LES DÉDICACES D’ÉGLISE

 

par Christine AMART d’après Jackie LUSSE, Naissance d’une cité : Laon et le Laonnois du Vème au Xème siècle

 

                  L’étude des saints titulaires des églises autour desquelles les paroisses se sont constituées est un des moyens les plus sûrs de dater ces églises car, pour chaque patronage, on constate une ou plusieurs périodes de grande dévotion : « il est à présent possible d’aborder une véritable « hagiostratigraphie » pour les cultes chrétiens et d’en proposer parfois une chronologie absolue » (10).

 

                  Aux dédicaces d’origine scriptuaire succédèrent le culte des martyrs d’Orient et d’Occident puis celui des saints évêques et ermites de l’époque mérovingienne. La date de la mort ou de la canonisation du saint ou celle de l’invention ou de la translation de ses reliques nous permet de connaître la limite chronologique la plus ancienne pour la diffusion d’un culte. Cependant, il faut rester prudent car la mode d’un patronage peut se prolonger longtemps, comme c’est le cas pour le culte de la Vierge. Certains cultes anciens ont aussi connu postérieurement un regain de faveur : celui de saint Jean-Baptiste, patron des baptistères à l’époque mérovingienne, connut un nouvel essor aux XIIe et XIIIe siècles avec l’ordre des Hospitaliers.

 

                  Les vocables d’églises sont donc une source précieuse pour la christianisation mais comme ils permettent plus d’approcher la date de la dédicace de l’église et du  patronage que celle de la création de la paroisse, qui lui est généralement postérieure, leur utilisation pour l’étude du peuplement n’est pas toujours suffisante. Ils doivent donc être confrontés aux données toponymiques, archéologiques ou scriptuaires, quand c’est possible, afin de rechercher une convergence d’indices chronologiques qui seule pourra fournir une datation assez précise (11).

 

A. Les premières paroisses : les dédicaces d’origine scriptuaire

                 

1. Les mystères de la Foi

                  La Trinité, la sainte Croix et le Sauveur figurent parmi les plus anciens titres d’église, mais ils furent longtemps utilisés par les moines et les ordres militaires. Quatre églises du diocèse de Laon sont placées sous ces trois invocations mais l’ancienneté ne peut être assurée que pour une seule d’entre elles. La paroisse de Neufchâtel-sur-Aisne (12) est aujourd’hui, comme au XVIIIe siècle, dédiée à Saint Paul. Cependant, aux XIVe et XVe siècles, seule une chapelle était titrée de saint Paul et il y avait dans la localité deux églises placées sous l’invocation de la sainte Croix et de saint Nicolas (13). Si la seconde parait récente, comme toutes les églises dédiées à l’évêque de Myre, il n’est pas impossible que la première église de Neufchâtel, localité située le long de la voie romaine Reims-Bavai, ait été placée sous le vocable de la Croix. Neufchâtel-sur-Aisne, plus tard siège de doyenné, peut être considérée avec quelque vraisemblance comme une des paroisses les plus anciennes du diocèse de Laon.

                  L’église de Trucy (14), toponyme gallo-romain, dédiée à la Trinité est peut être contemporaine, mais aucune source ne permet de le confirmer.

 

2. Notre-Dame (carte n°23)

                  Il n’est pas facile de déterminer les plus anciennes paroisses parmi la soixantaine d’églises dédiées à la Vierge (15).

                  Au début du Ve siècle, saint Nicaise fit édifier à Reims, où la première église épiscopale était à l’origine dédiée à  saint Pierre, une cathédrale qu’il plaça sous le vocable de la Vierge (16). La patronne de l’ecclesia matrix ayant souvent été choisie dès les premiers temps pour honorer de nombreuses églises du diocèse, on comprend que l’église de Laon ait été dédiée à la Vierge. Castrum gallo-romain important du diocèse de Reims, Laon devint très tôt, au IVe ou au Ve, le siège d’une paroisse érigée plus tard en diocèse (17). Pour la même raison, sous l’influence des évêques, d’autres églises anciennes du diocèse furent dédiées à la Vierge. Mais le culte marial, propagé par les ordres monastiques, se développa surtout à l’époque capétienne, pour connaître son apogée au XIIIe siècle. Nous ne pouvons donc assurer une grande antiquité qu’aux églises mentionnées dans des documents mérovingiens ou carolingiens ou desservant des localités importantes, vici ou castra, érigées en paroisses très tôt.

                  Aubenton (18) était déjà au XIIIe siècle une localité importante puisqu’il fut nécessaire d’y établir une seconde paroisse dédiée à saint Nicolas alors que l’église primitive était placée sous l’invocation de la Vierge (19). Dans ce chef-lieu de doyenné, placé le long d’une voie ancienne, furent trouvées des monnaies du Ier siècle. Il s’agit probablement d’un vicus érigé très tôt en paroisse.

                  Il y avait, en 1362, deux églises à Bruyères (20) dont l’une était dédiée à Notre-Dame. Malgré la proximité de Laon, cette localité, placée le long d’une voie antique et siège de doyenné, est probablement une paroisse précoce. C’est certainement aussi le cas de Marle (21), localité riche en vestiges gallo-romains, située au passage de la Serre par deux voies anciennes, qui compta très tôt plusieurs églises, preuve de l’extension de la ville dès le XIIe siècle.

                  Rozoy-sur-Serre (22), où furent mises au jour des sépultures mérovingiennes, la seule localité du diocèse de Laon qualifiée de vicus dans un texte antérieur à l’an mil (23), était située sur la voie antique reliant Reims et Nizy-le-Comte à Aubenton. Chef-lieu d’un fisc au IXe siècle (24), Rozoy-sur-Serre peut être considéré comme une ancienne paroisse. Il ne fait aucun doute qu’il y a eu très tôt une paroisse à Vervins (25), vicus gallo-romain, riche en vestiges archéologiques, le long de la voie Reims-Bavai (26). Quant aux autres paroisses, leur datation est plus difficile. Les noms de certaines localités, situées sur des voies anciennes, sont des toponymes préromains ou romains, mais rien ne prouve qu’une église y ait été établie très tôt.

                  L’église de Pierrepont (27), où une voie romaine franchissait les marais de la Souche, est aujourd’hui dédiée à saint Boétien, mais une charte de l’évêque de Laon Adalbéron atteste qu’à la fin du Xe siècle elle était placée sous le vocable de la Vierge (28).

                  Leur situation le long des voies romaines permet de supposer encore une origine lointaine aux églises de Dizy-le-Gros, Eppes, Hirson, Landouzy-la-Ville, Leuilly et Veslud, villages souvent riches en vestiges archéologiques gallo-romains et mérovingiens et aux toponymes anciens(29). Cela porterait à treize le nombre des églises mariales édifiées avec certitude aux époques mérovingienne et carolingienne. On peut remarquer que cinq d’entre elles sont concentrées dans le Laonnois alors qu’elles sont absentes de la vallée de l’Oise, très tôt christianisée. Les nombreuses autres églises dédiées à la vierge sont plus difficiles à dater, bien que, pour la moitié d’entre elles, on peut, grâce  à quelques chartes et au pouillé du XVe siècle, qui ne les mentionne pas, supposer une origine récente (30).

 

3. Saint Jean-Baptiste

                  Aux temps mérovingiens, le baptême ne pouvait être conféré que par le curé d’une paroisse. Aussi, dans le voisinage de l’église paroissiale se dressait un baptistère dédié à saint Jean-Baptiste. Lorsque le baptême des enfants s’est généralisé, probablement au VIIIe siècle, les cuves baptismales ont remplacé la piscine et le baptistère a perdu sa fonction première. Son souvenir s’est parfois perpétué, ce baptistère devenant église secondaire ou saint Jean-Baptiste restant patron d’un autel dans l’église paroissiale(31).

                  Toute église dédiée à saint Jean-Baptiste ne peut cependant être avec certitude qualifiée d’ancienne. Ce culte a, en effet, connu un nouvel essor au XIIe siècle avec l’ordre militaire des Hospitaliers de Saint-Jean de Jérusalem. L’abbaye Saint-Jean de Laon n’est pas non plus étrangère à quelques dédicaces (31).

                  Aucune source ne nous permettant d’assurer avec certitude l’antiquité d’une église dédiée  à saint Jean-Baptiste dans le diocèse de Laon, nous ne pouvons donc formuler que quelques hypothèses difficiles à vérifier.

                  La paroisse de Bucy-les-Pierrepont est dédiée à saint Pierre mais une église saint Jean y est mentionnée en 1178 (33). Le village de Royaucourt a son église placée sous le vocale de saint Jean-Baptiste mais était appelé Royaucourt-Saint-Julien au XVe siècle (34). Dans ces deux localités, le culte de saint Jean-Baptiste était peut-être associé à un autre, et il pourrait alors s’agir de deux églises mérovingiennes. Mais le toponyme carolingien de Royaucourt, malgré la présence d’une villa gallo-romaine, permet aussi d’envisager une substitution de vocable.

 

4. Les Saints Pierre et Paul (carte N° 24)

                  Le culte de saint Pierre, associé à saint Paul, est l’un des plus anciens mais son extension s’est poursuivie jusqu’à nos jours, rendant la datation des paroisses difficiles.   

                  Le diocèse de  Laon confirme que l’influence des moines irlandais a permis un grand essor du culte de saint Pierre à l’époque franque (35). Les oratoires construits par saint Algis, saint Gobain et saint Wasnon ont été dédiés à saint Pierre (36) mais si l’église est ancienne, la paroisse la plus récente comme en témoignent les toponymes (37). L’influence des Irlandais est probable également à Bucilly où une abbaye fut créée par Hersinde, fondatrice de Saint-Michel dont le premier abbé fut l’Irlandais Melcalan (38). Mais ce monastère, bien que l’archéologie ait montré une occupation du sol dès l’époque gallo-romaine et mérovingienne, ne fut fondé qu’au Xe siècle. Les paroisses, cependant, ne virent le jour en ces lieux que lorsque  l’ermitage ou l’abbaye avait attiré à l’entour une population suffisante pour constituer une communauté religieuse organisée.

                  Les souverains semblent aussi avoir favorisé le culte du fondateur de l’église de Rome car il est le patron de plusieurs églises construites sur des biens fiscaux. L’abbaye de Barisis-aux-Bois, édifiée par saint Amand sur un bien qui lui avait été donné par Childéric II en 664, a pour origine le petit monastère de Faverolas, dédié aux saints Pierre et Paul qui sont aujourd’hui encore les patrons de la paroisse (39).

                  La paroisse de Concevreux (40), domaine donné par Berthe, fille de Charlemagne, à l’abbaye de Saint-Denis, est aujourd’hui dédiée à saint Pierre. Mais lorsqu’en 876 les moines de Saint-Denis, devant l’attaque des Normands, s’enfuirent avec les reliques de leur saint patron, celles-ci furent déposées dans une église placée sous le vocable de saint Martin, protecteur des dynasties mérovingienne et carolingienne (41) : y avait-il deux églises à Concevreux au IXe siècle ou faut-il supposer une substitution de patronage ? La même question se pose pour Corbény, dont l’église dédiée au XVIIIe siècle à saint Quentin l’est aujourd’hui à saint Marcoul , car il y avait en 906 dans le fisc une basilica construite en l’honneur de saint Pierre et devenue, bien après le transfert des reliques de saint Marcoul, le prieuré Saint-Marcoul, dépendance de l’abbaye Saint-Remi de Reims (42). Il y avait donc probablement deux églises à Corbény (Saint-Pierre et Saint-Quentin) mais les souverains avaient choisi le Prince des Apôtres comme patron de leur église fiscale.

            Pépin le Bref, maire du palais, donna Gernicourt à l’évêque de Reims Rigobert qui fut enterré dans l’église du village, dédiée à saint Pierre (43). Il est probable que cette église avait été construite par l’évêque rémois comme en témoigne l’auteur de la Translation sancti Rigoberti (44). Au moment de la donation, Gernicourt, toponyme gallo-franc, n’était même plus qu’un simple mansionilis.

            Louis le Germanique fit en 880 un séjour à Ribemont, probablement dans un domaine fiscal. Les vestiges archéologiques mérovingiens trouvés dans ce chef-lieu de doyenné laissent supposer une origine ancienne mais le toponyme formé sur un anthroponyme germanique (Ribodimontem) ne permet pas de préciser davantage (45). 

            Nos sources nous autorisent  à admettre encore des fondations anciennes pour quelques autres églises du diocèse. La paroisse de Crépy où furent mis au jour des vestiges archéologiques mérovingiens, est dédiée à saint-Pierre mais il y avait dès le XIVe siècle une seconde église placée sous le vocable de la Vierge (46). Le territoire de cette paroisse était à l’origine très grand puisque la paroisse de Saint-Nicolas-aux-Bois en fut détachée en 1103 (47). En 667, saint Amand donna à André abbé de Barisis-aux-Bois, une vigne sise « in fine Crispiacense » (48). Cette expression se retrouve souvent dans les textes mérovingiens pour désigner une subdivision du  pagus regroupant plusieurs localités. Crépy, site défensif gallo-romain, était probablement un vicus au plus tôt au VIIe siècle.

            La lettre adressée par Hincmar de Reims à Hincmar de Laon le 27 avril 870 traite de la paroisse de Folembray, située dans le diocèse de Laon mais appartenant à l’église de Reims (49). Hincmar de Laon avait accepté le prêtre désigné par le métropolitain rémois mais, en février 870, il voulut soumettre l’église de Folembray à celle de Coucy-la-Ville (50) et interdit l’exercice du culte dans la villa de Folembray. L’archevêque de Reims, dans un long historique, lui prouve que l’église de Folembray était depuis longtemps le siège d’une paroisse. Dans sa lettre, Hincmar n’utilise le terme parrochia, conformément aux usages anciens, que pour désigner le diocèse de Laon. Cependant, il ne fait aucun doute que Folembray était une paroisse au IXe siècle : Ottericus, prêtre ordonné par l’évêque Wenilo, célébrait la messe à Nouvion, à Landricourt et à Brie ( ?) mais le titulus était à Folembray (51). De plus, Hincmar de Reims rappelle qu’à la suite de la décision de son neveu, en 870, les habitants du village ne pouvaient plus assister à la messe, baptiser les enfants, être confessés et recevoir le viatique : la totalité du culte était donc assurée à Folembray et l’église était certainement paroissiale, au plus tard depuis la fin du VIII ou le début du IXe siècle (52).

            Nous pouvons encore supposer l’existence d’une paroisse ancienne à Guise, carrefour de voies anciennes qui traversent l’Oise en ce lieu bien que cette localité, chef-lieu de doyenné, ne soit pas attestée dans nos sources avant le XIIe siècle (53). Au passage de l’Oise par une voie romaine, le village natal de saint Chunibert, Mézières-sur-Oise, qualifié de castellum en 870, est vraisemblablement ancien, comme nous l’avons signalé dans notre étude toponymique et archéologique (54). C’est peut être aussi le cas de Mons-en-Laonnois, chef lieu de doyenné, mentionné pour la première fois au Xe siècle, où furent trouvées des sépultures mérovingiennes (55).

            Trois autres églises (Chivy-les-Etouvelles, Le Hérie-la-Viéville et Ployart) titrées de saint Pierre-es-Liens comptent peut-être parmi les plus anciennes (56). Il en est vraisemblablement de même pour quelques autres dont les autels sont mentionnés au XIe siècle et qui sont édifiées non loin d’une voie antique : Champs, Jumigny, Pargny-les-Bois et Guignicourt, ce dernier toponyme en curtis ne permettant pas d’en faire une des plus précoces paroisses (57).

            Près de cinquante églises sont dédiées à saint Pierre mais les documents sont insuffisants pour les dater avec certitude. Pour une vingtaine, on peut supposer une création du début du Moyen Age, mais il semble que, si une origine ancienne est souvent probable pour l’église, la paroisse paraît beaucoup plus récente, de l’époque carolingienne ou même de l’époque féodale.

            Les églises dédiées au Prince des Apôtres sont particulièrement nombreuses dans le sud du diocèse de Laon. Cela tient vraisemblablement à la christianisation rapide de cette région mais aussi, semble-t-il, à la présence des nombreuses possessions fiscales de la vallée de l’Aisne, dans la région de Laon et dans le massif de Saint-Gobain.

 

5. Saint Jean Evangéliste

            Parmi les églises du diocèse de Laon consacrées aux apôtres autres que saint Pierre, seules celles construites en l’honneur de saint Jean peuvent prétendre à une certaine ancienneté.
            En 845, Charles le Chauve donna en toute propriété à son fidèle Nithadus la villa d’Hannapes que  celui-ci possédait en bénéfice. Le diplôme de donation atteste la présence d’une église en cette localité au milieu du  IXe siècle, mais la dédicace n’est pas précisée (58).

Aujourd’hui la paroisse est dédiée à saint Jean Evangéliste, mais elle est récente puisqu’elle n’est pas mentionnée dans le pouillé du XVe siècle. L’autel de Marfontaine, où des vestiges archéologiques gallo-romains ont été découverts, fut donné en 1052 par l’évêque Liétry à l’abbaye de Saint-Michel-en-Thiérache, mais nous ne savons pas si l’église était déjà, le siège d’une paroisse (59).

            Les cinq dédicaces que nous venons d’évoquer sont considérées comme les plus anciennes et une quarantaine d’églises placées sous ces invocations pourraient être, avec quelque certitude, antérieures à l’an mil. Toutefois il est impossible de préciser combien remontent aux Ve et VIe siècles, ce qui rend difficile l’examen de la mise en place de premières paroisses dans le diocèse de Laon.

 

B. Les saints gallo-romains

 

            Alors même que les cultes des saints d’origine scriptuaire se développaient, les chrétiens de Gaule honorèrent certains de leurs compatriotes qui avaient été martyrisés ou des saints évêques de grande renommée.

 

1. Les ermites locaux

 

a)Saint Béat

            Saint Béat, dont les reliques furent sans doute conduites à Laon au IXe siècle, est le patron de Nizy-le-Comte, vicus routier de l’époque gallo-romaine.

 

b) Saint Montain

            Saint Montaïn, qui prédit la naissance de saint Remi à sainte Célinie, vivait près de la Fère peu avant le milieu de Ve siècle (61). Le culte rendu à  cet ermite à La Fère est ancien dans cette région où, nous l’avons vu, le christianisme s’est implanté très tôt. Par contre, aucun document ne permet de dater la paroisse de Montbérault (62). Toutefois, le fait que la famille de saint Remi était issue de cette contrée du Laonnois laisse supposer une origine ancienne.

 

2.Les martyrs

 

a)Saint Maurice et saint Victor

            Le culte de saint Maurice et de la Légion Thébaine, anéantie en 286 à Agaune, se répandit après l’invention des reliques par saint Théodore, évêque de Sion en 390. Cette dévotion fut favorisée par les rois de Burgondie.
            Nous ne pouvons dater les paroisses d’Aguilcourt et de Brancourt, mais ces toponymes en curtis ne permetttent pas de remonter au-delà du VIIè siècle (63).

            Parmi les membres de la Légion Thébaine, il faut faire une place à part à saint Victor qui fut honoré dès le IVè siècle à Marseille et dont le culte est ancien en Gaule. Une église Saint-Victor est signalée à Reims dans la version longue du testament de saint Remi (64).

            Seules les paroisses de Prouvais et d’Orainville, citées dans deux chartes d’Elinand en 1082 et 1093, peuvent prétendre à une certaine ancienneté, bien qu’il soit impossible de préciser davantage (65).

 

b)Saints Ferjeux et Ferréol

            Ces disciples de saint Irénée, martyrs de l’Eglise de Besançon, furent suppliciés sous le règne d’Aurélien au IIIe siècle. Leur culte est précoce puisque Grégoire de Tours raconte comment sa sœur obtint la guérison de son mari sur le tombeau de saint Ferréol. Ils sont vénérés à Verneuil (66), village au toponyme prélatin.

 

 

c)Sain Quentin (carte n°25)

            Saint Quentin, installé à Amiens et martyrisé selon la tradition à Saint-Quentin au IIIe siècle, était, Grégoire de Tours en témoigne, honoré en Gaule dès le VIe siècle, mais c’est surtout grâce à saint Eloi qui procéda en 645 à une deuxième invention des reliques, que le culte se diffusa.
            Le martyr du Vermandois fut particulièrement honoré dans le diocèse de Laon où dix-huit églises lui sont consacrées, particulièrement dans la vallée de l’Oise, voie de pénétration du christianisme, à la limite du diocèse de Noyon (67) et le long de la voie romaine Reims-Arras qui passait par Saint-Quentin -68). Cette situation permet d’attribuer une origine antique à la plupart de ces paroisses.

 

d)Saint Julien

            Les reliques de ce soldat réfugié à Brioude, où il fut martyrisé en 304, furent découvertes par l’évêque de Vienne Mamert décédé en 473. Saint Julien, dont les mérites ont été vantés par Sidoine Appolinaire, Fortunat et Grégoire de Tours, a été très tôt honoré en Gaule du Nord, particulièrement en Austrasie, une église Saint-Julien, aujourd’hui détruite, s’élevait à Reims à l’époque de Grégoire de Tours et avait été construite au plus tôt dans le dernier quart du Ve siècle (69). La paroisse de Royaucourt et peut-être celle de Neuville-sur-Ailette, village mentionné en 974, sont anciennes (70).

 

e)Saints Crépin et Crépinien

            Selon la légende, saint Crépin et saint Crépinien auraient été martyrisés à Soissons sur ordre de Rictiovare et leurs corps auraient été plus tard transférés à Rome dans l’église Saint-Laurent-in-Panis-perna avant d’être rapportés par saint Eloi à Soissons. Mais leur martyre à Soissons n’est attesté que par une passion fabuleuse et aucune source ancienne ne parle de la translation à Rome. Selon le Dictionnaire d’histoire et de géographie ecclésiastique, il s’agit

de martyrs romains dont les reliques furent transférées à Soissons où ils furent honorés dès le VIIe siècle (71).

            Le village de Bouconville, dont l’église était dédiée aux deux saints soissonnais, est attesté au IXe siècle (72) : la paroisse peut donc être considérée comme ancienne.

 

3.Les évêques

 

a)Saint Denis

            Le culte  de saint Denis, qui fut selon Grégoire de Tours le premier évêque de Paris, ne connut son essor qu’après la construction de la basilique Saint-Denis par saint Geneviève à la fin du Ve siècle. Dagobert enrichit considérablement cette église devenu abbaye. Sous l’action de l’abbé Hilduin au IXe siècle, le culte de l’évêque parisien se propagea rapidement dans les possessions de l’abbaye Saint-Denis mais aussi dans certains fiscs du diocèse de Paris (73).

            Trois localités du diocèse de Laon, Andelain, Iron et Saint-Denis, faubourg de Ribemont, dont l’église est titrée saint Denis, sont limitrophes de fiscs mérovingiens ou carolingiens attestés par les textes (74). Toutefois ce n’est pas un indice d’ancienneté puisque la paroisse d’Andelain n’est pas mentionnée au XVe siècle et que l’église de Saint-Denis ne fut pas une paroisse médiévale. Il pourrait donc s’agir d’églises tardivement érigées en paroisses.

 

b)Saint Martin (carte n°26)

            Le culte de l’évêque de Tours commença dès sa mort en 397 et, à la fin du Ve siècle, il s’était répandu dans toute la Gaule. Comme on le remarque pour d’autres régions, le culte martinien est, avec soixante-dix-sept églises, le plus représenté dans le diocèse de Laon. La dévotion manifestée à l’égard de saint Martin bénéficia des miracles qui s’opéraient sur son tombeau à tours mais aussi de l’appui des souverains mérovingiens et carolingiens (75). C’est pourquoi les églises établies dans les possessions fiscales sont souvent dédiées à l’évêque de Tours. C’est le cas pour les églises de Chaourse, Concevreux, Craonne, Fresnes, Pierremande et Roubais -76).

            Une cinquantaine de paroisses martiniennes peuvent probablement prétendre à la même ancienneté car la plupart sont situées à proximité ou le long d’une voie antique ou dans une vallée. La diffusion du culte de saint Martin pourrait donc avoir suivi, comme la christianisation, les voies de communication. L’archéologie semble confirmer cette datation puisque 40% des paroisses dédiées à saint Martin ont donné des vestiges archéologiques, essentiellement gallo-romains ou mérovingiens.

            Une chronologie des fondations martiniennes est cependant impossible car saint Martin a été choisi comme patron avec la même ferveur pendant tout le haut Moyen Age et au moins jusqu’au XIe siècle. L’abbaye Saint-Martin de Laon est probablement aussi à l’origine de quelques églises dans ses possessions. Cependant le culte de saint Martin était très développé dans la ville de Reims dès l’époque mérovingienne puisque la version longue du Testament de saint Remi cite trois églises martiniennes dont l’une « pourrait fort bien remonter à l’époque de Remi » (77). Saint Remi, qui semble avoir favorisé le culte de l’évêque de Tours (78) pourrait l’avoir introduit dans la ville et le diocèse de Laon avant l’épiscopat de Génebaud.

 

c)Saint Hilaire et saint Brice

            Les églises dédiées à saint Hilaire, évêque de Poitiers et maître de saint Martin, et à saint Brice, successeur de l’évêque de Tours, sont probablement contemporaines de celles placées sous le patronage de Martin.

            Le culte de saint Hilaire est attesté à Reims dès le VIe siècle (79). Il s’était répandu rapidement dans le nord de la Gaule, surtout lorsque Poitiers appartenait au Royaume de Soissons sous Clotaire 1er et Chilpéric 1er. Les rois mérovingiens favorisèrent le culte de l’évêque de Poitiers : Grégoire de Tours rapporte qu’à Poitiers, Clovis, lors de sa campagne contre Alaric, aperçut un rayon lumineux sortant de la basilique consacrée à saint Hilaire et pointé dans sa direction. Mais, comme saint Martin, saint Hilaire fut accaparé par la dynastie carolingienne, après la victoire de Charles Martel sur les Arabes à Poitiers. Il n’est donc pas étonnant que l’évêque de Poitiers ait été choisi comme patron des églises fiscales d’Autreppes et de Berry-au-Bac (80). L’église d’Autreppes est mentionnée dès 879 mais une lacune du document ne permet pas de connaitre sa dédicace (81). Cependant il est probable qu’il s’agissait déjà de saint Hilaire.

            Aucun indice ne permet, malgré les présomptions d’ancienneté, de dater les autres églises titrées de saint Hilaire ou de saint Brice, dont plusieurs remontent vraisemblablement à l’époque mérovingienne ou carolingienne.

            Si on établit l’inventaire des églises consacrées à Martin et aux évêques qui lui sont associés, saint Hilaire et saint Brice, nous arrivons à un total de quatre-vingt-sept églises, dont beaucoup seraient antérieures à l’an mil.

            Ces paroisses sont disséminées sur tout le territoire du diocèse de Laon mais elles sont souvent contigües, formant des groupements géographiques qui trouvent leur origine dans le démembrement de paroisses mères difficiles à identifier en raison de l’absence de textes (82). Cette hypothèse est confirmée en Thiérache par la présence, autour de ces groupements géographiques, de paroisses dédiées à saint Nicolas, dont le culte se développa à partir de la fin du XIe siècle, ou postérieures au pouillé du XVe siècle. Quelques-uns de ces groupes semblent devoir leur origine aux possessions fiscales mais d’autres paroisses sont probablement des fondations épiscopales (83), sans que nous puissions préciser dans l’état actuel de nos connaissances, la part qui revient aux évêques (carte n°27).

Cependant ces nombreuses paroisses, comme la plupart de celles dédiées aux saints gallo-romains, témoignent de la mise en place des cadres ecclésiastiques dans le diocèse de Laon entre le VIe et le Xe siècle.

 

C. Les saints mérovingiens

 

                  A l’époque mérovingienne, mais surtout à l’époque carolingienne, les choix des dédicaces d’églises se modifia sensiblement : Les apôtres et les martyrs, dont les cultes toutefois ne disparurent pas, furent concurrencés par des évêques mérovingiens, ayant souvent vécu dans l’entourage d’un souverain, et des ermites ou des abbés de grande renommée. Ce changement se manifesta vraisemblablement avec le culte de saint Martin qui, nous l’avons souligné précédemment, se développa à partir du VIe siècle mais s’amplifia au VIIe et surtout au VIIIe siècles : les saints se multiplièrent si rapidement que Charlemagne imposa, au concile de Francfort de 794, une approbation officielle à la naissance d’un nouveau culte (84).

                  La dévotion rendue à ces saints mérovingiens naquit généralement très tôt après leur mort, consécutivement aux miracles qu’ils accomplissaient sur le lieu même de leur sépulture, mais toute église placée sous leur vocable ne peut être datée des années suivant leur mort car le culte put se prolonger pendant plusieurs décennies. Cependant, la plupart de ces dévotions furent éphémères et on peut admettre qu’un grand nombre d’églises consacrées à ces saints des VIe-VIIIe siècles sont des créations mérovingiennes ou carolingiennes, la paroisse pouvant être plus tardive  et souvent difficile à dater.

 

 

1.Les évêques

 

a)Saint Remi (carte n°28)

            L’évêque de Reims fut très tôt populaire. Après avoir baptisé Clovis, il fut considéré comme le principal protecteur de la famille mérovingienne qui favorisa la diffusion de son culte dans la seconde moitié du VIe siècle. Néanmoins le rayonnement de l’abbaye Saint-Remi de Reims, qui eut des bien importants dans de nombreuses régions et la translation des reliques du saint évêque en 1049 empêchent que l’on attribue une origine très ancienne à beaucoup d’églises qui lui furent dédiées.
            Saint Remi possédait, par héritage ou par donation, de nombreux biens dans le diocèse de Laon et il n’est pas surprenant que leurs églises lui soient consacrées, cette dédicace ayant vraisemblablement suivi sa mort. Nous n’hésiterons donc pas à assigner une origine au plus tôt mérovingienne à l’église de Cerny-en-Laonnois, où sa famille était possessionnée (85) et à celle de Coucy-la-Ville, qu’il reçut de Clovis (86). Il faut certainement leur adjoindre, si l’identification est exacte, Suzy et Vendresse (87).

            Le cas d’Anizy-le-Château est différent (88). La paroisse est aujourd’hui dédiée à sainte Geneviève mais il y avait deux églises en 1362, l’une titrée de sainte Geneviève et l’autre de saint Remi (89), deux saints contemporains qui entretinrent des relations d’amitié comme le prouvent les différentes donations de la sainte parisienne à l’évêque de Reims (90). Anizy-le-Château avait été donné par Clovis à saint Remi qui en fit don à l’église de Laon (91). L’église Sainte-Geneviève a donc pu être établie par saint Remi mais la présence d’une seconde paroisse soulève un problème qui se retrouve, presque analogue, à Barisis-aux-Bois, possession fiscale au VIIe siècle (92). L’église paroissiale de Barisis est aujourd’hui dédiée, comme le monastère fondé par saint Amand au VIIe  siècle, à saint Pierre, mais il y eut autrefois deux autres églises titrées de saint Remi et de saint Médard (93). Faut-il supposer pour Anizy-le-Château et Barisis-aux-Bois deux églises mérovingiennes dans chaque village ? Les dédicaces ne l’interdisent pas mais aucun document ne permet de l’affirmer. Si une seule église était paroissiale à l’époque mérovingienne, quel était le statut de l’autre ? N’était-elle qu’une simple capelle, érigée plus tard en église paroissiale comme à Anizy-le-Château ou avait-elle une fonction particulière ? Dans ces possessions fiscales n’aurait-on pas titré un baptistère de saint Remi, qui avait baptisé Clovis ? Saint Remi aurait alors été assimilé à saint Jean-Baptiste qui avait baptisé Jésus.

            Le même phénomène se retrouve peut-être à Dorengt et à Mézières-sur-Oise (94), bien que cette dernière localité ne soit pas fiscale, mais aussi à Laon (95). Les paroisses de Dorengt et de Mézières-sur-Oise sont dédiées à saint Pierre, mais une église Saint-Remi est attestée à Dorengt à la fin du XIe siècle et à Mézières-sur-Oise en 1116 (96).

            D’autres églises titrées de saint Remi peuvent prétendre à une certaine antiquité : Bouffignereux et Roucy, biens de l’Eglise de Reims au VIIe siècle (97) ; Arrancy et Condé-sur-Suippe,  biens de Saint-Remi de Reims mentionnés dans le polyptyque (98) ; peut-être Voyenne, si ce village était bien une possession fiscale (99). La toponymie et parfois l’archéologie laissent encore supposer une origine ancienne pour une dizaine d’églises (100).

            Si on reporte sur une carte les quarante localités dont une église est dédiée à saint Remi, il apparaît qu’elle sont toutes situées à l’ouest d’une ligne Le Nouvion-en-Thiérache – Neufchâtel-sur-Aisne, avec une forte concentration au sud de la Serre et plus particulièrement dans le sud-ouest du diocèse, ce qui ne peut s’expliquer seulement par la proximité du diocèse de Reims puisque, au nord de Pignicourt (101) , aucune église construite le long de la limite entre les deux diocèses n’est titrée de saint Remi. Les propriétés personnelles et le rayonnement de saint Remi, les biens de l’abbaye Saint-Remi de Reims et ceux de l’Eglise de Reims semblent par contre avoir joué un rôle déterminant.

            Il faut enfin noter une certaine concordance entre la carte des églises dédiées à saint Remi et celles des vestiges archéologiques et des toponymes mérovingiens, ce qui confirme la mise en valeur et la christianisation de l’ouest et du sud du diocèse de Laon du VIe au VIIIe siècle.

 

b)Saint Médard

            Evêque de Vermand, saint Médard déplaça son siège épiscopal à Noyon. Il fut un des conseillers de la famille mérovingienne et son culte se développa dans la région lorsqu’après sa mort, en 545, ses reliques furent rapportées à Soissons où fut édifiée une puissante abbaye. Protecteur de la maison royale soissonnaise, Médard fut honoré dès la seconde moitié du VIe siècle par Clotaire Ier et ses successeurs qui diffusèrent son culte. Comme saint Martin et saint Remi, saint Médard fut choisi comme patron de plusieurs églises construites dans des biens fiscaux : Barisis-aux-Bois, Chevregny, Servais et Sinceny (102). Toutefois l’ancienneté du patronage n’implique pas l’ancienneté de la paroisse : Servais ne possédait qu’une chapelle en 1068 (103). Quant à l’église de Chevregny, elle peut tirer sa dédicace de son appartenance au patrimoine de l’abbaye Saint-Médard de Soissons mais le diplôme d’Eudes est un faux forgé vraisemblablement au XIIe siècle (104). Cependant la donation de l’église Saint-Médard de Chevregny à l’abbaye Saint-Vincent de Laon en 973 fait opter pour l’ancienneté de l’église (105). Des domaines sis à Sinceny ayant été donnés par le duc Fulcoald à saint Amand en 667, on peut admettre une origine précoce pour l’église de cette localité au toponyme latin (106).

            L’église de Parfondeval, donnée au début du XIe siècle à Saint-Laurent de Rozoy-sur-Serre pourrait être ancienne (107). Nous ne pouvons pas avancer la même conclusion pour la chapelle d’Any mentionnée dans un acte de 646 car ce document est un faux élaboré au Xe siècle (108).

 

c)Saint Germain

            Il  est souvent difficile de dissocier les églises dédiées à saint Germain d’Auxerre, mort en 448, de celles dédiées à saint Germain de Paris, décédé en 576, ce dernier ayant, avec sainte Geneviève, favorisé le développement sur culte du premier. Une origine ancienne peut être supposée pour les églises de Coucy-les-Eppes, où furent mis au jour des vestiges gaulois et gallo-romains, et Lappion (109).

 

d)Saint Aubin

            Le culte de cet évêque d’Angers, décédé vers 550, se répandit rapidement et était déjà fortement implanté à l’époque de Grégoire de Tours. Il est, dans le diocèse de Laon, le patron de Chalandry, dont on ne peut dater, faute de documents, ni l’église, ni la paroisse, malgré un toponyme gallo-romain (110).

 

e)Saint Waast

            L’évêque d’Arras, décédé en 540, fut, avec saint Remi, un des conseillers des premiers rois mérovingiens. Il est le patron, avec sainte Benoîte, d’Origny-Sainte-Benoîte (111) mais il est probable que l’église paroissiale fut dédiée à saint Waast, alors que sainte Benoîte était honorée comme patronne du monastère, fondée au plus tôt au IXe siècle (112). Ce serait un indice d’ancienneté pour cette paroisse que l’on pourrait dater de la fin du VIe siècle ou du VIIe siècle.

 

f)Saint Sulpice

            Le culte de saint Sulpice, évêque de Bourges et conseiller de Clotaire II, mort en 644, se développa très vite puisque saint Eloi, mort en 659, s’arrêta à Bourges pour prier sur son tombeau. Le rôle des rois mérovingiens fut là encore déterminant mais aucun document ne permet de dater les églises dédiées à saint Sulpice dans le diocèse de Laon, si ce n’est le toponyme en –curtis de Berlancourt (113).

 

g)Saint Eloi

            Conseiller de Dagobert puis évêque de Noyon, saint Eloi fut honoré comme un saint aussitôt après sa mort survenue en 659. Son culte connut un regain d’activité comme patron des orfèvres avec le mouvement communal au XIIIe siècle. Seule la paroisse de Chambry, dont l’antiquité est prouvée par la toponymie et l’archéologie, pourrait remonter à l’époque mérovingienne (114).

 

h)Saint Léger

            Le culte de l’évêque d’Autun, supplicié en 678, se diffusa peu après sa mort. Toutefois l’église de Magny n’était encore qu’une chapelle au XIe siècle (115) et fut donc tardivement érigée en paroisse puisqu’elle n’est pas mentionnée dans le pouillé du XVe siècle.

 

i)Saint Géry

            Saint Géry, évêque de Cambrai, mourut en 625. La paroisse d’Outre, dont il est le patron, est probablement ancienne car ce culte ne connut pas une grande diffusion (116). Cependant aucun indice ne peut confirmer cette ancienneté.

 

j)Saint Hubert

            Evêque de Tongres-Maestricht-Liège, saint Hubert, qui mourut en 727, se chargea de la conversion de la Belgique orientale, encore païenne. Dans le diocèse de Laon, seule l’église d’Evergnicourt lui est dédiée : l’abbaye ardennaise ayant eu des biens dans ce village, probablement  dès l’époque carolingienne, l’église peut être datée vraisemblablement du IXe siècle (117).

 

2.Ermites, abbés et religieuses

 

a)Sainte Geneviève

            Le culte de sainte Geneviève, inhumée au début du VIe siècle à Paris, dans une basilique construite en l’honneur des saints Pierre et Paul, se développa très vite.

            La patronne de Paris avait des biens dans le diocèse de Laon puisqu’elle donna à saint Remi Loisy qui passa ensuite dans les mains des évêques de Laon (118). Sainte Geneviève vint aussi à Laon où elle guérit une jeune paralysée de neuf ans (119). C’est peut-être à cette occasion qu’elle  fit la connaissance de saint Remi. Peu après ce miracle, la Vita sanctae Genovefae  relate comment sainte Geneviève, à Meaux, protégea Célinie qu’elle avait emmenée avec elle. Cette jeune fille, qui porte le même nom que la mère de  saint Remi, appartenait-elle à sa famille (120) ? Sainte Geneviève étant décédée avant saint Rémi, ce dernier peut avoir diffusé son culte dans le diocèse de Laon et ce n’est probablement pas le fait du hasard si les deux églises d’Anizy-le-Château, bien fiscal, étaient dédiées à sainte Geneviève et à saint Remi (121). Sainte Geneviève avait aussi profité des largesses de Clovis et les souverains mérovingiens ont collaboré à la diffusion de son culte. L’église de Samoussy, autre bien fiscal, est consacrée à sainte Geneviève (122). Elle est probablement ancienne mais ne fut érigée en paroisse que tardivement puisque Samoussy ne figure pas parmi les paroisses mentionnées dans le pouillé du XVe siècle.

            Rares au nord de la Serre, les églises titrées de sainte Geneviève sont nombreuses dans un rayon de vingt kilomètres autour de Laon qui semble avoir été le centre de diffusion du culte de la patronne de Paris, sans doute sous l’influence de saint Remi et de la famille royale. Les églises les plus proches de Laon pourraient alors prétendre à une certaine antiquité (123).

 

b)Saint Maixent

            Saint Maixent, abbé en Poitou au VIe siècle, était patron de Brissy, village au toponyme gallo-romain où furent trouvées des sépultures mérovingiennes, ce qui pourrait être un indice d’ancienneté (124).

 

c)Saint Théodulphe

            Le deuxième abbé de Saint-Thierry, saint Thérodulphe, est honoré à Gronard où, selon certains auteurs, il serait né, ce qu’infirme la Vita sancti Theodulphi, rédigée au VIIIe siècle (125). Cependant cette tradition laisse supposer une origine ancienne pour l’église de Gronard, comme pour celle de Ramecourt, toponyme des VIIe-Xe siècles (126).

 

d) Saint Basle

            Né à Limoges, saint Basle s’installa au monastère de Verzy, dans le diocèse de Reims, puis se retira dans la forêt, sur les hauteurs qui dominent le village. Cet ermitage, où il mourut en 640, devint l’abbaye de Saint-Basle (127). La renommée de saint Basle n’étant guère sortie du diocèse de Reims, son culte fut probablement limité dans le temps. On peut donc admettre que les églises de Bertenicourt et de Bucy-les-Cerny furent fondées au VIIe ou au VIIIe siècle (128).

 

e)Saint Algis et saint Gobain

            Ces deux Irlandais s’installèrent dans deux solitudes éloignées du diocèse de Laon où ils fondèrent chacun une église qu’ils dédièrent à saint Pierre et où ils furent enterrés en 670. Ces églises et les villages édifiés autour prirent plus tard le nom des fondateurs (129). Ce changement de nom eut lieu au plus tard au XIe siècle puisque l’évêque de Laon Elinand donna l’autel de Saint-Algis à l’abbaye de Saint-Michel-en-Thiérache et celui de Saint-Gobain à l’abbaye de Saint-Vincent de Laon (130).

 

f)Saint Boétien

            L’église de Pierrepont, placée à l’origine sous le titre de la Vierge, était dédiée dès 886 à saint Boétien qui mourut dans ce village probablement en 668 (131). L’ermite irlandais fut certainement honoré peu après sa mort.

 

g)Sainte Aldegonde

            Sainte Aldegonde, fondatrice du monastère de Maubeuge où elle mourut en 684, est la patronne de Malzy dont l’église pourrait être considérée comme ancienne (132).

 

h)Saint Erme

            Le village de Saint-Erme porte le nom de l’abbé de Lobbes, mort en 737, né dans cette localité qui se nommait alors Ercliacus villa. L’église est probablement ancienne mais aucun document ne permet de le confirmer ni de dater la paroisse (133).

 

            Les saints des temps mérovingiens ont donné naissance entre le  VIe et le Xe siècle à une cinquantaine d’églises, mais si on tient compte des paroisses titrées de saint Martin, saint Hilaire et saint Brice, il faut au minimum doubler ce nombre pour les fondations de cette époque. Toutes ces dédicaces laissent supposer une multiplication importante des églises et probablement aussi, bien que ce phénomène soit plus difficile à vérifier, des paroisses. Cette constatation confirme le schéma général mis en évidence par P. Imbart de la Tour : « Que le nombre des églises et des paroisses se soit beaucoup accru du VIIe au Xe siècle, des documents nous permettent de l’affirmer. Les capitulaires et les conciles parlent à plusieurs reprises des églises nouvelles fondées dans les villae.  Nous possédons un traité d’Hincmar sur le démembrement des paroisses. A ces témoignages s’ajoutent les formules et les chartes relatives à des constructions d’églises… L’ensemble de ces textes est concluant : c’est bien du VIIe au Xe siècle que le régime paroissial s’est généralisé dans tout notre pays » (134).

 

D.Les saints étrangers à la Gaule

 

            Si les saints ayant vécu en Gaule du IIIe au VIIe siècle ont été honorés dans un grand nombre d’églises, des saints étrangers (d’Orient, d’Italie ou d’Espagne) ont été comptés, après  l’arrivée de leurs reliques, parmi les titulaires de nombreux édifices religieux, mais rares sont les paroisses du diocèse de Laon placées sous ces patronages qui peuvent prétendre à une haute antiquité.

 

1.Les saints de l’Orient

            Souvent des martyrs, les saints orientaux ont été très tôt honorés en Occident et particulièrement en Gaule. Toutefois, il n’est pas possible d’attribuer une origine ancienne à toutes les paroisses dédiées à un saint oriental car certains cultes, popularisés par les expéditions en Terre Sainte, n’ont été en vogue qu’à partir du XIIe siècle.

 

a)Saint Christophe

            Le protecteur des voyageurs au passage des gués et des ponts fut associé à saint Jacques le Majeur et son culte doit beaucoup au pèlerinage de Saint-Jacques-de-Compostelle. Cependant, il s’est développé bien plus tôt en Gaule car ce saint, associé à la lutte contre le paganisme, fut honoré par les ermites et les solitaires.

            Il y avait à proximité du cimetière de Reims, au début du VIe siècle, une petite église bâtie en l’honneur de saint Christophe et où fut enseveli saint Remi (135). Une dévotion précoce dans la province de Reims est donc probable et l’hypothèse de Mabillon, selon laquelle le monastère Saint-Vincent de Laon aurait remplacé une église dédiée à saint Christophe ne peut être écartée (136).

            Aucun texte ne permet d’attribuer une origine très ancienne à la paroisse de Mayot mais les deux verres à emblème chrétien du début du VIe siècle trouvés dans un cimetière franc sur le territoire de cette commune laissent supposer, malgré les réserves émises précédemment, une création des débuts de l’époque franque pour l’église de ce village (137).

 

b)Sainte Madeleine

            Le culte de Marie-Madeleine en Gaule trouve son origine à Vézelay où la sainte fut honorée dès le IXe siècle. Cependant, cette dévotion connut sa plus grande extension au XIIe siècle après la prédication de la Seconde Croisade à Vézelay. Le culte de  Marie de Magdala fut aussi très tôt confondu avec celui de Marie de Béthanie dont le sarcophage aurait été retrouvé en Provence, à Saint-Maximin, par un moine de Vézelay et dont le culte se développa au XIIIe siècle. Nous admettrons donc que la plupart des paroisses titrées de Madeleine sont probablement des créations capétiennes, bien qu’une origine plus ancienne ne puisse être systématiquement écartée.

 

2.Les martyrs italiens

 

a)Saints Gervais et Protais

            Ces deux Milanais souffrirent le martyre peut-être au Ier siècle. Leur culte ne connut son essor qu’après l’invention de leurs reliques en 386 par l’évêque Ambroise. Il se propagea en Gaule après l’introduction de ces reliques par saint Martin de Tours et saint Victrice de Rouen. Les souverains mérovingiens les adoptèrent comme protecteurs et favorisèrent la diffusion de leur culte. La paroisse de Cuiry-les-Chaudardes, village antique comme l’attestent le toponyme et les trouvailles archéologiques, dans une région où les possessions fiscales étaient nombreuses à l’époque carolingienne, est peut-être une création mérovingienne (138).

 

b)Saint Laurent

            Le diacre du pape Sixte II, martyrisé à Rome en 258, fut honoré dès le IVe siècle à Rome où une des cinq églises patriarcales lui est dédiée. Son culte se répandit au plus tard au VIe siècle en Gaule. Selon J.F.M. Lequeux, un religieux de l’abbaye de Saint-Martin de Laon enleva, au cours d’un voyage en Hongrie, le bras gauche de saint Laurent au monastère Sainte-Croix, au diocèse d’Agria. La précieuse relique, reçue par l’évêque Anselme de Mauny, mort en 1258 ; fut à l’origine d’un pèlerinage très fréquenté (139). A partir de ce moment, le culte de saint Laurent connut probablement un regain de vitalité dans le diocèse de Laon. Quatre des paroisses dédiées à saint Laurent, non mentionnées dans le pouillé du XVe siècle sont certainement récentes (140) et l’église Saint-Laurent de Rozoy-sur-Serre attestée au début du XIe siècle, abrita un chapitre de chanoines et ne peut être rangée parmi les églises paroissiales (141).

            L’église de Menneville, dont l’autel fut donné par l’évêque Elinand à l’abbaye de Saint-Hubert en Ardennes dans la seconde moitié du XIe siècle, pourrait prétendre à une origine ancienne, ce que nous ne pouvons vérifier (142).

 

c)Saints Marcellin et Pierre

            Les reliques des saints Marcellin et Pierre furent transférées en 827 de Rome à Seligenstadt. Eginhard raconta la translation de ces reliques et relata les nombreux miracles opérés sur le parcours : à Valenciennes, une femme du pagus de Laon retrouva la vue (143). Cette miraculée était-elle originaire de Braye-en-Thiérache, seule paroisse du diocèse de Laon dédiée aux saints Marcellin et Pierre (144) ? L’église daterait alors du IXe siècle, mais la paroisse non mentionnée dans les comptes de 1362 est plus récente.

 

           

            L’étude des dédicaces d’églises a montré qu’il était difficile d’établir une chronologie précise pour la constitution du  réseau paroissial car nous ne pouvons nous appuyer que sur des critères de datation incertains qu’il faut manier avec prudence ; la difficulté est d’autant plus grande que la dédicace date plutôt l’église que la paroisse. Le dénombrement des paroisses anciennes malgré probablement quelques inexactitudes inévitables en raison des lacunes de notre documentation, nous permet cependant d’avancer quelques conclusions.

 

            Les premières paroisses, titrées de la Vierge, de saint Pierre et de quelques martyrs gaulois, ont été établies sur le pourtour des plateaux tertiaires et le long des principales voies romaines qui ont conditionné le peuplement du diocèse de Laon dès l’époque gallo-romaine. A partir du VIe siècle, les églises se multiplièrent dans le sud du diocèse et dans les vallées de l’Oise et de la Serre. Les initiateurs de ce mouvement furent les évêques dont l’influence est difficile à saisir, et les souverains qui possédaient d’importants biens fiscaux dans la région (145). Parmi les cultes favorisés par les Mérovingiens et les Carolingiens, nous devons faire une place à part à celui de saint Martin qui connut, comme dans plusieurs autres diocèses un immense succès. Malheureusement, la plupart des églises qui lui sont dédiées ne peuvent être précisément datées. Malgré cette réserve, il faut noter leur multiplication, vraisemblablement dès le haut Moyen Age, dans les vallées de l’Oise, de la Serre et de leurs affluents.

 

            L’infrastructure ecclésiastique de ces régions était cependant encore incomplète et de nombreuses paroisses furent créées après le Xe siècle. Bien que des vocables anciens aient continué à être utilisés, l’apparition de nouvelles dédicaces, en particulier saint Michel et saint Nicolas, atteste la multiplication des paroisses à l’époque féodale (146). Si le culte de saint Michel se développa en Italie dès le  Ve siècle, il fallut attendre le VIIIe siècle, c’est-à-dire l’apparition en 709 de l’archange à l’évêque de Coutances qui construisit l’église du Mont-Saint-Michel, pour le voir se répandre en Gaule. Ce culte, propagé surtout par les Normands puis par les Irlandais, pris une importance croissante avec les pèlerinages. Dans le diocèse de Laon, les églises dédiées à saint Michel ne sont presque jamais mentionnées dans le pouillé du XVe siècle et la plupart d’entre elles restèrent très longtemps de simples succursales : elles sont récentes et probablement postérieures  à la fondation, en 945, de l’abbaye de Saint-Michel-en-Thiérache, dont le premier abbé fut l’Irlandais Melcalan (147). Presque toutes sont situées en Thiérache, au nord de la Serre. Elles peuvent témoigner des défrichements de l’époque féodale peut-être sous l’impulsion de cette abbaye (carte n°29).

 

            Saint Nicolas, évêque de  Myre vers 325, était déjà le patron d’une église à Byzance au VIe siècle et d’un oratoire à Rome au IXe siècle dans l’église Sainte-Marie-in-Cosmedin. En 1087, les habitants de Bari (148),  qui vénéraient déjà saint Nicolas en 1036 s’emparèrent de ses reliques. Bari étant alors le port d’embarquement des pèlerins pour la Terre Sainte, le culte de saint Nicolas se développa en Occident à partir de la fin du XIe siècle et surtout avec les Croisades. Dans le diocèse de Laon, il connut une grande expansion en Thiérache (canton actuel de Rozoy-sur-Serre) et dans le nord-ouest du diocèse, témoignage d’une organisation paroissiale tardive, consécutive à des défrichements de l’époque capétienne (carte n°30).

            Les paroisses titrées de saint Michel et de saint Nicolas sont donc concentrées en Thiérache, dans la région où on retrouve les 2/3 des communes actuelles qui n’étaient pas sièges de Laon (149). Au XVIIIe  siècle encore, les églises de la plupart de ces localités étaient toujours les annexes d’églises paroissiales