COMMUNE DE LAIGNY

COMMUNE DE LAIGNY

 

 

NOTICE GEOGRAPHIQUE

 

I – Géographie physique :

 

1°) Situation astronomique de la commune. Son étendue superficielle ; son territoire ; son terroir ; les différentes divisions : hameaux, fermes, écarts, dépendances, lieux dits.

           

            La commune de Laigny est située dans l’arrondissement et le canton de Vervins, à 45 kilomètres au nord nord-est de Laon et à 6 kilomètres nord nord-ouest de Vervins.

            Le territoire de Laigny s’étend entre la 29° minute 25 secondes et la 33° minute 30 secondes du 1er degré de longitude est de Paris, et à 49 degrés 51 minutes 28 secondes de latitude nord.

            Le périmètre de ce territoire est assez régulier ; la forme géométrique dont il se rapproche le plus est celle d’un triangle dont la base est tournée vers le sud sud-ouest et le sommet vers le nord-est. Sa plus grande longueur est de 5 kilomètres 9 hectomètres du nord-est au sud-ouest, c'est-à-dire d’Etréaupont vers Voulpaix, et sa plus grande largeur de 3 kilomètres 3 hectomètres.

            La contenance totale du territoire est de 1080 hectares, qui se répartissent ainsi :

- terres labourables                                          914 hectares

- prairies naturelles                                                    40 hectares

- bois                                                                    2 hectares

- jardins                                                     19 hectares

- vergers et terrains plantés                            73 hectares

- landes                                                                 2 hectares

- terrains bâtis                                                          7 hectares

- routes, chemins et cours d’eau                 23 hectares

            Il est limité au nord par le terroir d’Haution, au nord-est par ceux d’Autreppes, de Sorbais et d’Etréaupont, à l’est et au sud par celui de Fontaine et à l’ouest par celui de Voulpaix.

            Les dépendances de la commune de Laigny sont :

1° Le hameau du Bois de Laigny ; ce nom lui vient de ce que, anciennement, il se trouvait entouré en grande partie par le bois de Laigny, bois défriché en 1860.

2° Le hameau de Beaurepaire ; « Bospatium » en 872 ou champ, pâture à bœufs, « Bellus Reddisus » en 1328 ou belle retraite ; c’est probablement dans ce dernier sens qu’il faut interpréter Beaurepaire, car, si on prenait repaire à la lettre, du bas latin reparium, on le traduirait par lieu fortifié suivant Ducangel, et par retraite de bêtes malfaisantes ou de voleurs suivant l’Académie (Mennesson). Le hameau de Beaurepaire possédait autrefois une espèce de maison seigneuriale, vassale de la seigneurie de Laigny ; il n’en reste pas de ruines et sur son emplacement se trouve aujourd’hui une ferme appartenant à M. Durieux Jules.

            Les fermes sont :

1° Le Bas-Goulet, « Petit-Goulet » en 1694, du latin gula, gorge, appliqué figurément au col d’une bouteille à l’entrée d’un port, au rétrécissement d’une vallée. La ferme du Bas-Goulet  est précisément située au fond d’une étroite gorge où coule un petit ruisseau, dont la source est un peu au-dessus des bâtiments d’exploitation.

2° Malsara. Cette dénomination comme la ferme à laquelle elle est appliquée est de création contemporaine. Quand ils virent construire cette ferme en 1855, les habitants du pays, prédisant au fermier qui prendrait ces terres difficiles et ingrates, beaucoup de peines et de mécomptes, dirent dans leur langage syncopé : Mal t’aras, en langue correcte : Mal tu auras (M. Mennesson Etymologies).  

3° La Cense Lapelle située autrefois en plein bois de Laigny.

            Lieux-dits du territoire de Laigny :

- Bois des bouilles, ainsi nommé à cause de la quantité de bouleaux que l’on y trouvait.

- Poirier des crapauds.

- Canton près de la maison ; ce lieudit se trouve près d’une ferme, la Cense Lapelle.

- Trouée d’Ocq. La Rue Neuve. Bois du Muid. L’Epine Marie de Jeante. Gibet Martin. Vallée Gobert. Derrière les Aunes. Jardin Linier. Jardin Asseau. Les Terres Larue. Le bras de Milan.

- Les Trois Cours : cette dénomination vient de ce qu’il y avait là trois fermes.

- Le fond Bailly. Le Cheneaux. Le fond Gustin.

- Le grand Ouï – Ouïes, Wez tout cela vient des ieaux, eaux. Ce lieudit se trouve en effet près d’un ravin, qui reçoit les eaux des pluies ; dans les années humides, l’eau y coule même continuellement.

- Les 8 jallois. Les terres à la pointe. Le fond des 7 jallois. Les terres du grand bouil.

- Pré Notre Dame. Ce pré faisait partie du domaine d’une dame d’Anglebermer, sœur du  Seigneur de Laigny, et qui devint abbesse de Montreuil, aujourd’hui commune de Rocquigny. Cette abbaye fut détruite par les soldats de Jean de Werth vers 1636 ; alors les religieuses se retirèrent à Montreuil sous Laon pour se mettre sous la protection de l’évêque. Jusqu’à la Révolution, on paye à l’abbaye de Montreuil, pour ce domaine, une redevance de 8 muids de blé. La dernière fois que l’on eut à acquitter ces redevances, en 1791, au moment où le fermier du château, qui se nommait Serant, se disposait à les faire enlever, des hommes et des femmes, entre autres une nommée Catherinette ou Caquine, armés de fourches, de faux, etc.… tentèrent de piller le convoi. Mais, tout à coup on vit apparaître venant de Vervins quelques gendarmes commandés par un nommé Cuvelette dont le souvenir est encore présent  à la mémoire de plusieurs personnes ; les pillards s’enfuirent bien vite ; seul ladite Catherinette, reste en maugréant, ce qui n’empêcha pas le chariot de partir ; mais, à Vervins, les habitants firent main basse sur les redevances qui furent les dernières payées à l’abbaye de Montreuil.

- Les hennettes. Prés de Bas. Chêne du Coin. Le Ailleaume.

- La Glassière. C’est là que se trouvait la glacière du château ; on voit encore une excavation qui indiquerait l’emplacement qu’elle occupait.

- Saule Bernard. La Briqueterie. Le Palantin. Buisson Tondu. Vache morte. Le Bosquet Saint Martin. Chemin de Vervins.

- Fond d’héroyeux. Il existait en cet endroit sur les chemins de Marle à La Capelle et de Guise à Vervins quelques habitations, des fermes dont on a retrouvé des restes (un puits, des briques), il y a quelques années. Ces habitations ont sans doute été détruites par les soldats de Jean de Werth. Marie de Médicis passa en ce lieudit, suivant le chemin de Marle à La Capelle, lorsqu’elle se retira à Cologne.

            Lors du projet de construction de la route de Vervins à Guise en 1829, il fut question de conserver l’ancien tracé, qui est le plus court, mais le conseil municipal de Laigny émit un avis défavorable. Lorsque les femmes des conseillers apprirent ce résultat, elles s’écrièrent : « ah ! quel bonheur ! la route ne passera point à Laigny ». Le souvenir des invasions de 1814 et de 1815 était encore présent à toutes les mémoires, ce qui explique en partie cette crainte de voir passer une grande route dans le pays.

- Bois au Court, près des fermes d’héroyeux.

- Bois de Vervins. Le grand Sauquoy. Vallée Cardon. Le muids. Chemin de Voulpaix. Derrière les haies. Petit moulin. Grande Rue.

- Moulin de la Gonelle ou Beauregard. Ce lieudit était un fief du château de Laigny, il était tenu par un nommé Faucheux de Beauregard dont on retrouve la signature dans les actes de l’état civil en 1691. Il y avait à Beauregard, près de la Maison Faucheux dit polo actuellement, une tour bâtie en grès qui servait de prison ; elle a été entièrement démolie, il y a environ quarante ans.

- Le Chaufour. Sente du Bas Goulet. Au dessus du plan. L’épine du Calvaire. Les 15 jallois. La grand pièce du Bas Goulet. Les 14 jallois. Fond du haut Goulet. Bosquet Baranger.

- Le Cercan. A 200 mètres environ de l’emplacement du château, en allant vers Voulpaix et sur l’ancien chemin de Guise à Vervins se trouve un lieudit appelé le Cercan, corruption sans doute du mot carcan. C’est là, il parait, que l’on exposait les condamnés ; on remarquait aussi dans cet endroit le moulin, le four et le pressoir banaux.

 

2°) Indiquer les noms successifs qu’aurait portés la commune :

 

Laegnis en 1236, Latignies en 1248, Laaingnis en 1260, Laaignis en 1265, Laignis et Beaurepaire 1568. ; Lagny 1676 (archives communales de Laigny), Laigny et Beaurepaire 1709. Autrefois de l’Intendance de Soissons. Comté relevant en partie de la Châtellerie de Voulpaix ; il comprenait Laigny, Haution et la Vallée aux Bleds (foi et hommage du marquisat de Vervins). (Dictionnaire topographique de M. MATTON).

C’est à tort qu’on voudrait retrouver lignum (bois) dans Laigny, on voit combien les formes primitives se prêtent peu à ce radical. Latignies indique le nom de quelque Romain, un Latinices, je suppose ; qui vint fonder là une ville (M. MENNESSON)

 

3° Relief du sol : monts ou collines (indiquer à quel système on les rattache ; plateaux et plaines :

 

Le territoire de Laigny est une plaine élevée. Les hauteurs des différentes parties du territoire au-dessus du niveau de la mer sont les suivantes :

          - Le Bois de Laigny                                                        198 mètres

          - La Cense Lapelle                                                          192 mètres

          - La Sablière                                                                    193 mètres

          - Malsara                                                                          187 mètres

          - Le Village                                                                      188 mètres

          - Endroit où le ruisseau quitte le territoire de Laigny      166 mètres

Il résulte de ces chiffres qu’il y a une différence d’altitude de 32 mètres entre le point culminant qui domine à l’est le Bois de Laigny et la partie du territoire où le niveau de Laigny pénètre sur le territoire de Voulpaix.

L’inclinaison est dans la direction du nord-ouest au sud-ouest.

 

4° Météorologie :

 

Le climat est tempéré et plutôt humide que sec ; cependant, le vent du nord y règne à peu près le quart de l’année. Le vent de l’ouest amène fréquemment d’abondantes pluies. La température moyenne annuelle est d’environ 12 degrés. Il n’est pas possible d’indiquer ici, faute de renseignements suffisants, le nombre de jours de pluie, de gelée, etc… Il n’y a pas de mémoire que la grêle ait causé des dégâts importants dans le pays. L’hiver de 1879-1880, d’une rigueur exceptionnelle, a laissé des traces de son passage ; les deux tiers des arbres fruitiers ont péri. Les orages se font surtout sentir vers la partie nord du territoire, au lieudit les Annesses. En 1877, un nommé DUVAL a été, dans cet endroit, frappé de la foudre ainsi que ses chevaux ; il en a conservé une surdité assez sensible. Un autre orage a réduit un peuplier en milliers de morceaux aussi fins que des allumettes.

 

5° Géologie :

 

La constitution géologique du territoire de Laigny appartient surtout à la formation secondaire, et un peu à la formation tertiaire.

Les différentes couches qui le composent sont classées, d’après les travaux les plus récents, dans les étages Turonien et Sucssonien de d’Orbigny.

L’assise inférieure, d’une grande épaisseur, est composée de marne bleue, presque imperméable, nommée terre potasse dans le pays ; elle retient la nappe d’eau qui alimente les puits et fontaines.

Au-dessus se trouve un couche de marne grasse nommée marlette dans le nord ; c’est la zone à tercbrasulina grasilis. Cette couche emmagasine les eaux retenues par la marne bleue.

Elle est surmontée d’un épaisse couche de craie, nommée communément marne, empâtant de nombreux silex de formes très irrégulières. Ce sont les cailloux employés à ferrer les chemins. La craie, qui compose l’assise à Mieraster breviporus sert à la fabrication de la chaux et au marnage des terres.

Sur certaines parties du territoire, la craie passe à une roche plus dure, qu’on retrouve sur plusieurs communes, et qui a été employée autrefois dans la construction des églises de la contrée ; on a renoncé à en faire usage.

Toutes ces assises font partie du terrain secondaire.

En contact avec la partie supérieure de la craie on voit de nombreux silex anguleux, empâtés dans une argile brune fort tenace dont le nom populaire ne peut être écrit ici. On considère ce conglomérat comme le premier dépôt tertiaire.

Ce dépôt manque quelquefois, surtout sous les sables et les grès que l’on exploite dans le pays et qui sont considérés comme le deuxième dépôt tertiaire. Ils offrent dans leur épaisseur quelques lignes interrompus de cailloux roulés, et une grande quantité de grès disséminés que l’on exploite pour faire des pavés et des bornes. On y trouve aussi du bois fossile.

Ces sables jaunes ou rougeâtres, rarement blancs, avec quelques grains verts, reposent en général directement sur la craie.

Au-dessus de ces sables existe une couche puissante d’argile sableuse, rougeâtre ou jaunâtre. C’est la terre jaune, la terre à briques du pays, le limon des géologues modernes. Il contient aussi des silex taillés, mais, dans la contrée, on n’y connaît pas de fossiles. A la base du dépôt, on remarque souvent des rognons de silex jaune, roulés, remplis de Nummulites du Laonnois.

C’est le limon qui sert de base à la terre végétale, et que le soc de la charrue atteint quelquefois dans les labours profonds. (M. PAPILLON).

Les coupes hypsométriques faites sur les différents points du territoire ont donné les résultats suivants :

- partie nord : terre végétale 0 m 40 ; terre argileuse 0 m 70 ; argile pure ou mélangée avec du sable (limon) 7 mètres ; cette couche repose sur une couche de craie à siles de 16 à 20 mètres ; à cette profondeur on trouve l’eau dans la marlesse à tercbratulina gracilis.

- partie est : terre végétale et terre argileuse 0 m 70 ; conglomérat de silex d’argile brune compacte  2 m50 ; craie à silex 9 mètres.

- partie ouest : terre végétale 35 centimètres ; sable renfermant des grès, quelques silex roulés et du bois fossile 2 mètres ; silex 16 à 20 mètres.

On a trouvé sur le sol et à l’intérieur du sol, à 50 c environ de profondeur, quelques silex taillés.

 

6° Hydrographie :

a)     fleuves, rivières, ruisseaux ; leur direction dans la commune. 

b)    lieux où ces cours d’eau prennent leur source.  

 

Le territoire de Laigny est tributaire de la Manche ; ses cours d’eau sont de faible importance. Le rû de Laigny prend sa source à Laigny, au hameau de Beaurepaire à 190 mètres d’altitude environ ; il reçoit le rû du Bas Goulet sur le territoire de Voulpaix et se jette dans le Vilpion entre Saint Gobert et Rougeries, en amont de Chanteraine, après avoir alimenté plusieurs moulins. Il a un parcours de 9943 mètres. Sa direction sur le territoire de Laigny est du nord-est au sud-ouest.

Dans son trajet il se grossit du produit de diverses sources et fontaines, entre autres de la fontaine du Canal, et de la fontaine de la Gonelle.

Il existe en outre sur le territoire de Laigny quelques fossés ou ravins qui reçoivent au moment des grandes pluies ou de la fonte des neiges les eaux provenant des points élevés.

On peut citer :

- le fond Gustin

- le Pré Notre Dame

- La Vallée Cardon

 

c) lieux où ils deviennent flottables.             

 

Néant

 

d) lieux où la navigation commence.

 

Néant

 

7° Les marais : leur situation ; leur superficie ; sont-ils en voie de desséchement ?

 

Néant.

 

8° Les bois et forêts : leur superficie et leurs principales essences :

 

Laigny possédait il y a vingt cinq ans 235 hectares de bois d’un seul tenant et situés dans les parties nord et ouest du territoire.

Ces bois, défrichés de 1860 à 1865, et livrés aujourd’hui à la culture, occupaient, d’après le cadastre, les lieux dits suivants :

          Bois des bouilles

          Bois du Muid

          Bois du Ailleaume

          Bois de Laigny

          Bois au court

          Bois de Vervins

          Grand Sauquoy

Les essences qui dominaient étaient le chêne, le frêne, le charme, le hêtre, le bouleau et le tremble.

Les bois de Laigny relevaient jadis de la Seigneurie de Laigny ; puis, ils passèrent un peu avant la Révolution dans la maison de Coigny et de là au générale de Sébastiani qui avait épousé Melle de Coigny. Ces bois échurent en héritage à Melle de Sébastiani qui fut mariée au duc de Praslin et qui mourut tragiquement en 1848. La propriétaire actuelle est la marquise d’Adda Salvaterra, née de Choiseul Praslin, qui réside à Milan.

On rapporte qu’une maison religieuse et une grosse tour existaient dans la partie du bois qu’on appelle le Ailleaume ; on n’en voit plus les ruines, mais il serait facile sans doute d’un retrouver des vestiges.

On voyait aussi dans la même région un grand abreuvoir où l’on allait faire baigner les chevaux ; il est comblé depuis une quarantaine d’années.

 

9° Faune communale :

 

La faune n’a rien de particulier, c’est celle des animaux domestiques de la région.

Comme animaux sauvages, on remarque : le lièvre et le lapin de garenne, en trop petit nombre au gré des chasseurs ; le renard, qui tend de jour en jour à disparaître depuis le défrichement des bois ; le hérisson, la fouine, le putois et le blaireau.

(voir pour les animaux domestiques la géographie économique n° 9)

10° Flore communale :

 

Le territoire de Laigny ne présentant ni terrains de constitution particulière, ni roches, la flore, surtout depuis le défrichement des bois est celle des moissons, des prés et des jardins du canton de Vervins en général. Aucune plante rare ne parait y avoir été signalée.

 

11° Chiffre de la population : augmente-t-elle ou diminue-t-elle ? A quelles causes faut-il attribuer ses changements ?

 

La population de Laigny qui était de 1253 habitants en 1836 n’est plus aujourd’hui que de 723 habitants (recensement de 1881).

Elle se répartit ainsi :

 

Garçons

Hommes mariés

Veufs

Filles

Femmes mariées

Veuves

137

178

27

141

184

56

 

La population diminue sensiblement en cette commune. Le défrichement des bois n’est pas étranger à cette décroissance ; les bois, en effet, donnaient pendant l’hiver de la besogne à une bonne partie des habitants, bûcherons, charbonniers et sabotiers ; ces ouvriers, n’ayant plus la ressource du bois pour les travaux de l’hiver, ont émigré vers les centres industriels. Il faut ajouter aussi que depuis un certain nombre d’années le tissage à la main et la vannerie n’étant plus suffisamment rémunérateurs, les ouvriers ont été obligés de chercher ailleurs de quoi subvenir  leurs besoins.

Chaque année aussi le nombre des décès surpasse celui des naissances, ce qui explique encore en partie la diminution de la population.

 

12° Nombre des naissances, mariages et décès des les dernières années :

 

Années

Naissances

Mariages

Décès

1883

9

0

15

1882

11

5

17

1881

9

7

16

1880

12

6

21

1879

12

5

22

1878

14

8

23

1877

21

6

19

1876

12

8

26

1875

14

6

16

1874

21

3

9

 

13° Particularités sur la constitution physique des habitants, leur régime alimentaire, leur longévité, leur caractère, leurs mœurs, leurs jeux, leurs usages, leur langage, leur degré d’instruction :

 

Les habitants de Laigny sont d’une taille généralement au dessus de la moyenne ; ils sont bien constitués, et il est assez rare que le conseil de révision ait à refuser des jeunes gens pour défaut de taille ou de conformation ; la vie au grand air et au soleil, qui est celle d’une bonne partie de la population, n’est pas étrangère à ce résultat. 0n constatait il y a plusieurs années déjà, un certain nombre de goitreux, cela était dû sans doute à l’usage des eaux vives et calcaires de cette localité. Le régime alimentaire qui s’améliore de jour en jour, une meilleure hygiène générale ont contribué à la disparition de cette infirmité.

Si le vœu de Henri IV ne s’est pas encore entièrement réalisé, il tend cependant à se généraliser, et bientôt chaque famille aura sont pot au feu au moins une fois par semaine.

Les causes invoquées plus haut, grand air et chaud soleil, meilleur régime alimentaire, hygiène générale mieux entendue, contribuent aussi à augmenter le durée de la vie humaine et l’existence à Laigny est en moyenne de 57 années.

La population de Laigny est laborieuse et dure à la peine ; elle est en même temps honnête, généreuse et affable ; on rencontre encore bien quelques individus ayant dans les veines du sang batailleur de nos ancêtres les Gaulois, je ne sais si c’est là un bien grand mal.

Le jeu populaire le plus en usage est le jeu de boules ; c’est un plaisir pendant la belle saison de voir, les dimanches, les habitants lutter d’adresse à ce jeu charmant, qui exerce en même temps la sûreté de la main et la justesse du coup d’œil.

On parle le français d’une façon assez correcte quoique un peu lourde. Il existe encore bien quelques mots patois comme lumer pour éclairer, pleuve pour pluie, amiteuse pour pelle à feu, allummelle pour couteau, et certains autres, mais ces expressions tendent à disparaître.

Le degré d’instruction n’est pas en général très élevé, cependant on ne rencontre plus guère d’illettrés.

Dans ces 5 dernières années on trouve 35 conscrits lettrés contre 5 illettrés et 41 individus ayant signé leur acte de mariage contre 7 qui ne l’ont pas signé.

 

 

 

 

                                                        Laigny, le 27 janvier 1884

 

                                                                   L’instituteur 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Département de l’Aisne

Arrondissement et canton de Vervins

 

COMMUNE DE LAIGNY

 

NOTICE GEOGRAPHIQUE

 

2° GEOGRAPHIE HISTORIQUE

 

1° Evénements remarquables dont la commune a été le théâtre :

 

Les archives de la commune de Laigny ne portent aucune trace de faits locaux historiques ; ce que je vais rapporter m’a été raconté par une personne d’un certain âge déjà et qui tient ces détails d’autres personnes depuis longtemps disparues.

En 1636, lorsque le fameux chef de bande Jean de Werth eut fait le siège de La Capelle et pris la ville de Vervins, il se porta vers Guise. Laigny ainsi que les environs fut pillé et saccagé ; l’église et le château furent probablement brûlés en partie. Jean de Werth, qui ne réussit pas à Guise, avait laissé une garnison à Vervins. Un capitaine de La Fère fut chargé de venir délivrer la ville ; il passa sur le territoire de Laigny, suivant ainsi l’ancienne route de Guise à Vervins. On mit 40 jours, parait-il, pour faire ce trajet. Les chemins étaient en si mauvais état que l’on transportait les canons sur des traîneaux et les munitions à dos de mulet ; on a retrouvé dans le chemin sus indiqué des boulets que l’on n’avait pas pris la peine de ramasser ; on en trouverait peut-être encore aujourd’hui qui servent de poids d’horloge.

Lorsque le capitaine, dont le nom a été oublié ici, arriva devant Vervins, il établit ses batteries du côté du nord dans le jardin appartenant actuellement à M. DUFLOT, sur le territoire de Fontaine. Mais on ne put prendre la ville, ce fut une femme qui en ouvrit les portes ; les soldats de Jean de Werth, au nombre de 400 environ, furent pendus, et les officiers qui étaient au nombre de 52 furent conduits à Laon pour être décapités.

(voir géographie physique, lieux dits du territoire de Laigny : Pré Notre-dame, Fond d’héroyeux ; Moulin de la Gonelle ; le Cereau (ou Cercau ?), pour les faits historiques qui y sont rapportés).

 

2° Personnages célèbres auxquels elle a donné naissance, qui l’ont habitée ou qui y sont inhumés :

 

On ne peut citer que les seigneurs de Laigny dont voici la liste empruntée au dictionnaire de M. MELLEVILLE.

          1215 Clémence, dame de Laigny. Enfant Jean

          1238 Pierre de Voulpaix, seigneur dudit

          1420 Jean de Sains, seigneur dudit ; sa fille Jeanne vendit sa terre à Guillaume de Flavy 1436

          1475 N. D’Anglebermer, seigneur dudit. Enfant Antoine, abbé commendataire de St Nicolas aux Bois 1481

          1555 Antoine de Neuville, seigneur dudit

          1560 Louis d’Anglebermer, écuyer, seigneur de Laigny, Passy et Bazzy sur Marne

          1590-95 Louis de Maubeuge, seigneur dudit

          vers 1650 Nicolas d’Anglebermer, écuyer, seigneur de Laigny, femme Claude de Vaudetar ; enfants Célinie et Trébonie, reçues à St Cyr

          en dernier lieu, le duc de Coigny.

Les registres de l’état civil donnent en outre les renseignements suivants sur les seigneurs de Laigny et leur famille.

(Ces renseignements contredisent en certains points ceux donnés par M. MELLEVILLE).

1676 – 20 may – baptême où Messire Jean Frunet curé de Laigny est parrain avec damoiselle Diane Françoise D’Anglebermer pour marraine.

1676 – 5 juillet – baptême. Parrain, Charles Auguste Cleviadus Danglebermer fils de M. Robert Danglebermer de Laigny ; Marraine : Jeanne Angélique Danglebermer.

1677 – 14 avril – Baptême de Anne Louise Danglebermer, fille de M. Robert Danglebermer et de Madame Anne de Clermont d’Amboise. Parrain : Charles Auguste Cleviadus d’Anglebermer. Marraine : Anne Dieudonnée de Fabert, marquise de Vervins, qui ont signé. L’enfant est née en 1675

1677 – 5 juillet – Baptême. Juste Cleviadus fils de M. Robert D’Anglebermer et de Madame Anne de Clermont d’Amboise. L’enfant est née le même jour. Parrain : Charle Auguste Cleviadus d’Anglebermer au nom de M. Juste de Clermont d’Amboise, chevalier du roi. Marraine : Marie Marthe D’Anglebermer.

1681 – Baptême de Jean Orbinot. Parrain : Messire Henry Bonneau seigneur de Tracy. Marraine : damoiselle Marie Marthe D’Anglebermer, Laigny.

1682 – Baptême. Parrain : M. Juste Cleviadus Danglebermer de Laigny. Marraine : Madame Claude de Vaudetar dame de Laigny.

1684 – 26 Novembre – Messire Robert D’Anglebermer comte de Laigny est décédé en son château seigneurial dudit Laigny. Son corps est inhumé dans cette église le 27 dudit mois.

Signé : Anne de Clermont d’Amboise. Charle Auguste Cleviadus d’Anglebermer. Laigny.

1686 – Le 3 mars – Madame Anne de Clermont d’Amboise, veuve de défunt Messire Robert d’Anglebermer, comte de Laigny est décédée en son château seigneurial audit Laigny.

1688 – Baptême : Jeanne Claude fille de Messire Nicolas Destrimont, Notaire Roïal et Greffier en la Justice d’Autreppes et en celle de Laigny et de Marie de Semery ; parrain : Messire Jean Baptiste Frumet, curé de Laigny ; Marraine : Madame Claude de Vaudetar, dame de Laigny.

1688 – Le 27 décembre est décédé au château de Laigny Anthoine….. lorrain de nation lequel était palfrenier de Monsieur de Laigny, le Colonel.

1689 – 19 mars est décédée au château de Laigny Damoiselle Margueritte Lobry femme de chambre de Madame de Laigny la Douerriayre . Elle a été inhumée dans l’église de ce lieu.

Signé : Marie Marthe de Laigny.

1689 – le 26 septembre décès de Madame Claude de Vaudetar dame de Laigny, décédée en son château seigneurial. Son corps est inhumé dans l’église de ce lieu en la présence de ses petits enfants.                              

Signé : Marie Marthe Danglebermer.

1693 – Baptême – Parrain : Philippe Auguste Danglebermer Laigny.

1698 – Décès – Dame Charlotte du Chastelet veuve de défunt Monsieur le Comte d’Autricourt est décédée au château de Laigny chez Monsieur le Marquis dudit Laigny son fils. Son corps a été inhumé dans la chapelle de cette église le 2 juillet.

1703- 25 août – décès de Messire Jacques d’Anglebermer, comte de Laigny, inhumé dans la chapelle de l’église.

1704 -  baptême de Philippe Auguste Danglebermer Laigny Beaureoair  est parrain.

1705 – Baptême où Messire Armand Charles d’Anglebermer chevalier seigneur Marquis de Laigny a été parrain avec Damoiselle Louise de Courbeuille.

1708 – Baptême  ou Messire Philippe Auguste d’Anglebermer Beaurepaire a été parrain avec Françoise Malherbe.

1713 – 19 décembre – Décès de Messire Armand Charles d’Anglebermer seigneur Marquis de Laigny. Son corps a été inhumé dans l’église de ce lieu.

1727 – 14 mars – Décès de Messire Philippe Auguste d’Anglebermer, seigneur de Laigny.

Signé : Marie Marthe d’Anglebermer, chanoinesse d’Espinal.

1727 – 11 novembre – Mariage Messire Jean Louis d’Hennin Liétard d’Alsace, seigneur de St Pôle, diocèse de Troyes et damoiselle Marie Elizabeth d’Anglebermer de Laigny. Signé : Jean Louis d’Alsace Hennin Liétard., Marie Elizabeth d’Anglebermer Laigny, Jacques Antoine d’Alsace Hennin Liétard Bleincour, Marie Marthe d’Anglebermer chanoinesse d’Espinal, Ch. F. d’Hallencourt evesque et comte de Verdun, Louise Madeleine des Fléaux Cardonnaux Hallencourt de Dromesnil, Charles Brulasz comte de Genlis, Dromesnil Duhamel.

1733 – Mariage – Depotiondy Messire Jean, écuyer,  … de Guise, avec Marie Elizabeth Flahaut de Carbonnaux de St Gobert.

1740- Décès 29 décembre – Haute et puissante Dame Madame Marie Marthe d’Anglebermer, chanoinesse d’Espinal, comtesse de Laigny.

1742 – Baptême de Marie

louise Elizabeth , fille de Messire Donatien, comte de Maille, chevalier de l’ordre royal et militaire de St Louis et de Dame Marie Elizabeth d’Anglebermer de Laigny, son épouse. Parrain : Messire Donatien Le Maille marquis de Carman, et la Marraine : Dame Louise Madeleine de Flahault, comtesse de Laigny.

 

3° Pierres, roches et grottes consacrées par une croyance populaire :

        a) Donner leurs noms, leurs dimensions ; en faire la description ; raconter les légendes qui s’y rattachent :

 

Au lieudit les Sept Chemins (partie nord du territoire) se trouvait autrefois une colonne qui indiquait la séparation entre le Marquisat de Vervins, le domaine de Guise et l’Abbaye de Foigny : cette colonne portait du côté Nord les armes de Guise, au midi, les armes de Coigny et au levant les armes abbatiales. Il y avait autour de cette colonne un vaste rond-point dont il serait bien difficile de retrouver les limites.

 

b) A-t-on fait des fouilles dans leur voisinage et qu’ont-elles fait découvrir ? (couteaux, haches, etc…) :

 

 

Néant.

 

4° Voies gauloises et voies romaines :

 

Néant.

 

5° Existe-t-il quelque lieu portant le souvenir d’un champ de bataille ?

 

Néant.

 

6° Trouve-t-on dans la commune d’anciens monuments remarquables ?

 

Néant.

 

7° A-t-on retrouvé un ancien cimetière ? Quel est l’âge des sculptures, etc…

 

Néant.

 

8° La commune possède-t-elle une ou plusieurs églises ? Leur vocable, date du patron ; donner la longueur de chaque église (à l’intérieur), Décrire le monument : sont style, son âge, ses particularités (sculpture, peinture murale, pierres tombales, tableaux, tapisseries, vitraux, mobilier ancien.

 

La commune de Laigny possède une seule église placée sous le patronage de St Martin, dont la fête se célèbre le 11 novembre. Elle a été bâtie il y a environ six cent ans ; de cette ancienne construction qui était en grès, il ne reste que le transept ; le reste a été détruit pendant les guerres avec les Espagnols sous Louis XIII ou Louis XIV. Cette partie a été rebâtie vers la fin du 17° siècle ainsi que l’indique la date 1670 que l’on voit en briques vernissées dans la maçonnerie de l’un des murs de la sacristie. L’église, d’une longueur intérieure de trente deux mètres présente la forme d’une croix. La façade affecte la forme du donjon mais c’est plutôt un clocher carré qu’un ouvrage défensif. A l’intérieur, l’église se compose d’une nef à voûte en berceau surbaissée d’un seul collatéral du côté nord, communiquant avec la nef par quatre arcades ogivales à pieds droits massifs ; d’un transept et d’un chœur voûtés ; l’abside a trois pans. Les fenêtres sont à plein cintre.

Chaire style gothique, en chêne, datant de 1872.

Dans le chœur, du côté gauche, une peinture murale aujourd’hui cachée par plusieurs couches de badigeon représentait le repas noces de Jean de Proisy avec Guillemette d’Anglebermer de Laigny ; les personnages étaient en costumes du temps.

La cloche porte l’inscription suivante :

« 1759 – ay été bénite par M. B. Denis, prêtre curé de Volpaix, Laigny – Félixt Tancret, haut et puissant seigneur, marquis du Muy, lieutenant général des armées du Roi, premier maître d’hôtel de Madame la Dauphine pour parin. Marie Elizabeth Louise De Maillié, fille de défunt haut et puissant seigneur Messire Donatien de Maillié, chevalier de l’ordre militaire de St Louis, et de défunte dame  Madame Marie Elizabeth d’Anglebermer, dame de Laigny, Haution, la Vallée au Bled, Mareiny.

C. Sorton ; P. et N. Guillaume ; et M. Renaud, monté fondu. »

 

9° Y a-t-il dans la commune une ancienne abbaye ?

 

Néant.

 

10° Décrire les chapelles isolées :

 

Néant.

 

11° Hospice ou hôpital :

 

Néant.

 

12° Y a-t-il eu une maladrerie ?

 

Néant.

 

13° Dans le cimetière actuel signaler les calvaire, croix ; etc.… :

 

Néant.

 

14° Existe-t-il une fontaine visitée par les malades ?

 

Néant.

 

15° S’il existe un arbre célèbre, faire connaître son origine et sa légende :

 

Il n’existe que deux arbres de liberté, plantés en 1848 ; l’un sur la place de l’église et l’autre à Beaurepaire.

 

16° S’il existe un ancien château, dire s’il est fortifié, en donner les dimensions, la description, l’histoire. Rapporter les traditions populaires qui s’y rapportent :

 

Laigny possédait avant la Révolution un château renommé. Si l’on en juge par les bâtiments qui restent et dans lesquels est installée l’école des garçons, sa construction remonte au XVII° siècle. Une date en briques vernissées que l’on voit dans la façade indiquerait en effet cette époque.

Ce château qui ressemblait dit on à celui que l’on voit actuellement à Leschelles (canton du Nouvion) et qui avait été bâti sous la direction du même architecte, était entouré de vastes jardins qui passaient pour les plus beaux de la contrée.

On y voyait des cascades, des fontaines, des jets d’eau et autres choses rares, dont les vestiges ont subsisté jusque vers 1820. Dans le pays on désigne encore sous le nom de beau jardin ces anciens emplacements. Près de là est un petit moulin qui servait autrefois de volière.

Pour alimenter les cascades et les jets d’eau les seigneurs avaient fait construire un canal existant encore, qui empruntait l’eau du ruisseau de Laigny et qui était bordé d’une large digue plantée de noyers.

Les Danglebermer de la seigneurie de Laigny étaient généralement aimés ; les registres de l’état civil portent de nombreuses traces indiquant que ces seigneurs ont été plusieurs fois parrains et marraines dans des familles pauvres.

Une personne, surnommée Maman d’Ecole, morte il y a quelques années se rappelait avoir dansé, dans sa jeunesse, avec le châtelain, dans la cour du château, le jour de la fête communale.

Le château était situé à quelques pas de l’école des garçons, au sud, dans une propriété appartenant aujourd’hui à M. DARRAS J. Bte de Laigny. Il était à ce que l’on rapporte entouré d’étangs.

Au levant de la maison d’école on voyait une suite de bâtiments semblables à la construction restante, entre ces deux corps de bâtiments et au dessus du chemin qui menait au château s’élevait une espèce de vaste salle où l’on rendait la justice pour Laigny, Haution et la Vallée aux Bleds.

Du château de Laigny relevaient les fiefs de Beaurepaire et de Beauregard dont il a été dit un mot à propos de ces lieudits.

 

17° Faire l’inventaire des documents historiques de toute nature qui se trouvent dans les archives communales, etc….. :

 

Les registres de l’état civil de la commune de Laigny remontent à l’année 1669. On n’y trouve rien de particulier sauf ce qui a été rapporté relativement aux seigneurs (n° 2 de la présente notice).

 

18° Les écoles : leur ordre d’enseignement ; sont-elles ecclésiastiques ou laïques ? Date de leur fondation, nombre d’élèves, description des bâtiments. Historique de l’instruction dans la commune.

 

La commune de Laigny possède depuis 1854 deux écoles primaires publiques laïques, une de garçons et une de filles.

En 1883, 47 garçons ont fréquenté l’école et 61 filles ont répondu à l’appel journalier. La fréquentation moyenne a été de 7 mois ½ pour les garçons et de 8 mois ½ pour les filles.

Les écoles sont établies dans les locaux appartenant à la commune et suffisamment convenables. L’école des garçons a été achetée en 1845 ; elle renferme la salle de classe, la Mairie et le logement de l’instituteur. Cette  maison faisait partie des dépendances du château. Elle porte sur la façade, en briques bleues, un commencement de date 16.. indiquant qu’elle a été bâtie au 17° siècle. La maison d’école des filles comprend la salle de classe et le logement de l’institutrice ; elle est la propriété de la commune depuis 1854. Un jardin est annexé à chaque maison.

L’existence d’une école dans la commune de Laigny remonte à une époque immémoriale. La trace d’un maître d’école apparaît pour la première fois dans les registres civils en 1750. Le maître qui occupait alors le poste se nommait Jacques BOUGON ; il fut remplacé vers 1777 par Jean Louis MENU, et ce dernier en 1781 par J. Bte CHOFFIN qui a exercé jusque vers 1796 et qui devint ensuite officier civil.

On trouve depuis :

           CATRIN, en l’an V

           Jean Baptiste SINET, an XII à 1810

           Joseph DUFOUR, 1810-1831

           Emmanuel DUFOUR, fils du précédent, 1831-1845

           LATIERCE, 1845-1853

           CORNILLE, 1853-1855

           VENET, 1855-1856

           COLOMBET, 1856-1859

           SOLLIEZ, 1859-1865

           COQUIZART, 1865-1871

           LALBALETRIER, 1871-1877

       Et BENARD

D’après la tradition, le maître d’école exerçait avant tout les fonctions de clerc-laïque ; il était choisi par une sorte de comité local dirigé par le curé. Lorsqu’il s’agissait de pourvoir à une vacance, si plusieurs candidats étaient en présence, le choix portait de préférence sur celui qui avait la plus belle voix. L’épreuve du chant à laquelle on joignait une épreuve d’écriture, étaient les seules que subissaient les postulants.

La municipalité ne faisait rien pour le maître ; celui-ci était même obligé pour exercer sa profession de fournir le local nécessaire ; son traitement se composait des redevances des élèves, redevances consistant partie en blé, partie en argent ; cet usage s’est perpétué dans la commune et même dans la contrée jusque vers 1830. A partir de cette époque on assure au maître un traitement annuel de 460 francs pour les élèves gratuits et une indemnité de logement de 40 francs ; le taux de la rétribution mensuelle pour les élèves payants était fixé à 50 c pour la 1° classe, à 40 c pour la 2°, et 30 c pour la 3° ; les élèves de cette dernière catégorie étaient les plus nombreux ; on entend dire encore aujourd’hui par nombre de personnes : « je ne sais pas grand-chose, je n’ai jamais été qu’à l’école à six sous. »

L’école n’était fréquentée que pendant les mois d’hiver ; lorsque les beaux jours arrivaient les élèves désertaient les bancs de la classe pour aller travailler aux champs ; il n’était pas rare alors de voir le Maître d’Ecole faire comme on dit la moisson.

L’enseignement comprenait la lecture, l’écriture, un peu de calcul et d’orthographe. Un catéchisme, un livre d’évangiles, un psautier, une instruction de la jeunesse, quelquefois une grammaire, composaient tout le bagage de l’écolier de ce temps. Malgré la loi de 1833 et l’arrivée en 1831 d’un maître qui avait été breveté à Amiens, l’école de cette commune n’a guère été transformée qu’en 1845.

 

 

                                        Laigny, le 27 janvier 1884

 

                                               L’instituteur

 

 

 

 

 

 

 

 

Département de L’Aisne

Arrondissement et canton de Vervins

 

           COMMUNE DE LAIGNY

 

             NOTICE GEOGRAPHIQUE

 

 

           3° GEOGRAPHIE ECONOMIQUE

 

1° Etat des terres : assolement, jachères, engrais, principaux instruments aratoires ; les céréales :

La grande culture est presque inconnue à Laigny ; à peu d’exceptions près tous les cultivateurs travaillent eux-mêmes leurs terres.

Il y a une tendance prononcée aujourd’hui à convertir en herbages les terrains propres à ce genre de culture.

L’assolement en usage dans la commune est l’assolement triennal :

          1° année : féveroles, vesces, trèfles, cultures sarclées et jachères.

          2° année : blé.

          3° année : avoine, orge, seigle, hivernaches (mélange de vesces d’hiver et de seigle).        

Le seul engrais employé est le fumier, à raison de 225 quintaux métriques à l’hectare. Les engrais chimiques ou du commerce ne sont nullement utilisés.

On pratique le marnage sur presque toutes les terres qui généralement sont argileuses et compactes. La marne (craie) est extraite du sol par des puits qui s’élargissent à une certaine profondeur en chambres, en galeries. La marne ainsi extractée est déposée sur la terre en petits tas ; elle se délite sous l’influence des agents atmosphériques surtout de la pluie, et on l’épand ensuite sur le sol. Elle est employée à raison de 1260 quintaux métriques par hectare. Son effet se fait sentir pendant une douzaine d’années.

Les instruments aratoires perfectionnés tendent à s’introduire dans toutes les fermes. Comme charrue, on ne fait plus guère usage maintenant que du brabant double en fer. Les herses et les rouleaux généralement en bois, les extirpateurs, les hache-paille, les coupe-racines, les batteuses mécaniques se voient dans la plupart des exploitations.

Les habitants de Laigny cultivent en fait de céréales : le blé ; un peu de méteil ; le seigle, pour sa paille qui sert à faire des liens ; l’avoine, les féveroles pour les chevaux ; l’orge pour les volailles ; les hivernaches pour les chevaux et les moutons.

On cultive de plus les racines alimentaires et fourragères telles que : pommes de terre, betteraves, carottes et navets.

 

2° Prairies naturelles ou artificielles, vaines pâtures ; usages existants au sujet des pâturages :

 

Les prairies naturelles et artificielles prennent chaque jour de l’extension et finiront par annuler la jachère. Ces cultures occupent aujourd’hui plus de 350 hectares. Les prairies naturelles donnent un foin estimé plus favorable à l’engraissement du bétail qu’à la production du lait.

L’exercice de la vaine pâture était réglé à Laigny par un arrêté du 15 décembre 1827. Depuis cette époque, les situations sont bien changées ; il n’existe plus de troupeau commun et le nombre des bêtes à laine diminue d’année en année ; d’un autre côté, une bonne partie des terrains livrés autrefois au parcours commun sont maintenant enclos. Il ne reste plus que 4 hectares de pré sur lesquels on fait pâturer les bêtes à cornes depuis l’enlèvement des foins jusqu’au mois de décembre, et cela sans conditions. Les troupeaux de  moutons sont conduits librement sur les terres dépouillées de leurs récoltes.

 

3° Les étangs :

 

Néant.

 

4° Les arbres fruitiers et la vigne :

 

Le principal arbre fruitier est le pommier à cidre qui fournit la meilleure partie de la boisson de la population. On compte environ 70 hectares de terrains plantés, à raison de cinquante arbres à l’hectare ; ceci n’empêche point la production de l’herbe. L’hiver 1879-1880 a malheureusement décimé nos arbres fruitiers ; bon nombre sont maintenant remplacés mais il faudra bien des années pour réparer les pertes éprouvées.

Les cerisiers, pruniers et noyers se trouvent en trop faible quantité pour mériter un mention spéciale.

 

5° Le houblon, la betterave :

 

Néant (houblon).

La betterave n’est guère cultivée que comme racine fourragère ; c’est à peine si l’on compte cinq hectares de betteraves à sucre ; cela tient en partie, non à l’éloignement d’une fabrique puisque l’on en trouve une à Vervins, mais à ce que la profondeur du sol arable est insuffisante ; de plus, les terres étant généralement froides la culture de la betterave nuirait souvent aux semailles de blé qui doivent être terminées vers le 25 octobre ou le 1 novembre au plus tard.

 

6° Cultures de toutes espèces :

 

La culture maraîchère n’est pratiquée à Laigny que pour les besoins de la population. Chaque maison a son potager qui fournit les légumes nécessaires à la consommation.

On voit aussi quelques oseraies dont le produit est utilisé par les ouvriers du pays.

 

7° Les défrichements :

 

Les bois de Laigny dont il a été parlé précédemment ont été défrichés de 1860 à 1865.

Ce défrichement a eu de bons résultats en ce qui regarde le bien être du pays. Au point de vue de l’hygiène et de la salubrité cette opération a été indifférente et n’a point été remarquée. On a constaté seulement une certaine diminution dans le débit de quelques sources.

 

8° Biens communaux :

 

Néant.

 

9° Les animaux domestiques : chevaux, mulets, ânes, bêtes à cornes ou à laine, chèvres, porcs ; les abeilles. Les animaux nuisibles et les insectes utiles :

 

Les principaux animaux domestiques sont :

1° Le cheval, élevé sur le lieu même ; il appartient en général aux races boulonnaise et percheronne. Le nombre des chevaux constaté par le dernier recensement est de 180 ; sur ce nombre on en compte seulement 16 admis par la commission militaire chargée du classement de ces animaux ; il faut ajouter à ce dernier chiffre 23 juments poulinières.

2° La vache, de race flamande, pour le lait ; depuis quelques années on introduit dans le pays des vaches bretonnes plus propres à l’engraissement que les premières (nombre total : 234)

3° Le mouton métis mérinos ; cette espèce compte à peine 700 individus dans le pays et ce nombre tend toujours à diminuer surtout depuis que le prix de la laine a baissé dans de notables proportions.

4° Le porc, qui est une source de produits pour beaucoup de ménages ; on se livre à l’élevage de cet animal dans un certain nombre de fermes pour ne pas dire dans toutes, afin de pouvoir alimenter les marchés voisins, surtout celui d’Etréaupont.

5° Le lapin que l’on nourrit avec les débris du jardin et de la cuisine et qui entre pour une bonne partie dans l’alimentation des habitants.

Quant à l’élevage des abeilles, c’est principalement chez les petits particuliers qu’on s’en occupe le plus. On compte environ 45 ruches réparties entre une quinzaine de familles.

Le territoire de Laigny a été ravagé en 1880 et en 1888 par les mulots ou souris ; les pertes se sont élevées à environ 40.000 francs.

 

10° La chasse et la pêche. Leurs produits, les conditions auxquelles elles sont soumises :

 

De  pêche point. La chasse est le passe temps de quelques privilégiés qui rentrent souvent le carnier vide.

 

11° Sociétés agricoles, agences, comices, foires, marchés francs, abattoirs :

 

Néant.

 

12° Carrières, mines et minières :

 

On exploite quelques carrières d’où l’on extrait les cailloux silex qui servent à ferrer les chemins. Ces carrières suffisent aux besoins du pays ; il existe en outre deux sablières qui sont exploitées pour la fabrication des briques et des mortiers employés dans les constructions.

 

13° Usines et manufactures ; conditions des ouvriers :

 

La seule usine en activité à Laigny est un moulin à eau (celui du château anciennement) ; il en existe deux autres tombant en ruines.

La vannerie commune est la principale, pour ne pas dire l’unique branche d’insdustrie du pays ; on compte 25 à 30 familles qui vivent de genre de travail. On tisse à la main les articles de Reims, mais cette partie tend de jour en jour à disparaître tuée par les machines.

On voit aussi quelques ateliers où l’on fabrique les sabots.

La situation des ouvriers de l’industrie est médiocre ; le tissage à la main n’est plus suffisamment rémunérateur et force ceux qui s’y livrent à émigrer vers les villes ; la vannerie serait plus avantageuse, mais le prix de la matière première est généralement trop élevé relativement au prix de vente des objets fabriqués, ce qui nuit sensiblement au gain de l’ouvrier.

 

 

 

                                                    Laigny, le 27 janvier 1884

 

         L’instituteur

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Commune de LAIGNY

 

 

Traitement et obligations des instituteurs avant 1833 :

 

Cejourd’hui 12 mai 1830, le conseil ayant à délibérer en conformité de l’ordonnance royale du 14 février dernier sur les mesures à prendre pour que la commune soit pourvu des moyens suffisant d’instruction primaire et pour que le sort de son instituteur soit amélioré, s’est adjoint les dix plus haut contribuables.

Les membres présents sont : …

L’assemblée ainsi constituée

Vu la délibération du conseil municipal de cette commune en  date du 22 décembre 1811, dûment agrée par M. le Sous Préfet et approuvée par M. le Préfet le 30 décembre même mois, portant fixation du traitement de l’instituteur et de sa rétribution mensuelle pour les enfants qui ne sont point admis aux leçons gratuites

Considérant que les ressources de la commune sont insuffisantes pour faire face au traitement annuel de son instituteur et autres dépenses

Qu’en effet la commune n’a d’autre moyen que celui de l’imposition pour subvenir à celles cy après désignées

          1° L’école étant pourvue de mobilier, il ne sera rien statué à cet égard.

          2° Le traitement de l’instituteur est fixé à la somme de 460 francs par année eu égard aux émoluments éventuels qu’il pourra obtenir des élèves payants,                                            cy 460

          3° l’indemnité de logement à l’instituteur restera fixée à 40 francs annuellement, attendu que la commune est dépourvue de local et que ses moyens pécuniaires la mettent dans l’impossibilité d’en acquérir ou d’en faire bâtir un,                                                                      cy  40

          4° Les enfants pauvres seront admis à l’école gratuitement, sans égard au nombre ; leur indigence sera constatée à l’aide du rôle de la contribution foncière et des connaissances locales du Maire et du Conseil municipal. C’est à cette condition que le traitement de l’instituteur a été fixé à la somme de 460 francs.

          5° Le taux de la rétribution mensuelle pour les enfants qui ne seront point admis aux leçons gratuites est arrêté, savoir : pour les enfants de la 1° classe à 50 centimes, pour ceux de la 2° à 40 centimes et pour ceux de la 3° à 30 centimes.

Le conseil en conséquence a déclaré consentir et voter formellement par addition aux contributions directes ordinaires des années 1831, 1832, 1833, 1834 et 1835 :

Savoir pur chaque année :

1° p. traitement de l’instituteur         460 F.

2° p. son indemnité de logement        40 F.

   

                                    Total :                        500 F.

 

Fait et délibéré etc. ….

 

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                               Séance du 16 janvier 1831

 

Le Conseil municipal ayant à délibérer 1° sur l’admission du sieur Emmanuel Joseph DUFOUR en qualité d’instituteur de cette commune, en remplacement de feu Louis Joseph DUFOUR, son père ; 2° sur la fixation de son traitement en cette qualité.

Les membres présents sont …

L’assemblée

Vu l’autorisation délivrée au sieur Emmanuel Joseph DUFOUR d’exercer la profession d’instituteur dans la commune de Laigny par M. le Recteur de l’Académie d’Amiens en date du 28 août dernier,

Vu la délibération du 12 mai dernier prise en vertu de l’ordonnance royale du 14 février même année portant nouvelle fixation du traitement de l’instituteur de la commune à la somme de 500 francs, savoir :

1° 460 francs par année en égard aux émoluments éventuels qu’il pourra obtenir des élèves payants,

2° 40 francs d’indemnité de logement fourni par lui.

Le Conseil en conséquence agrée ledit sieur Emmanuel Joseph DUFOUR en qualité d’instituteur de cette commune ce qu’il accepte et s’engage à en remplir les fonctions ponctuellement, et fixe de nouveau son traitement y compris l’indemnité de logement à la somme de 500 francs.

Laquelle somme sera perçue d’après un rôle de prestations dûment approuvé par le Conseil et par M. le Préfet de ce département.

Fait, etc….

 

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COMMUNE DE LAIGNY

COMMUNE DE LAIGNY

 

 

NOTICE GEOGRAPHIQUE

 

I – Géographie physique :

 

1°) Situation astronomique de la commune. Son étendue superficielle ; son territoire ; son terroir ; les différentes divisions : hameaux, fermes, écarts, dépendances, lieux dits.

           

            La commune de Laigny est située dans l’arrondissement et le canton de Vervins, à 45 kilomètres au nord nord-est de Laon et à 6 kilomètres nord nord-ouest de Vervins.

            Le territoire de Laigny s’étend entre la 29° minute 25 secondes et la 33° minute 30 secondes du 1er degré de longitude est de Paris, et à 49 degrés 51 minutes 28 secondes de latitude nord.

            Le périmètre de ce territoire est assez régulier ; la forme géométrique dont il se rapproche le plus est celle d’un triangle dont la base est tournée vers le sud sud-ouest et le sommet vers le nord-est. Sa plus grande longueur est de 5 kilomètres 9 hectomètres du nord-est au sud-ouest, c'est-à-dire d’Etréaupont vers Voulpaix, et sa plus grande largeur de 3 kilomètres 3 hectomètres.

            La contenance totale du territoire est de 1080 hectares, qui se répartissent ainsi :

- terres labourables                                          914 hectares

- prairies naturelles                                                    40 hectares

- bois                                                                    2 hectares

- jardins                                                     19 hectares

- vergers et terrains plantés                            73 hectares

- landes                                                                 2 hectares

- terrains bâtis                                                          7 hectares

- routes, chemins et cours d’eau                 23 hectares

            Il est limité au nord par le terroir d’Haution, au nord-est par ceux d’Autreppes, de Sorbais et d’Etréaupont, à l’est et au sud par celui de Fontaine et à l’ouest par celui de Voulpaix.

            Les dépendances de la commune de Laigny sont :

1° Le hameau du Bois de Laigny ; ce nom lui vient de ce que, anciennement, il se trouvait entouré en grande partie par le bois de Laigny, bois défriché en 1860.

2° Le hameau de Beaurepaire ; « Bospatium » en 872 ou champ, pâture à bœufs, « Bellus Reddisus » en 1328 ou belle retraite ; c’est probablement dans ce dernier sens qu’il faut interpréter Beaurepaire, car, si on prenait repaire à la lettre, du bas latin reparium, on le traduirait par lieu fortifié suivant Ducangel, et par retraite de bêtes malfaisantes ou de voleurs suivant l’Académie (Mennesson). Le hameau de Beaurepaire possédait autrefois une espèce de maison seigneuriale, vassale de la seigneurie de Laigny ; il n’en reste pas de ruines et sur son emplacement se trouve aujourd’hui une ferme appartenant à M. Durieux Jules.

            Les fermes sont :

1° Le Bas-Goulet, « Petit-Goulet » en 1694, du latin gula, gorge, appliqué figurément au col d’une bouteille à l’entrée d’un port, au rétrécissement d’une vallée. La ferme du Bas-Goulet  est précisément située au fond d’une étroite gorge où coule un petit ruisseau, dont la source est un peu au-dessus des bâtiments d’exploitation.

2° Malsara. Cette dénomination comme la ferme à laquelle elle est appliquée est de création contemporaine. Quand ils virent construire cette ferme en 1855, les habitants du pays, prédisant au fermier qui prendrait ces terres difficiles et ingrates, beaucoup de peines et de mécomptes, dirent dans leur langage syncopé : Mal t’aras, en langue correcte : Mal tu auras (M. Mennesson Etymologies).  

3° La Cense Lapelle située autrefois en plein bois de Laigny.

            Lieux-dits du territoire de Laigny :

- Bois des bouilles, ainsi nommé à cause de la quantité de bouleaux que l’on y trouvait.

- Poirier des crapauds.

- Canton près de la maison ; ce lieudit se trouve près d’une ferme, la Cense Lapelle.

- Trouée d’Ocq. La Rue Neuve. Bois du Muid. L’Epine Marie de Jeante. Gibet Martin. Vallée Gobert. Derrière les Aunes. Jardin Linier. Jardin Asseau. Les Terres Larue. Le bras de Milan.

- Les Trois Cours : cette dénomination vient de ce qu’il y avait là trois fermes.

- Le fond Bailly. Le Cheneaux. Le fond Gustin.

- Le grand Ouï – Ouïes, Wez tout cela vient des ieaux, eaux. Ce lieudit se trouve en effet près d’un ravin, qui reçoit les eaux des pluies ; dans les années humides, l’eau y coule même continuellement.

- Les 8 jallois. Les terres à la pointe. Le fond des 7 jallois. Les terres du grand bouil.

- Pré Notre Dame. Ce pré faisait partie du domaine d’une dame d’Anglebermer, sœur du  Seigneur de Laigny, et qui devint abbesse de Montreuil, aujourd’hui commune de Rocquigny. Cette abbaye fut détruite par les soldats de Jean de Werth vers 1636 ; alors les religieuses se retirèrent à Montreuil sous Laon pour se mettre sous la protection de l’évêque. Jusqu’à la Révolution, on paye à l’abbaye de Montreuil, pour ce domaine, une redevance de 8 muids de blé. La dernière fois que l’on eut à acquitter ces redevances, en 1791, au moment où le fermier du château, qui se nommait Serant, se disposait à les faire enlever, des hommes et des femmes, entre autres une nommée Catherinette ou Caquine, armés de fourches, de faux, etc.… tentèrent de piller le convoi. Mais, tout à coup on vit apparaître venant de Vervins quelques gendarmes commandés par un nommé Cuvelette dont le souvenir est encore présent  à la mémoire de plusieurs personnes ; les pillards s’enfuirent bien vite ; seul ladite Catherinette, reste en maugréant, ce qui n’empêcha pas le chariot de partir ; mais, à Vervins, les habitants firent main basse sur les redevances qui furent les dernières payées à l’abbaye de Montreuil.

- Les hennettes. Prés de Bas. Chêne du Coin. Le Ailleaume.

- La Glassière. C’est là que se trouvait la glacière du château ; on voit encore une excavation qui indiquerait l’emplacement qu’elle occupait.

- Saule Bernard. La Briqueterie. Le Palantin. Buisson Tondu. Vache morte. Le Bosquet Saint Martin. Chemin de Vervins.

- Fond d’héroyeux. Il existait en cet endroit sur les chemins de Marle à La Capelle et de Guise à Vervins quelques habitations, des fermes dont on a retrouvé des restes (un puits, des briques), il y a quelques années. Ces habitations ont sans doute été détruites par les soldats de Jean de Werth. Marie de Médicis passa en ce lieudit, suivant le chemin de Marle à La Capelle, lorsqu’elle se retira à Cologne.

            Lors du projet de construction de la route de Vervins à Guise en 1829, il fut question de conserver l’ancien tracé, qui est le plus court, mais le conseil municipal de Laigny émit un avis défavorable. Lorsque les femmes des conseillers apprirent ce résultat, elles s’écrièrent : « ah ! quel bonheur ! la route ne passera point à Laigny ». Le souvenir des invasions de 1814 et de 1815 était encore présent à toutes les mémoires, ce qui explique en partie cette crainte de voir passer une grande route dans le pays.

- Bois au Court, près des fermes d’héroyeux.

- Bois de Vervins. Le grand Sauquoy. Vallée Cardon. Le muids. Chemin de Voulpaix. Derrière les haies. Petit moulin. Grande Rue.

- Moulin de la Gonelle ou Beauregard. Ce lieudit était un fief du château de Laigny, il était tenu par un nommé Faucheux de Beauregard dont on retrouve la signature dans les actes de l’état civil en 1691. Il y avait à Beauregard, près de la Maison Faucheux dit polo actuellement, une tour bâtie en grès qui servait de prison ; elle a été entièrement démolie, il y a environ quarante ans.

- Le Chaufour. Sente du Bas Goulet. Au dessus du plan. L’épine du Calvaire. Les 15 jallois. La grand pièce du Bas Goulet. Les 14 jallois. Fond du haut Goulet. Bosquet Baranger.

- Le Cercan. A 200 mètres environ de l’emplacement du château, en allant vers Voulpaix et sur l’ancien chemin de Guise à Vervins se trouve un lieudit appelé le Cercan, corruption sans doute du mot carcan. C’est là, il parait, que l’on exposait les condamnés ; on remarquait aussi dans cet endroit le moulin, le four et le pressoir banaux.

 

2°) Indiquer les noms successifs qu’aurait portés la commune :

 

Laegnis en 1236, Latignies en 1248, Laaingnis en 1260, Laaignis en 1265, Laignis et Beaurepaire 1568. ; Lagny 1676 (archives communales de Laigny), Laigny et Beaurepaire 1709. Autrefois de l’Intendance de Soissons. Comté relevant en partie de la Châtellerie de Voulpaix ; il comprenait Laigny, Haution et la Vallée aux Bleds (foi et hommage du marquisat de Vervins). (Dictionnaire topographique de M. MATTON).

C’est à tort qu’on voudrait retrouver lignum (bois) dans Laigny, on voit combien les formes primitives se prêtent peu à ce radical. Latignies indique le nom de quelque Romain, un Latinices, je suppose ; qui vint fonder là une ville (M. MENNESSON)

 

3° Relief du sol : monts ou collines (indiquer à quel système on les rattache ; plateaux et plaines :

 

Le territoire de Laigny est une plaine élevée. Les hauteurs des différentes parties du territoire au-dessus du niveau de la mer sont les suivantes :

          - Le Bois de Laigny                                                        198 mètres

          - La Cense Lapelle                                                          192 mètres

          - La Sablière                                                                    193 mètres

          - Malsara                                                                          187 mètres

          - Le Village                                                                      188 mètres

          - Endroit où le ruisseau quitte le territoire de Laigny      166 mètres

Il résulte de ces chiffres qu’il y a une différence d’altitude de 32 mètres entre le point culminant qui domine à l’est le Bois de Laigny et la partie du territoire où le niveau de Laigny pénètre sur le territoire de Voulpaix.

L’inclinaison est dans la direction du nord-ouest au sud-ouest.

 

4° Météorologie :

 

Le climat est tempéré et plutôt humide que sec ; cependant, le vent du nord y règne à peu près le quart de l’année. Le vent de l’ouest amène fréquemment d’abondantes pluies. La température moyenne annuelle est d’environ 12 degrés. Il n’est pas possible d’indiquer ici, faute de renseignements suffisants, le nombre de jours de pluie, de gelée, etc… Il n’y a pas de mémoire que la grêle ait causé des dégâts importants dans le pays. L’hiver de 1879-1880, d’une rigueur exceptionnelle, a laissé des traces de son passage ; les deux tiers des arbres fruitiers ont péri. Les orages se font surtout sentir vers la partie nord du territoire, au lieudit les Annesses. En 1877, un nommé DUVAL a été, dans cet endroit, frappé de la foudre ainsi que ses chevaux ; il en a conservé une surdité assez sensible. Un autre orage a réduit un peuplier en milliers de morceaux aussi fins que des allumettes.

 

5° Géologie :

 

La constitution géologique du territoire de Laigny appartient surtout à la formation secondaire, et un peu à la formation tertiaire.

Les différentes couches qui le composent sont classées, d’après les travaux les plus récents, dans les étages Turonien et Sucssonien de d’Orbigny.

L’assise inférieure, d’une grande épaisseur, est composée de marne bleue, presque imperméable, nommée terre potasse dans le pays ; elle retient la nappe d’eau qui alimente les puits et fontaines.

Au-dessus se trouve un couche de marne grasse nommée marlette dans le nord ; c’est la zone à tercbrasulina grasilis. Cette couche emmagasine les eaux retenues par la marne bleue.

Elle est surmontée d’un épaisse couche de craie, nommée communément marne, empâtant de nombreux silex de formes très irrégulières. Ce sont les cailloux employés à ferrer les chemins. La craie, qui compose l’assise à Mieraster breviporus sert à la fabrication de la chaux et au marnage des terres.

Sur certaines parties du territoire, la craie passe à une roche plus dure, qu’on retrouve sur plusieurs communes, et qui a été employée autrefois dans la construction des églises de la contrée ; on a renoncé à en faire usage.

Toutes ces assises font partie du terrain secondaire.

En contact avec la partie supérieure de la craie on voit de nombreux silex anguleux, empâtés dans une argile brune fort tenace dont le nom populaire ne peut être écrit ici. On considère ce conglomérat comme le premier dépôt tertiaire.

Ce dépôt manque quelquefois, surtout sous les sables et les grès que l’on exploite dans le pays et qui sont considérés comme le deuxième dépôt tertiaire. Ils offrent dans leur épaisseur quelques lignes interrompus de cailloux roulés, et une grande quantité de grès disséminés que l’on exploite pour faire des pavés et des bornes. On y trouve aussi du bois fossile.

Ces sables jaunes ou rougeâtres, rarement blancs, avec quelques grains verts, reposent en général directement sur la craie.

Au-dessus de ces sables existe une couche puissante d’argile sableuse, rougeâtre ou jaunâtre. C’est la terre jaune, la terre à briques du pays, le limon des géologues modernes. Il contient aussi des silex taillés, mais, dans la contrée, on n’y connaît pas de fossiles. A la base du dépôt, on remarque souvent des rognons de silex jaune, roulés, remplis de Nummulites du Laonnois.

C’est le limon qui sert de base à la terre végétale, et que le soc de la charrue atteint quelquefois dans les labours profonds. (M. PAPILLON).

Les coupes hypsométriques faites sur les différents points du territoire ont donné les résultats suivants :

- partie nord : terre végétale 0 m 40 ; terre argileuse 0 m 70 ; argile pure ou mélangée avec du sable (limon) 7 mètres ; cette couche repose sur une couche de craie à siles de 16 à 20 mètres ; à cette profondeur on trouve l’eau dans la marlesse à tercbratulina gracilis.

- partie est : terre végétale et terre argileuse 0 m 70 ; conglomérat de silex d’argile brune compacte  2 m50 ; craie à silex 9 mètres.

- partie ouest : terre végétale 35 centimètres ; sable renfermant des grès, quelques silex roulés et du bois fossile 2 mètres ; silex 16 à 20 mètres.

On a trouvé sur le sol et à l’intérieur du sol, à 50 c environ de profondeur, quelques silex taillés.

 

6° Hydrographie :

a)     fleuves, rivières, ruisseaux ; leur direction dans la commune. 

b)    lieux où ces cours d’eau prennent leur source.  

 

Le territoire de Laigny est tributaire de la Manche ; ses cours d’eau sont de faible importance. Le rû de Laigny prend sa source à Laigny, au hameau de Beaurepaire à 190 mètres d’altitude environ ; il reçoit le rû du Bas Goulet sur le territoire de Voulpaix et se jette dans le Vilpion entre Saint Gobert et Rougeries, en amont de Chanteraine, après avoir alimenté plusieurs moulins. Il a un parcours de 9943 mètres. Sa direction sur le territoire de Laigny est du nord-est au sud-ouest.

Dans son trajet il se grossit du produit de diverses sources et fontaines, entre autres de la fontaine du Canal, et de la fontaine de la Gonelle.

Il existe en outre sur le territoire de Laigny quelques fossés ou ravins qui reçoivent au moment des grandes pluies ou de la fonte des neiges les eaux provenant des points élevés.

On peut citer :

- le fond Gustin

- le Pré Notre Dame

- La Vallée Cardon

 

c) lieux où ils deviennent flottables.             

 

Néant

 

d) lieux où la navigation commence.

 

Néant

 

7° Les marais : leur situation ; leur superficie ; sont-ils en voie de desséchement ?

 

Néant.

 

8° Les bois et forêts : leur superficie et leurs principales essences :

 

Laigny possédait il y a vingt cinq ans 235 hectares de bois d’un seul tenant et situés dans les parties nord et ouest du territoire.

Ces bois, défrichés de 1860 à 1865, et livrés aujourd’hui à la culture, occupaient, d’après le cadastre, les lieux dits suivants :

          Bois des bouilles

          Bois du Muid

          Bois du Ailleaume

          Bois de Laigny

          Bois au court

          Bois de Vervins

          Grand Sauquoy

Les essences qui dominaient étaient le chêne, le frêne, le charme, le hêtre, le bouleau et le tremble.

Les bois de Laigny relevaient jadis de la Seigneurie de Laigny ; puis, ils passèrent un peu avant la Révolution dans la maison de Coigny et de là au générale de Sébastiani qui avait épousé Melle de Coigny. Ces bois échurent en héritage à Melle de Sébastiani qui fut mariée au duc de Praslin et qui mourut tragiquement en 1848. La propriétaire actuelle est la marquise d’Adda Salvaterra, née de Choiseul Praslin, qui réside à Milan.

On rapporte qu’une maison religieuse et une grosse tour existaient dans la partie du bois qu’on appelle le Ailleaume ; on n’en voit plus les ruines, mais il serait facile sans doute d’un retrouver des vestiges.

On voyait aussi dans la même région un grand abreuvoir où l’on allait faire baigner les chevaux ; il est comblé depuis une quarantaine d’années.

 

9° Faune communale :

 

La faune n’a rien de particulier, c’est celle des animaux domestiques de la région.

Comme animaux sauvages, on remarque : le lièvre et le lapin de garenne, en trop petit nombre au gré des chasseurs ; le renard, qui tend de jour en jour à disparaître depuis le défrichement des bois ; le hérisson, la fouine, le putois et le blaireau.

(voir pour les animaux domestiques la géographie économique n° 9)

10° Flore communale :

 

Le territoire de Laigny ne présentant ni terrains de constitution particulière, ni roches, la flore, surtout depuis le défrichement des bois est celle des moissons, des prés et des jardins du canton de Vervins en général. Aucune plante rare ne parait y avoir été signalée.

 

11° Chiffre de la population : augmente-t-elle ou diminue-t-elle ? A quelles causes faut-il attribuer ses changements ?

 

La population de Laigny qui était de 1253 habitants en 1836 n’est plus aujourd’hui que de 723 habitants (recensement de 1881).

Elle se répartit ainsi :

 

Garçons

Hommes mariés

Veufs

Filles

Femmes mariées

Veuves

137

178

27

141

184

56

 

La population diminue sensiblement en cette commune. Le défrichement des bois n’est pas étranger à cette décroissance ; les bois, en effet, donnaient pendant l’hiver de la besogne à une bonne partie des habitants, bûcherons, charbonniers et sabotiers ; ces ouvriers, n’ayant plus la ressource du bois pour les travaux de l’hiver, ont émigré vers les centres industriels. Il faut ajouter aussi que depuis un certain nombre d’années le tissage à la main et la vannerie n’étant plus suffisamment rémunérateurs, les ouvriers ont été obligés de chercher ailleurs de quoi subvenir  leurs besoins.

Chaque année aussi le nombre des décès surpasse celui des naissances, ce qui explique encore en partie la diminution de la population.

 

12° Nombre des naissances, mariages et décès des les dernières années :

 

Années

Naissances

Mariages

Décès

1883

9

0

15

1882

11

5

17

1881

9

7

16

1880

12

6

21

1879

12

5

22

1878

14

8

23

1877

21

6

19

1876

12

8

26

1875

14

6

16

1874

21

3

9

 

13° Particularités sur la constitution physique des habitants, leur régime alimentaire, leur longévité, leur caractère, leurs mœurs, leurs jeux, leurs usages, leur langage, leur degré d’instruction :

 

Les habitants de Laigny sont d’une taille généralement au dessus de la moyenne ; ils sont bien constitués, et il est assez rare que le conseil de révision ait à refuser des jeunes gens pour défaut de taille ou de conformation ; la vie au grand air et au soleil, qui est celle d’une bonne partie de la population, n’est pas étrangère à ce résultat. 0n constatait il y a plusieurs années déjà, un certain nombre de goitreux, cela était dû sans doute à l’usage des eaux vives et calcaires de cette localité. Le régime alimentaire qui s’améliore de jour en jour, une meilleure hygiène générale ont contribué à la disparition de cette infirmité.

Si le vœu de Henri IV ne s’est pas encore entièrement réalisé, il tend cependant à se généraliser, et bientôt chaque famille aura sont pot au feu au moins une fois par semaine.

Les causes invoquées plus haut, grand air et chaud soleil, meilleur régime alimentaire, hygiène générale mieux entendue, contribuent aussi à augmenter le durée de la vie humaine et l’existence à Laigny est en moyenne de 57 années.

La population de Laigny est laborieuse et dure à la peine ; elle est en même temps honnête, généreuse et affable ; on rencontre encore bien quelques individus ayant dans les veines du sang batailleur de nos ancêtres les Gaulois, je ne sais si c’est là un bien grand mal.

Le jeu populaire le plus en usage est le jeu de boules ; c’est un plaisir pendant la belle saison de voir, les dimanches, les habitants lutter d’adresse à ce jeu charmant, qui exerce en même temps la sûreté de la main et la justesse du coup d’œil.

On parle le français d’une façon assez correcte quoique un peu lourde. Il existe encore bien quelques mots patois comme lumer pour éclairer, pleuve pour pluie, amiteuse pour pelle à feu, allummelle pour couteau, et certains autres, mais ces expressions tendent à disparaître.

Le degré d’instruction n’est pas en général très élevé, cependant on ne rencontre plus guère d’illettrés.

Dans ces 5 dernières années on trouve 35 conscrits lettrés contre 5 illettrés et 41 individus ayant signé leur acte de mariage contre 7 qui ne l’ont pas signé.

 

 

 

 

                                                        Laigny, le 27 janvier 1884

 

                                                                   L’instituteur 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Département de l’Aisne

Arrondissement et canton de Vervins

 

COMMUNE DE LAIGNY

 

NOTICE GEOGRAPHIQUE

 

2° GEOGRAPHIE HISTORIQUE

 

1° Evénements remarquables dont la commune a été le théâtre :

 

Les archives de la commune de Laigny ne portent aucune trace de faits locaux historiques ; ce que je vais rapporter m’a été raconté par une personne d’un certain âge déjà et qui tient ces détails d’autres personnes depuis longtemps disparues.

En 1636, lorsque le fameux chef de bande Jean de Werth eut fait le siège de La Capelle et pris la ville de Vervins, il se porta vers Guise. Laigny ainsi que les environs fut pillé et saccagé ; l’église et le château furent probablement brûlés en partie. Jean de Werth, qui ne réussit pas à Guise, avait laissé une garnison à Vervins. Un capitaine de La Fère fut chargé de venir délivrer la ville ; il passa sur le territoire de Laigny, suivant ainsi l’ancienne route de Guise à Vervins. On mit 40 jours, parait-il, pour faire ce trajet. Les chemins étaient en si mauvais état que l’on transportait les canons sur des traîneaux et les munitions à dos de mulet ; on a retrouvé dans le chemin sus indiqué des boulets que l’on n’avait pas pris la peine de ramasser ; on en trouverait peut-être encore aujourd’hui qui servent de poids d’horloge.

Lorsque le capitaine, dont le nom a été oublié ici, arriva devant Vervins, il établit ses batteries du côté du nord dans le jardin appartenant actuellement à M. DUFLOT, sur le territoire de Fontaine. Mais on ne put prendre la ville, ce fut une femme qui en ouvrit les portes ; les soldats de Jean de Werth, au nombre de 400 environ, furent pendus, et les officiers qui étaient au nombre de 52 furent conduits à Laon pour être décapités.

(voir géographie physique, lieux dits du territoire de Laigny : Pré Notre-dame, Fond d’héroyeux ; Moulin de la Gonelle ; le Cereau (ou Cercau ?), pour les faits historiques qui y sont rapportés).

 

2° Personnages célèbres auxquels elle a donné naissance, qui l’ont habitée ou qui y sont inhumés :

 

On ne peut citer que les seigneurs de Laigny dont voici la liste empruntée au dictionnaire de M. MELLEVILLE.

          1215 Clémence, dame de Laigny. Enfant Jean

          1238 Pierre de Voulpaix, seigneur dudit

          1420 Jean de Sains, seigneur dudit ; sa fille Jeanne vendit sa terre à Guillaume de Flavy 1436

          1475 N. D’Anglebermer, seigneur dudit. Enfant Antoine, abbé commendataire de St Nicolas aux Bois 1481

          1555 Antoine de Neuville, seigneur dudit

          1560 Louis d’Anglebermer, écuyer, seigneur de Laigny, Passy et Bazzy sur Marne

          1590-95 Louis de Maubeuge, seigneur dudit

          vers 1650 Nicolas d’Anglebermer, écuyer, seigneur de Laigny, femme Claude de Vaudetar ; enfants Célinie et Trébonie, reçues à St Cyr

          en dernier lieu, le duc de Coigny.

Les registres de l’état civil donnent en outre les renseignements suivants sur les seigneurs de Laigny et leur famille.

(Ces renseignements contredisent en certains points ceux donnés par M. MELLEVILLE).

1676 – 20 may – baptême où Messire Jean Frunet curé de Laigny est parrain avec damoiselle Diane Françoise D’Anglebermer pour marraine.

1676 – 5 juillet – baptême. Parrain, Charles Auguste Cleviadus Danglebermer fils de M. Robert Danglebermer de Laigny ; Marraine : Jeanne Angélique Danglebermer.

1677 – 14 avril – Baptême de Anne Louise Danglebermer, fille de M. Robert Danglebermer et de Madame Anne de Clermont d’Amboise. Parrain : Charles Auguste Cleviadus d’Anglebermer. Marraine : Anne Dieudonnée de Fabert, marquise de Vervins, qui ont signé. L’enfant est née en 1675

1677 – 5 juillet – Baptême. Juste Cleviadus fils de M. Robert D’Anglebermer et de Madame Anne de Clermont d’Amboise. L’enfant est née le même jour. Parrain : Charle Auguste Cleviadus d’Anglebermer au nom de M. Juste de Clermont d’Amboise, chevalier du roi. Marraine : Marie Marthe D’Anglebermer.

1681 – Baptême de Jean Orbinot. Parrain : Messire Henry Bonneau seigneur de Tracy. Marraine : damoiselle Marie Marthe D’Anglebermer, Laigny.

1682 – Baptême. Parrain : M. Juste Cleviadus Danglebermer de Laigny. Marraine : Madame Claude de Vaudetar dame de Laigny.

1684 – 26 Novembre – Messire Robert D’Anglebermer comte de Laigny est décédé en son château seigneurial dudit Laigny. Son corps est inhumé dans cette église le 27 dudit mois.

Signé : Anne de Clermont d’Amboise. Charle Auguste Cleviadus d’Anglebermer. Laigny.

1686 – Le 3 mars – Madame Anne de Clermont d’Amboise, veuve de défunt Messire Robert d’Anglebermer, comte de Laigny est décédée en son château seigneurial audit Laigny.

1688 – Baptême : Jeanne Claude fille de Messire Nicolas Destrimont, Notaire Roïal et Greffier en la Justice d’Autreppes et en celle de Laigny et de Marie de Semery ; parrain : Messire Jean Baptiste Frumet, curé de Laigny ; Marraine : Madame Claude de Vaudetar, dame de Laigny.

1688 – Le 27 décembre est décédé au château de Laigny Anthoine….. lorrain de nation lequel était palfrenier de Monsieur de Laigny, le Colonel.

1689 – 19 mars est décédée au château de Laigny Damoiselle Margueritte Lobry femme de chambre de Madame de Laigny la Douerriayre . Elle a été inhumée dans l’église de ce lieu.

Signé : Marie Marthe de Laigny.

1689 – le 26 septembre décès de Madame Claude de Vaudetar dame de Laigny, décédée en son château seigneurial. Son corps est inhumé dans l’église de ce lieu en la présence de ses petits enfants.                              

Signé : Marie Marthe Danglebermer.

1693 – Baptême – Parrain : Philippe Auguste Danglebermer Laigny.

1698 – Décès – Dame Charlotte du Chastelet veuve de défunt Monsieur le Comte d’Autricourt est décédée au château de Laigny chez Monsieur le Marquis dudit Laigny son fils. Son corps a été inhumé dans la chapelle de cette église le 2 juillet.

1703- 25 août – décès de Messire Jacques d’Anglebermer, comte de Laigny, inhumé dans la chapelle de l’église.

1704 -  baptême de Philippe Auguste Danglebermer Laigny Beaureoair  est parrain.

1705 – Baptême où Messire Armand Charles d’Anglebermer chevalier seigneur Marquis de Laigny a été parrain avec Damoiselle Louise de Courbeuille.

1708 – Baptême  ou Messire Philippe Auguste d’Anglebermer Beaurepaire a été parrain avec Françoise Malherbe.

1713 – 19 décembre – Décès de Messire Armand Charles d’Anglebermer seigneur Marquis de Laigny. Son corps a été inhumé dans l’église de ce lieu.

1727 – 14 mars – Décès de Messire Philippe Auguste d’Anglebermer, seigneur de Laigny.

Signé : Marie Marthe d’Anglebermer, chanoinesse d’Espinal.

1727 – 11 novembre – Mariage Messire Jean Louis d’Hennin Liétard d’Alsace, seigneur de St Pôle, diocèse de Troyes et damoiselle Marie Elizabeth d’Anglebermer de Laigny. Signé : Jean Louis d’Alsace Hennin Liétard., Marie Elizabeth d’Anglebermer Laigny, Jacques Antoine d’Alsace Hennin Liétard Bleincour, Marie Marthe d’Anglebermer chanoinesse d’Espinal, Ch. F. d’Hallencourt evesque et comte de Verdun, Louise Madeleine des Fléaux Cardonnaux Hallencourt de Dromesnil, Charles Brulasz comte de Genlis, Dromesnil Duhamel.

1733 – Mariage – Depotiondy Messire Jean, écuyer,  … de Guise, avec Marie Elizabeth Flahaut de Carbonnaux de St Gobert.

1740- Décès 29 décembre – Haute et puissante Dame Madame Marie Marthe d’Anglebermer, chanoinesse d’Espinal, comtesse de Laigny.

1742 – Baptême de Marie

louise Elizabeth , fille de Messire Donatien, comte de Maille, chevalier de l’ordre royal et militaire de St Louis et de Dame Marie Elizabeth d’Anglebermer de Laigny, son épouse. Parrain : Messire Donatien Le Maille marquis de Carman, et la Marraine : Dame Louise Madeleine de Flahault, comtesse de Laigny.

 

3° Pierres, roches et grottes consacrées par une croyance populaire :

        a) Donner leurs noms, leurs dimensions ; en faire la description ; raconter les légendes qui s’y rattachent :

 

Au lieudit les Sept Chemins (partie nord du territoire) se trouvait autrefois une colonne qui indiquait la séparation entre le Marquisat de Vervins, le domaine de Guise et l’Abbaye de Foigny : cette colonne portait du côté Nord les armes de Guise, au midi, les armes de Coigny et au levant les armes abbatiales. Il y avait autour de cette colonne un vaste rond-point dont il serait bien difficile de retrouver les limites.

 

b) A-t-on fait des fouilles dans leur voisinage et qu’ont-elles fait découvrir ? (couteaux, haches, etc…) :

 

 

Néant.

 

4° Voies gauloises et voies romaines :

 

Néant.

 

5° Existe-t-il quelque lieu portant le souvenir d’un champ de bataille ?

 

Néant.

 

6° Trouve-t-on dans la commune d’anciens monuments remarquables ?

 

Néant.

 

7° A-t-on retrouvé un ancien cimetière ? Quel est l’âge des sculptures, etc…

 

Néant.

 

8° La commune possède-t-elle une ou plusieurs églises ? Leur vocable, date du patron ; donner la longueur de chaque église (à l’intérieur), Décrire le monument : sont style, son âge, ses particularités (sculpture, peinture murale, pierres tombales, tableaux, tapisseries, vitraux, mobilier ancien.

 

La commune de Laigny possède une seule église placée sous le patronage de St Martin, dont la fête se célèbre le 11 novembre. Elle a été bâtie il y a environ six cent ans ; de cette ancienne construction qui était en grès, il ne reste que le transept ; le reste a été détruit pendant les guerres avec les Espagnols sous Louis XIII ou Louis XIV. Cette partie a été rebâtie vers la fin du 17° siècle ainsi que l’indique la date 1670 que l’on voit en briques vernissées dans la maçonnerie de l’un des murs de la sacristie. L’église, d’une longueur intérieure de trente deux mètres présente la forme d’une croix. La façade affecte la forme du donjon mais c’est plutôt un clocher carré qu’un ouvrage défensif. A l’intérieur, l’église se compose d’une nef à voûte en berceau surbaissée d’un seul collatéral du côté nord, communiquant avec la nef par quatre arcades ogivales à pieds droits massifs ; d’un transept et d’un chœur voûtés ; l’abside a trois pans. Les fenêtres sont à plein cintre.

Chaire style gothique, en chêne, datant de 1872.

Dans le chœur, du côté gauche, une peinture murale aujourd’hui cachée par plusieurs couches de badigeon représentait le repas noces de Jean de Proisy avec Guillemette d’Anglebermer de Laigny ; les personnages étaient en costumes du temps.

La cloche porte l’inscription suivante :

« 1759 – ay été bénite par M. B. Denis, prêtre curé de Volpaix, Laigny – Félixt Tancret, haut et puissant seigneur, marquis du Muy, lieutenant général des armées du Roi, premier maître d’hôtel de Madame la Dauphine pour parin. Marie Elizabeth Louise De Maillié, fille de défunt haut et puissant seigneur Messire Donatien de Maillié, chevalier de l’ordre militaire de St Louis, et de défunte dame  Madame Marie Elizabeth d’Anglebermer, dame de Laigny, Haution, la Vallée au Bled, Mareiny.

C. Sorton ; P. et N. Guillaume ; et M. Renaud, monté fondu. »

 

9° Y a-t-il dans la commune une ancienne abbaye ?

 

Néant.

 

10° Décrire les chapelles isolées :

 

Néant.

 

11° Hospice ou hôpital :

 

Néant.

 

12° Y a-t-il eu une maladrerie ?

 

Néant.

 

13° Dans le cimetière actuel signaler les calvaire, croix ; etc.… :

 

Néant.

 

14° Existe-t-il une fontaine visitée par les malades ?

 

Néant.

 

15° S’il existe un arbre célèbre, faire connaître son origine et sa légende :

 

Il n’existe que deux arbres de liberté, plantés en 1848 ; l’un sur la place de l’église et l’autre à Beaurepaire.

 

16° S’il existe un ancien château, dire s’il est fortifié, en donner les dimensions, la description, l’histoire. Rapporter les traditions populaires qui s’y rapportent :

 

Laigny possédait avant la Révolution un château renommé. Si l’on en juge par les bâtiments qui restent et dans lesquels est installée l’école des garçons, sa construction remonte au XVII° siècle. Une date en briques vernissées que l’on voit dans la façade indiquerait en effet cette époque.

Ce château qui ressemblait dit on à celui que l’on voit actuellement à Leschelles (canton du Nouvion) et qui avait été bâti sous la direction du même architecte, était entouré de vastes jardins qui passaient pour les plus beaux de la contrée.

On y voyait des cascades, des fontaines, des jets d’eau et autres choses rares, dont les vestiges ont subsisté jusque vers 1820. Dans le pays on désigne encore sous le nom de beau jardin ces anciens emplacements. Près de là est un petit moulin qui servait autrefois de volière.

Pour alimenter les cascades et les jets d’eau les seigneurs avaient fait construire un canal existant encore, qui empruntait l’eau du ruisseau de Laigny et qui était bordé d’une large digue plantée de noyers.

Les Danglebermer de la seigneurie de Laigny étaient généralement aimés ; les registres de l’état civil portent de nombreuses traces indiquant que ces seigneurs ont été plusieurs fois parrains et marraines dans des familles pauvres.

Une personne, surnommée Maman d’Ecole, morte il y a quelques années se rappelait avoir dansé, dans sa jeunesse, avec le châtelain, dans la cour du château, le jour de la fête communale.

Le château était situé à quelques pas de l’école des garçons, au sud, dans une propriété appartenant aujourd’hui à M. DARRAS J. Bte de Laigny. Il était à ce que l’on rapporte entouré d’étangs.

Au levant de la maison d’école on voyait une suite de bâtiments semblables à la construction restante, entre ces deux corps de bâtiments et au dessus du chemin qui menait au château s’élevait une espèce de vaste salle où l’on rendait la justice pour Laigny, Haution et la Vallée aux Bleds.

Du château de Laigny relevaient les fiefs de Beaurepaire et de Beauregard dont il a été dit un mot à propos de ces lieudits.

 

17° Faire l’inventaire des documents historiques de toute nature qui se trouvent dans les archives communales, etc….. :

 

Les registres de l’état civil de la commune de Laigny remontent à l’année 1669. On n’y trouve rien de particulier sauf ce qui a été rapporté relativement aux seigneurs (n° 2 de la présente notice).

 

18° Les écoles : leur ordre d’enseignement ; sont-elles ecclésiastiques ou laïques ? Date de leur fondation, nombre d’élèves, description des bâtiments. Historique de l’instruction dans la commune.

 

La commune de Laigny possède depuis 1854 deux écoles primaires publiques laïques, une de garçons et une de filles.

En 1883, 47 garçons ont fréquenté l’école et 61 filles ont répondu à l’appel journalier. La fréquentation moyenne a été de 7 mois ½ pour les garçons et de 8 mois ½ pour les filles.

Les écoles sont établies dans les locaux appartenant à la commune et suffisamment convenables. L’école des garçons a été achetée en 1845 ; elle renferme la salle de classe, la Mairie et le logement de l’instituteur. Cette  maison faisait partie des dépendances du château. Elle porte sur la façade, en briques bleues, un commencement de date 16.. indiquant qu’elle a été bâtie au 17° siècle. La maison d’école des filles comprend la salle de classe et le logement de l’institutrice ; elle est la propriété de la commune depuis 1854. Un jardin est annexé à chaque maison.

L’existence d’une école dans la commune de Laigny remonte à une époque immémoriale. La trace d’un maître d’école apparaît pour la première fois dans les registres civils en 1750. Le maître qui occupait alors le poste se nommait Jacques BOUGON ; il fut remplacé vers 1777 par Jean Louis MENU, et ce dernier en 1781 par J. Bte CHOFFIN qui a exercé jusque vers 1796 et qui devint ensuite officier civil.

On trouve depuis :

           CATRIN, en l’an V

           Jean Baptiste SINET, an XII à 1810

           Joseph DUFOUR, 1810-1831

           Emmanuel DUFOUR, fils du précédent, 1831-1845

           LATIERCE, 1845-1853

           CORNILLE, 1853-1855

           VENET, 1855-1856

           COLOMBET, 1856-1859

           SOLLIEZ, 1859-1865

           COQUIZART, 1865-1871

           LALBALETRIER, 1871-1877

       Et BENARD

D’après la tradition, le maître d’école exerçait avant tout les fonctions de clerc-laïque ; il était choisi par une sorte de comité local dirigé par le curé. Lorsqu’il s’agissait de pourvoir à une vacance, si plusieurs candidats étaient en présence, le choix portait de préférence sur celui qui avait la plus belle voix. L’épreuve du chant à laquelle on joignait une épreuve d’écriture, étaient les seules que subissaient les postulants.

La municipalité ne faisait rien pour le maître ; celui-ci était même obligé pour exercer sa profession de fournir le local nécessaire ; son traitement se composait des redevances des élèves, redevances consistant partie en blé, partie en argent ; cet usage s’est perpétué dans la commune et même dans la contrée jusque vers 1830. A partir de cette époque on assure au maître un traitement annuel de 460 francs pour les élèves gratuits et une indemnité de logement de 40 francs ; le taux de la rétribution mensuelle pour les élèves payants était fixé à 50 c pour la 1° classe, à 40 c pour la 2°, et 30 c pour la 3° ; les élèves de cette dernière catégorie étaient les plus nombreux ; on entend dire encore aujourd’hui par nombre de personnes : « je ne sais pas grand-chose, je n’ai jamais été qu’à l’école à six sous. »

L’école n’était fréquentée que pendant les mois d’hiver ; lorsque les beaux jours arrivaient les élèves désertaient les bancs de la classe pour aller travailler aux champs ; il n’était pas rare alors de voir le Maître d’Ecole faire comme on dit la moisson.

L’enseignement comprenait la lecture, l’écriture, un peu de calcul et d’orthographe. Un catéchisme, un livre d’évangiles, un psautier, une instruction de la jeunesse, quelquefois une grammaire, composaient tout le bagage de l’écolier de ce temps. Malgré la loi de 1833 et l’arrivée en 1831 d’un maître qui avait été breveté à Amiens, l’école de cette commune n’a guère été transformée qu’en 1845.

 

 

                                        Laigny, le 27 janvier 1884

 

                                               L’instituteur

 

 

 

 

 

 

 

 

Département de L’Aisne

Arrondissement et canton de Vervins

 

           COMMUNE DE LAIGNY

 

             NOTICE GEOGRAPHIQUE

 

 

           3° GEOGRAPHIE ECONOMIQUE

 

1° Etat des terres : assolement, jachères, engrais, principaux instruments aratoires ; les céréales :

La grande culture est presque inconnue à Laigny ; à peu d’exceptions près tous les cultivateurs travaillent eux-mêmes leurs terres.

Il y a une tendance prononcée aujourd’hui à convertir en herbages les terrains propres à ce genre de culture.

L’assolement en usage dans la commune est l’assolement triennal :

          1° année : féveroles, vesces, trèfles, cultures sarclées et jachères.

          2° année : blé.

          3° année : avoine, orge, seigle, hivernaches (mélange de vesces d’hiver et de seigle).        

Le seul engrais employé est le fumier, à raison de 225 quintaux métriques à l’hectare. Les engrais chimiques ou du commerce ne sont nullement utilisés.

On pratique le marnage sur presque toutes les terres qui généralement sont argileuses et compactes. La marne (craie) est extraite du sol par des puits qui s’élargissent à une certaine profondeur en chambres, en galeries. La marne ainsi extractée est déposée sur la terre en petits tas ; elle se délite sous l’influence des agents atmosphériques surtout de la pluie, et on l’épand ensuite sur le sol. Elle est employée à raison de 1260 quintaux métriques par hectare. Son effet se fait sentir pendant une douzaine d’années.

Les instruments aratoires perfectionnés tendent à s’introduire dans toutes les fermes. Comme charrue, on ne fait plus guère usage maintenant que du brabant double en fer. Les herses et les rouleaux généralement en bois, les extirpateurs, les hache-paille, les coupe-racines, les batteuses mécaniques se voient dans la plupart des exploitations.

Les habitants de Laigny cultivent en fait de céréales : le blé ; un peu de méteil ; le seigle, pour sa paille qui sert à faire des liens ; l’avoine, les féveroles pour les chevaux ; l’orge pour les volailles ; les hivernaches pour les chevaux et les moutons.

On cultive de plus les racines alimentaires et fourragères telles que : pommes de terre, betteraves, carottes et navets.

 

2° Prairies naturelles ou artificielles, vaines pâtures ; usages existants au sujet des pâturages :

 

Les prairies naturelles et artificielles prennent chaque jour de l’extension et finiront par annuler la jachère. Ces cultures occupent aujourd’hui plus de 350 hectares. Les prairies naturelles donnent un foin estimé plus favorable à l’engraissement du bétail qu’à la production du lait.

L’exercice de la vaine pâture était réglé à Laigny par un arrêté du 15 décembre 1827. Depuis cette époque, les situations sont bien changées ; il n’existe plus de troupeau commun et le nombre des bêtes à laine diminue d’année en année ; d’un autre côté, une bonne partie des terrains livrés autrefois au parcours commun sont maintenant enclos. Il ne reste plus que 4 hectares de pré sur lesquels on fait pâturer les bêtes à cornes depuis l’enlèvement des foins jusqu’au mois de décembre, et cela sans conditions. Les troupeaux de  moutons sont conduits librement sur les terres dépouillées de leurs récoltes.

 

3° Les étangs :

 

Néant.

 

4° Les arbres fruitiers et la vigne :

 

Le principal arbre fruitier est le pommier à cidre qui fournit la meilleure partie de la boisson de la population. On compte environ 70 hectares de terrains plantés, à raison de cinquante arbres à l’hectare ; ceci n’empêche point la production de l’herbe. L’hiver 1879-1880 a malheureusement décimé nos arbres fruitiers ; bon nombre sont maintenant remplacés mais il faudra bien des années pour réparer les pertes éprouvées.

Les cerisiers, pruniers et noyers se trouvent en trop faible quantité pour mériter un mention spéciale.

 

5° Le houblon, la betterave :

 

Néant (houblon).

La betterave n’est guère cultivée que comme racine fourragère ; c’est à peine si l’on compte cinq hectares de betteraves à sucre ; cela tient en partie, non à l’éloignement d’une fabrique puisque l’on en trouve une à Vervins, mais à ce que la profondeur du sol arable est insuffisante ; de plus, les terres étant généralement froides la culture de la betterave nuirait souvent aux semailles de blé qui doivent être terminées vers le 25 octobre ou le 1 novembre au plus tard.

 

6° Cultures de toutes espèces :

 

La culture maraîchère n’est pratiquée à Laigny que pour les besoins de la population. Chaque maison a son potager qui fournit les légumes nécessaires à la consommation.

On voit aussi quelques oseraies dont le produit est utilisé par les ouvriers du pays.

 

7° Les défrichements :

 

Les bois de Laigny dont il a été parlé précédemment ont été défrichés de 1860 à 1865.

Ce défrichement a eu de bons résultats en ce qui regarde le bien être du pays. Au point de vue de l’hygiène et de la salubrité cette opération a été indifférente et n’a point été remarquée. On a constaté seulement une certaine diminution dans le débit de quelques sources.

 

8° Biens communaux :

 

Néant.

 

9° Les animaux domestiques : chevaux, mulets, ânes, bêtes à cornes ou à laine, chèvres, porcs ; les abeilles. Les animaux nuisibles et les insectes utiles :

 

Les principaux animaux domestiques sont :

1° Le cheval, élevé sur le lieu même ; il appartient en général aux races boulonnaise et percheronne. Le nombre des chevaux constaté par le dernier recensement est de 180 ; sur ce nombre on en compte seulement 16 admis par la commission militaire chargée du classement de ces animaux ; il faut ajouter à ce dernier chiffre 23 juments poulinières.

2° La vache, de race flamande, pour le lait ; depuis quelques années on introduit dans le pays des vaches bretonnes plus propres à l’engraissement que les premières (nombre total : 234)

3° Le mouton métis mérinos ; cette espèce compte à peine 700 individus dans le pays et ce nombre tend toujours à diminuer surtout depuis que le prix de la laine a baissé dans de notables proportions.

4° Le porc, qui est une source de produits pour beaucoup de ménages ; on se livre à l’élevage de cet animal dans un certain nombre de fermes pour ne pas dire dans toutes, afin de pouvoir alimenter les marchés voisins, surtout celui d’Etréaupont.

5° Le lapin que l’on nourrit avec les débris du jardin et de la cuisine et qui entre pour une bonne partie dans l’alimentation des habitants.

Quant à l’élevage des abeilles, c’est principalement chez les petits particuliers qu’on s’en occupe le plus. On compte environ 45 ruches réparties entre une quinzaine de familles.

Le territoire de Laigny a été ravagé en 1880 et en 1888 par les mulots ou souris ; les pertes se sont élevées à environ 40.000 francs.

 

10° La chasse et la pêche. Leurs produits, les conditions auxquelles elles sont soumises :

 

De  pêche point. La chasse est le passe temps de quelques privilégiés qui rentrent souvent le carnier vide.

 

11° Sociétés agricoles, agences, comices, foires, marchés francs, abattoirs :

 

Néant.

 

12° Carrières, mines et minières :

 

On exploite quelques carrières d’où l’on extrait les cailloux silex qui servent à ferrer les chemins. Ces carrières suffisent aux besoins du pays ; il existe en outre deux sablières qui sont exploitées pour la fabrication des briques et des mortiers employés dans les constructions.

 

13° Usines et manufactures ; conditions des ouvriers :

 

La seule usine en activité à Laigny est un moulin à eau (celui du château anciennement) ; il en existe deux autres tombant en ruines.

La vannerie commune est la principale, pour ne pas dire l’unique branche d’insdustrie du pays ; on compte 25 à 30 familles qui vivent de genre de travail. On tisse à la main les articles de Reims, mais cette partie tend de jour en jour à disparaître tuée par les machines.

On voit aussi quelques ateliers où l’on fabrique les sabots.

La situation des ouvriers de l’industrie est médiocre ; le tissage à la main n’est plus suffisamment rémunérateur et force ceux qui s’y livrent à émigrer vers les villes ; la vannerie serait plus avantageuse, mais le prix de la matière première est généralement trop élevé relativement au prix de vente des objets fabriqués, ce qui nuit sensiblement au gain de l’ouvrier.

 

 

 

                                                    Laigny, le 27 janvier 1884

 

         L’instituteur

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Commune de LAIGNY

 

 

Traitement et obligations des instituteurs avant 1833 :

 

Cejourd’hui 12 mai 1830, le conseil ayant à délibérer en conformité de l’ordonnance royale du 14 février dernier sur les mesures à prendre pour que la commune soit pourvu des moyens suffisant d’instruction primaire et pour que le sort de son instituteur soit amélioré, s’est adjoint les dix plus haut contribuables.

Les membres présents sont : …

L’assemblée ainsi constituée

Vu la délibération du conseil municipal de cette commune en  date du 22 décembre 1811, dûment agrée par M. le Sous Préfet et approuvée par M. le Préfet le 30 décembre même mois, portant fixation du traitement de l’instituteur et de sa rétribution mensuelle pour les enfants qui ne sont point admis aux leçons gratuites

Considérant que les ressources de la commune sont insuffisantes pour faire face au traitement annuel de son instituteur et autres dépenses

Qu’en effet la commune n’a d’autre moyen que celui de l’imposition pour subvenir à celles cy après désignées

          1° L’école étant pourvue de mobilier, il ne sera rien statué à cet égard.

          2° Le traitement de l’instituteur est fixé à la somme de 460 francs par année eu égard aux émoluments éventuels qu’il pourra obtenir des élèves payants,                                            cy 460

          3° l’indemnité de logement à l’instituteur restera fixée à 40 francs annuellement, attendu que la commune est dépourvue de local et que ses moyens pécuniaires la mettent dans l’impossibilité d’en acquérir ou d’en faire bâtir un,                                                                      cy  40

          4° Les enfants pauvres seront admis à l’école gratuitement, sans égard au nombre ; leur indigence sera constatée à l’aide du rôle de la contribution foncière et des connaissances locales du Maire et du Conseil municipal. C’est à cette condition que le traitement de l’instituteur a été fixé à la somme de 460 francs.

          5° Le taux de la rétribution mensuelle pour les enfants qui ne seront point admis aux leçons gratuites est arrêté, savoir : pour les enfants de la 1° classe à 50 centimes, pour ceux de la 2° à 40 centimes et pour ceux de la 3° à 30 centimes.

Le conseil en conséquence a déclaré consentir et voter formellement par addition aux contributions directes ordinaires des années 1831, 1832, 1833, 1834 et 1835 :

Savoir pur chaque année :

1° p. traitement de l’instituteur         460 F.

2° p. son indemnité de logement        40 F.

   

                                    Total :                        500 F.

 

Fait et délibéré etc. ….

 

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                               Séance du 16 janvier 1831

 

Le Conseil municipal ayant à délibérer 1° sur l’admission du sieur Emmanuel Joseph DUFOUR en qualité d’instituteur de cette commune, en remplacement de feu Louis Joseph DUFOUR, son père ; 2° sur la fixation de son traitement en cette qualité.

Les membres présents sont …

L’assemblée

Vu l’autorisation délivrée au sieur Emmanuel Joseph DUFOUR d’exercer la profession d’instituteur dans la commune de Laigny par M. le Recteur de l’Académie d’Amiens en date du 28 août dernier,

Vu la délibération du 12 mai dernier prise en vertu de l’ordonnance royale du 14 février même année portant nouvelle fixation du traitement de l’instituteur de la commune à la somme de 500 francs, savoir :

1° 460 francs par année en égard aux émoluments éventuels qu’il pourra obtenir des élèves payants,

2° 40 francs d’indemnité de logement fourni par lui.

Le Conseil en conséquence agrée ledit sieur Emmanuel Joseph DUFOUR en qualité d’instituteur de cette commune ce qu’il accepte et s’engage à en remplir les fonctions ponctuellement, et fixe de nouveau son traitement y compris l’indemnité de logement à la somme de 500 francs.

Laquelle somme sera perçue d’après un rôle de prestations dûment approuvé par le Conseil et par M. le Préfet de ce département.

Fait, etc….

 

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