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1940 : INVASION DE LA COMMUNE DE VORGESHistoire locale / Articles

Thème : Guerres, Personnalités | Catégorie : Première guerre mondiale 1914-1918 | Commune(s) : VORGES | Auteur : Michel Ballan


D’après le journal de Théodore HUANT

Après la guerre de 1914-1918, Théodore Huant, résidant précédemment à Bruyères, achète la maison d’Henri Besnier, bienfaiteur des hospices de Laon, située à côté de l’école. Agé de 79 ans en 1940, il reste actif, entretient un pré planté d’arbres fruitiers, travaille un jardin et élève des abeilles dans un rucher conséquent

Plan de la propriété Huant de 1930 à 1970

Habitué à prendre des notes tous les jours, son journal nous fait revivre en détail l’année 1940, que ce soit dans les événements liés à la guerre, ou sa vie quotidienne à Vorges : le jardin et ses légumes, les poules et leurs œufs, l’élevage des lapins, le soin aux abeilles et la production du miel.

Février 1940, un froid rigoureux, chute de neige et gelée. Enterrements de Mr Didier le 14 et de Mme Varlet le 24. Le premier mars, la Compagnie du Train des Equipages arrivée le 19 décembre 1939 est relevée.

Le 3 mars : distribution de vin chaud aux soldats stationnés près de la maison.

Le 22 mars, plantation d’ail, semis de salade, radis, fèves, oignons et poireaux au jardin, éclosion de 10 poussins au poulailler. Enterrement de Mr Puisieux le 25 mars.

Le 14 avril, alerte aérienne le soir de 23 h 30 à minuit.

Le 17, achat de betteraves à Mr Houssart, naissances de lapereaux. Semis de carottes et de choux-navets. Du 4 au 7 mai, plantation de pommes de terre.

Le 10 mai, premier bombardement de Laon par l’aviation allemande, suivi d’alertes et de bombardements jusqu’au 14. Le 15 et le 16, de nombreux habitants de Vorges s’enfuient.

Le 18 mai, il ne reste à Vorges ni Maire, ni conseillers municipaux, ni garde champêtre, ni institutrice.

Le 19, après de violents combats, les troupes françaises défendant Laon, reculent. Le 20, après des combats acharnés, les troupes françaises et l’artillerie occupant Vorges, quittent le village.

Le rucher en 1933

Le soir, vers 20 h, une patrouille de cavaliers allemands effectue une reconnaissance de Vorges.

Le 21, une équipe d’habitants dont Patrie Thorin, enterre les corps des soldats français trouvés dans la commune, pendant que les soldats allemands visitent chaque maison.

Un dépôt d’armes important ayant été découvert chez Mr Hacquart, par représailles, les soldats pillent les maisons inhabitées et le commandement décide de déporter la population restante, soit 61 personnes, à 30 kilomètres au nord ; En attendant, le 22, on nous enferme à la Salle communale ; 6 personnes désignées comme otages, sont enfermées au château de Valbon ; les pourparlers et démarches de Mme Vaujour ayant abouti, tout le monde est relâché le 23, et autorisé à rester chez soi.

Le 26 mai, Mr Vaujour est désigné d’office comme Maire et sa nomination signifiée le 27 aux habitants réunis dans l’église ; ceux-ci ont l’interdiction de quitter la commune et l’obligation de se présenter à l’appel matin et soir.

Le 27 : subissant les cantonnements de troupes de différentes armes, nous couchons à la cave.

Le 28, le Commandant allemand nous met en demeure de nettoyer les maisons inhabitées sous la surveillance de soldats ; nous constatons que la plupart des maisons ont été pillées.

Les deux boutiques de Vorges, l’une et l’autre abandonnées par leurs propriétaires, offrent un spectacle effroyable ; Au dire de M. Guillaume, adjoint, la maison de M. Deligny avait été pillée le 19 mai par des évacués dont les chariots étaient arrêtés devant la porte.

Le Commandant sachant les habitants sans aliments et dans l’impossibilité de s’en procurer, puisqu’il était interdit, sous peine de mort de sortir de la commune, nous fait distribuer les provisions trouvées dans les maisons qu’on nettoyait, et le Maire demande et obtient qu’on partage à ceux qui en voulaient, les vêtements et chaussures militaires abandonnés par les troupes françaises ; Le témoignage du Commandant qui fit ces distributions et autorisa la répartition des objets militaires, est Hautmann Zinglere, feldpost nummer 065.98

Il quitta Vorges le 2 juin, et fût remplacé par de l’infanterie motorisée, des troupes de renfort pour la bataille sur le canal de l’Aisne, qui dura du 2 au 6 juin.

Théodore Huant avec son épouse Marie Bury et l’une de leurs petites filles en 1937

Le 4 juin : Nouveaux cantonnements allemands. 60 voitures à 2 chevaux sont parquées dans notre verger et vont y ont passé 2 nuits. Le 6 juin : 4 camions lourds sont cantonnés sous le hangar, et vont y rester 10 jours.

Le 7 juin : Apposition par la Kommandantur d’étiquettes à l’extérieur des portes d’entrée des maisons habitées pour indiquer qu’elles doivent être épargnées.

Le 12 juin : Cantonnement de diverses troupes, avance des envahisseurs.

Le 15 juin : Départ des 4 camions autos cantonnés sous le hangar.

Le 21 juin : Signature de l’armistice, nous remontons notre lit de la cave.

Du 24 au 30 : une quinzaine d’habitants qui avaient été évacués, rentrent au village

Le 26 : Etienne Rouyère est désigné pour traire les vaches dont le lait sera destiné à la population du village.

Le 2 juillet : Ouverture de la boulangerie par les allemands ; Prélèvement sur le cheptel de la pâture communale de 5 vaches, mises au pacage dans le parc de Mr Bruaux, pour le lait destiné à la population du village, et distribué chez M. Guillaume, au prix de vente de 0,50 franc le litre.

Dimanche 14 juillet : Fête nationale. Réunion à la Mairie à 10 h, sur convocation de Mr le Maire

Le 16 juillet, le lait fourni aux habitants est porté à 0,75 francle litre ; Pacage des vaches dans les prairies de Mr Hacquart.

Du 18 au 30 : ventes de miel et jardinage.

Le 24 juillet, 70 soldats français, prisonniers arrivent au village.

1er et 2 août : Fauchage du foin et fanage. Le 8 août, le lait distribué aux habitants est vendu 1 francle litre

Du 27 au 31 août : récolte de miel

Le 5 septembre : Suppression du service du lait, les vaches sont réparties entre les propriétaires.

Le 6 : départ des prisonniers français.

Le 9 : arrachage des pommes de terre. 

Le 16 : Préparation de miel pour la vente.  

Le 26 octobre : Visite d’officiers allemands pour le logement de soldats.

En octobre, le kg de pain est vendu 3 francs.

Samedi 9 novembre : Funérailles de M. Faroux, ancien maire de Vorges. 

Mercredi 13 : Funérailles de M. Didier

En novembre, la baguette de pain est vendue 1,25 franc

Du 19 décembre au 5 décembre, démarches auprès de la Kommandantur de Laon pour protester contre des perquisitions abusives, en compagnie de Messieurs Vaujour, Riff et Prudhommeaux.

En décembre, le litre de lait est vendu 1,60 franc et le kg de pain 3,05 francs.

Grâce au journal retrouvé dans le grenier de la maison Huant, nous découvrons résumée la vie à Vorges en 1940. Il est certain que Théodore Huant n’a pas tout écrit, craignant les représailles de l’occupant.

                                                                                                                        Michel BALLAN