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Athies-sous-laon – école des garçons : monographie 1914-1920

Thème : Communes, Guerres | Catégorie : Monographies, Première guerre mondiale 1914-1918 | Commune(s) : ATHIES-SOUS-LAON | Auteur : L'instituteur


Canton de Laon Commune d’Athies-sous-Laon

Ecole des garçons

A.- Territoire occupé par les armées allemandes

I.- Généralités

a).- A quelle date les Allemands ont-ils pris possession de votre village?

1er septembre 1914 (patrouille de Uhlans)- Occupation : 2 septembre à 5h du matin.

b).- La prise de possession s’est-elle effectuée à la suite d’escarmouches, à la suite de combats sanglants, ou sans coup férir?

Sans coup férir.

c).- Quelle a été l’attitude de l’autorité militaire à l’égard de la population pendant les premiers jours?

Dans la suite de l’occupation?

Au début, l’autorité allemande se montre particulièrement rogue et tracassière. Le système des perquisitions par des sous-officiers, accompagnés de soldats armés, baïonnette au canon, a son application presque journalière.

La population masculine (18 à 48 ans) d’abord enlevée à Laon est renvoyée après un court séjour à la citadelle.

En 1915, ordre de soumettre les jeunes gens des deux sexes à des visites médicales hebdomadaires. Résolution manifeste des mères de famille de s’opposer à l’exécution à l’égard de leurs enfants de cette prescription déshonorante. Une première tentative de visite a lieu : quelques jeunes filles sont emmenées à Coucy les Eppes. Mais en raison de l’attitude de la population et des soldats qui commencent à juger sévèrement les habitudes d’orgie de leurs officiers, elle n’est pas renouvelée. Par contre, garçons et filles sont expédiés par groupes au travail dans des fermes isolées avec interdiction de rentrer dans leurs familles.

d).- Pouvez-vous rapporter quelques propos authentiques tenus par des officiers ou des soldats, et qui soient caractéristiques de leur état d’esprit ou de l’opinion publique en Allemagne à cette époque?

Pour les soldats, la France est responsable de la guerre, « C’est la faute à Poincaré qui l’a voulue et l’a déclarée à l’Allemagne. » Paris pris la France cédera ses colonies et Calais et alors sus à l’Angleterre. Sur les murs des habitations, dans toutes les rues, les soldats multiplient la même orgueilleuse inscription : «  Deutschland über alles ! »

Les officiers déclarent que : « plus ils causeront de ruines et plus ils serviront l’Allemagne » (Ct Alvensleben, Lt de Uhlans)

« Nous ne vous laisserons que vos yeux pour pleurer. » (Ingénieur Koelher)

L’empereur est leur Dieu. Nos hommes d’état sont sans valeur. L’organisation de l’empire allemand est seule incomparable. Si quelque civil se plaint à l’occupant de faire surtout la guerre au civil en le dépouillant de tous ses biens et en l’obligeant à travailler pour l’armée allemande, la réponse générale est : « Poincaré vous paiera. »

e).- Pouvez-vous citer quelques ordres ou prescriptions émanant de l’autorité ennemie où se manifestait plus spécialement son système de « guerre aux civils »?

Les originaux des ordres et prescriptions pendant les trois premières années d’occupation (1914-1917) ont été cachés et enfouis avant l’évacuation. Ils n’ont pas été retrouvés.

f).- Si possible, prière de joindre quelque spécimens d’affiches apposées par les soins ou sur l’ordre de l’ennemi, ou quelque document authentique digne d’intérêt, (ces documents seront exposés et renvoyés par la suite à leurs possesseurs, s’ils les réclament).

Ci-joint quelques spécimens (copies certifiées) et affiches dont les originaux sont restés en possession de la mairie. (Nos 1 à 9)

II.- Des rapports de l’Autorité ennemie avec la population scolaire

a).- Les établissements d’instruction (écoles, etc.) ont-ils été ouverts pendant toute la durée de l’occupation? Ou momentanément fermés, ou ont-ils été fermés pendant toute la guerre ?

Ouvertes par intermittence de 1914 à 1916. Occupées à diverses reprises par les troupes. En 1916, une classe de l’école des garçons a servi de dépôt de pommes de terre pour le triage. En 1917, elle a été transformée en salle de bains. Un puits y a été foré intérieurement. Lazaret en 1918.

b).- Quelles ont été les prescriptions particulières édictées par les Allemands à l’égard des établissements d’instruction? (Prière de joindre, si possible, des documents à l’appui)

En 1917, le commandant von Stephanitz a fait ouvrir une garderie d’enfants de 4 à 6 ans afin de laisser plus de liberté aux mères de familles pour le travail en équipe sur les champs de l’Armée. Interdiction de donner aucun enseignement.

Les autres enfants ont été astreints à des travaux pour l’armée allemande.

c).- Le commandant de place s’est-il immiscé dans les services d’enseignement?

Le commandant von Stephanitz (1917-1918) n’a pas autorisé l’ouverture des écoles aux enfants de 6 à 13 ans, malgré les réclamations réitérées du maître et du maire. Il a visité maintes fois la garderie de 4 à 6 ans pour s’assurer qu’on n’y donnait aucun enseignement.

d).- des officiers délégués ou inspecteurs allemands ont-ils émis la prétention de contrôler l’enseignement ? Ont-ils pénétré dans l’école ? Ont-ils interrogé les élèves? Pouvez-vous citer, à cette occasion, des réponses d’élèves méritant d’être mentionnées ?

Aucun inspecteur allemand n’a été vu dans nos écoles, en dehors du commandant von Stephanitz.

e).- Les élèves des établissements (écoles, etc.) ont-ils été contraints à quelques travaux manuels?

Quelle a été l’attitude des élèves dans ces circonstances? Particularité, réponses, réflexions dignes de remarque.

De 6 à 14 ans, les élèves furent enrôlés en équipes sous la conduite de surveillants et contraints à des travaux d’autant plus pénibles l’hiver, qu’ils manquaient de chaussures et de vêtements. (Ramassage de ferrailles, boîtes, etc. – échenillage des choux – échardonnage – nettoyage des cours, des rues – récolte des fleurs et fruits)

Le 22 juillet 1917, dans une lettre à l’Ambassadeur de Hollande, protecteur du Ravitaillement hispano-néerlandais, le Délégué régional du comité d’alimentation d’Athies qui sollicite une amélioration du ravitaillement se risque à signaler aussi peu ostensiblement que possible le régime arbitraire imposé aux enfants, il écrit : « Toute la population des deux sexes, y compris les enfants dès l’âge de six ans, (NDLR: ou dix ?) est journellement occupée par l’armée allemande, et la ration de pain est insuffisante pour des travailleurs, d’autant plus que le riz fait défaut. » La lettre lui est retournée par Verpflegungs offizier (capitaine Weber à Vervins) avec injonction de supprimer la phrase relative au travail des enfants. Le délégué régional s’exécute et sa lettre repart le 24, mais l’Ambassadeur de Hollande ignorera l’odieux abus de la force envers les enfants.

f).- Quelle a été, en général, l’attitude des soldats à l’égard des enfants? L’attitude des enfants à l’égard des troupes?

Enfants et soldats ont des accointances naturelles. L’occupation se prolongeant, les enfants s’habituèrent à la présence des soldats allemands qui se montraient en général bienveillants à leur égard. Les uns et les autres réduits à la portion congrue volaient les « proviant » (NDLR : provisions) militaires. Mais les enfants ne cessèrent de considérer les soldats comme l’ennemi et constamment s’ingénièrent à tromper leur vigilance pour servir les intérêts de la population civile.

g).- Le séjour des troupes allemandes a-t-il influé en quelque mesure sur le parler local? Quelques mots allemands, plus ou moins déformés, y ont-ils pénétré, et paraissent-ils devoir persister?

(Donner une liste de ces mots, et leur sens.)

Le séjour des troupes allemandes n’a pas eu d’influence sur le parler local. Nombre de soldats savaient assez de français pour se faire comprendre. Ils ont surtout plus emporté de notre langue qu’ils n’ont laissé de la leur.

B.- Territoire occupé par les Armées françaises et alliées

I et II.- Généralités et rapports des troupes avec la population scolaire

a).- Quelles sont les troupes (alliées) qui ont occupé votre village?

Troupes françaises à partir du 14 octobre 1918.

b).- S’est-on battu dans votre région? A quelle date?

Non

c).- Voyez-vous quelques particularités à noter touchant l’attitude des soldats alliés à l’égard des enfants? Des enfants à l’égard des troupes?

Néant

d).- Le séjour des troupes alliées (ou indigènes), notamment des noirs, des Hindous, etc., a-t-il influé sur le parler local ? Quelques mots étrangers (anglais, hindous, etc.), plus ou moins déformés, y ont-ils pénétré, et paraissent-ils devoir persister ? Donner une liste de ces mots et de leur sens.

Néant

Source : BDIC La Guerre dans le ressort de l’Académie de Lille. 1914-1920

@genealogie-aisne 2015