BADINGUET, natif d’Annois,

laisse son surnom à l’empereur Napoléon III

« Le Figaro littéraire » du 20 Janvier 1962, sous la plume de Louis Hastier, divulgue le nom véritable de celui que l'Histoire n'a jamais connu que sous le nom fantaisiste de Badinguet, qui aida le prince Louis-Napo­léon, lors de son évasion du Fort de Ham. en 1846.

Le 1er février 1840, un jeune homme de 14 ans commença à travailler comme goujat aux tra­vaux d'entretien du vieux châ­teau-fort de Ham.

Ce Jeune homme se nommait Charles-Auguste Pinguet et était né à Annois (Aisne), le 1er Juillet 1826, où son père était entrepreneur de maçonnerie.


Petit chef-lieu de canton de la Somme, Ham était surtout célèbre par son château ou, de tous temps, ont été incarcérés des prisonniers politiques jusqu’au jour ou, pendant la guerre de 1914-1918, les Allemands le détruisirent.

Dès que les gamins d’alentour faisaient l’école buissonnière, ils se donnaient rendez-vous sur les glacis du château fort et essayaient de se faufiler à l’intérieur de l’édifice. Le portier fermait les yeux lorsque aucun prisonnier n’y était détenu.

C’est ainsi que le père Flajeolot eut l’occasion de remarquer, parmi ces enfants, l’un d’eux, de taille élevée, au teint coloré, aux yeux gris, à la mine éveillée, dont le nez portait une large cicatrice, résultat des combats que les écoliers se livraient entre eux : Il se nommait Charles (dit Charles-Auguste-Alphonse) Pinguet et était né le 1er juillet 1826 à Annois, dans l’Aisne. Son père était entrepreneur de maçonnerie.


Avant que l’enfant eût atteint sa quatorzième année, Flajeolot obtint que le garçon vienne exercer la fonction de « goujat » (aide-maçon) dans le vétuste château où les réparations étaient toujours nécessaires. Ainsi le 1er février 1840, le jeune Pinguet franchit-il le pont-levis de la forteresse, sans se cacher cette fois et avec une certaine fierté.


Cette fierté s’accrut quelques mois plus tard lorsqu’un prisonnier de marque y fut incarcéré. Il s’agissait du prince Louis-Napoléon, neveu du grand empereur :

Après la disparition de Napoléon II, Charles Louis Napoléon Bonaparte se considère comme le véritable prétendant bonapartiste. Il tente alors de soulever Strasbourg (1836) puis Boulogne (1840). Ces deux échecs le font condamner à la détention perpétuelle dans le fort de Ham (Somme).

Prisonnier d'exception, le prince disposait comme cellule de tout un étage du bâtiment B, bâtiment réservé aux détenus politiques. Il avait été autorisé à être accompagné de son médecin, le docteur Conneau, de son valet Charles Thélin.

Le prince, pour tromper la longueur des jours écrivait et parfois allait passer quelques heures dans le jardin qui avait été mis à sa disposition ; c’est là qu’il remarqua Pinguet et sympathisa avec lui ; Pinguet fut appelé à faire des réparations dans l’appartement du prince avec lequel il bavardait…

Louis-Napoléon eut l’autorisation de faire refaire son appartement : Pinguet travailla sur le chantier…

Le 25 mai 1846, à sept heures du matin, Louis Napoléon Bonaparte, s'évade de sa prison de Ham, déguisé en maçon et répondant au nom de Badinguet. Cette évasion ne fut possible qu'avec l'aide de Conneau et Thélin ; ce dernier avait acheté un costume d’ouvrier neuf qui fut échangé avec celui de Pinguet



Louis Napoléon écrira : « à peine sorti de ma chambre, je fus accosté par un ouvrier qui me prit pour un de ses camarades; au bas de l' escalier je me trouvais face à face avec un gardien. Heureusement je me mis la planche que je portais devant la figure. Je parvins dans la cour, tenant toujours ma planche du côté des sentinelles et devant les personnes que je rencontrais.
En passant devant la première sentinelle, je laissai tomber la pipe que j'avais mise à la bouche; je m'arrêtai pour en ramasser les morceaux. Je rencontrai alors l'officier de garde, mais il lisait une lettre, et ne me remarqua pas. Les soldats au poste du guichet semblèrent étonnés de ma mise ; le tambour se retourna même plusieurs fois. Cependant le planton de garde ouvrit la porte et je me trouvais hors de la forteresse… »

La carte postale ci-contre illustre cette évasion rocambolesque qui se déroula lors de travaux effectués dans la forteresse. Moustaches et barbe rasées, le prince s'affuble d'une perruque avant de revêtir 1a tenue de maçon de l'ouvrier Pinguet, dit "Badinguet". Une pipe en terre entre les lèvres et une planche sur l'épaule - afin de dissimuler ses traits - achève le déguisement destiné à tromper ses gardiens.


Il gagna ensuite Saint-Quentin, puis la Belgique et l’Angleterre…

Pendant six ans, Pinguet con­tinue à travailler au château de Ham. Il se retire ensuite à Au­bigny, hameau de Brouchy et a­méliore sa propriété. Par la suite il est atteint du délire de la persécution.


Dans la nuit du 25 Juin 1878, sa maison est détruite par un incendie.

Après enquête, Pinguet et sa femme sont accusés. Ils compa­raissent devant la Cour d'Assises de la Somme le 25 Octobre 1878.


Le Président du Tribunal ac­cueille Pinguet par ces mots « Ah ! voilà Badinguet ».


Charles Pinguet est condamné à 8 ans de travaux forcés pour avoir mis le feu volontairement à sa mai­son. Sa femme est acquit­tée.

­ Charles Pinguet est envoyé, le12 Mai 1880, au bagne, à la Nouvelle-Calédo­nie.

Il bénéficie d’une grâce en juin 1882

Il restera cependant dans une mission religieuse à Nouméa, puis à l’île Maré où il mourra en 1891.


Il resterait, d'après Louis Has­tier à expliquer comment le nom de Pinguet, s'est transfor­mé en celui de Badinguet et comment l'opinion publique a at­tribué également ce surnom à Napoléon III,

L'hypothèse qui prévaut serait que le sobriquet de Badinguet a été donné à Pinguet par ses camarades de travail. L'explication la plus vraisemblable est un dessin de Gavarni paru dans le Charivari (journal satirique) représentant un personnage plus ou moins désinvolte, que l'artiste a décoré du nom de hasard de " Badinguet". Ce mot populaire signifie tout simplement un "plaisantin".


Napoléon III,

surnommé

Badinguet



Mémoires du Canton de saint-Simon