avec le recul du temps, il est permis de penser que le retour à la pauvreté fut pour l’église une purification salutaires. L’erreur de la Révolution sera de vouloir asservir le clergé à des fins politiques.

En 1790, l’assemblée constituante ordonne que tous les ecclésiastiques donnent sous serment leur adhésion à la « Constitution civile du clergé ». L’abbé GAMBIER a prêté serment. Il n’y vit pas grand mal, croyant comme tant d’autres à la sincérité et à la générosité des premiers élans révolutionnaires. Il célébra donc la messe sur l’Autel de la Patrie, en plein air, au bruit du tambour et des canons, devant les autorités civiles et l’on entonna le « Te Deum ». Cette fête de la Fédération fut une fête nationale, cette cérémonie se fit au son des cloches, de coups de fusil, de chants patriotiques, elle se termina par un banquet, des danses et des divertissements.

Le décret des 23 et 24 février 1793 autorisait les communes à convertir leurs cloches en canons ; sur les trois de l’église , on en enleva deux dans ce but.

Le 7 frimaire an II (27 novembre 1793) on célébrait la dernière messe, les vases sacrés et les ornements furent enlevés. L’église fermée fut désaffectée et manifestement appelée temple consacrée au culte de l’Être suprême ; elle devint salle de réunion et atelier pour la fabrication du salpêtre.

Le 1er mars 1794, l’armée français est arrivée à Église, avec tant de monde que l’église dut servir à loger des chevaux, ce qui la dévasta.

Mais si l’abbé GAMBIER n’a plus la possibilité d’utiliser l’église pour rassembler les paroissiens, il parcourut les rues et visita les foyers.

La population a d’ailleurs plus que jamais besoin de la sollicitude de son pasteur. Aux frontières, en effet, la guerre fait rage et les familles vivent dans l’inquiétude. L’insécurité des routes paralyse les approvisionnements et les estomacs crient famine.

Ce « boulanger de Dieu » qu’est devenu l’abbé GAMBIER, en bon artisan du royaume qu’il a toujours été, porte le pain de la parole à domicile, marie ceux qui le désirent, assure le baptême des enfants, et à une époque où le mot laïcal n’est pas encore connu, multiplie les prises des responsabilités parmi les gens du peuple.

Tout cela n’est pas bien vu d’un bon œil par le maire de la commune, nommé DELASSUS. Après plusieurs délibérations, il entraîne le conseil général de la commune dans une guerre d’usure qui va mettre à rude épreuve la patience du curé de Église

Devant les sommations qui lui sont faites de quitter le presbytère pour y loger l’école, il reste sourd. Expulsé par la force d’une partie de son presbytère, il se réfugie dans l’autre partie, et rien ne pourra le déloger. On le prive alors de l’usage de son jardin et on lui demanda d’évacuer les lieux.

Cependant le conseil général de la commune ne voulut pas courir le risque d’aller plus loin. L’abbé GAMBIER était trop aimé des gens du peuple pour que l’on osa toucher à sa personne. Les choses allèrent ainsi jusqu’en 1795.

Mais les femmes de Église étaient de bonne race. La mauvaise foi évidente de la commune, les mesquineries de toutes sortes dont était victime leur curé avaient fait naître dans leurs cœurs un sentiment de révolte que seul la peur des représailles avait empêcher d’éclater au grand jour.

En ce matin de mars 1795, dans les rues de Église, un vent de liberté semblait s’être levé. Dans un silence impressionnant un cortège de femmes se dirigeait vers leur église. La scène était tellement insolite, en ce temps de terreur, qu’un silence étrange enveloppait les rues, un peu comme si chacun retenait son souffle, dans l’attente de ce qui allait se passer.

Alors se fut un beau remue-ménage dans cette église devenue depuis si longtemps méconnaissable, un nettoyage comme jamais de mémoire de femme on n’avait vu jusqu’alors. Une énergie incroyable semblait animer ces bras qui transportaient les matériaux, rangeait les cuviers -lavaient les dalles à grand eau -astiquaient les boiseries. Subjuguée par une telle détermination, une patrouille de la garde nationale requise par DELASSUS, n’osa intervenir.

Quand le maire, accompagné d’un notaire et d’un officier municipal, se présenta sur le parvis pour demander aux femmes de quel droit elles agissaient ainsi, la réponse le laissa sans voix : « La liberté du culte est reconnue dans la constitution, nous ne faisons qu’appliquer la loi ».

Stupéfait, le premier magistrat de la commune dressa donc un procès-verbal, en ce jour mémorable du 9 germinal (29 mars) 1795 et l’envoya au district de St Quentin. Celui-ci ne put que déplorer le « mouvement insurrectionnel, fruit du fanatisme entretenu par le clergé dans les masses populaires ». Mais il se garda bien d’intervenir.

Le lendemain, tout un bataillon de femmes décidées s’en alla quérir un menuisier, pour qu’il remettre l’autel en place et l’on alla chercher l’abbé GAMBIER qui retrouva la grande joie de célébrer la messe au milieu du peuple qu’il aimait dans une église rajeunie.

Le conseil général dans sa séance du 9 brumaire (31 octobre) fit erré dont voici le résumé : « par la loi du 11 prairial an IV, il était accordé provisoirement aux communes le libre usage des édifices destinés aux exercices du culte sous la surveillance des autorités, mais aussi bien pour l’exercice de leur culte que pour les assemblées ordonnées par la loi ».

Comme à Église, il y avait des catholiques et des protestants qui devaient se servie de l’église, il était nécessaire d leur fixer les heures auxquelles chacun devait se réunir.

Les catholiques eurent le droit de s’assembler les dimanches jusque dix heures du matin et de 13 à 15 heures ; les protestants depuis 10h30 jusque 13 heures ; toutefois la municipalité qui devait se réunir à 10 h pour une demi heure environ, avait toujours la préférence pour les heures.

Les catholiques pouvaient se réunir la semaine suivant leur coutume ; mais ils devaient s’assurer si la municipalité n’avait pas besoin de se réunir à la même heure. Car elle s’assemblait à l’église pour promulguer les lois et faire toute communication utile.

La sonnerie des cloches était aussi réglementée : défense de sonner l’angélus le matin et le soir ; la sonnerie du midi continuera pour les ouvriers des champs ; on n’annoncera plus les morts, ni les enterrements.

Après les péripéties de la Révolution et du Directoire, le calme et la paix ne devaient revenir à Église que vers 1799 pour s’installer définitivement avec le Concordat en 1801. Le curé GAMBIER s’éteignit pieusement en 1811, sous Napoléon Ier, à la veille de la campagne de Russie laissant la réputation d’un prêtre au grand cœur, mais que l’on ne menait pas pour autant par le bout du nez.

 

Article par Vanessa Gomez à partir de Histoire des églises de Bohain de l’association Autrefois Bohain